mercredi 20 juin 2018

Caricature silhouette de Richard Wagner au bord du lac Leman en janvier 1866

Richard Wagner's Klagelieder am Genfersee und sein jetziges Publikum
Richard Wagner au lac Leman et son public actuel

Une caricature publiée dans le Kikeriki (hebdomadaire satirique viennois) en janvier 1866 suite aux déboires munichois du compositeur et de son départ précipité pour la Suisse le 10 décembre 1865 .

mardi 19 juin 2018

Les revendications financières de Wagner, une caricature du Floh en janvier 1877


Zu den Subventions-Ansprüchen Wagner's
Wagner: Bei Deiner Vorliebe für Milataria solltest Du auch den resten Tambour Deutschlands unterstützen.

Le journal hebdomadaire satitrique viennois Der Floh publie le 28 janvier 1877 en page 4 cette caricature représentant Richard Wagner s'adressant à la Germania*. Le texte:

A propos des revendications de subventions de Wagner:
Wagner: Avec ta prédilection pour les armes tu devrais aussi soutenir le premier tambour de l'Allemagne.

*  La Germania est l'allégorie de l'Allemagne toujours représentée sous les traits d'une femme plus ou moins guerrière, proche de l'image d'une Walkyrie, porteuse d'attributs militaires: couronne impériale, cuirasse, épée et bouclier.

lundi 18 juin 2018

La Walkyrie de Hans Makart

La Walkyrie, huile sur toile, 125,7 x 82,6 cms 

L'oeuvre fut créée en  1877. Elle est aujourd'hui conservée au Bass Museum of art de Miami.

Elle fut insérée dès 1888 dans le livre de Clarence Cook Art and artists of our time (publié chez S. Hess à New York, p. 177) comme représentative de l'art de Hans Makart.



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dimanche 17 juin 2018

Lohengrin vu par Arthur Thiele


par Carl Robert Arthur Thiele (Leipzig 1860-1936) . Artiste peintre, illustrateur, aquarelliste.

Hans Makart - Rheingold / Son exemplaire du poème de Parsifal



Voici ce relate la revue Le Monde artiste du 25 novembre 1900 à propos des relations de Wagner et du peintre Hans Makart:

"A Linz (Haute-Autriche) on a retrouvé un exemplaire fort intéressant du poème de Parsifal que Richard Wagner avait envoyé jadis au peintre Hans Makart avec cette dédicace autographe : « A son bien estimé ami et protecteur, maître Hans Makart, le poète Richard Wagner, 1er janvier 1878 ». Ce livret appartient actuellement à M. Fellerer, qui fut un parent du peintre. Ce qui intéresse surtout dans cette dédicace, c'est l'épithète du « poète » dont Wagner se sert ; cela prouve quelle importance il attachait au côté littéraire de son oeuvre. Le titre de protecteur (goenner) donné au peintre par le maître de Bayreuth n'étonnera pas ceux qui connaissent la correspondance de Wagner et savent que le mot lui venait assez souvent sous la plume ; en réalité la « protection » de Makart avait été assez restreinte. Le peintre, qui est aujourd'hui bien oublié, n'a pas connu Wagner avant 1872, c'est-à-dire avant le fameux concert organisé par la Société Richard Wagner de Vienne au profit de l'entreprise de Bayreuth ; à cette époque Wagner n'avait plus besoin de la « protection » de personne. Mais il faut dire que Makart avait donné, dans son atelier merveilleux, une fête restée légendaire en l'honneur du maîlre de Bayreuth, et qu'à cette fête le " tout Vienne » artistique et littéraire avait rendu hommage au génie de l'auteur de Parsifal. On n'a d'ailleurs jamais su si Makart connaissait et appréciait réellement les oeuvres de Wagner, car le peintre comptait parmi les hommes les plus taciturnes de son temps."

samedi 16 juin 2018

L'Impératrice d'Autriche en Normandie.Aux bains de Sassetot (2)

Les Petites-Dalles par Paul Valantin (1875). [Cliquer pour agrandir.] Valantin
a peint aussi la cabine de toile de l'Impératrice!

L'impératrice d'Autriche AUX BAINS DE SASSETOT

Un article paru dans L'Univers du 23 août 1875(pp. 1 et 2)

"Les Petites-Dalles, 19 août. Je n'ai rien d'extraordinaire à vous conter du séjour de l'impératrice d'Autriche. Sa Majesté est venue ici pour jouir du repos et de la liberté et non pour faire parler d'elle. Aussi n'ai-je pas entendu dire que les reporters aient planté leur tente, sur cette plage hier encore inconnue. Sans faire leur métier, je ne puis résister à la tentation de vous raconter ce que je vois comme tout le monde. La démocratie a beau couler à pleins bords dans notre société moderne, comme disait un des plus illustres Prudhomme de ce temps (pour ne pas l'appeler M. de Tocqueville), le vulgaire est ainsi fait qu'il mettra toujours les rois au-dessus de lui, et, n'en déplaise à Tragaldabas et à M. Gambetta, une impératrice ne sera jamais pour le public une simple Paule Minck (1). J'en juge ici par le nombre de visiteurs que sa présence attire de tous les environs, et je vous assure que parmi eux il y a plus d'un de ces gros républicains de bourg, bien rentés, venus tout exprès en voiture pour la voir et dire qu'ils l'ont vue. Une curiosité naturelle s'attache aux personnes royales; leurs actions intéressent comme si elles ne tenaient pas de l'humaine nature. C'est là le prestige des rois ; quand il aura disparu (s'il disparaît jamais) le temps des rois sera passé. Pour moi, qui suis, je l'avoue, un peu badaud, je n'ai pas manqué cette occasion. Je crois, d'ailleurs, que pour le prestige nécessaire de la couronne, les rois devraient s'abstenir de se montrer en un état où il ne paraît presque rien d'eux que l'humanité la plus ordinaire. Le costume de bain n'est pas royal. Quoiqu'il en soit de ma morale, l'impératrice d'Autriche ne manque pas de venir prendre son bain tous les jours et par tous les temps. Elle arrive à la plage en calèche, précédée d'une voiture où sont plusieurs femmes de sa suite, le maître baigneur et les effets du bain; deux ou trois dames d'honneur l'accompagnent. La plage des Petites-Dalles, qui s'ouvre à l'extrémité d'un charmant petit vallon, présente une vaste étendue de sable bordée de rochers que surmontent de pittoresques falaises. C'est un endroit agréable pour les bains. A la marée basse, on a pied sur le sable à une distance de plus de cent mètres. La cabine de l'impératrice est fort simple. Imaginez-vous un petit chalet en planches, couronné d'une corniche et d'un fronton en découpures de bois, sans autre décoration que des bandes de brun foncé sur un fond de brun clair. A l'intérieur, elle se compose d'un couloir d'entrée et de deux petites pièces très simplement meublées, communiquant entre elles, dont l'une sert à l'impératrice à ôter son costume de bain et l'autre à faire sa toilette. Une cabine plus basse, à l'usage des personnes de sa suite, est accotée à la sienne. Les deux sont enfermées dans une petite enceinte de pieux de bois et de toile grise, qui forme devant le chalet principal un passage pour descendre à la mer. On avait d'abord prolongé ce passage clos jusqu'au sable; mais dès le troisième jour, la haute mer, gonflée par le vent, emportait tout, plancher, pieux et tenture. En prévision d'un second accident du même genre, il a fallu raccourcir le passage et se contenter de mettre sous les pieds de l'impératrice un plancher mobile qui la conduit à la mer. Une grande marée, comme il y en eut l'année dernière à pareille date, pourrait bien obliger de déménager la cabine elle-même. Sa Majesté prend tous les jours son bain dans la matinée, de 8 heures à midi, selon les marées. Quelquefois elle se promène à pied, sur le galet, avant d'entrer dans l'eau; le plus souvent elle le prend tout de suite, après avoir regardé quelques instants la mer du haut des marches de sa cabine. Le costume de bain de l'impératrice est peu varié ; je ne lui en ai vu que deux jusqu'ici, un rouge tout uni et un noir bordé de blanc, tous deux des plus simples et tels qu'aucune de nos élégantes de Trouville ou de Dieppe ne consentirait à en porter. Son costume ample et long est muni de manches flottantes qui tombent jusqu'aux mains, ce en quoi il diffère encore des vestes inconvenantes de beaucoup de baigneuses. Le plus caractéristique de sa toilette est un vaste chapeau de paille dont les bords abaissés par un ruban dissimulent sa figure aux regards trop curieux. Elle va à l'eau enveloppée dans un peignoir de futaine blanche sans ornement, que reçoit une de ses suivantes à l'entrée dans la mer et que celle-ci lui remet au retour. La démarche de l'impératrice est lente et gracieuse ; on reconnaît à cela la souveraine. Elle est assez maîtresse d'elle-même pour ne témoigner par aucun cri ni aucun mouvement l'impression assez vive qu'on éprouve généralement en entrant dans l'eau. Quand la mer est douce, elle nage un peu; mais toujours un maître baigneur qu'elle a amené avec elle l'accompagne. C'est un Anglais que l'impératrice s'est attachée et que le maître baigneur de la plage, un vieux loup de mer, expert en natation, ne prise pas extraordinairement ; il dit assez que l'impératrice n'en aurait pas amené un autre si elle l'avait connu. Du reste, il a l'avantage de baigner les dames d'honneur pour lesquelles, dit-il, Sa Majesté a plus de sollicitude que pour elle-même. Quelquefois, lorsque le temps est beau, la jeune archiduchesse Valérie prend aussi son bain, entourée de ses gouvernantes. La mère s'avance jusqu'au bord du rivage pour la veiller de plus près, et on voit à ses soins, à ses marques de sollicitude qu'elle est encore plus mère qu'impératrice. La petite princesse va bravement à l'eau, soit dans les bras du médecin, soit dans ceux du baigneur; on la plonge plusieurs fois et on la rentre chaudement enveloppée. L'enfant aime à jouer sur le galet, comme les autres.enfants ; on lui apporte un petit attirail de pelles et de sceaux pour faire des petits pâtés de sable. Presque tous les jours, elle vient passer quelques heures de l'après-midi au bord de la mer; il lui manque de petites compagnes de son âge pour bien s'amuser, elle n'en a pas avec elle, et ses gouvernantes la tiennent toujours à l'écart. Il y a un personnage de la suite de l'impératrice qui attire l'attention plus que les autres, et qui, lui aussi, prend des bains : c'est un superbe chien dont la souveraine a fait son favori. Je n'ai pas assez de connaissances cynégétiques pour vous dire de quelle race il est; mais en deux mots voici son histoire : c'est un chien sauvage trouvé dans l'île de Madère, qu'on a domestiqué. Il est de haute taille, fièrement campé sur ses pattes, un peu long, sa tête a du loup, son pelage est d'un beau gris-fer. Il accompagne partout sa maîtresse; il la suit à la chasse .et attaque vaillamment le sanglier et l'ours. Pour mettre l'animal dans la mer, il fallut user de ruse les premières fois. On l'embarquait et on le conduisait à quelque distance du bord ; pendant que son conducteur le poussait à l'eau, sa maîtresse le sifflait. Au coup de sifflé donné de la cabine, l'animal bondissait et il ne fallait plus qu'un petit effort pour le décider à quitter la barque et à regagner le rivage. Ce superbe animal est tenu en laisse par un nègre de belle prestance, qui à certains jours paraît revêtu d'un riche costume oriental qu'il échange piteusement en d'autres jours pour une maigre redingote européenne. Quand il ne pleut pas, l'impératrice revient du bain à pied, malgré la distance de plus d'une demi-lieue, qui sépare les Petites-Dalles de Sassetot; mais la souveraine est faite à la fatigue, elle aime par-dessus tout les exercices corporels. La promenade, l'équitation,la chasse sont ses plaisirs favoris; elle les préfère aux amusements de la cour. Aussi dit-on qu'elle se plaît beaucoup dans sa résidence de Sassetot, tandis que les personnes de sa suite s'ennuient assez d'un genre de vie sans distraction dans un pays peu fréquenté. On la voit chevaucher ou se faire conduire en voiture l'après-midi à plu sieurs lieues de distance. Il lui est arrivé parfois dans ses excursions de passer à travers champs, comme cela, parait-il, est assez d'usage en Hongrie et en Bohême, où les récoltes, sans doute, n'en souffrent pas trop; nos paysans n'en étaient pas toujours contents, mais ils n'ont eu à souffrir aucun  dommage, il leur suffisait de s'adresser à l'intendant pour obtenir satisfaction. Jusqu'ici, le séjour de l'impératrice d'Autriche, dans le pays de Caux, s'est passé sans autre incident que celui de Gerponville. Elle est généralement entourée de respect ; les pauvres de Sassetot bénéficient de sa table et de sa générosité. On l'estime pour sa simplicité et son affabilité ; elle ne parle, du reste, à aucune personne du pays, elle ne reçoit pas non plus et vit tout à fait incognito. Plusieurs châtelains des environs auraient tenu à honneur de lui offrir l'hospitalité, mais elle se confine absolument dans son château, où elle vit en dehors de tout. Simple dans ses manières comme dans sa vie, elle se laisse voir sans chercher à être vue. C'est une souveraine digne, une femme gracieuse. Grande, élancée, mince pour sa taille, elle a le port droit, la démarche ferme et aisée ; sa physionomie est fine, son air distingué. Ce qui m'a plu par-dessus tout en elle, c'est qu'elle n'a, au moins ici, aucune de ces affectations de coiffure et de toilette qui rendent la femme moderne si ridicule. A en juger aussi par les personnes de sa suite, les modes viennoises n'auraient pas toutes nos exagérations parisiennes, sans être cependant pour cela l'idéal de la simplicité et du bon ton ; mais on ne sait pas où ni en quel temps, si ce n'est à quelques époques du moyen âge, les femmes ont été vêtues et surtout coiffées convenablement. Les optimistes prétendent, il est vrai, que la femme est faite pour la toilette, et excusent notre temps des excentricités qu'ils disent être un peu de tous les temps. Au moins faudrait-il que le bon goût et la modestie fussent toujours respectés dans la parure. On dit l'impératrice très bonne et très pieuse; elle a avec elle son chapelain, prélat dont j'ignore le nom, qui lui dit la messe tous les jours dans l'église paroissiale. Le dimanche, elle n'assiste pas à la grand' messe; peut-être serait-il plus édifiant pour la population qu'elle y vint : c'était l'avis de bons curés qui se plaignent que la grand'messe est de plus en plus abandonnée. Ils ont bien raison; mais je faisais observer en riant à l'un d'eux que des oreilles accoutumées à la musique étaient un peu excusables de ne pas affronter une heure et demie durant ce qu'on appelle le plain-chant dans nos églises de campagne. Grand Dieu! qui nous délivrera des ophicléides. des chantres à gage et qui nous rendra la belle mélodie grégorienne chantée par le peuple? En Autriche, en Allemagne, en Belgique, il n'y a presque pas d'église de village qui n'ait son organiste, son chœur, ses chants populaires. Là tout le monde chante et chante bien. Chez nous, le plus souvent, le peuple se tait pendant que trois ou quatre grosses voix poussent l'une après l'autre des notes  rauques et discordantes, soutenues par les mugissements cacophones de l'ophicléide. C'est un vrai scandale que le chant dans nos campagnes et même dans beaucoup de villes. Que ne réapprend-on pas aux fidèles à chanter, en commençant par les clercs dans les séminaires et par les enfants dans les paroisses ? Peut-être alors y aurait-il plus de monde à la grand'messe. C'est à quoi je pensais en voyant un de ces dimanches des personnes de la suite de l'impératrice, accoutumées à entendre bien chanter jusque dans les moindres églises des villages allemands, échanger entre elles des sourires pendant l'exécution de ces lourdes cacophonies qui n'ont plus rien du chant. Mais j'entame là un gros chapitre sur lequel il faudrait plus d'une lettre et dont le sujet occupait autre fois des conciles. Je finis en déplorant que le soleil ne fasse pas plus souvent fête à notre impératrice. Tout serait pour le mieux ici avec un plus beau temps. Les moissons sont retardées; en revanche, les bateaux de harengs commencent déjà à revenir des côtes d'Islande, chargés d'une pêche abondante."

(1) Paulina Mekarska devenue Paule Minck (ou Mink), née le 9 novembre 1839 à Clermont-Ferrand et morte le 28 avril 1901 à Paris, est une femme de lettres, journaliste et oratrice socialiste, communarde et féministe.

Sisi reçue par le maire en gare de Fécamp. (dessin de Bordèse)

Détail
Post précédent sur le sujet: L'Impératrice d'Autriche en Normandie. Souvenirs de 1875 par Ernest Daudet (1) (Cliquer sur le lien pour lire le post)

vendredi 15 juin 2018

Opérette: Le soldat de chocolat (Der tapfere Soldat) d'Oscar Straus au Theater-am-Gärtnerplatz

Jasmina Sakr (Mascha), Alexander Franzen (Hauptmann Massakroff), Sophie Mitterhuber (Nadina), Daniel Prohaska(Bumerli), Hans Gröning (Oberst Kasimir Popoff), Maximilian Mayer (Major Alexius Spiridoff)
© Christian POGO Zach

Le Theater-am-Gärtnerplatz a donné hier la première d'une célèbre opérette d'Oscar Straus, Der tapfere Soldat, connue en France sous le titre Le soldat en chocolat. L'oeuvre, créée à Vienne en 1908, n'a été montée au Théâtre de la Gärtnerplatz que deux fois, en 1909 et en 1961. C'est dire que les amateurs d'opérettes viennoises se réjouissent de la voir enfin portée à l'affiche, d'autant que la mise en scène en a été confiée au très apprécié  Peter Konwitschny, un des meilleurs metteurs en scène allemands, dont le répertoire éclectique et varié ne dédaigne pas le monde de l'opérette.

Le Soldat de Chocolat est une opérette en trois actes, dont le livret, composé par Rudolf Bernauer et Leopold Jacobson, comporte des motifs empruntés à l'oeuvre Le Héros et le Soldat de Bernard Shaw. En voici le sujet. Pendant une guerre dans les Balkans entre les Serbes et les Bulgares (l'action se déroule en 1885),  Bumerli, un capitaine instructeur suisse au service de la Serbie, poursuivi par les Bulgares en dépit de sa neutralité, se réfugie chez la jolie Nadina, fille du général Kasimir Popoff et fiancée au major Alexius, qui est en passe de devenir un héros.  Bumerli se présente plutôt comme un homme pacifique qui  craint les coups et qui n'a, dans sa giberne, en guise de cartouches, que des croquettes de chocolat, ce qui explique le titre. Nadina cache Bumerli avec la complicité de sa mère Aurelia et de la petite cousine Mascha, une accorte jeune femme moins fortunée qui sert de servante à la famille du général. Les trois femmes trouvent le Suisse à leur goût et, comme elles lui ont prêté le veston de Popoff, elles glissent toutes les trois, dans les poches du veston en question, leur photographie avec une dédicace enflammée. II faudra, plus tard, rattraper ces images compromettantes, le général étant rentré en possession de son vêtement, ce qui constituera le sujet du deuxième acte. Nadina finira par épouser  son « soldat de chocolat » et Alexius, dont on apprend par Bumerli qu'il n'est qu'un faux héros car les canons qu'il prit sur les ennemis n'avaient jamais été chargés, se consolera facilement avec Mascha, la parente pauvre. Tout est donc bien qui finit bien...du moins selon le livret.

Un livret plutôt simple, mais qui a l'avantage de la clarté. La musique est  vive et légère, avec des rythmes marqués et entraînants et de belles trouvailles mélodiques. Il va de soique le leitmotiv mélodique en est une valse très harmonieuse et très chantante, un élément obligé de toute opérette viennoise digne de ce nom, et dont le public attend la répétition. L'oeuvre est ponctuée de fort jolis moments musicaux:  l'air de Nadina au premier acte « Chaque nuit ramène le rêve »,  suivi de la valse "Viens mon héros, mon seigneur",  le choeur  du gouverneur Massacroff « Cherchez l'ennemi », le duo de Nadina et d'Alexius, et celui de Nadina et de Bumerli « Un soldat est brave » ou encore, au troisième acte, le passage exquis du duo de la lettre « Mon très cher Monsieur Bumerli ». A noter que la valse "Viens mon héros" est reprise au troisième acte, avec pour seule différence que l'appellation de héros s'applique cette fois à un autre amoureux.

La mise en scène de Peter Konwitschny donne une lecture évolutive de l'oeuvre qu'il traite au départ avec la légèreté d'une opérette traditionnelle. La guerre n'a pas l'air d'être une vraie guerre, elle ne semble pas avoir plus de consistance que l'amour de Nadina pour Alexius. Les bombes ne sont que des pétards mouillés, et leurs tracés dans le ciel représentés sur la toile de fond de scène semblent bien erratiques. Bumerli, deux ex machina, tombe du ciel en parachute aux couleurs de la Suisse dans la chambre de Nadina. A plusieurs reprises des objets arrivent par la voie aérienne. Ainsi d'une boîte de chocolats qui viennent très à propos rassasier un Brumeli mort de faim. Une troupe de soldats traverse la scène (et donc la chambre de Nadina) en rampant, et cette scène se répète tout au long de l'opérette. Le personnage d'Alexius est traité par le stéréotype, avec une gestuelle raide et saccadée qui renforce l'impression de sa stupidité et de son manque d'héroïsme. Des guerriers de pacotille, des amours qui n'en sont pas, on est bien dans la légèreté viennoise. Les couples disparaissent en s'enfonçant dans le sol pour aller faire l'amour, les symboles sexuels sont omniprésents. Le deuxième acte est traité comme un ballet des trois femmes autour du général Popoff, pendant lequel elles essayent, avec succès, de récupérer les photos qu'elles ont glissé dans les poches du vêtement du général qui avait été prêté à Bumerli.

Tout change au troisième acte: une guerre véritable a éclaté et une pluie d'obus dévastateurs se sont écrasés sur la scène, causant d'énormes dégât . Peter Konwitschny transforme les femmes en infirmières, les protagonistes et le choeur ont leurs vêtements en loques et sont couverts de blessures, avec de superbes grimages. On peut ici apprécier toute l'étendue du beau travail de Johannes Leiacker qui a conçu décors et costumes. Le mariage est annulé, le voile de la mariée, descendu du ciel avec le haut de forme du marié, a pris feu avant même d'aboutir sur la tête de Nadina. Konwitschny réécrit le livret de la fin de l'opérette en annulant le happy end final: lorsque Bumerli annonce qu'il est un riche marchand d'armes et qu'il possède une immense fortune, Nadina refuse de l'épouser et quitte le plateau. C'est au public de décider de la fin de l'histoire: la jeune femme reviendra-t-elle sur sa décision? On n'en saura rien. Le metteur en scène souligne le double caractère guerrier de l'oeuvre: au conflit armé qui oppose deux peuple correspondent les petits  conflits domestiques qui pourrissent la vie des familles, le tout étant traité avec humour.

L'orchestre, dirigé par Anthony Bramall, rend avec entrain la belle orchestration de l'oeuvre, avec le roulement de tambour de l'ouverture. suivi du choeur guerrier des soldats et d'une musique de marche, les rythmes amusants et les beaux ensembles du premier acte, le final valsé et enlevé du deuxième acte ou le passage gracieux du duo de la lettre au troisième. Anthony Bramall restitue bien ce qui constitue la spécificité de la musique de Straus, et sa différence avec celle des autres compositeurs d'opérette de son époque. cette opérette aux accents guerriers faisant moins dans le sentimental habituel du genre. Ainsi Bramall parvient-il fort bien à rendre les passages plus agressifs et tendus de la partition. Il se montre aussi  très heureusement attentif aux transitions entre les passages parlés et chantés.

Cette opérette mi jouée mi chantée exige des interprètes qu'ils soient aussi bons acteurs que chanteurs, et c'est heureusement le cas pour cette oeuvre qui demande qu'on rende avec finesse les dialogues rapides et primesautiers. Sophie Mitterhuber fait preuve d'une exquise vivacité dans son interprétation de Nadina Popoff, avec une voix bien placée et de jolis aigus, Ann-Katrin Nadu joue la générale, une maîtresse femme pleine d'allant et d'entregent, Jasmina Sakr est elle aussi convaincante en pauvre parente Mascha. Daniel Prohaska fait à nouveau preuve d'un excellent sens de la scène, avec un phrasé séduisant, et Maximilian Mayer, comédien très doué, donne un Alexius drolatique chanté avec son beau ténor percutant. Hans Gröning réussit un général Popoff fort bien campé et drôle à souhait. Le Massakroff d'Alexander Franzen a moins d'étoffe, avec une voix qui reste quelque peu en retrait. Côté figuration, il faut souligner la performance des soldats rampants figurant l'armée, contraints de se contorsionner au sol pour traverser la scène à de nombreuses reprises, te témoignant d'une belle endurance.

Une soirée martiale à souhait, où le son des canons le dispute à la fureur amoureuse, à la tendresse et à la drôlerie, menée tambour battant et chantée avec un bel entrain par une troupe soudée!

Jusqu'au 8 juillet, pour 7 représentations au Theater-am-Gärtnerplatz