vendredi 29 mai 2020

Monatsheft Musik für Alle - Lohengrin Heft.


Musik für Alle. Monatshefte zur Pflege volkstümlicher Musik
. Redaktion: Bogumil Zepler. (Nr.1: November 1904.)Berlin-Wien: Verlag Ullstein & Co. (D) Jahrgang 1.1904/1905–1937, Nr. 313

jeudi 28 mai 2020

Les peintures munichoises du peintre Sergueï Sovkov. Prochainement à la Kunstbehandlung de Munich.

Le peintre d'origine russe Sergueï Sovkov annonce que le galeriste Kunstbehandlung de Munich  exposera prochainement (date encore à déterminer, voir le site du galeriste) quelques-unes de ses  toiles avec pour thème des vues urbaines munichoises. Il nous a fait le grand plaisir de nous autoriser à les présenter en avant-première. 

Un document consultable sur internet montre la méthode utilisée par l'artiste pour composer une œuvre. À partir de photographies, il choisit des éléments qu'ensuite il réunit en une composition harmonieuse où figures statiques et en mouvement illustrent différentes attitudes des sujets. Il ne cherche pas ensuite à reproduire les personnages le plus fidèlement possible mais grâce à la couleur, au traitement qu'il fait subir à la pâte, avec une «mosaïque» d'empâtements le plus souvent vivement colorés, il donne à l'image une vigueur, un éclat qui donnent à l'œuvre sa singularité. (source : paragraphe extrait de wikipedia)







© Serguei Sovkov 

Pour suivre l'artiste via son facebook : https://www.facebook.com/sergey.sovkov

Wagner / Meistersinger — Musik für Alle Monatsheft Jahrg. IV.


Musik für Alle, IV. Jahrgang (ca. 1908/1909)

Musik für Alle. Monatshefte zur Pflege volkstümlicher Musik. 
Redaktion: Bogumil Zepler. (Nr.1: November 1904.)Berlin-Wien: Verlag Ullstein & Co. (D) Jahrgang 1.1904/1905–1937, Nr. 313

mercredi 27 mai 2020

Mittenwald 1918 — Farbenphotographie


Les logis parisiens de Richard Wagner

Un article de José Théry dans L'Oeuvre* du 21 mai 1941.

LES LOGIS PARISIENS DE RICHARD WAGNER

 Richard Wagner ,en 1839, après avoir vécu difficilement à Magdebourg, à Könisberg et à Riga, arrive à Paris, avec sa femmeMinna et son terre-neuve. Les déboires ne l'épargnèrent point. Ainsi que ceux à qui la fortune est contraire, il dut changer fréquemment de logement.
  En suivant un artiste dans ses différents domiciles, on connait mieux sa vie intime ; et puis, parmi ces étapes, on trouve celles qui de préférence appellent les pieux pèlerinages.
  Nous devons à M. Roger Commault, qui s'intitule modestement « Collectionneur sur R. Wagner », les renseignements très précis que voici :
  En débarquant à Paris, R. Wagner s'installe le 15 septembre 1839, 3, rue de la Tonnellerie, où il réside jusqu'au 14 avril 1840. Ensuite, il se transporte 25, rue du Helder et y séjourne du 15 avril 1840 à mai 1841. Quittant la rue du Helder, il se retire à la campagne, à Meudon, dans une petite maison, avenue du Château. Il y achève, en sept semaines, l'esquisse musicale du Vaisseau fantôme. L'automne le ramène à Paris. Nouvelle installation 14, rue Jacob, le 15 octobre 1841 et qui se prolonge jusqu'au 7 avril 1842.
    A cette date, il regagne l'Allemagne. Il compose Lohengrin, Tannhäuser. Ces chefs-d'oeuvre ne lui apportent ni gloire ni bonheur. Il souffre de l'injustice de la critique et de la malveillance de l'administration du théâtre de Dresde, enfin de la jalousie implacable de Meyerbeer qui lui barrait la route à Berlin et l'empêchait d'y faire représenter ses ouvrages. Le pessimisme de Wagner s'exalte ; il accuse la société tout entière ; il adopte les opinions révolutionnaires et entre dans le parti socialiste. Il prend part à une émeute. Et, pour éviter une condamnation, il est obligé de fuir en Suisse... » (Paul Landormy). Après un séjour sentimentalement mouvementé, d'où sortira Tristan et Isolde, il revient en France. Première installation, 16, rue Newton, qu'il quitte pour s'installer 3, rue d'Aumale, où il habite au second étage, du 15 octobre 1860 au 15 mars 1861.  
   Nouvelle station du calvaire. Richard Wagner, par l'intervention personnelle de Napoléon III obtient que son Tannhäuser soit représenté à l'Opéra. Malgré la protection impériale, la pièce tombe, victime d'une odieuse cabale et n'est jouée que trois fois en mars 1861. L'aristocratie poursuivait de sa haine le révolutionnaire de 1848. Les musiciens, Meyerbeer à la tête, menaient aussi l'opposition. La critique les suivait à l'exception de Baudelaire, Barbey d'Aurevilly, Emile Ollivier, Théophile Gautier, Reyer, Catulle Mendès, Jules Janin.
   Richard Wagner souffrit grandement de cette abominable injustice. Et c'est dans son appartement de la rue d'Aumale qu'il dévora son chagrin. Il est donc naturel que les fervents admirateurs du grand maître s'arrêtent pieusement devant cette simple demeure où pleura le génie méconnu et tourmenté. Une plaque ne devrait-elle pas le rappeler ? M. Roger Commault veut bien me signaler en outre un endroit où Richard Wagner fit un bref séjour de trois semaines,, en octobre et novembre 1841 : la prison de la rue de Clichy. C'était là que les créanciers impitoyables, pouvaient faire incarcérer le débiteur insolvable. La contrainte par corps existait alors, même pour les dettes civiles et commerciales. Elle ne fut abolie que par la loi du 22 juillet 1867. Cette odieuse prison s'élevait à l'emplacement occupé actuellement par l'immeuble portant le numéro 60 de la rue de Clichy. Si elle n'avait pas été démolie, je demanderais qu'une plaque dei marbre fût placée sur la façade avec cette inscription : ,
   " Ici, en octobre et novembre 1841, fut détenu le grand musicien Richard Wagner parce qu'il ne put payer une dette de... ! "
   M. Roger Commault, chercheur infatigable, devrait retrouver le nom de ce féroce créancier avec l'indication de la somme que ne put payer l'auteur de Lohengrin.
   La rue d'Aumale fut la dernière, station du calvaire à Paris. Ensuite R. Wagner s'engagea sur lai voie triomphale où l'accueillirent la gloire et la fortune, jusqu'au jour de sa mort, à Venise, le 13 février 1883. Sans doute connut-il encore une station douloureuse : la vieillesse. Pour un passionné tel que lui, c'est la pire. La jeunesse est capable de consoler de bien des déboires; mais pour le chantre de Tristan et Isolde aucune gloire, aucune richesse ne peuvent faire oublier les disgrâces irréparables de la vieillesse.

José THERY.

* L'Œuvre est un périodique français de la première moitié du xxe siècle. Engagé à l'origine à gauche, le journal passe à la collaboration et à l'antisémitisme pendant l'Occupation, ce qui mène à sa fin.

mardi 26 mai 2020

Richard Wagner et le chiffre 13 — Une fatalité ?


   Le chiffre 13 plane sur l'existence de Richard Wagner dont le nom et le prénom renferment treize lettres et qui, né en 1813 mourut le 13 février 1883, après avoir fait représenter pour la première fois à Paris, au milieu d'un tumulte furieux, Tannhäuser, le 13 mars |1861 (voir l'image ci-dessus), laquelle oeuvre fut reprise le 13 mai 1895.

   Dès son enfance, Richard Wagner redoutait le nombre 13, parce qu'il se rendit vite compte, — c'est le cas de le dire, — qu'il avait 13 lettres à son nom et était né en 1813, et que de plus si on fait l'addition des chiffres qui composent le millésime de son année de naissance on arrive au total de 13.
   Dînant un jour chez son beau-frère Brockhaus, il fut saisi d'une véritable terreur en constatant qu'on était 13 à table. Après la représentation du Tannhäuser à Paris, il écrivit à sa soeur : « Pense donc, comment pouvais-je réussir avec cet enfant de ma douleur ; le néfaste nombre 13 recommence à me poursuivre; lorsque j'écrivis la dernière note de la partition et mis la date au-dessus, je remarquai que c'était le 13 avril, il n'y aura pas de mal peut-être, pensai-je. Enfin, après beaucoup de tergiversations, la malheureuse pièce fut représentée, et à quelle date ? Que le diable enlève tout le calendrier ! Encore un maudit 13 (13 mars 1861). N'est-ce pas un sort ? " Wagner est mort le 13 février 1883, dans son palais Vendramin, à Venise.
   Et du paradis des compositeurs, il put constater avec effroi que son mécène et protecteur mourut le ... 13 juin 1886, et que son Parsifal  tomba dans le domaine public en 1913, année du centenaire de sa naissance.   Ohimè !

   Mais, si l'on considère l'oeuvre du Maître, le chiffre 13 apparaît tout aussi curieusement à des dates qui marquèrent des événements plus réjouissants :

1840. — Il termina Rienzi en 1840 à Paris, et ces chiffres donnent le total de 13.

13 avril 1845. — Achèvement de la partition de Tannhäuser.
13 novembre 1852. — Première représentation de Lohengrin, à Wiesbaden.
13 juin  1859 — Première représentation de Tannhäuser à Stuttgart.
13 décembre 1875. — Publication de la partition de Siegfried.
13 août 1876. — Première représentation de l'Or du Rhin, à Bayreuth.
13 janvier 1879. — Première représentation de La Walkyrie, à Brunswick.
13 mai 1881 — Première audition de La Walkyrie, à Berlin.
13 juillet 1882. — Première répartition de Parsifal, à Bayreuth.

  On pourrait continuer cette nomenclature ; mais la plupart de ces quelques dates prouvent suffisamment que Wagner avait tort de s'alarmer du chiffre 13... qui revient dans sa vie avec une obstination étonnante.
   Richard Wagner avait 13 ans à la mort de Weber, qui avait eu une influence si décisive sur sa vocation. Cette vocation s'est décidée le 13 octobre 1829, jour où Wagner vit le célèbre Devrient dans le Freyschutz. Notons à cette occasion que cet opéra fatidique pour Wagner fut terminé le 13 mai 1820 et fut joué pour la première fois en 1822. Le total de ces quatre chiffres ajoutés les uns aux autres donne le nombre 13. Richard Wagner débuta comme musicien en 1831, ce qui donne, de nouveau, en faisant l'addition, le nombre 13. a première soirée à laquelle Wagner fit fonction, à Riga, de chef d'orchestre fut celle du 13 septembre 1837. L'exil de Wagner après la révolution de 1848 a duré 13 ans. Il quitta Bayreuth le 13 septembre 1882 pour ne plus y revenir qu'après sa mort. Le 13 janvier 1883 il vit pour la dernière fois son beau-père et grand ami Franz Liszt, à Venise... où il mourut le 13 février 1883. L'année de sa mort fut la treizième après la fondation du nouvel Empire allemand que Wagner avait célébrée par le Kaisermarsch. Wagner mourut dans la treizième année de son union avec Cosima Liszt.


  Les personnes superstitieuses que le treizième jour du mois effraie tant et pour lesquelles un vendredi 13 est le signe de tous les malheurs estimeront peut-être que Richard Wagner avait de bonnes raisons de redouter ce nombre fatidique.
   Mais il faudrait peut-être examiner attentivement les événements marquants d'une vie et les classer sur l'échelle des trente et un nombres qui servent à compter les jours de nos mois. On arriverait très probablement à démontrer que les événements, heureux ou malheureux, s'y répartissent avec une indifférente égalité.

   Nous laisserons le lecteur en décider, si tant est qu'il est arrivé au bout de cet article sans se rappeler la réplique de Chrysale :


Je n’aime point céans tous vos gens à latin,
Et principalement ce Monsieur Trissotin.
C’est lui qui dans des vers vous a tympanisées,
Tous les propos qu’il tient sont des billevesées,
On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé,
Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé.

... et se dire que ce post l'a bien tympanisé, car ces superstitions ne sont que billevesées et pour pour faire cette recherche son auteur doit avoir le timbre un peu fêlé. 

©  Luc-Henri Roger

lundi 25 mai 2020

Le Wagner de Gabriel Bernard — A propos des origines de Richard Wagner



FEUILLETON DU TEMPS DU 30 AOÛT 1933

Richard Wagner, par M. Gabriel Bernard 
A propos des origines de Richard Wagner 

   L'année 1933 pourrait être appelée l'année Richard Wagner. Depuis six mois, il n'est pas centre musical où n'ait été célébrée de façon plus ou moins digne la mémoire du grand compositeur allemand. On a pris pour prétexte de ces cérémonies variées la célébration du cinquantenaire de la. mort du maître saxon. Les spectacles wagnériens qui viennent d'être donnés ces jours derniers avec pompe et prestige à Bayreuth, à Salzbourg, à Munich ont été placés sous le même signe commémoratif. La série des drames lyriques joués à Bayreuth a même été intitulée « Cycle du cinquantenaire ».
   Parallèlement à ces solennités, de nombreuses études concernant l'illustre musicien ont été publiées dans la presse et en librairie. J'ai pu vous en signaler quelques-unes au passage. Je voudrais attirer aujourd'hui votre attention sur le livre de M. Gabriel Bernard, Richard Wagner, son œuvre, sa vie romanesque et aventureuse (1), et sur un article de la Neue Zürcher Zeitung (2).
   M. Gabriel Bernard n'a pas prétendu nous faire des révélations sur Richard Wagner. Il s'en est tenu aux instructions de ses prédécesseurs. Au moment de la création en France de Parsifal, il avait fait paraître une brochure des plus suggestives, le Wagner de Parsifal. C'est cet essai, augmenté de quelques chapitres, enrichi des récents documents de l'érudition bayreuthienne qu'il nous rend actuellement.
   Sans se faire passer pour un expert de qualité imposante, M. Gabriel Bernard pense pour son propre compte, parle en son propre nom de la manière la plus agréable et la plus piquante. Il ne se donne pas le ridicule de découvrir le génie de Wagner. Il ne veut pas non plus embrasser l'oeuvre dans toute son étendue et sa diversité. Après avoir largement crayonné la figure du vieil enchanteur et dégagé ses traits essentiels, il a groupé de-ci de-là quelques impressions franches, qui méritent d'être connues.
   Fort ingénieusement, M. Gabriel Bernard pense que Richard Wagner a pris conscience de sa force créatrice, pendant son premier séjour à Paris, de 1829 à 1842. « C'est à Paris, écrit-il, et grâce à Paris, que Wagner fait le retour sur lui-même qui décide de son avenir. C'est à Paris qu'il commence à savoir où il va. C'est à Paris qu'il aura renouvelé sa vision du monde et de l'art. »
   Avant son arrivée en France, Richard Wagner n'avait composé que les Fées, la Défense d'aimer et les deux premiers actes de Rienzi. Il s'était conformé aux traditions régnantes et ne songeait pas à briser le moule du vieil opéra. A Paris, il écrit le Vaisseau fantôme et trace les plans de Tannhäuser et de Lohengrin. 
   Wagner a-t-il été, comme on le prétend, si outrageusement méconnu dans notre capitale, lorsqu'il y apparut pour la première fois ? Il n'était alors âgé que de vingt-six ans. Il était parvenu à faire figurer son nom, à côté de celui de Berlioz, sur la manchette de la Gazette musicale. La Défense d'aimer avait été reçue par Joly, directeur de la Renaissance. Malheureusement, le théâtre fit faillite avant d'avoir représenté l'ouvrage, Le directeur de l'Opéra avait acheté pour cinq cents francs le livret du Vaisseau fantôme. Sur l'intervention de Meyerbeer, la partition du Vaisseau fantôme allait être exécutée au théâtre de la cour de Berlin. Enfin l'intendant du théâtre royal de Dresde s'était engagé à jouer Rienzi. Sans doute, les profits que Wagner tirait de ses travaux personnels étaient des plus maigres. En compagnie de sa première femme, Mina, il menait à Paris une existence misérable. Il en était réduit à louer « en garni » une chambre de son appartement, d'abord à une vieille demoiselle, Mlle Leplay, puis à un commis-voyageur, Brix. Mina s'acquittait sans en murmurer, des besognes du ménage et « cirait les chaussures du locataire ». Mais, existait-il beaucoup de musiciens qui, à l'âge qu'avait à l'époque Wagner, avaient vu couronner tous leurs efforts et qui, comme l'auteur du Vaisseau fantôme, étaient touchés d'un rayon de gloire ?
  A ce jeune Wagner, errant famélique, dans les rues de Paris, et « héros balzacien », vont ouvertement les préférences de M. Gabriel Bernard. Notre biographe compare le musicien à Lucien de Rubempré. Les trois amis qui vivaient à cette date auprès de Richard Wagner, le mystérieux bibliothécaire Anders, le peintre Ernest Kietz et le philologue Lehrs avaient eux-mêmes des physionomies balzaciennes.
   M. Gabriel Bernard va jusqu'à nous dire que « Balzac avait prévu Wagner ». Deux ans avant le premier séjour du grand musicien en France, Honoré de Balzac avait publié une nouvelle dont le principal personnage avait des traits de ressemblance saisissants avec Wagner. Les théories musicales et les ambitions artistiques que le fameux romancier, prêtait à Gambara étaient celles-là mêmes que l'auteur de Tristan allait faire plus tard triompher.
   Gambara vient à Paris avec sa jeune femme, tout comme Wagner. Il est pauvre. Il rêve de conquérir le public français à ses idées sur le théâtre lyrique. « Il est le précurseur de l'évolution musicale du siècle. » Au comte Andrea Marcosini il confie que le spectacle musical, tel qu'il le conçoit, doit s'adjoindre les autres modes d'expression de l'art et annonce qu'il travaille à un ensemble de irois opéras. à une trilogie, dont il est lui-même, le librettiste. « Je devais donc, ajoute-t-il, trouver un cadre immense où puissent tenir les effets et les causes, car ma musique a pour but d'offrir une peinture de la vie des nations, prise à son point de vue le plus élevé. Le Dieu de l'Occident, celui de l'Orient, et la lutte de leurs religions autour d'un tombeau. » II est certain qu'il y a des rapports troublants entre les thèses soutenues par Gambara et celles que Wagner allait mettre en pratique et propager par la suite. Les grands créateurs, à quelque catégorie qu'ils appartiennent ont, ainsi, un don de divination et d'anticipation. Un critique allemand a publié, il y a quelques années, un ouvrage pour nous démontrer que Richard Wagner avait, de son côté, imaginé des personnages qui allaient ultérieurement s'incarner tels qu'il les avait rêvés.

   M. Gabriel Bernard compte pour peu l'influence de Richard Wagner sur les musiciens et les littérateurs français. Selon lui, Bizet, Mâssenet et Saint-Saëns y ont échappé. Il oublie d'ajouter à cette liste Gounod, Delibes, Gabriel Fauré, Claude Debussy, M. Maurice R.avel. Il ne nous dit pas non plus le pouvoir que Wagner a exercé, par contre, sur les esprits de Vincent d'Indy, d'Albéric Magnard et d'autres compositeurs.
   Pour terminer, il écrit que « depuis l'événement Wagner, d'autres événements musicaux se sont produits, qui apparaissent de nature à modifier bien des conceptions touchant l'auteur de Parsifal. » Parmi ces « événements », il cite tout d'abord l'éclosion de la musique russe et « l'effort de l'école française ». Il a raison de faire la part des apologies fanatiques dont a été l'objet l'auteur de la Tétralogie. Regrettons qu'il n'aborde pas le fond de la question. Commandé par un système expéditif ou prudent, il ne touche pas les points vifs. Il se tient à la lisière ou ne va qu'à mi-chemin ou à l'aventure. Il tourne d'un peu loin autour de son sujet et ne nous offre qu'une vision éparse, à distance et comme à vol d'oiseau de l'œuvre gigantesque de Richard Wagner.

   Quoi qu'il en soit, le livre de M. Gabriel Bernard plaît pour son aimable aisance, pour sa variété amusante. Le public y trouvera son divertissement, son compte.
   Sans trop vouloir démêler le vrai du faux, ni faire grand fracas, ni creuser à fond, notre spirituel confrère nous donne une description, d'une touche alerte et facile, de la vie frénétique du maître saxon. Il ne s'intéresse, pour ainsi dire, qu'aux scènes secondes de la biographie de Wagner. Il pose ses limites avec une sincérité qui lui attirera bien des sympathies.

  Des quelques légères erreurs qui se sont glissées dans cette étude intime et sans attirail oratoire, nous ne relèverons qu'une seule. M. Gabriel Bernard avance que la mère de Wagner s'est remariée avec Geyer « moins de deux ans » après la mort de son premier époux. Or, ainsi que nous l'avons établi, c'est exactement neuf mois après le décès de Karl-Friedrich-Wilhelm Wagner et sans même attendre les délais légaux que sa veuve, Johanna-Rosina s'unissait en secondes noces à Ludwig Geyer. Cette rectification nous engage à revenir sur la polémique ouverte ici même par Mme Danièla Thode, belle-fille de Richard Wagner. La discussion amorcée il y a trois mois sur les origines de Richard Wagner fait long feu. Les deux feuilletons publiés à ce sujet dans le Temps nous ont valu un grand nombre de lettres et de commentaires dans la presse. Nous nous sommes refusé à prolonger le débat, puisque de nouveaux documents n'avaient pu encore être versés au dossier.
   Seul, notre confrère de Zurich, la Neue Zürcher Zeitung, qui avait inséré deux importantes analyses de notre étude sur les origines de l'illustre musicien, a contribué utilement à l'enquête. Un de ses rédacteurs nous apporte un renseignement dont on mesurera facilement l'importance.
 Adolphe Kolarz, directeur de l'établissement de bains de Teplitz-Schœnau, en effectuant des recherches sur le séjour que Richard Wagner avait fait, en 1834, aux frais de Théodore Apels, a découvert sur les vieilles listes de voyageurs, dressées par la police, en 1817, le nom de Johanna Geyer. En poussant plus loin, il a trouvé sur les registres, où étaient inscrits les touristes, le nom de Johanna-Rosina Wagner, arrivée à Teplitz-Schœnau en juillet 1813, « venant de la maison des « Trois Faisans » de Dresde ».
   Qui donc réclamait Johanna Wagner dans la station bohémienne ? Qui l'obligeait à entreprendre le voyage, alors pénible, long, dangereux, de Leipzig à Teplitz-Schœnau ? Il faut se rappeler que Napoléon Ier avait, à cette date, son quartier général à Dresde. D'autre part, les bataillons autrichiens étaient rassemblés en Bohème et se préparaient à attaquer les armées françaises.
   Deux mois après la naissance de son fils Richard, Johanna Wagner se risque à traverser les lignes ennemies, à suivre une route encombrée de soldats et de convois en marche. Elle ne craint pas d'emmener avec elle le nouveau-né. Pour quels puissants motifs accomplit-elle ce déplacement, plein de périls et de hasards ? C'est que les journaux du temps annoncent que, depuis le 11 juin, la troupe Secondas donne des représentations à Teplitz-Schœnau. Ludwig Geyer fait partie, comme acteur, de cette troupe. Sur la liste des étrangers, détenue par la police, il est inscrit sous le numéro 360. Il loge dans la maison des « Trois Dorés », qui devait avoir plus tard comme enseigne « Au prince de Ligne». Johanna Wagner vient le rejoindre là. Elle est partie de Leipzig aussitôt après ses relevailles. Elle a tenu à présenter à Ludwig Geyer son dernier-né Richard. Le 10 août suivant, l'armistice a pris fin. Tous les étrangers et, parmi eux, Gœthe et les comédiens de la troupe Secondas, sont invités à à quitter sur-le-champ Teplitz-Schœnau. Johanna Wagner regagne précipitamment Leipzig. Dès son retour, le 16 août, a lieu le baptême de Richard, en l'église de Saint-Thomas, illustrée par Jean-Sébastien Bach. Au même moment, la bataille de Dresde est commencée. Blücher est vaincu par MacDonald. Les armées prussiennes et autrichiennes battent en retraite.
   Remarquez qu'à l'époque Frédéric Wagner vivait encore. (Il ne devait mourir que le 22 novembre suivant.) Johanna-Rosina n'hésitait pas à laisser à Leipzig son mari et ses huit enfants, pour accourir auprès de Ludwig Geyer, à Teplitz-Schœnau. Déjà l'été précédent, elle avait été tenir compagnie à Geyer, qui était engagé dans la troupe de la ville d'eaux de Bohême. Neuf mois plus tard, Richard venait au jour.
   Le rédacteur de la Neue Zürcher Zeitung voit dans ces faits la preuve absolue que Richard Wagner est bien le fils de Ludwig Geyer. Nous attendons d'autres informations plus positives pour nous prononcer là-dessus.
  Encore une fois, nous n'attachons qu'une importance secondaire aux circonstances intimes de la paternité réelle ou supposée de Ludwig Geyer. Ce qui domine dans notre esprit, c'est l'œuvre de Richard Wagner.
   Or, elle n'a jamais été portée plus haut que de nos jours. Cinquante ans après la mort du maître, elle semble sortir du domaine de l'arfi et de la pensée pour entrer dans celui de la vie. Durant cette année 1933, l'année Wagner, elle exerce une action suprême sur le destin, de l'Allemagne en formation.
   Le wagnérisme, selon l'expression de M. Guy de Pourtalès, est devenu, de l'autre côté du Rhin, religion d'Etat. Rien ne limite son pou-j voir. Quel artiste autre que Wagner aurait rêvé, pour la commémoration du cinquantenaire de sa mort, une gloire si entière ? Le grand musicien, paraît avoir fixé, en ce moment, tout le monde à son signe et sous son astre. 

Henry Malherbe.

(1) Richard Wagner, son œuvre, sa vie romanesque et aventureuse, nouvelle édition revue et corrigée de Le Wagner de Parsifal, par M. Gabriel Bernard. (Editions Jules Tallandier.)
(2) Neue Zürcher Zeitung, numéro du 16 juillet 1933.