samedi 25 mars 2017

Le chant du Roi, un récit de Martine Magnaridès

L'auteure

Martine Magnaridès (Martine Magnard Athanasiadès)

Romancière suisse d'origine française, Martine Magnaridès, (Martine Magnard Athanasiadès) est née à Sallanches (Haute-Savoie) le 19 juin 1936. Après des études de lettres à Lyon et à Fribourg-en-Brisgau, elle enseigne plusieurs années en France, en Afrique, en Suisse, en Allemagne.

Elle s'intéresse à tous les genres littéraires: roman, nouvelle, récit, théâtre radiophonique. On lui doit des traductions d'auteurs suisses alémaniques. Elle collabore épisodiquement à des revues et journaux.

Elle a publié depuis 1970 treize ouvrages, dont en 1983,  Le Chant du Roi, un récit consacré aux derniers jours du Roi Louis II de Bavière


Présentation de l'ouvrage par Jean-Louis Kuffer

Avec une maîtrise et un tact impressionnants Martine Magnaridès allie en un tout harmonieux les faits avérés et les émotions ranimées – le tintamarre de l’Histoire en marche et la musique intérieure du roi en ses derniers instants. De fait, tout est joué lorsque commence « Le Chant du Roi ». Trahi et piégé, il tombera incessamment aux mains des hommes gris qui, par définition, ne peuvent le comprendre ni l’aimer. Tout est donc accompli de cette passion artiste ; et, cependant, l’art de l’écrivain consiste à restituer, dans l’ultime suspens de ce « finale » tragique, l’essentiel d’une vie soumise à l’idéal de beauté et de pureté, fût-ce dans le trouble et le tourment. Avec une sûreté narrative, une science des alternances et des recoupements, et une concision qui en assurent la base, ce récit tout de mouvements et d’élans, de nuances et de lyrisme, a le mérite, enfin, de recomposer le portrait frémissant de sensibilité d’un être que la mort seule pouvait délivrer du poids du monde et de ses propres spectres.

Jean-Louis Kuffer
La Tribune,
15 janvier 1984

Référence bibliographique

Magnaridès, Martine, Le chant du Roi: les dernières heures de Louis II à Neuschwanstein ; récit, Lausanne, Ed. de l'Aire, 1983,  112 pp.

Juxtapositions poético-photographiques: le lézard du Laintal et les poètes de France et de Belgique



Le Lézard
Robert Desnos (1900-1945)
in  "Chantefables"

Lézard des rochers,
Lézard des murailles,
Lézard des semailles,
Lézard des clochers.

Tu tires la langue,
Tu clignes des yeux,
Tu remues la queue,
Tu roules, tu tangues.

Lézard bleu diamant
Violet reine-claude,
Et vert d’émeraude,
Lézard d’agrément !




Le lézard
Jacques Prévert (1900-1977)

Le lézard de l'amour
S'est enfui encore une fois
Et m'a laissé sa queue entre les doigts
C'est bien fait
J'avais voulu le garder pour moi.




Le lézard
Maurice Carême (1899-1978)
in "Pigeon vole"

Le lézard a dit : "Oui,
Je voudrais être abeille."
Mais il a trop dormi
Dans les bras du soleil.

Il a pris peu à peu
La couleur de la pierre,
Lui qui était de feu,
De menthe et de lumière,

Lui qui glissait léger
Comme un fil de clarté,
Le voilà plus obscur
Que la fente du mur.

Le lézard a dit : "Oui,
Je voulais être abeille."
Mais il s'est endormi
Dans les bras du soleil.





Le lézard
Auguste Brizeux  (1806-1858)

À Berthel.

Avec une jeune veuve,
Tendre encor, j’en ai la preuve,
Parlant breton et français :
En causant de mille choses,
Par la bruyère aux fleurs roses,
Tout en causant je passais.

C’etait en juin, la chaleur était grande:
Sur le sentier qui partage la lande,
Au beau soleil se chauffait un lézard ;
Et dans ses tours, ses détours, le folâtre
Faisait briller son dos lisse et verdâtre
Et secouait la fourche de son dard.

Mais hélas ! à notre approche,
Le petit fou vers sa roche
Fuit, et pour le rappeler,
Pour rappeler ce farouche,
Sur un air des bois ma bouche
Longtemps s’épuise à siffler.

Ô mes amis, ne plaignez pas ma peine !
Car sur mon bras cette amoureuse Hélène
Tenait posé son bras flexible et rond ;
Et par instants une mèche égarée,
De ses cheveux une mèche cendrée
Avec douceur venait toucher mon front.

Certe, à lézard et vipère
Tout siffleur vendrait, j’espère,
À ce prix-là ses chansons,
Sans trouver l’heure trop lente,
Ni la chaleur trop brûlante,
Ni trop maigres les buissons.

Donc croyez-moi, dans cette heureuse pose,
Sous le soleil et jusqu’à la nuit close
J’aurais sifflé fort gaiement ; mais voilà,
Mes bons amis, voilà que le vicaire,
Vêtu de noir et disant son rosaire,
Pour mon malheur vient à passer par là :

« Cœurs damnés ! musique infâme !
« Holà ! holà ! jeune femme,
« Si vous craignez par hasard
« Le purgatoire où l’on grille,
« Quittez ce siffleur de fille,
« Ce beau siffleur de lézard ! 




Frédéric Mistral (1830-1914)
Inscription pour le cadran solaire de sa maison de Maillane

Gai lézard, bois ton soleil!
L'heure ne passe que trop vite, 
Et demain il pleuvra peut-être.


Charles Marie René Leconte de Lisle 
in Poèmes barbares (1862), La Ravine Saint-Gilles

A la pente du roc que la flamme pénètre, 
Le lézard souple et long s'enivre de sommeil, 
Et, par instants, saisi d'un frisson de bien-être, 
Il agite son dos d'émeraude au soleil.


Crédit photographique: Luc Roger
Lieu des prises de vue: Mittenwald, Laintal, 25 mars 2017

vendredi 24 mars 2017

Médaille Louis II aux cheveux ondulés (détail)


Grandes héroïnes wagnériennes: Margarete Matzenauer

Margarete Matzenauer en Walkyrie à Munich en 1909
(Carte postale, collection privée)

Biographie

Margarete Matzenauer est née en Hongrie, à Temesvár, le 1er Juin 1881 de parents musiciens: son père était chef d'orchestre et sa mère chanteuse. Elle étudia le chant à Graz, puis à Munich avec Ernst Preuse, qui devint son mari en 1902.

En 1901, elle chanta Puck dans Oberon à Strasbourg, où elle chanta pendant trois saisons. En 1904, elle devint membre de la troupe du Théâtre de la cour de Munich, où elle se produisit pendant sept saisons.

Elle fit ensuite ses débuts à Covent Garden à Londres.

En 1914 elle chanta Ortrud dans Lohengrin sous la direction d'Arthur Nikisch. Cette même année, elle interpréta une mémorable Isolde au Théâtre des Champs-Élysées à Paris.

Le 13 Novembre 1911, elle fit ses débuts au Metropolitan Opera à New York comme Amneris dans Aida de Verdi. Elle y chanta ensuite Brangäne, la Walkyrie et Waltraute dans le Crépuscule des dieux.

A New York, elle chanta dans pas moins de 380 représentations dans un très large répertoire: Aida, Orfeo, Laura dans La Gioconda, Ulrica dans Un ballo in maschera, Léonore dans Fidelio, Dalila, Santuzza dans Cavalleria Rusticana, Azucena dans Il trovatore, Carmen, Contessa dans le Nozze di Figaro, Marina dans Boris Godounov, Eboli dans Don Carlo, la veuve de Sexton dans Jenufa, la Grande vestale dans La vestale, Isolde et Brangäne dans Tristan et Isolde, Ortrud dans Lohengrin, Erda et Brünnhilde dans Siegfried, Kundry dans Parsifal, Fricka dans L'Or du Rhin et la Walkyrie. 

Pendant la Première Guerre mondiale, elle resta aux Etats-Unis avec son second mari, le ténor Ferrari-Fontana, dont elle divorça ensuite pour épouser Floyd Goltzbach.

Après sa retraite, elle se consacra à l'enseignement en Californie et à New York, où en 1934, elle chanta encore Dalila et donna un dernier récital en 1938.

Margarete Matezenauer est décédée à Van Nuys, en Californie, le 9 mai 1963.


Margarete Matzenauer en Fricka à Munich en 1909
(Carte postale, collection privée)


La voix

Mezzo-soprano dotée d'un timbre chaud et d'une tessiture vocale extrêmement large, elle interpréta également avec succès et tout au long de sa carrière tant des rôles de soprano que de contralto. Sa voix puissante la porta naturellement à interpréter des héroïnes wagnériennes dramatiques. Et à la fois, sa technique de chant impeccable lui a permis d'aborder le répertoire de l'agilité, avec un exemple notable: Fidès dans Le Prophète.

Ele pouvait également chanter des rôles de soprano lyrique, comme la comtesse Almaviva dans Les Noces de Figaro.

Néanmoins, on peut dire que sa force était le domaine de la mezzo-soprano italienne traditionnelle: Amneris, Ulrica, Azucena, Laura, Eboli et les héroïnes de la voix profonde française: Dalila et Carmen.

Extraits du Prophète et de Faust


jeudi 23 mars 2017

La première de Tristan et Yseult à Paris en octobre 1899. Une coupure de presse.


M. Gibert (Tristan)

Mlle Litvinne (Yseult) (Cliché Cautin et Berger.)

Coupure de presse in La Vie au grand air : revue illustrée de tous les sports du 12 novembre 1899. éditée par P. Lafitte (Paris), page 5.

Le texte

     La présentation au public dilettante wagnérien de Tristan et Yseult (ou plutôt, pour être dans la note juste : Tristan et Ysolde) fut un événement musical de la plus haute saveur.
    Tout l'honneur en revient à M. Lamoureux, le chef d'orchestre modèle, quoiqu'irascible et à M. Willy Schütz, un wagnérien parisiennant, quoique russe !
     Il y a longtemps déjà que bien des wagnériens car-ressaient le rêve de voir représenté en France l'opéra magistral du maître allemand.
      M.Willy Schütz qui possède, outre une infatigable activité, des relations nombreuses dans le monde musical, s'aboucha avec les fervents, je devrais dire les ferventes admiratrices de Wagner, que préside la comtesse Greffulhe*; nombreuses furent les fines mains aristocratiques qui tendirent avec empressement leur obole pour édifier cette œuvre gigantesque et sublime.
      L'interprétation est hors de pair: Mme Litvinne est la plus parfaite des Ysolde: elle fut une amoureuse d'adorable tendresse..! au deuxième acte, et chanta avec un merveilleux lyrisme l'hymne final. Mlle Brema a remporté un petit triomphe dans le rôle de Brangaëne; quant à M. Gibert, un Tristan superbe, le rôle écrasant l'a laissé au second plan et MM. Vallier et Sainprey ont vaillement tenu leur partie à ses côtés.

Géo Lange

*La comtesse Elisabeth Greffulhe organisa en octobre 1899 la première représentation parisienne de Tristan et Isolde .