dimanche 22 janvier 2017

Siegfried Wagner et la particule: ragots et humour parisiens en 1911

En 1911, la revue La Vie Parisienne égratignait Siegfried Wagner avec un humour bien français, cette forme d'esprit qui souvent privilégie l'esprit ou le bon mot sur la réalité. Le titre de la page qui rapporte notre anecdote s'intitule On dit...On dit..., ce qui en dit long sur l'exactitude journalistique. Mais voilà, le bon mot n'est pas trop mauvais, aussi le rapportons-nous à notre tour.

Gloire et Noblesse.

     Où la vanité de la particule ne va- t-elle pas se nicher? On comprend que des bourgeois veuillent être gentilshommes; il est tout naturel qu'un notoire épicier veuille s'appeler, un jour, « Monsieur le Baron » : une couronne, pour certaines gens, n'est qu'une enseigne aristocratique, et quand on a peiné toute sa vie pour faire reluire sa "raison sociale", il n'est guère surprenant qu'on ait la passion d'un titre nobiliaire. Mais les littérateurs, les artistes, dont le front est chargé de lauriers, quel sot amour-propre les pousse à vouloir se coiffer encore d'un tortil?...
     Siegfried Wagner, qui à la gloire mondiale de son père a ajouté une estimable renommée personnelle, ne juge pas que son nom soit assez ronflant. Il le juge commun. Il trouve qu'il y manque je ne sais quoi qui en relève la sonorité. Bref, le fils de Richard et de Cosima, a demandé à l'empereur d'Allemagne d'ajouter un "de" à son nom.
     Guillaume II, qui a de l'esprit, a accueilli la requête de son illustre solliciteur avec un sourire ironique:
— Ma foi, dit-il, vous avez peut-être raison; j'aime mieux Siegfried, de Wagner, que Siegfried Wagner.

Image et texte in La Vie parisienne : moeurs élégantes, choses du jour, fantaisies, voyages, théâtres, musique, modes , Paris, 14 janvier 1911, page 3.

Petit buste du Roi Louis II en albâtre



Trouvé sur la toile, petit buste du Roi Louis II en albâtre, 26 X 12 X 16 cm  3,4 kg
A vendre sur le net

samedi 21 janvier 2017

Deux caricatures de Richard Wagner



Trouvées sur la toile. Source et auteur inconnus.

Belles promenades bavaroises: dans les glaces du Laintal enneigé



















Une distribution de rêve pour la reprise du Don Carlo de Verdi au Bayerische Staatsoper

Yonghoon Lee (Don Carlo), Christian Gerhaher (Marquis de Posa)
Photo Wilfried Hösl

Jugez du peu! Christian Gerhaher s'avance en territoire verdien en Marquis de Posa, un rôle auquel il s'était déjà essayé avec grand succès au Capitole de Toulouse, Tamara Wilson fait sa glorieuse entrée sur la scène munichoise en Elisabeth de Valois,  Yonghoon Lee avec son ténor au métal éclatant, a la voix idéale pour le rôle-titre, le jeu très intériorisé et les noirceurs de la basse Ildar Abdrakazoz jettent de nouvelles lumières (ou de nouvelles ombres) sur le personnage du Roi, Peter Lobert donne un Moine formidable, Günther Groissböck terrifie en Grand Inquisiteur aveugle et Nadia Krastewva donne une interprétation nuancée et complexe de la Princesse Eboli. Ces Géants de l'Opéra sont soutenus par la direction magique du Maestro Carignani, à la fête dans le répertoire verdien et qui mène l'extraordinaire Orchestre d'Etat de Bavière au faîte de ses performances. Tout cela dans une des meilleurs mises en scène du répertoire du Bayerische Staatsoper, celle que donna Jürgen Rose, dans son oeuvre totale de metteur en scène, décorateur et éclairagiste, en ouverture du Festival d'été de l'an 2000.

Christian Gerhaher, maître incontesté du Lied schubertien ou mahlérien, un chanteur exigeant qui aime à relever les défis musicaux les plus audacieux, fait de trop rares apparitions à l'opéra au goût du public et des directions d'opéra. Munich se souvient encore de son incomparable Orfeo (en 2014, dans la mise en scène de David Bösch) et se réjouit déjà de son retour en mai 2017 en Wolfram von Eschenbach, un des plus beaux rôles de son répertoire, puis de la soirée de Lieder qu'il donnera pendant le Festival munichois d'opéra en juillet prochain. La perfection de son interprétation du Marquis, tant sur le plan scénique que vocal, ne peut qu'être le résultat d'un travail de préparation rigoureux et de longue haleine. Christian Gerhaher est l'anti-diva par excellence: le jeu théâtral est magnifique parce qu'il est réservé, parce que ce grand artiste s'efface pour donner corps aux indécisions du Marquis de Posa, toujours avec naturel; le chant est sans effets égoïques inutiles, la diction impeccable, la projection parfaitement maîtrisée, un baryton aux couleurs élégantes et sensibles qui peut monter à la fulminance du ténor. Comme toujours avec Gerhaher, c'est l'humanité du personnage qui est détaillée.  Sans doute, la preuve étant faite par son incomparable performance verdienne, nombre de directeurs des plus grandes maisons rêveront-ils de le convaincre à des prises de rôles dans d'autres opéras du cygne de Bussetto. 

Le jeu et la voix de Christian Gerhaher se trouvent à l'exacte médiane de la basse ténébreuse aux noirceurs adamantines  d'Ildar Abdrazakov  et du ténor aux hauteurs viriles de Yonghoon Lee. Le Marquis de Posa tente de concilier l'eau et le feu d'un conflit oedipien, essaye de tempérer la morgue royale  et empêche un parricide, veut à la fois honorer la couronne et soulager les Flandres misérables d'un joug inhumain. Yonghoon Lee témoigne d'une puissance et d'une grande étendue vocale dans l'aigu avec de belles descentes vers le grave, le timbre séduit par son métal lumineux; son jeu scénique à la richesse émotionnelle contrastée le mène de la mélancolie et du désespoir aux paroxysmes hystériques d'un personnage de plus en plus torturé et brisé. Puissant au-dessus des puissants, Günther Groissböck, qui excelle dans les rôles excessifs (il reste à Munich pour Ochs von Lerchenau, dans le Rosenkavalier de février) prête sa basse formidable au Grand Inquisiteur qu'il campe en personnage haineux et impitoyable. Aux applaudissements, Groissböck arbore un énorme sourire entendu et complice avec le public qui lui réserve une immense ovation. Peter Lorbert enfin donne un moine imposant avec sa basse puissante et profonde qui mériterait sans doute qu'on lui offre la chance d'un premier rôle.

Tamara Wilson (photo Stacy Dershem)
Tamara Wilson, une jeune soprano américaine verdienne qui fait de plus en plus parler d'elle fait sa grande entrée sur la scène munichoise dans le rôle d'Elisabeth de Valois, un rôle qu'elle chante depuis la saison 2012-2013, où elle l'a interprété à Houston, et qu'elle a ensuite donné en Allemagne à l'Opéra de Francfort, où elle a joui d'une presse excellente. Cette chanteuse dramatique à la beauté altière et rubénienne frappe par son jeu passionné et entier porté par une voix puissante aux vocalises précises, qui cherche encore son chemin dans l'aigu. Son "Tu che la vanità" remporte un énorme succès. La mezzo Nadia Krasteva donne une forte présence au personnage de la Princesse Eboli, un rôle  qui demande une grande flexibilité parce qu'il exige à la fois de la légèreté et de la gaieté pour la chanson du voile et de la fureur vengeresse pour le "O Don fatale". Krasteva excelle dans les deux registres en égrenant des cascades de notes perlées dans la première et en donnant force et résonance à la seconde.

L'intelligence de la mise en scène, le charisme du Maestro Carignani, la beauté des choeurs et l'excellence des chanteurs et des chanteuses, la découverte de Christian Gerhaher dans un rôle verdien et celle de Tamara Wilson dans sa première munichoise, tout a concouru pour faire de cette reprise de Don Carlo un des grands événements de la saison munichoise.




Siegfried Wagner dans l'ombre de son père, une caricature

© Internationale Siegfried Wagner Gesellschft / Schwules Museum Berlin
Rappelons que l'exposition Siegfried Wagner: Bayreuth’s ‘Fairy’ Crown Prince s'ouvre le 17 février au Schwules Museum de Berlin.

Pour plus d'infos en français sur l'expo: cliquer ici.
 

vendredi 20 janvier 2017

Meudon 1941, une expo Wagner dans la France occupée

En 1941, en France occupée, la presse relate les manières dont la collaboration s'organise. Ainsi en mai, Le Matin rappelle qu' une exposition technique industrielle allemande expose depuis bientôt trois mois au Petit Palais. A l'opéra les artistes du groupe "Collaboration" accueillent leurs collègues allemands  du Staatsoper. A Meudon, une exposition commémore le séjour que fit Richard Wagner dans cette ville située tout près de Paris exactement 100 ans auparavant . La belle-fille de Richard Wagner, Winifred Wagner, est venue à Paris pour assister à l'exposition.  Je vous invite à visiter cette exposition au travers de coupures de presse datées de mai 1941. Les journalistes évoquent le séjour que fit  Wagner à Meudon en 1841, décrivent les objets présentés dans les vitrines de l'exposition, évoquent le vernissage rehaussé de la présence de Winifred Wagner ou de l'Ambassadeur d'Allemagne, et retranscrivent le discours collaborationniste de l'Ambassadeur  François de Brinon.

L'exposition organisée à l'occasion du Centenaire du Vaisseau fantôme eut  lieu au  Musée d'art et d'histoire de Meudon-Bellevue. Elle fut ouverte tous les dimanches du 25 mai au 3 novembre 1941. Meudon, Musée d'art et d'histoire. Les amis du musée publièrent un catalogue de l'exposition: Catalogue du Musée des amis de Meudon-Bellevue. Exposition "A Meudon en 1841" et Centenaire du "Vaisseau fantôme", tous les dimanches du 25 mai au 3 novembre 1941... In-8, 20 p., couv. ill.


Un article de Louis-Charles Royer dans Le Matin du 25 mai 1941

"POUR L'ANNIVERSAIRE. DU "VAISSEAU FANTOME"
EXPOSITION WAGNER A MEUDON

Photo illustrant l'article du Matin du 25 ami 1941
     Le 29 avril 1841, un couple se promenait dans Meudon. alors beaucoup plus champêtre que de nos jours, à la recherche d'un logement bon marché n'était Richard Wagner et son épouse Minna.
    Celui qui devait devenir l'un des plus grands musiciens le plus grand, peut-être du monde, n'était alors qu'un jeune homme de 28 ans, moitié homme de lettres moitié compositeur qui, depuis dix-huit mois qu'il habitait Paris ne connaissait guère que des déboires.
     Il loua dans le bois de Meudon une maisonnette à un étage, dont le propriétaire. M. Jadin, vieillard original il possédait douze perruques de couleurs différentes qu'il portait à tour de rôle habitait le rez-de-chaussée. C'est là que naquit Le Hollandais volant, opéra qui devait s'appeler plus tard. Le Vaisseau fantôme.
   En sept semaines, l'oeuvre était entièrement achevée, poème et musique mais Richard Wagner n'avait plus un sou vaillant, Pour faire vivre sa femme, il céda, sinon le poème, tout au moins le scénario, moyennant cinq cents francs à un librettiste qui travaillait avec un compositeur. Tel fut le premier Vaisseau fantôme, de Foucher et Dienst, qui, représenté à l'Opéra. fut un four lamentable. Le vrai. celui de Richard Wagner, devait prendre, beaucoup plus tard. une éclatante revanche.
   La Société des Amis de Meudon. que préside M. Charles Léger, animateur lettré et wagnérien convaincu, a tenu à célébrer le centenaire de l'oeuvre du plus glorieux des habitants de la petite ville Aujourd'hui, dans son musée, 1, rue du Parc, à Meudon. sera inaugurée par M. Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, une exposition consacrée tout entière à Richard Wagner.
   La belle-fille du grand musicien retrouvera là nombre de curieux et émouvants souvenirs la partition du Vaisseau fantôme, des éditions originales des premières œuvres littéraires de Wagner, son masque mortuaire au visage serein, presque souriant un portrait, peu connu, qui le représente avec sa femme, Minna, et sa muse, Mathilde Wesendonck et, détail pittoresque et touchant, la note payée par le jeune musicien à son premier hôtel de Paris 95 fr, 45 pour un mois.
    Le génie est un don magnifique mais lorsqu'on connaît les luttes que Richard Wagner dut mener pour réaliser sa vocation, on se demande si le courage, la force de volonté de ce grand Allemand ne sont pas aussi rares, aussi admirables que son génie.

Louis-Charles Royer."

On lit dans le même journal l'entrefilet suivant:

"Les artistes du Staatsoper chez ceux du groupe « Collaboration"
    
 Les sections artistiques du groupe « Collaboration ont reçu, hier aprèsmidi, chez Lucien Muratore, les artistes du Staatsoper de Berlin.
     M. Jacques Rouché, directeur de l'Opéra, de nombreux artistes et personnalités du monde théâtral, parmi lesquels Mme Germaine Lubin, l'admirable interprète d'Isolde, étaient venus M. Max d*Olonne, président du groupe musical de « Collaboration », puis M. Jean Sarment, qui dirige le groupe dramatique, remercièrent chaleureusement les artistes du Staatsoper de l'harmonïe».
    Le docteur Epling, directeur de l'Institut allemand, répondit au nom de l'Opéra de Berlin et, dans une courte allocution, exprima son espoir en de fréquents et féconds échanges intellectuels entre les deux nations.".


Photo publiée par le blog La vie wagnérienne

Un article de Gustave Samazeuilh dans L'Ouest-Eclair (Rennes) du 10 juillet 1941 détaille les objets exposés.

"Un hommage français à Richard Wagner

    ON sait en quelles circonstances presque tragiques Richard Wagner, semblable à ces grands oiseaux du large qui ne peuvent prendre leur vol que dans la tempête compose, en quelques semaines de l'été 1841, la partition du Vaisseau fantôme, à Meudon. dans la petite maison de l'avenue du Château. On sait aussi que le séjour prolongé qu'il fit en France à cette époque compte pour une part essentielle dans la formation de don génie et l'évolution de son art.
     Cette année, la Société des Amis de Meudon, qui avait pris l'initiative en 1837 de l'apposition d'une plaque sur le modeste logis où naquit le Vaisseau fantôme, a tenu à célébrer le centenaire de sa oomposition par une manifestation que les circonstances ont rendue particulièrement significative, à laquelle ont pu assister Mmes Winifred Wagner et M. Wolfgang Wagner, belle-fille et petit-fils du maître, venus à Paris, à l'occasion des belles représentations de Tristan et Isolde, données à l'Opéra par le Staatsoper de Berlin, avec la distribution vocale entière des Festspiele de Bayreuth de 1939.
     La présidence de la manifestation avait été confiée à S.E. M. l'Ambassadeur François de Brinon, délégué général du gouvernement du maréchal Pétain, en présence de S.E. l'ambassadeur d'Allemagne, de très nombreuses personnalités militaires, civiles et artistiques. En termes éloquents et émus, répondant à l'allocution de bienvenue de M. Fernand Léger, président actuel des Amis de Mention, M. Fernand de Brinon a rendu hommage à la grande mémoire du maître, et dégagé le sens symbolique de cette réunion intime, d'initiative française, où les coeurs des assistants, comme aux représentations qui l'avaient précédée, ont vibré l'unisson dans le culte et la beauté.
     Les invités se sont rendus ensuite au Mutée, où les Amis de Meudon ont réuni les collections historiques et artistiques importantes concernant la localité. Non loin de la salle consacrée au grand sculpteur français Auguste Rodin, est installée l'exposition Richard Wagner, alimentée par la Bibliothèque de l'Opéra, la Bibliothèque du Conservatolre de musique, et plusieurs collectionneurs tels que MM. Roger Commault, Alfred Cortot, Paul Franz, Charles Léger, Emile Brisse et le signataire de ces lignes. Les deux premières grandes vitrines concernent particulièrement la période 1839-1842, depuis le départ de Richard Wagner de Riga pour Paris jusqu'à son retour en Allemagne. La seconde a trait spécialement au Vaisseau fantôme. Elle contient notamment des autographes, les premières éditions de la partition. des livrets en allemand et en français, le livret du Vaisseau fantôme de Foucher et Dietsch, dont la partition appartient la Bibliothèque de l'Opéra, où l'ouvrage fut joué en 1842. La troisième est réservée à la période de la première représentation de Tannhäuser à Paris en 1861, et eux innombrables commentaires qu'elle suscita. La quatrième concerne plus particulièrement le mouvement wagnérien en France, les poèmes, ouvrages critiques, discours, qui s'y rattachent, La cinquième et la sixième sont afférentes aux éditions originales des écrits littéraires ou philosophiques de Wagner, et aux compositions musicales de 1840-41. La septième vitrine contient les reproductions photographiques de l'esquisse primitive et de la partition d'orchestre originale du Vaisseau fantôme. signées de Meudon par la maître, et obligeamment communiquées aux organisateurs de l'Exposition par le Dr Otto Strobel, directeur des Archives de la Villa Wahnfried, en accord avec Mme Winifred Wagner.

Fantin-Latour, Autour du piano

    Aux murs des deux salles et dans les vitrines supplémentaires figurent des reproductions de nombreux portraits du maître. dont celui de Renoir, un buste d'Edmond Hippeau, et une curieuse peinture a l'huile, inconnue jusqu'ici, sans date ni signature, représentent Richard Wagner debout, battant la mesure, pendant que Mathilde Wesendonck, assise au premier plan, joue de la guitare, et que Minna Wagner, placée derrière elle, semble écouter [voir la photographie du premier article NDLR]. Voici maintenant des portraits ou photographies des partisans, admirateurs et interprètes français de l'art wagnérien, depuis 1860 jusqu'à l'époque actuelle des oeuvres inspirées par lui, telles que les lithographies de Fantin-Latour; le tableau Autour du piano, du même peintre, où l'on voit les compositeurs Emmanuel Chabrier et Vincent d'Indy, qui furent parmi les premiers visiteurs de Bayreuth, un beau calice du Graal de Parsifal, pièce unique faite par le réputé maître verrier de Nancy Emile Gallé, pour l'Exposition Universelle de Paris en 1900. D'autres curiosités des vues des maisons où Richard Wagner habita au cours de ses divers séjours à Paris, l'esquisse musicale inédite des premières scènes de la Mort de Siegfried, datée d'août 1848, et que Richard Wagner avait donnée à Judith Gautier [voir notre article] , complètent cette exposition, qui restera ouverte à Meudon, jusqu'au 3 novembre 1841, et, si l'on en juge par le succès qu'elle obtient depuis son inauguration, ne manquera pas d'attirer de nombreux visiteurs.
     A l'issue de la cérémonie, quelques habitués de Bayreuth vinrent visiter les quatre petites pièces de l'appartement de la maison de l'avenue du Château, ouvertes pour la circonstance, et qui virent naître. voici cent ans, le Vaisseau Fantôme. Vu leur exiguïté, ils se demandèrent comment on avait pu y monter le petit piano que le maître avait loué, paraît-il, avec une partie de l'argent versé par Léon Pillet, le directeur de l'Opéra de Paris, pour l'extraordinaire cession du sujet, en vue de la composition de la partition par un autre que par lui! Des petites fenêtres du modeste logis, malgré le temps incertain, on découvrait une magnifique vue d'ensemble sur Paris, ce Paris qui, au dire même de Richard Wagner, après l'avoir méconnu, comme tous, fit preuve, avant beaucoup d'autres, de compréhension à son égard, et lui témoigne aujourd'hui une fidélité artistique dont le succès éclatant des représentations de Tristan à l'Opéra de Paris vient de donner toute la mesure. Tant il est vrai qu'à l'injustice initiale succède la justice finale des hommes, et que les oeuvres des grands génies, quel que soit leur pays d'origine, poursuivent après eux leur destinée glorieuse, et voient leur rayonnement s'accroître, comme ces phares puissants qui balayent de leurs feux bienfaisants l'immensité de la mer. 

Gustave SAMAZEUILH"

Un article paru dans le Paris-Soir du 27 mai 1941 (pp. 1 et 4) et ses photos
Éditeur : s.n. (Paris)

"A L'OCCASION DU CENTENAIRE DU « VAISSEAU FANTOME »

Winifred Wagner devant le masque mortuaire de son beau-père


     "Des Allemands et des Français s'assemblent pour parler les mêmes chefs-d'œuvre'' déclare M. de. Brinon au musée de Meudon devant Mme S. Wagner.
     Les cérémonies les plus significatives sont souvent les plus simples.
    Il en fut ainsi de la visite que les Amis de Richard Wagner ont rendue à la maison de Meudon, où le maître de Bayreuth composa « Le Vaisseau Fantôme » .
     Une maison de banlieue aux volets verts, avenue du Château, des fusains, des pensées mauves, des tilleuls centenaires, c'est là qu'en mai 1841 Richard Wagner composa son oeuvre. Les Amis de Meudon-Bellevue ont fait apposer sur les murs gris une plaque de marbr, Leurs Excellences MM. Abetz, ambassadeur d'Allemagne, et de Brinon, ambassadeur de France, sont venues se joindre aux Amis de Richard Wagner et saluer Mme S. Wagner, la nièce de Richard Wagner, actuellement à Paris.

    Assistaient à cette réunion les présidente des sociétés d'auteurs dramatiques; M. Chevalier, préfet de Seine-et-Oise; M. Hamelin, maire de Meudon; de nombreux officiers allemands et l'élite de la musique française.
     Une allocution fut prononcée par M. de Brinon. qui dit notamment : — La guerre se poursuit sur le territoire de la France. L Allemagne et la France sont dans un régime de suspension des hostilités. Pourtant, fait sans précédent dans l'histoire des guerres, comme le disait l'autre jour mon ami Georges Scapini, des prisonniers sont rendus à leurs foyers. Des accommodements entre les ennemis d'hier se font au jour le jour et progressent heureusement; des liens se créent entre industriels, commerçants et artisans qui ne peuvent être que des liens de paix. Des Allemands et des Français s'assemblent pour goûter les mêmes chefs-d'œuvre du génie, qu'ils appartiennent à l'Allemagne ou qu'ils appartiennent à la France.
     Et après avoir évoqué la nuit de légende du 14 au 15 décembre, où « le dôme de la plus grande époque de l'histoire accueillit, sous la neige, la dépouille de l'Aiglon », et le message que le Führer adressa, alors, au maréchal Pétain, M. de Brinon poursuivit :
— Grâce à cet esprit nouveau, à cet esprit révolutionnaire qui souffle à travers l'époque et qui anime le vainqueur, nous pouvons célébrer nos gloires nationales. Le duc de Reichstadt est redevenu Français et nous avons fêté Jeanne d'Arc.  Aujourd'hui, nous célébrons, dans l'intimité mais certes dans un esprit  qui dépasse beaucoup les éditions présentes. l'un des plus  grands génies de la musique, le plus grand peut-être dans l'incomparable phalange des musiciens allemands. Il me plaît qu'un peu de sa vie ait été associée à un très ancien bourg de la vieille France, qu'il ait pu apaiser sa flamme dévorante dans une forêt de l'Ile de France et  qu'il se trouve dans sa musique été accents qui, peut-être, avaient été puisés chez nous. Pour moi, qui ait constamment souhaité qu'Allemands et Français soient un jour  associés dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, je me réjouis de cette cérémonie. J'ai la conviction qu'elle exprime une noble espérance. Je souhaite qu'elle marque plus tard l'une des étapes symboliques."

Deux objets exposés


Franz Hanfstaengl. Richard Wagner, vers 1860, épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif verre, contrecollée sur carton H. 0.093 ; L. 0.059 ©photo musée d'Orsay
La photo aujourd'hui conservée au Musée d'Orsay a appartenu à Judith Gautier qui, selon toute vraisemblance, l'a reçue de Richard Wagner.

Le Graal, un vase d'Emile Gallé