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samedi 31 décembre 2016

Prost neues Jahr mit Ludwig II.!


La machine à vapeur de la grotte de Vénus à Linderhof. Louis II, un Roi de la modernité


La grotte de Vénus, dans le parc du château de Linderhof, bénéficiait de l'un des premiers systèmes d'éclairage électrique, alimenté par une machine à vapeur qui faisait tourner 24 turbines alimentant les dynamos produisant l'électricité. Ce fut en fait la première centrale électrique au monde, installée en 1878, et cette installation prouve le grand intérêt du Roi Louis de Bavière II pour les  techniques pionnières. La centrale électrique fut conçue selon le principe électro-dynamique de Werner von Siemens.


Le train royal de Louis II version Märklin: embarquement vidéo immédiat

Plan de Munich vers 1729


Source: in  La galerie agréable du monde, où l'on voit en un grand nombre de cartes très exactes et de belles tailles douces les principaux empires, roïaumes, républiques, provinces, villes, bourgs et forteresses ...les îles, côtes rivières, ports de mer...les antiquitez, les abbayes, églises, académies...comme aussi les maisons de campagne, les habillemens et moeurs des peuples...dans les quatre parties de l'univers. Divisée en LXVI tomes, les estampes aiant été dessinées sur les lieux et gravées exactement par les célèbres Luyken, Mulder, Goerée, Baptist, Stopendaal et par d'autres maîtres renomez.... Tome troisième de l'Empire d'Allemagne / Pieter vander AA - 1729

"Souvenir", Villiers de L'Isle-Adam à Triebchen. Wagner évoque sa conception de la foi chrétienne.


Le marquis Auguste de Villiers de L'Isle Adam est un écrivain français d'origine bretonne, né à Saint-Brieuc en novembre 1838 et mort à Paris en août 1889. Appelé Mathias par sa famille, simplement Villiers par ses amis, il utilisa le prénom d'Auguste sur la couverture de certains de ses livres.

Villiers de L'Isle-Adam fut un proche de Judith Gautier, par amitié et pour quelques mois également parce qu'elle faillit devenir sa belle-soeur: au printemps 1866. Villiers se fiança avec Estelle, la seconde fille de Théophile Gautier. Judith venait alors d'épouser Catulle Mendès. Mais les fiançailles furent rompues en janvier 1867, car les parents de Villiers refusèrent ce qui à l'époque était considéré comme une telle mésalliance. En octobre 1867, Villiers de L'Isle-Adam devint rédacteur en chef de la Revue des Lettres et des Arts, qui parut jusqu'en mars 1868.

En juin 1869, Villiers, Mendès et Judith Gautier entreprirent  un voyage en Suisse et en Allemagne, au motif de rendre compte pour les journaux parisiens de l'Exposition universelle des Beaux-Arts à Munich, mais dont le but réel était surtout de voir les opéras de Richard Wagner et de rencontrer le compositeur (ils firent alors deux séjours chez lui, à Triebschen, près de Lucerne, à l'aller, puis au retour*). Wagnériens, les trois amis  se rendirent aussi en mars 1870 à Bruxelles pour couvrir au théâtre de la Monnaie la représentation en français de Lohengrin et se rendirent ensuite en juin à Weimar, pour un festival consacré à Wagner. De là, ils allèrent à Munich pour y voir La Walkyrie et s'arrêterent en juillet une troisième fois  à Triebschen*. Leur voyage fut interrompu par le début de la guerre, qui les obligea à rentrer en France.

En 1887, Villiers publia Souvenir, un récit dans lequel il relate sa visite à Triebschen à l'automne 1886 et dont l'intérêt majeur est le compte-rendu  qu'il fait des propos de Richard Wagner sur sa relation à la foi chrétienne:

Souvenir

En automne 1868[sic, *], je me trouvais à Lucerne : je passais presque toutes les journées et les soirées chez Richard Wagner.

Le grand novateur vivait très retiré, ne recevant guère qu’un couple d’aimables écrivains français (mes compagnons de voyage) et moi. Depuis une quinzaine, environ, son admirable accueil nous avait retenus. La simplicité, l’enjouement, les prévenances de notre hôte nous rendirent inoubliables ces jours heureux : une grandeur natale ressortait pour nous du laisser-aller qu’il nous témoignait.

On sait en quel paysage de montagnes, de lacs, de vallées et de forêts s’élevait, à Triebchen, la maison de Wagner.

Un soir, à la tombée du crépuscule, assis dans le salon déjà sombre, devant le jardin, — comme de rares paroles, entre deux silences, venaient d’être échangées, sans avoir troublé le recueillement où nous nous plaisions, — je demandai, sans vains préambules, à Wagner, si c’était pour ainsi dire, ARTIFICIELLEMENT – (à force de science et de puissance intellectuelle, en un mot) – qu’il était parvenu à pénétrer son œuvre, RIENZI, TANNHAEUSER, LOHENGRIN, LE VAISSEAU FANTÔME, LES MAÎTRES CHANTEURS même – et le PARSIFAL auquel il songeait déjà – de cette si haute impression de mysticité qui en émanait, — bref, si, en dehors de toute croyance personnelle, il s’était trouvé assez libre-penseur, assez indépendant de conscience, pour n’être chrétien qu’autant que les sujets de ses drames-lyriques le nécessitaient ; s’il regardait, enfin, le Christianisme, du même regard que ces mythes scandinaves dont il avait si magnifiquement fait revivre le symbolisme de ses NIEBELUNGEN. Une chose, en effet, qui légitimait cette question, m’avait frappé dans une de ses œuvres les plus magistrales, TRISTAN ET YSEULT : c’est que, dans cette œuvre enivrante où l’amour le plus intense n’est DÉDAIGNEUSEMENT dû qu’à l’aveuglement d’un philtre, — LE NOM DE DIEU N’ÉTAIT PAS PRONONCÉ UNE SEULE FOIS.

Je me souviendrai toujours du regard, que, du profond de ses extraordinaires yeux bleus, Wagner fixa sur moi.

Mais, me répondit-il en souriant, si je ne ressentais, EN MON ÂME, la lumière et l’amour vivants de cette foi chrétienne dont vous parlez, mes œuvres, qui, toutes, en témoignent, où j’incorpore mon esprit ainsi que le temps de ma vie, seraient celles d’un menteur, d’un SINGE ? Comment aurais-je l’enfantillage de m’exalter à froid pour ce qui me semblerait n’être, au fond, qu’une imposture ? — Mon art, c’est ma prière : et, croyez-moi, nul véritable artiste ne chante que ce qu’il croit, ne parle que de ce qu’il aime, n’écrit que ce qu’il pense ; car ceux-là, qui mentent, se trahissent en leur œuvre dès lors stérile et de peu de valeur, nul ne pouvant accomplir œuvre d’Art-véritable sans désintéressement, sans sincérité.

Oui, celui qui – en vue de tels bas intérêts de succès ou d’argent, — essaie de grimacer, en un prétendu ouvrage d’Art, une foi fictive, se trahit lui-même et ne produit qu’une œuvre morte. Le nom de DIEU, prononcé par ce traître, non seulement ne signifie pour personne ce qu’il semble énoncer, mais, comme C’EST UN MOT, c’est-à-dire un ÊTRE, même ainsi usurpé, il porte, en sa profanation suprême, le simple MENSONGE de celui qui le proféra. Personne d’humain ne peut s’y laisser prendre, en sorte que l’auteur ne peut être ESTIMÉ que de ceux-là même, ses congénères, qui reconnaissent, en son mensonge, celui qu’ils SONT eux-mêmes. Une foi brûlante, sacrée, précise, inaltérable, est le signe premier qui marque le RÉEL artiste : — car, en toute production d’Art digne d’un homme, la valeur artistique et la valeur vivante se confondent : c’est la dualité même du corps et de l'âme. L’œuvre d’un individu sans foi ne sera jamais l’œuvre d’un ARTISTE, puisqu’elle manquera toujours de cette flamme vive qui enthousiasme, élève, grandit, réchauffe et fortifie ; cela sentira toujours le cadavre, que galvanise un MÉTIER frivole. Toutefois entendons-nous : si, d’une part, la seule Science ne peut produire que d’habiles amateurs, — grands détrousseurs de « procédés », de mouvements et d’expressions, — consommés, plus ou moins, dans la facture de leurs mosaïques, — et, aussi, d’éhontés démarqueurs, s’assimilant, pour donner le change, ces milliers de disparates étincelles qui, au ressortir du néant éclairé de ces esprits, n’apparaissent plus qu’éteintes, — d’autre part, la foi, SEULE, ne peut produire et proférer que des cris sublimes qui, FAUTE DE SE CONCEVOIR EUX-MÊMES, ne sembleront au vulgaire, hélas, que d’incohérentes clameurs : — il faut donc à l’Artiste-véritable, à celui qui crée, unit et transfigure, ces deux indissolubles dons : la Science et la Foi. — Pour moi, puisque vous m’interrogez, sachez qu’AVANT TOUT JE SUIS CHRÉTIEN, et que les accents qui vous impressionnent en mon œuvre ne sont inspirés et créés, en principe, que de CELA SEUL.

Tel fut le sens exact de la réponse que me fit, ce soir-là, Richard Wagner — et je ne pense pas que Madame Cosima Wagner, qui se trouvait présente, l’ait oublié.

Certes, ce furent là de profondes, de graves paroles…

— Mais, comme l’a dit Charles Baudelaire, à quoi bon répéter, ces grandes, ces éternelles, ces inutiles vérités !

*Villiers de L’Isle-Adam commet une erreur de date. Les séjours de Villiers, Catulle Mendès et Judith Gautier à Lucerne datent de 1869 ( du 16 au 25 juillet, et du 13 au 18 ou 19 septembre) et une fois en 1870 (du 19 au 30 juillet). 

vendredi 30 décembre 2016

Wagner coiffé à la Siegfried, une caricature hongroise ....et des questions


Une caricature représentant Richard Wagner dont les cheveux, la barbe et le célèbre couvre-chef   sont dessinés au moyen d'un motif extrait de l'opéra Siegfried. La caricature fait partie de la collection Oesterlein qui est présentée au Musée Reuter-Wagner à Eisenach.

Traduction du  texte hongrois ( a hires Sigfrid motivumok - féjeben / jövö zenerajzi tanulmany): les motifs de Siegfried dans la tête de R. Wagner, étude de dessin musical du futur (Merci à la traductice hongroise).

La première de Siegfried  à Budapest eut lieu à Budapest en 1882 ou 1883 (?). Rappelons que le maestro austro-hongrois Hans Richter, né à Raab (aujourd'hui Györ) en 1843, dirigea la création de Siegfried à Bayreuth en 1876.

Quizz 

1. Quelle est la date exacte de parution de cette caricature? Y a-t-il un journal qui s'appelait le Magyar Figaro?
2. Quand eut lieu la première de Siegfried à Budapest? Cette caricature est-elle à mettre en relation avec cet événement?

Vos réponses sont les très bienvenues! Merci!



Pour en savoir plus sur la collection Oesterlein et le musée Wagner d'Eisenachcliquer ici.

Baguette de chef d'orchestre de Richard Wagner /Taktstock Wagner

Baguette de chef d'orchestre de Richard Wagner en ivoire, ornée de pierres précieuses, qui lui fut offerte en cadeau par un admirateur. La baguette fait partie de la collection Oesterlein qui est présentée au Musée Reuter-Wagner à Eisenach.

Pour en savoir plus sur la collection Oesterlein et le musée Wagner d'Eisenachcliquer ici.




Crédit photographique: Luc Roger

jeudi 29 décembre 2016

La Sainte Famille, une image de Noel wagnérienne de Paul von Joukowsky

Archives de la Fondation Richard Wagner/
Nationalarchiv der Richard-Wagner-Stiftung

Die Heilige Familie (La Sainte Famille), un tableau peint par  Paul von Joukowsky  en 1881,  était le tableau préféré de Cosima Wagner, sans doute parce que le peintre avait pris ses enfants pour modèles: Daniela von Bülow prêta ses traits à la Vierge Marie et Siegfried, son demi-frère, les siens à l'Enfant-Jésus, qui s'exerce à son futur métier de charpentier. Les visages des anges sont, de gauche à droite, ceux de Blandine, Isolde et Eva. Le peintre s'est lui-même représenté en Saint Joseph. Le tableau est conçu comme un tableau vivant, un jeu de société très prisé à la fin du 19e siècle. 

Le tableau, qui se trouvait à Wahnfried, aurait disparu en 1945. Il n'en reste plus que cette photographie. 

Paul von Joukowsky (en russe Павел Васильевич Жуковский) est né le 13 janvier 1845 à Sachsenhausen et décédé le 26 août 1912 à Weimar. Architecte et  peintre russe-allemand, Paul von Joukowsky fut un ami de la famille Wagner, dont il effectua de nombreux portraits.  Il fut introduit à Richard et Cosima Wagner le 18 janvier 1880, alors qu'ils séjournaient à la Villa d'Angri, près de Naples. Il les accompagna ensuite dans leurs visites de Ravello et de Sienne.

On lui doit le Monument du Tsar Alexandre II au Kremlin de Moscou; et on construisit à Rome une église russe dont il avait donné les plans.  Il réalisa également les projets des costumes et de 4 des 5 décors du premier Parsifal, pour lesquels il s'inspira de son voyage italien avec les époux Wagner*.

* in Pipers Enzyklopädie des Musiktheaters, volume 6, p. 617.

Photo de la famille Wagner en 1881, avec Joukowsky à droite de la photo




Les recettes teutonnes d'Oma: le Kalter Hund (chien froid)

Le Kalter Hund (en français le chien froid) est un gâteau chocolaté en préparation froide à base de margarine de coco, de petits beurres et de cacao.

On le trouve un peu partout en Allemagne où il a également reçu également d'autres dénominations: Kalte Schnauze , Schwarzer Keksbass  Hundeschnauze Wandsbeker Speck , Kellerkuchen), Zebrakuchen, Kalte Oma, Palminkuchen ou encore Schwarzer Peter (dans le Schleswig-Holstein).


Voici la recette qu'en donnait, à l'époque d'Oma (Bonne-maman),  Palmin, la végétaline à base de coprah (albumen de noix de coco) la plus vendue en Allemagne (rarement en discounter). 

Ingrédients

250g de végétaline (à base de coprah)
200g de sucre impalpable
2 oeufs
50g  cacao
1 cuillerée à soupe de café en poudre (nescafé ou autre)
1 cuillerée à soupe de rhum
1 pincée de sel
+-25 petits-beurres
Amandes émondées (facultatif)
Cerises au maraquin (facultatif)


Recette

Faire fondre la végétaline à feu doux, la laisser refroider sans la laisser durcir.
Mélanger les oeufs, le sucre, le sel, le cacao, la poudre de café et le rhum, y ajouter la végétaline fondue refroidie, de manière à obtenir un mélange homogène.
Tapisser un moule de papier alu ou de papier sulfurisé dans lequel on alterne les couches de la préparation et celles de petits beurres.
Laisser une nuit en cave ou quelques heures au frigidaire. 
Démouler et déguster

Variantes

Pour les artistes, comme le mélange chocolaté est fort consistant, on peut aussi se passer de moule et s'amuser à créer des formes sculptées, une petite auto p.ex.

Une recette fort proche en fait du Danois.






Hermannsdenkmal: la statue d'Arminius à Detmold

L'Inde a commencé à ériger samedi ce qui doit devenir la plus grande statue au monde, celle d'un dirigeant hindou du 17ème siècle, dont le coût qui s'élève à plusieurs millions de dollars suscite critiques et pétition en ligne. Le Premier ministre indien Narendra Modi a déposé la première pierre de la statue de Chhatrapati Shivaji, qui s'élèvera sur une île au large de la côte ouest de Bombay. Elle mesurera 192 mètres, soit plus de deux fois la statue de la Liberté à New York, cinq fois celle du Christ Rédempteur à Rio, et dépassera donc l'immense Bouddha du Temple du Printemps en Chine qui, avec ses 128 mètres de haut, détient actuellement le record.

Wagnermania: wagnérien jusqu'au bout des ongles

Chaussons au motif de Parsifal, dans la collection Oesterlein
au Musée Reuter-Wagner d'Eisenach

A la fin du 19e siècle, au beau temps du wagnérisme florissant, on trouvait une foule d'objets qui rappelaient le Maître et son oeuvre. Si aujourd'hui on achète volontiers une tasse, un petit buste représentant Wagner ou un T-Shirt  aux motifs wagnériens, on trouvait alors, entre autres, des éventails décorés, des porte-cigarettes ou...des chaussons dont la broderie représentait Parsifal, pour se sentir wagnérien jusqu'au bout des ongles...des doigts de pieds.

Pour en savoir plus sur la collection Oesterlein et le musée Wagner d'Eisenach, cliquer ici.

mercredi 28 décembre 2016

Robert de Montesquiou et l'oeuvre de Wagner (1): les filles-fleurs du Parsifal

Bayreuth est à Wagner comme Lourdes est à Dieu.
Comte Robert de Montesquiou-Fézensac

Robert de Montesquiou-Ferzensac, Filles - Fleurs, illustration pour Parsifal  de Wagner
Aquarelle monogrammée en bas à droite et titrée au verso (29 x 21,5 cm)

Cette aquarelle avait été présentée dans le cadre d'une exposition  consacrée au Comte de Montesquiou par le galeriste Georges Petit en février 1923.

Autoportrait
Le comte Robert de Montesquiou-Fézensac (Paris, 1855-Menton,1921) fut l'archétype du dandy insolent: poète, homme d'esprit, homosexuel, bon viveur et connaisseur (on retiendra d'ailleurs son fameux aphorisme de collectionneur : "l'infidélité des objets, c'est de survivre à ceux qui les ont aimés"). Il inspira les personnages du Duc des Esseintes du roman de Huysmans A Rebours et surtout celui du Baron de Charlus de Proust dans La Recherche, ce quI rendit Montesquiou furieux et que Proust contesta. Il contribua à lancer de grands artistes comme par exemple le verrier Gallé.

Robert de Montesquiou fut également peintre: il exposa au salon de Paris  et  fait mention de ses oeuvres symbolistes, entre autres, dans ses mémoires "...environ deux cents dessins, entrepris par moi, du temps que le désir de donner une forme à mes idées et mes sentiments hésitait entre les contours et les caractères". (Les Pas effacés, T. III, pp.198-99).

Il faisait des croquis et des portraits  de ses amis et connaissances. On lui doit aussi des aquarelles et des dessins inspirées par des oeuvres littéraires (Flaubert, Baudelaire ou Poe) ou par l'oeuvre de Richard Wagner (Le Hollandais volant, Lohengrin et Parsifal). Montesquiou, qui avait été initié à l'oeuvre de Wagner par certains de ses amis, notamment par Charles Haas et surtout par Judith Gautier, se rendit plusieurs fois au Festival de Bayreuth et consacra plusieurs poèmes de son recueil Les chauves-souris à l'oeuvre de Wagner. 

Le Roi Louis II à la fin de son séjour suisse en juillet 1881

Portrait du Roi Louis II réalisé d'après une photo prise le 13 juillet 1881 par le photographe Synnberg à Lucerne à la fin du voyage que fit le Roi en compagnie de l'acteur Josef Kainz au lac des quatre-cantons. C'est chez ce même photographe que Louis II posa en compagnie de l'acteur. Les portraits ici présentés proviennent du livre de Conrad Behrens , Ludwig der Zweite, König von Bayern: Ein Charakterbild nach Mittheilungen hochstehender u. bekannter Persönlichkeiten u. nach anderen authent. Quellen. Des Königs Aufenthalt am Vierwaldstättersee u. sein Verkehr mit Josef Kainz, Leipzig, 1897



Les petits-enfants de Richard Wagner dans les costumes originaux du Ring

De gauche à droite Wolfgang, Verena, Wieland et Friedelind.
Les costumes sont des copies des originaux réalisés par leur tante Daniela Thode Senta von Bülow, la demi-soeur de leur père Siegfried. Daniela réalisa des costumes pour le Festival de Bayreuth.

mardi 27 décembre 2016

La visite du Roi Louis II de Bavière à la Wartburg et au Hörselberg en 1867

La Wartburg vue du sud-ouest.
in Die Wartburg, ein Denkmal deutscher Geschichte und Kunst, Berlin 1907

Le Roi Louis II de Bavière fit du 1er mai au 3 juin 1867 un bref voyage pour visiter la Wartburg à Eisenach, alors dans le Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach. Le Roi et le Prince voyagèrent sous le couvert de l'incognito. Le 1er mai, le jour même de leur arrivée, ils purent visiter la Wartburg sans être dérangés . Le lendemain ils se rendirent au Hörselberg, l'endroit où Wagner situe la Grotte de Vénus dans son Tannhäuser et rentrèrent immédiatement en Bavière, sans avoir rendu visite au Grand-Duc Charles-Alexandre , qui avait continué les travaux de restauration de la Wartburg entrepris par son père dès 1838. En 1867, les travaux venaient de s'achever.

La salle des chanteurs, in Die Wartburg, op.cit.
La salle des chanteurs, sous un autre angle, Op.cit.

La Wartburg, un lieu chargé d'histoire et de légendes, attirait le Roi Louis II comme un aimant, car c'était là que se déroulait l'action de Tannhaüser, l'opéra de Wagner que Louis II voulait encore faire représenter la même année. On sait qu'en matière de théâtre et d'opéra, le Roi attachait une grande importance à la restitution historique des lieux évoqués et des costumes. Le Roi et son frère furent salués par le commandant du château, le major d'Arnswald, qu'ils prièrent de les laisser visiter seuls les lieux, car le Roi voulait s'imprégner de ce château à ses yeux sacrés sans qu'on le lui commentât. Il fut complètement transporté par la visite de la salle des chanteurs et des pièces avoisinantes, au point qu'il fit réaliser la salle des fêtes de Neuschwanstein en s'inspirant de la salle des chanteurs de la Wartburg. La visite de la Wartburg fut décisive pour la conception de Neuschwanstein: le château surplombant Eisenach fut l'un des modèles de Louis II pour son château de Schwangau lors de sa planification en mai 1868. Louis II envoya son architecte, Eduard Riedel, et le décorateur de théâtre Christian Jank en voyage d'étude à la Wartburg, dont ils devaient ramener plans, dessins et croquis. Le roi se fit aussi livrer des dessins et des plans par Anton Seder et le peintre Michael Vetter, qui avait réalisé une partie des peintures murales de la Wartburg. Après leur voyage d'étude, Riedel et Jank modifièrent leurs plans pour Neuschwanstein, notamment  pour obtenir l'effet d'un château s'étirant dans la longueur, comme à Eisenach.

Peu après son retour en Bavière, le Roi se remit en route pour Paris, où il souhaitait visiter l'exposition internationale. Anecdote piquante, le Figaro du 24 juin 1867, qui évoque quotidiennement les activités des têtes couronnées présentes à Paris lors de l'exposition, était au courant de la visite du Roi Louis II à la Wartburg et en rendit compte, en page 2,  dans sa section Paris au jour le jour, ce qui nous indique que l'incognito ne pouvait pas vraiment être respecté. Voici ce qu'on y lit: 

     Un roi bien différent, c'est Louis II, souverain de la Bavière vantée pour sa bière. L'autre jour il va visiter le Wartbourg, le château de Minnesingers et la sainte duchesse de Thuringe, Elisabeth. 
   Le major d'Arnswald, informé de la présence du roi, s'empressa d'accourir pour lui faire les honneurs du château, mais le roi Louis- demanda.qu'on le laissât visiter seul ces salons pleins de grands et légendaires souvenirs. Il resta longtemps seul dans la grande salle du Barde, perdus dans l'évocation du passé.
   Le roi est allé aussi visiter le fameux Horselberg et la grotte que l'on nous représente dans le Tannhauser, de Wagner comme ayant été la résidence de Vénus.
   Prenez garde, sire: votre bon frère le roi de Prusse n'a pas ces attendrissements-là, et M. de Bismark ne baye point d'ordinaire à la lune,et aux étoiles. 

Dans le dernier paragraphe, le Figaro met en garde le Roi contre les agissements de la Prusse, la France d'alors percevait déjà que la Bavière dirigée par un Roi-lune amateur d'opéras et de belles lettres pourrait bien se faire avaler par son voisin bien plus guerrier. Cela devait s'avérer prémonitoire.

La grotte de Vénus du Hörselberg et celles de Louis II ont un accès bien similaire

Grotte de Vénus au Hörselberg (photo Metilsteiner 1986)

Tannhäuser dans la Montagne de Vénus.
Peinture murale dans le cabinet de travail de Neuschwanstein, par Joseph Aigner

Entrée de la grotte de Vénus à Linderhof

Les poèmes de Robert de Montesquiou consacrés au Roi Louis II de Bavière (8): Corda

Corda, un poème du Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, publié dans son recueil  Les chauves-souris : clairs-obscurs, édité par G.Richard à Paris à partir de 1893. (Notre extrait: page 276 de l'édition remaniée de 1907).

Il s'agit du huitième poème d'une série tout entière dédiée au Roi Louis II de  Bavière et dont le titre général est REX LUNA (Le Roi lune)

Note de l'auteur à propos de la composition de CordaAu cours de cette pièce, l'oeil lettré distinguera sans peine par quel artifice prosodique d'une seule voyelle faisant, de deux en deux vers, chavirer la rime, l'auteur a tenté de représenter mécaniquement l'hésitation de ce caractère tout de soubresauts et de sursauts, d'anomalies et d'incohérences, ballotté du meilleur au pire, du suprême à l'extrême, d'une alternance incurable.


Le Comte Robert de Montesquiou(1855-1921) 

Le comte Robert de Montesquiou, est un homme de lettres, un dandy et critique, né à Paris le 7 mars 1855 et mort à Menton (Alpes-Maritimes) le 11 décembre1921.  Poète, homosexuel et dandy insolent,  il aurait servi de modèle à des Esseintes dans À Rebours (1884) de Huysmans. Il fournit à Marcel Proust l'un des modèles du Baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu, ce qui le rendit furieux malgré les dénégations de Proust.
(Plus sur Wikipedia, source de cette introduction biographique)

CORDA

Enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.
René

On ajoute : A Munich, on t'installe une Chambre
Des Coeurs, 
Pour abriter le tien, dont, en son urne, tremble * 
La vacillation de fureurs à langueurs.

Cent coeurs ont concouru pour cette servid'humbre,
D'amour ; 
Mille, dix mille coeurs : le plus fort, le plus humble, 
Ont offert, l'un, sa nuit, l'autre, versé son jour.

La décoration de cette salle sombre,
Et d'ors, 
S'emprunte à tous les flancs, toutes les fleurs, et comble 
D'une adoration la pyxide où tu dors.

O Coeur mystérieux, en tes nids de pin cimbre,
Caché 
Perpétuellement !... monstrueux, et très simple ! 
Perché dans tes châteaux, sur tes sofas, couché !

Par tes cygnes, traîné, dont le méandre souple
Berçait 
Ta vaste nostalgie, et dont l'allure noble 
Sous chaque frénésie incurable perçait.

O Coeur correspondant parfois aux gestes amples
Souvent ; 
Entre l'énormité des Tibères de Naples 
Et la naïveté des Purs-Simples, rêvant.

O Coeur obnubilé par des luttes plus sombres
Toujours ! 
Paraissant expier d'antérieurs opprobres ; 
Sans changer de soucis, variant de séjours.

Toi que nulle union féminine n'accouple,
Tout seul 
Dans le fond de tes bois de couleur de sinople, 
Tout vivant inhumé sous l'inhumain linceul.

Quelque chose qui luit — quelque chose qui souffre.
Voilé ; 
Et ce qui se refuse, auprès de ce qui s'offre ;
 Et Nadir ténébreux sous Zénith étoile.

Bacchus tumultueux enguirlandé de pampre,
Auprès 
De quelque Oreste plus orageux et plus âpre, 
Entouré d'Euménide et coiffé de cyprès.

Fleur de la Passion douloureuse qui grimpe
Au front, 
Près de la rose Anacréontique, et s'agrippe 
En bandeau mélangé d'ornement et d'affront.

Souverain esseulé même au sein de son groupe;
Forcé 
De se prononcer contre, en ces luttes d'Europe, 
Notre pays où son amour s'est amorcé.

O désorienté reflet qui glisse et rampe !
Lueur 
D'un exilé flambeau muré sous une trappe 
Dont la félure à peine avoua la bleueur.

O stature en défaut qui se voûte et se cambre,
Hélas! 
O Pégase effrayé qui s'abat et se cabre, 
Audacieux et mol, impétueux et las !

Signature de roi qu'un bonnet de fol timbre :
Louis ! 
Ton hésitation est-elle à la fin libre, 
Chauve-souris énorme aux cercles éblouis?

Mais puisque, dans München, on te vote une chambre
Du Coeur, 
Puisse le souvenir de ton cycle macabre 
Dans ce doux Ex-voto dépouiller sa rancoeur!

Chambre d'autant de coeurs qu'on voit d'yeux, en tel nombre,
Aux paons 
De Linderhof, là-bas, dans ton kiosque peu sobre 
De style, de pourpris, de luxe et de dépens.

Voici des coeurs de rose, en le soir qui s'estompe,
Chéri 
De ton goût pour Vesper, où la course galope 
Du coursier de Brunhild, du cheval de Kundry !

Voici le coeur des lis à la divine hampe,
Choeurs fous ! 
Et le coeur d'Amfortas saignant comme une grappe, 
Et tels que nous voici, Monseigneur, après Vous !

Luthermania à Eisenach

Pour les protestants réformés, nous sommes à  quelques jours  de la grande année anniversaire 2017: le 31 octobre 2017 marque en effet  le 500ème anniversaire de la publication des 95 thèses, que Martin Luther, selon la tradition, a affiché à la porte de l'église de la Toussaint de Wittenberg.

La ville d'Eisenach en Thuringe vit toujours sous le signe de Luther: il y vécut dans sa jeunesse et, surtout, c'est ici, à la Wartburg, que Martin Luther traduisit les Evangiles en allemand. A Eisenach on peut visiter la maison de Luther et le musée attenant qui lui est consacré. L'image de Luther est partout présente, parfois (souvent?) sous forme ludique. 


Panacée pour guérir l'âme comme l'esprit


La pièce de la Wartburg dans laquelle Luther traduisit les
Evangiles en allemand




Lutherhaus










lundi 26 décembre 2016

Nikolaus Oesterlein, grand collectionneur wagnérien. Le Musée Reuter-Wagner à Eisenach

Oesterlein, héliogravure de Jacob Blechinger
d'après une photographie de Victor Angerer.


Richard Wagner-Museum Wien
Wagnérien enthousiaste et collectionneur passionné, Nikolaus Oesterlein (1841-1898)  a réuni une vaste collection de plus de 20.000 articles,livres et objets ayant tous une relation avec le compositeur. Zélateur déclaré de Wagner dès 1868, il fut du Festival de Bayreuth en 1876, et en 1884 voulut mettre en partique son idée d'un musée consacré à Richard Wagner. Oesterlein avait réuni une vaste bibliothèque d'environ 5000 volumes, 200 bustes, des partitions, des milliers d'articles de presse, une correspondance personnelle et un cabinet rempli de curiosités relatives au compositeur. En 1886, il installa une partie de sa collection  dans deux pièces de son appartement viennois qu'il ouvrit au public. Puis, en 1887, Oesterlein ouvrit le Musée Richard Wagner à Vienne. Malheureusement Oesterlein dépensait sans compter, ce qui le força à fermer son musée et à vendre toute sa collection  en 1895. 

Un deux ex machina se trouva en la personne d'un éminent germaniste, ami de Nikolaus Oesterlein. La collection Oesterlein fut sauvée par le Professeur Joseph Kürschner, originaire de Gotha en Thuringe, lexicographe, spécialiste de littérature allemande, et également grand admirateur de Wagner.  Au motif que Wagner avait plusieurs fois séjourné à Eisenach et que, inspiré par l'histoire de la Wartburg, il y avait localisé l'action de son Tannhäuser, le professeur recueillit des fonds via une fondation et put acheter l'ensemble de la collection, qui demeura ainsi intacte.


La Villa Reuter (photo Luc Roger)

La ville d'Eisenach était entrée en possession de la Villa Reuter après la mort de Luise Reuter,  la veuve du poète allemand Fritz Reuter. Le Professeur Kürschner s'étant occupé de cette succession,t l'idée lui vint d'y installer la collection Oesterlein, tout en conservant le premier étage en l'état comme l'avait souhaité la veuve Reuter. C'est ainsi qu'en 1897 s'ouvrit le Musée Reuter Wagner qui est aujourd'hui considéré comme le plus ancien musée d'Eisenach. Il a gardé le charme d'une villa bourgeoise de la seconde moitié du 19e siècle.


Photo Reuter-Wagner Museum

Un buste de Wagner entouré des rayonnages de la bibliothèque dont les livres sont tous consacrés au compositeur et à son oeuvre accueille les visiteurs qui entrent dans le hall du musée Wagner au rez-de-chaussée de la villa. On y découvre des des trésors tels que les plans de construction de la première salle de fête de Bayreuth, des étiquettes de champagne "Rheingold", l'étui à pipe de Wagner, une copie de son masque de mort, des programmes de théâtre jaunis, des caricatures, des partitions annotées par Wagner et des notes manuscrites du compositeur, des souvenirs qu'achetaient les festivaliers de la fin du 19e siècle, des affiches ou des croquis de personnages de la Tétralogie de 1876. Le site du Musée avance que la collection Oesterlein est en ampleur la deuxième collection au monde consacrée au compositeur, le première étant celle du Musée Richard Wagner à Bayreuth.

Nikolaus Oesterlein avait publié dans les années 1880 le catalogue de sa bibliothèque, une somme qui avait eu assez de retentissement en Europe pour que la Revue Wagnérienne publie dans son tome II de 1887 un article daté d' août 1886 et qui donne à lire la table des matières traduite en français du deuxième volume du catalogue d'Oesterlein. Voici cet article:

Katalog einer Richard Wagner-Bibliothek, par Nikolaus Oesterlein, deuxième volume (chez Breitkopf et Hiertel, 1 vol. in-8°, de 356 pages, à 12 fr. 50).

Nous avons annoncé la publication de cet ouvrage dont le titre complet est : « Catalogue d’une bibliothèque wagnérienne, répertoire authentique et complet de la littérature wagnérienne établi systématiquement selon l’ordre chronologique d’après les originaux inclus et augmenté de citations et de notices, par Nikolaus Oesterlein, membre honoraire de l’Association Wagnérienne Académique de Vienne, — deuxième volume, clos en novembre 1881 (n° 3.373 jusqu’à 5.567)  »

Cet ouvrage contient, — après une table des matières, une préface, un guide et une table des signes :

1re partie :Richard Wagner ; œuvres en prose et en vers : manuscrits ; télégrammes ; lettres ; discours et allocutions ; mots ; communications imprimées et fragments ; articles de journaux ; œuvres musicales.
2e partie : Traductions ; arrangements ; portraits ; vues ; divers.
3e partie ; L’art et l’œuvre de Richard Wagner en général : littérature ; dessins et photographies ; divers.
4e partie : Associations Wagnériennes : associations locales ; patronat de Bayreuth.
5e partie : Bayreuth : préparation aux fêtes de 1876 ; les fêtes de 1876 ; préparation des fêtes de 1882.
6e partie : Curiosa : sur l’œuvre Wagnérienne ; divers.
Appendice : étude des sources ; arrangements des sujets Wagnériens en un sens plus large ou plus étroit ; explications et commentaires ; littérature se rapportant à l’œuvre Wagnérienne ; divers.
Second appendice : manuscrits, œuvres et portraits de parents et d’amis de Richard Wagner; littérature sur Liszt. Liste des dons et registre des noms.

A noter que certaines oeuvres de Nikolaus Oesterlein, dont son catalogue, sont consultables gratuitement en ligne sur Archive.org.

Informations sur le Musée Reuter-Wagner d'Eisenach: consulter le site du musée (en allemand). Attention aux  jours et heures d'ouverture du musée!

Reportage photographique






















Crédit photographique pour les photos du reportage photographique: Luc Roger