mardi 27 décembre 2016

La visite du Roi Louis II de Bavière à la Wartburg et au Hörselberg en 1867

La Wartburg vue du sud-ouest.
in Die Wartburg, ein Denkmal deutscher Geschichte und Kunst, Berlin 1907

Le Roi Louis II de Bavière fit du 1er mai au 3 juin 1867 un bref voyage pour visiter la Wartburg à Eisenach, alors dans le Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach. Le Roi et le Prince voyagèrent sous le couvert de l'incognito. Le 1er mai, le jour même de leur arrivée, ils purent visiter la Wartburg sans être dérangés . Le lendemain ils se rendirent au Hörselberg, l'endroit où Wagner situe la Grotte de Vénus dans son Tannhäuser et rentrèrent immédiatement en Bavière, sans avoir rendu visite au Grand-Duc Charles-Alexandre , qui avait continué les travaux de restauration de la Wartburg entrepris par son père dès 1838. En 1867, les travaux venaient de s'achever.

La salle des chanteurs, in Die Wartburg, op.cit.
La salle des chanteurs, sous un autre angle, Op.cit.

La Wartburg, un lieu chargé d'histoire et de légendes, attirait le Roi Louis II comme un aimant, car c'était là que se déroulait l'action de Tannhaüser, l'opéra de Wagner que Louis II voulait encore faire représenter la même année. On sait qu'en matière de théâtre et d'opéra, le Roi attachait une grande importance à la restitution historique des lieux évoqués et des costumes. Le Roi et son frère furent salués par le commandant du château, le major d'Arnswald, qu'ils prièrent de les laisser visiter seuls les lieux, car le Roi voulait s'imprégner de ce château à ses yeux sacrés sans qu'on le lui commentât. Il fut complètement transporté par la visite de la salle des chanteurs et des pièces avoisinantes, au point qu'il fit réaliser la salle des fêtes de Neuschwanstein en s'inspirant de la salle des chanteurs de la Wartburg. La visite de la Wartburg fut décisive pour la conception de Neuschwanstein: le château surplombant Eisenach fut l'un des modèles de Louis II pour son château de Schwangau lors de sa planification en mai 1868. Louis II envoya son architecte, Eduard Riedel, et le décorateur de théâtre Christian Jank en voyage d'étude à la Wartburg, dont ils devaient ramener plans, dessins et croquis. Le roi se fit aussi livrer des dessins et des plans par Anton Seder et le peintre Michael Vetter, qui avait réalisé une partie des peintures murales de la Wartburg. Après leur voyage d'étude, Riedel et Jank modifièrent leurs plans pour Neuschwanstein, notamment  pour obtenir l'effet d'un château s'étirant dans la longueur, comme à Eisenach.

Peu après son retour en Bavière, le Roi se remit en route pour Paris, où il souhaitait visiter l'exposition internationale. Anecdote piquante, le Figaro du 24 juin 1867, qui évoque quotidiennement les activités des têtes couronnées présentes à Paris lors de l'exposition, était au courant de la visite du Roi Louis II à la Wartburg et en rendit compte, en page 2,  dans sa section Paris au jour le jour, ce qui nous indique que l'incognito ne pouvait pas vraiment être respecté. Voici ce qu'on y lit: 

     Un roi bien différent, c'est Louis II, souverain de la Bavière vantée pour sa bière. L'autre jour il va visiter le Wartbourg, le château de Minnesingers et la sainte duchesse de Thuringe, Elisabeth. 
   Le major d'Arnswald, informé de la présence du roi, s'empressa d'accourir pour lui faire les honneurs du château, mais le roi Louis- demanda.qu'on le laissât visiter seul ces salons pleins de grands et légendaires souvenirs. Il resta longtemps seul dans la grande salle du Barde, perdus dans l'évocation du passé.
   Le roi est allé aussi visiter le fameux Horselberg et la grotte que l'on nous représente dans le Tannhauser, de Wagner comme ayant été la résidence de Vénus.
   Prenez garde, sire: votre bon frère le roi de Prusse n'a pas ces attendrissements-là, et M. de Bismark ne baye point d'ordinaire à la lune,et aux étoiles. 

Dans le dernier paragraphe, le Figaro met en garde le Roi contre les agissements de la Prusse, la France d'alors percevait déjà que la Bavière dirigée par un Roi-lune amateur d'opéras et de belles lettres pourrait bien se faire avaler par son voisin bien plus guerrier. Cela devait s'avérer prémonitoire.

La grotte de Vénus du Hörselberg et celles de Louis II ont un accès bien similaire

Grotte de Vénus au Hörselberg (photo Metilsteiner 1986)

Tannhäuser dans la Montagne de Vénus.
Peinture murale dans le cabinet de travail de Neuschwanstein, par Joseph Aigner

Entrée de la grotte de Vénus à Linderhof

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