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jeudi 31 juillet 2014

63ème Concours international de musique ARD 2014 du 1er au 19 septembre 2014


Cette année, le concours de l'ARD mettra en compétition des candidats dans les catégories piano, violoncelle, percussion et quintette à vent. 519 musiciens ou ensembles ont déposé leur dossier de candidature, ce qui constitue un record dans les annales du concours.  Les candidats proviennent de 50 pays différents. 312 d'entre eux ont été retenus lors de la pré-sélection et sont invités à concourir. Comme l'an dernier, les Sud-Coréens sont les plus nombreux, suivis des Allemands, des Japonais, des Russes, des Français, des Espagnols, des Américains (USA), des Chinois et des Polonais. 

Le concours commencera le 1er septembre avec les percussionnistes à la Haute Ecole de Musique de Munich, suivis le 2 septembre par les violoncellistes au studio 1 de la Radiodiffusion bavaroise (BR). le 4 septembre, ce sera au tour des pianistes et des quitettes à vent d'entrer en compétition.

Le total des prix représente une somme de 165.000 €.

Les concerts des du 63ème Concours international de l'ARD auront lieu les 17, 18 et 19 septembre au  Prinzregentheater et à l'Herkulessaal de la Résidence.

A partir des demi-finales, les solistes seront accompagnés par l'Orchestre de chambre de Munich (Münchener Kammerorchester). Les demi-finales et la finale pourront être suivies sur internet (www.ard-musikwettbewerb.de) .

Rappelons que ce concours prestigieux a contribué à la carrière de lauréats devenus célèbres, tels Jessye Norman, Thomas Quasthoff, Robert Holl, Anne Sofie von Otter, Maurice André, Sol Gabetta, le Tokyo String Quartet, Christoph Eschenbach, Yuri Bashmet, Heinz Holliger, François Leleux, le Quatuor Ebène, Sebastian Manz, Alexej Gorlatch et bien d'autres encore.

L'assistance aux éliminatoires est gratuite, le nombre de places étant limité aux capacités des différentes salles. L'assistance aux épreuves suivantes et aux concerts des lauréats est payante.

Infos en allemand en cliquant ici
Horaires et lieux du concours: cliquer ici

mercredi 30 juillet 2014

Théâtre musical expérimental au Bayerische Staatsoper: Jugend einer Stadt


Après Die Flut de Boris Blacher et Hiob d'Erich Zeisl en théâtre off à l'ancien manège munichois (Reithalle), le Bayerische Staatsoper y propose en clôture de son  festival d'été  trois soirées de théâtre expérimental. C'est au metteur en scène hongrois Árpád Schilling qu'a été confiée la direction artistique de ce projet intitulé Jugend einer Stadt (La jeunesse d'une ville). Il s'agit d'un projet intergénérationnel qui a été mené avec des comédiens amateurs encadrés par une équipe de professionnels du spectacle. Deux générations de Munichois ont participé à l'expérience: 10 seniors dont l'âge tourne autour des 70 ans et huit jeunes comédiens qui ont entre 14 et 20 ans. Tous se posent la question de leur futur et de celui de l'environnement urbain. De quoi aura l'air la ville dans laquelle nous vivons en l'an 2043 si nos appréhensions et nos peurs se concrétisent? Quels conflits naîtront si notre société continue de considérer la recherche de la perfection et la course à l'efficacité comme prioritaires, si le fossé entre les riches et les pauvres continue de se creuser et si la seule appartenance sociale détermine l'accès aux formations de qualité? Et quelles conséquences tout cela aura-t-il pour la ville dans laquelle nous vivons?

Le projet a commencé en avril 2014. Les participants devaient imaginer des scénarios pour donner corps à ces questions avec les moyens du théâtre musical. Ils se sont à diverses reprises réunis pour discuter du projet, écrire des textes, les transformer en monologues et en dialogues, faire de l'impro sur des situations données, puis étoffer ces impros pour en faire des scènes, y inclure des chants et chorégraphier l'ensemble. Le travail du directeur artistique Árpád Schilling et de son équipe qui comprenait notamment deux professeurs de théâtre a consisté à animer et à mener à bien le projet pour le faire aboutir à un spectacle qui tienne la route. Et cela donne un spectacle émouvant et hybride issu du travail d'amateurs enthousiastes et de professionnels, avec les moyens techniques et humains d'une grande maison d'opéra.

Comme pour Die Flut, la Reithalle est utilisée comme un espace vide dans lequel les spectateurs circulent la plupart du temps autour des comédiens qui se déplacent d'un élément de décor à l'autre: à gauche de l'entrée, un podium où s'entassent des sacs poubelles qui symbolisent peut-être aussi les banlieues-déversoirs où sont contraintes de vivre les classes moins favorisées, un caisson de bois dont les parois s'ouvrent pour devenir dans la progression du spectacle d'abord  un lieu de formation aux technologies les plus sophistiquées, puis un centre génétique futuriste avec des techniques de fertilisation et de programmation des caractéristiques et des aptitudes de l'enfant à concevoir, enfin une salle de répétition de chant. A l'autre extrémité de la salle du manège, un podium sur lequel les seniors sont entraînés à respecter les normes comportementales de la société future.

Le spectacle s'ouvre par la projection sur un écran d'un film où les jeunes se succèdent pour exprimer leurs craintes: détérioration et pollution de l'environnement, société du déchet, contrôle social de type Big Brother, apparition de nouvelles maladies notamment allergiques, dépersonnalisation, perte d'autonomie, perte du sens du relationnel, de la spontanéité, de la créativité, du naturel,...On se déplace ensuite vers le caisson multifonctionnel où l'on voit  les jeunes de 2043 mimer leur apprentissage avec les instruments du monde informatisé virtuel qui programme la moindre des activités humaines, le relationnel a disparu, chacun vit dans sa bulle informatique, y compris dans ses déplacements, on ne se rencontre plus, on s'évite lorsuqe l'on se croise. Suit une scène où une jeune femme, une pianiste, se rend dans un institut de programmation de la procréation où elle choisira le sexe, les caractéristiques physiques et intellectuelles de son futur enfant. Plus les choix sont pointus, plus la facture s'élève. La pianiste veut que son oeuf fécondé ,dont la gestation se fera par le truchement d'une mère porteuse, produise une fille ravissante, douée pour le chant d'opéra et qui ne la dérange pas pendant ses tournées musicales. Sans doute une pratique courante pour les classes aisées des années 2040. On passe au podium qui figure une classe pour seniors où on les drille à rester efficaces en conformes aux exigences du moule social. Une senior se rebelle, tous les autres obéissent. Après quoi les catastrophes s'enchaînent: dans une atmosphère surréaliste inversée à la Buñuel, une senior joue le rôle de l'enfant de la pianiste, elle doit répéter avec un Lied de Schubert avec sa mère, mais  chante mal, sinon faux, la mère s'énerve de plus en plus et veut renier son enfant et le rendre au service de production. La scène se déplace vers le podium aux sacs poubelles où l'on assiste à la révolte des seniors relégués dans les banlieues, car seuls les jeunes yuppies, riches et bien portants,  résident au centre ville. La révolution des seniors mène à une bataille de sacs poubelles avec les jeunes. Retour au cinéma pour la scène de clôture: sur l'écran on voit les seniors exprimer leurs craintes pour le futur, avec des craintes semblables à celles des jeunes, tempérées par l'expérience et marquées par la plus grande proximité de la disparition, le souci se portant davantage sur le poids à porter par les générations futures. L'enfant de la musicienne finit par chanter le Lied, des voies de réconciliation sont possibles.

Après les applaudissements du public pour ces comédiens extrêmement émus et soulagés d'avoir réussi leur pari, le public sort par le caisson qui devient comme un couloir vers le monde extérieur, une manière de souligner que nous appartenons au monde de ce spectacle, que nous participons de ce monde de la performance et de l'exclusion que l'avenir de la ville nous appartient, que nous en sommes responsables.

Le spectacle aborde les problématiques générales des fractures sociale et générationnelle, le reflet de la réflexion citoyenne des amateurs qui ont participé à cette expériences. Les problèmes mis en scène sont bien perceptibles dans une ville comme Munich: une ville quasi sans chômage et qui attire toujours davantage de travailleurs qualifiés, le logement s'y fait rare, la loi de l'offre et de la demande joue à plein, les prix de l'immobilier montent, les loyers suivent. Les travailleurs moins rémunérés sont obligés de quitter la ville et le centre connaît une gentrification. L'adage mis à la la mode par Francis Blanche Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade s'applique pleinement à Munich, une ville dont certains disent cyniquement qu'on n'y rencontre pas de pauvres parce qu'ils ne peuvent se permettre d'y vivre.

Si on s'y regarde bien, c'est un miroir plutôt inquiétant que nous tend le spectacle  d' Árpád Schilling en cette fin de festival.

Agenda

Les 30 et 31 juillet 2014 à la Reithalle de Munich.


mardi 29 juillet 2014

Première guerre mondiale: les archives allemandes mettent 700000 photos et documents en ligne

Le grand croiseur SMS Moltke* et un zeppelin

À l'occasion du centenaire de la Première guerre mondiale, les archives allemandes ont mis à la disposition du public 700.000 lettres, vidéos, enregistremenst et photos encore inconnus du grand public.

*Le SMS Moltke est un croiseur de bataille construit pour la Marine Impériale allemande (Kaiserliche Marine), et baptisé en honneur du Generalfeldmarschall Comte von Moltke, chef de l' État-Major général de l'armée prussienne, puis du Grand État-Major impérial, de 1857 à 1888. Ce  bâtiment était un peu plus puissant que le premier « grand croiseur », le SMS Von der Tann, construit pour affronter les croiseurs de bataille britanniques. Le SMS Moltke effectua la totalité de son service, pendant la Première Guerre Mondiale, dans les eaux de la Mer du Nord ou de la Mer Baltique. Il a été sabordé, avec quatre autres « grands croiseurs », à Scapa Flow, le 21 juin 1919. Plus d'infos sur wikipedia.


A consulter en cliquant ici.

Opera incognita monte Orphée et Euridyce de Glück dans le monde souterrain de Munich

C'est devenu une tradition à la fin du mois d'août: l'excellente compagnie Opera incognita d'Andreas Wiedermann et Ernst Bartmann revient étonner  Munich avec une nouvelle production. Après les énormes succès d'Idomeneo  en  2010 puis du Turn of the screw l'an dernier aux Bains Mueller (Müller'sche Volksbad) ou de la Clemenza di Tito dans l'arène du Cirque Krone en 2012, Opera incognita, toujours à la recherche de lieux indédits, nous emmène dans le monde souterrain de Munich pour nous y faire découvrir son Orphée et Euridyce de Christoph Willibald Gluck dans la version parisienne de 1774. Une manière originale de célébrer le tricentenaire de la naissance du compositeur allemand. L'opéra de Gluck sera monté en français avec sous-titres allemands.

Le MaximiliansForum qui accueille la production d'Opera incognita était à l'origine (1968) conçu comme un passage souterrain sous l'Altstatdtring au départ de la Maximilianstrasse. Le public ayant boudé le passage,  les urbanistes munichois le transformèrent en espace culturel. A la fin du mois d'août, il deviendra la porte des Enfers.

Où et quand?

Les 29 et 30 août, les 2, 3, 4 et 6 septembre à 20 heures au MaximiliansForum, Passage Maximilianstrasse / Altstadtring, Maximilianstrasse, 38 à Munich.

Distribution

Avec Vanessa Fasoli, Danae Kontora, Derek Rue.
Chorégraphie: Ceren Oran
Danse: Renan Oliveira, Manuela Fiori Schneider.
Orchestre Opera Incognita.
Direction musicale: Ernst Bartmann
Mise en scène: Andreas Wiedermann

Billetterie

Tickets en prévente par e-mail awiedermann@gmx.de ou par téléphone au  0151/ 15 80 90 91
(ou 004915115809091 de l'étranger).
Vu le succès des productions d'Opera incognita et le nombre limité de places, il peut être prudent de ne pas tarder à réserver.

lundi 28 juillet 2014

Expo Frank Wedekind au Deutsches Theatermuseum: théâtre, eros et provocation


L'expo nous introduit dans le monde de Frank Wedekind (1864-1918), qui est surtout connu aujourd'hui comme dramaturge pour ses drames Frühlings Erwachen, L'éveil du printemps, une "tragédie enfantine", et La boîte de Pandore (dont s'est en partie inspiré Alban Berg pour son opéra Lulu*), deux pièces qui avaient fait scandale lorsqu'elles avaient été montées, mais qui sont depuis lors devenues deux grands classiques du théâtre moderne.

Franziska 
En dehors de ces deux succès, Wedekind écrivit encore une vingtaine de pièces de théâtre, qui sont pour la plupart aujourd'hui tombées dans l'oubli. On y retrouve les grands thèmes qui ont été au centre de sa réflexion:l a relation entre l'homme et la femme, la manière dont la société aborde la sexualité et en général, le rapport au corps, les relations entre l'artistique et le commercial. Avec déjà une approche de la question du genre (gender): l'exposition présente p.ex. des caricatures de Wedekind dans lesquelles il représente des hommes se travestissant. Dans L'éveil du printemps l'on découvre des adolescents en proie à l'éveil de leur sexualité, un texte relevant à l'époque de la pornographie puisqu'il y décrit plusieurs actes d'autoérotisme, de masturbation collective et évoque sans complexe l'avortement, autant de thèmes considérés alors comme tabous. Ou encore cette pièce de théâtre, Franziska, où une femme, comme un Faust inversé, ayant vu la manière dont se déroule le mariage de ses parents, refuse de mener une vie d'asservissement, et décide de vivre pendant deux ans comme un homme pour jouir de la liberté que procure cet état. Un pacte est passé avec un homme, Kurz, à qui elle appartiendra une fois les deux années écoulées.

L'exposition s'intéresse encore aux autres aspects de la créativité prolifique de Wedekind: le Wedeking poète, l'écrivain satirique,  le comédien, le chanteur ou le publicitaire, avec notamment la présentation de quelques publicités qu'il a conçues pour le bouillon Maggi.  Une constante chez cet homme-orchestre se trouve dans son goût de la provocation, omniprésente dans son oeuvre que l'exposition nous invite à (re)découvir.

L'exposition munichoise, une ville où Wedekind a passé une grande partie de son existence, dépeint également l'influence de l'oeuvre théâtrale de Wedekind dans les oeuvres cinématographiques, la musique et la bande dessinée.

*Pour Lulu, Alban Berg s'est inspiré de deux oeuvres de Frank Wedekind: La Boîte de Pandore (Die Büchse der Pandora) et L'Esprit de la terre (Erdgeist). Berg avait assisté à une représentation de La Boîte de Pandore en 1905 dans une production de Karl Kraus mais n'a commencé son opéra qu'en 1929 après avoir terminé son autre opéra, Wozzeck. A noter que le Bayerische Staatsoper présentera une nouvelle mise en scène de Lulu la saison prochaine. Première le 25 mai.

Où et quand?

L'exposition Wedekinds Welt peut se visiter au Deutsches Theatermuseum de Munich jusqu'au 11 janvier 2015.
Galeriestr. 4a (Hofgartenarkaden), 80539 München
Tous les jours sauf le lundi de 10 à 16 heures. Fermé le 1er novembre, les 24 et 25 décembre et le 1er janvier. 

Crédit photographique: Deutsches Theatermuseum

dimanche 27 juillet 2014

La princesse du cirque, l'opérette de Kálmán au Cirque Krone de Munich

Daniel Prohaska (Mister X), Alexandra Reinprecht (Princesse Fedora Palinska)
Théâtre en rénovation, le Gärtnerplatztheater de Munich doit constamment se trouver de nouvelles salles pour présenter ses spectacles. Le Cirque Krone, qui est toujours en tournée tant en été qu'en automne, propose alors son amphithéâtre à la location. On ne pouvait rêver de meilleur espace que celui d'un cirque pour monter la Princesse du cirque d'Emmerich Kálmán. Le théâtre lyrique populaire munichois s'y est installé pour y monter son opérette  dont l'action se déroule notamment dans un cirque à Saint-Pétersbourg. Une belle mise en abyme.

Vous croyez que l'opérette est un genre désuet et dépassé et que ses airs ne font plus valser que des seniors nostalgiques du temps de leurs grands-parents? Le Superintendant du Theater-am-Gärtnerplatz, Josef Köpplinger est certes d'un autre avis et nous livre ici une mise en scène qui part comme un feu d'artifice et qui ne se termine qu'au dernier tableau de trois bonnes heures d'un spectacle total de joie, de musique, de danse, de sons, de couleurs, de vivacité créative. Köpplinger fait valser la scène et le public de manière étourdissante. On est captivés et émerveillés à chaque instant, on sort du spectacle en chantonnant un des grands airs et on se dit qu'on reviendrait bien s'enviver de ce pur bonheur en septembre prochain lorsque le spectacle sera repris en ouverture de saison. La manière dont le metteur en scène autrichien revisite les opérettes est époustouflante de nouveauté et d'inventivité. Non, l'opérette n'est pas morte, ce n'est pas une musique pour croulants attendris, en tout cas pas à considérer le monde de l'opérette selon Köpplinger. Le public munichois s'est très vite rendu compte que le Gärtnerplatztheater avait eu la main des plus heureuses en accueillant son nouveau Directeur général: ses mises en scène de l'Auberge du cheval blanc, ou plus récemment, de Tschitti Tschitti Bäng Bäng, furent des réussites totales et ont montré qu'on pouvait renouveler le genre.

Le metteur en scène et son équipe ont été confrontés à divers problèmes, l'amphithéâtre et la piste d'un cirque ne répondant pas aux nécessités d'un opéra. Pas de fosse d'orchestre, une piètre acoustique, ni dessous de scène ni cintre. Josef Köpplinger a fermé les deux portions de l'amphithéâtre situées de part et d'autre de l'entrée des artistes. Il a placé l'orchestre dans la partie supérieure de l'une d'entre elles, et pour partie dans la petite loge d'orchestre située au-dessus de cette entrée, qui accueille d'ordinaire le petit orchestre du cirque. Quant aux chanteurs, ils étaient tous porteurs d'un micro, sans quoi leurs prestations auraient été quasi inaudibles. L'espace circulaire entre la piste du cirque et les spectateurs a été recouvert d'un plastique noir brillant, la piste proprement dite donnera l'illusion d'une patinoire pour les scènes hivernales de l'opérette. Quelques élements de décors sont apportés sur la piste, mais l'ambiance sera surtout suggérée par les costumes très élaborés et magnifiquement réussis de Marie-Luise Walek.


Le public est accueilli par une série de clowns qui le divertit de son attente par de gentilles pitreries. Les clowns ne quitteront plus la scène. Il ne s'agit pas d'artistes de cirque mais d'une quinzaine de danseurs et de figurants du Gärtnerplatztheater qui tout au long du spectacle réagiront en mimant ou en dansant les émotions que suscite l'action. On a au cours de la représentation tout le loisir de détailler la beauté de leurs costumes, tous individualisés, d'une sophistication rare, et de leurs mouvements individuels ou d'ensemble, un travail remarquable, attachant et réjouissant superbement orchestré par le chorégraphe Karl Alfred Schreiner, directeur de la danse du Gärtnerplatztheater, en parfaite complicité avec Josef Köpplinger. Aux premières mesures de l'orchestre, les clowns se rappocheront d'une grande malle de voyage qu'ils ouvriront avec curiosité. Un ballon en forme de coeur rouge s'en échappe et s'élève vers le chapiteau. Le ton est donné, on s'en doutait, l'opérette nous parlera d'amours romantiques. La piste et son cercle extérieur seront constamment animés par leur sarabande très colorée.

Toni  (Otto Jaus) et Liese (Nadine Zeintl)
Les chanteurs sont en costumes d'époque. Les milieux de la haute noblesse russe et autrichienne se mélangent aux milieux du cirque. Les nobles courtisent les ballerines et les écuyères. La princesse Fedora  Palinska, une veuve jeune et richissime, est fascinée par un artiste de cirque, Monsieur X, un noble qui a choisi de se cacher sous un masque et de jouer la carte de l'incognito en devenant artiste de cirque, un monde qui le fascine. Un jeune Viennois, Toni,  tombe éperdument amoureux de Liesel, une dresseuse de caniches, et se fait passer pour le noble qu'il n'est pas: il prétend être le fils de l'Archiduc Karl, ce qui n'est qu'un mensonge digne de la casuistique. Sa mère dirige l'Hôtel Grossherzog Karl à Vienne. La dresseuse refuse ses avances, pas de galipettes sans mariage! Une nuée de hussards russes courtisent la princesse rendue immensément riche par un veuvage récent. La vodka et le champagne coulent à flots. Un prince russe est éconduit par la princesse et pour se venger, propose à Monsieur X de se faire passer pour un noble et d'épouser la belle Fedora. Il veut ainsi humilier publiquement la noble dame qui s'est permis de l'éconduire, en dénonçant son mariage avec un roturier, qui pis est un saltimbanque. Mais la princesse est amoureuse de Monsieur X, dont on sait déjà qu'il appartient lui-même à la haute noblesse. Il y aura bien humiliation et séparation, mais les nouveaux époux se réconcilieront dans l'hôtel viennois au dernier acte, un hôtel où arrivent aussi Toni et Liese, qui se sont mariés en secret. Toni devra avouer à sa mère qu'il a épousé une artiste de cirque. Il est aidé par le maître d'hôtel, qui est depuis trente ans dans la maison et est vraisemblablement le vrai père de Toni, avec qui la patronne a eu une aventure de jeunesse. Toute une série de quiproquos que la mise en scène met ingénieusement en exergue et qui sont suivis avec intérêt, en effet miroir, tant par la bande de clowns que par le choeur de la noblesse. Tout ceci requiert un énorme plateau, et c'est une vraie féérie de voir comment le metteur en scène et le chorégraphe font évoluer ce monde bigarré. 


A tout ce beau monde viennent s'ajouter de véritables artistes de cirques qui meublent les intermèdes, un excellent jongleur et surtout le numéro d'équilibristes comiques de deux jeunes artistes finnoises au talent exceptionnel, Stina Kopra et  Lotta Paavilainen. Aux artistes de chair et d'os, qui pour certains jouent les animaux de cirque, des ours blancs notamment, il faut ajouter les poupées de son: toutes une série de ballerines en tutu grandeur nature portées à bras le corps par les clowns et aussitôt enlevées par les hussards dont on se rend bien compte qu'ils n'en sont pas à une gaillardise prêt. Puis il y a ce moment délicieux où une femme-canon pénètre dans le fût d'un canon de foire et en est expulsée pour le plus grand plaisir du public puisque si c'est une femme qui y entre c'est une poupée qui en sort propulsée dans les airs. Ajoutons encore le charme et l'inventivité des décors: la piste qui se transforme en une patinoire glacée, la neige qui tombe, ce qui est particulièrement rafraîchissant par ce temps caniculaire. Pour le dernier acte qui se déroule à Vienne,  le changement de lieu est indiqué par l'arrivée sur scène de trois maquettes d'attractions viennoises des plus connues: la Stefanskirche, l'église cathédrale de la capitale impériale, la grande roue du Prater et et palais de Schönbrunn, tandis que le décorateur Rainer Sinell fait glisser un bureau de réception sur le rail qui entoure la piste, et installe un restaurant grâce à de simples chaises thonet  et des tables de bistrot, avec aussi un empilement de chaises des plus réussis, sur lequel viendront se jucher, comme un essaim confus, le groupe des clowns.

Jürgen Goriup au pupitre fait valser les instruments au rythme rapide et souple de la musique d'Emmercih Kálmán dans une prestation pleine d'allégresse et de légèreté. La valse règne en maîtresse. Sur la piste, un plateau de chanteurs et de chanteuses de tout grand format: Daniel Prohaska en Monsieur-X revêt un costume de Zorro pour se laisser ensorceler par la très talentueuse Alexandra Reinprecht, peut-être la meilleure interprète d'opérettes du moment à Vienne, qui fait une Fedora exquise. La paire Toni-Liesel est inénarrable de drôlerie. Otto Jaus (Toni) avec son excellent jeu scénique d'amoureux transi et maladroit est aux pieds de Nadine Zeintl avec son maquillage et ses couettes à la Nina Hagen, l'actrice chante et joue à ravir les effrontées vulgaires, un régal! Enfin les deux couples plus âgés, l'âpre hôtelière Sigrid Hauser et son maître d'hôtel Rober Meyer, et le couple directorial du cirque, Gisela Ehrensperger et Franz Wyzner, touchants dans  leur interprétation de vieillards contraints de renoncer à la direction d'un cirque qu'ils adorent, ne sont pas en reste de talent. On a là un plateau extraodinaire pour une parfaite soirée d'opérette.

Du cirque, des clowns, de grands chanteurs, de la danse et de la chanson, de l'amour à en revendre, tout cela présenté sous la forme d'un grand spectacle étourdissant. Un spectacle à ne pas manquer qui connaîtra une reprise à Munich en septembre puis, plus au nord, au Théâtre de Duisburg (Deutsche Oper am Rhein), à partir de novembre.

Agenda

Les 29 et 30 juillet 2014
Les 17, 19, 20, 21 et 23 septembre 2014 au Cirque Krone de Munich.

Cliquer ici puis sur la date choisie pour les réservations.

Crédit photographique: Thomas Dashuber

Hautnah , une nouvelle expo du peintre Robert C Rore à la Kunstbehandlung de Munich


Hautnah (littéralement proche de la peau, corps contre corps, l'ladjectif exprime la proximité physique) est le titre de l'exposition annuelle des œuvres de Robert C Rore qui a lieu du 31 juillet 2014 au 4 octobre.2014 à la galerie Kunstbehandlung à Munich. L'artiste Robert C Rore qui vit à Munich a abordé la question de la façon dont nous faisons l'expérience de la proximité physique au temps des smartphones et de la connection à internet dans de nouveaux dessins et de nouvelles peintures avec des effets inattendus.  L'idée de proximité dans le contact physique se retrouve aujourd'hui dans la mode vestimentaire de vêtements qui collent au corps. On peut aussi évoquer à ce propos le film de Mike Nichols « Closer »,ou penser aux bousculades dans les transports en commun au moment des heures de pointe. 

Le travail de à Robert C Rore ne s'intéresse quant à lui pas aux groupes mais présente des individus concentrés sur leur smartphones, qu'ils soient habillés ou nus. Cela se traduit par une série de «selfies», dont Robert C Rore cherche à rendresur la toile  le scintillement éléctronique sur l'écran. Une nouvelle manière d'aborder l'art du portrait.

Un catalogue regroupe les oeuvres proposées à la vente. On peut le commander en ligne.

40, Muellerstrasse
Munich

Heures d'ouverture de la galerie: cliquer ici


samedi 26 juillet 2014

Le Theater-am-Gärtnerplatz ressuscite Jesus Christ Superstar au Cirque Krone

Jésus au jardin des oliviers (Drew Sarich)

Jésus ne ressuscite pas vraiment sur la scène du Cirque Krone, bien mieux, il se réconcilie avec Judas, ce qui est la plus belle concrétisation de son message d'amour inconditionnel Le music-hall d'Andrew LLoyd Webber fait un tabac en ce moment à Munich. Le Theater-am-Gärtnerplatz a eu l'excellente idée de programmer un des meilleurs opéras rock des années 70 et ce faisant a réussi à drainer un public jeune qui jusqu'ici n'avait pour la plupart jamais franchi les portes du célèbre théâtre lyrique populaire de la capitale bavaroise. Le Superintendant du théâtre, Josef Köpplinger, ouvre ainsi de nouveaux horizons, et c'est fort bien ainsi. Un défi relevé avec succès, car le Cirque Krone fait salle comble pour les trois représentations prévues, ce qui laisse à penser que, lors d'une reprise, plus de représentations pourraient être programmées.

On nous avait annoncé une version concertante, mais en fait  l'oeuvre d'Andrew LLoyd Webber a quasi été mise en scène par Josef Köpplinger. L'orchestre occupe la partie supérieure d'un huitième des gradins de l'amphithéâtre, au centre de la piste un petit podium à deux niveaux de chacun deux gradins permet aux protagonistes principaux de la passion de Jésus de venir y chanter en se saisissant d'un des quatre micros placés aux quatre angles du podium. Au sommet de la scène, comme pour un concert rock, une appellation qui peut presque convenir à l'oeuvre de Webber, il y a en effet suffisamment de parties solos pour cela.

Au début du spectacle les chanteurs et les choristes vêtus de longs manteaux sombres  déboulent des allées qui desservent l'amphithéâtre, comme s'ils surgissaient du sein du public. Ils prendront le même chemin en sens inverse à la fin du spectacle. Ce type d'entrée en scène a un effet d'inclusion: le disciples de Jésus, cela peut-être vous qui êtes assis sur les gradins de cette salle, chacun est convié, et à la fin du spectcale, chacun peut repartir avec le viatique du message délivré. Le choeur viendra entourer le podium, Jésus sur une des marches parle à un petit groupe de disciples d'une manière proche et familière, tandis que Judas chante au micro. Tout au cours du spectacle, la tension entre les deux hommes sera palpable. C'est qu'ils ont des visées théologiques et politiques qui divergent, la suite biblique nous en est connue.

Marie-Madeleine (Peti van der Velde), Jésus (Drew Sarich)
et Judas (Alex Melcher)
Les rôles principaux sont confiés à des chanteurs de premier plan. L'Américain Drew Sarich chante le rôle-titre sans grimage particulier. Köpplinger n'a pas voulu d'un Jésus barbu aux cheveux longs comme une certaine tradition aime à se le représenter. Drew Sarich est là tel qu'en lui-même, avec ses cheveux courts et sans barbe, et habillé de manière simple et décontractée, le bonnet sur la tête, en débardeur marcel, jeans et basketts, tatouage au bras. Sarich est bien connu en Allemagne et en Autriche dans le monde de la comédie musicale ( il fut entre autres Quasimodo à Berlin ou Berger dans Hair à Vienne) comme il l'est à Broadway ou à Londres. Il nous donne un Jésus de chanteur rock avec une présence intense et un charisme puissant, et de belles possibilités dans l'aigu notamment dans de longs cris expressifs chantés avec de longues tenues de notes. Le Judas d'Alex Melcher est tout aussi exceptionnel avec une intensité dramatique magnifique dans l'expression virulente des convictions, mais aussi des doutes et des déchirements qui traversent ce personnage complexe. Le Pilate d'Erwin Windegger participe lui aussi de cette même intensité scénique et de cette même réussite vocales. Peti van der Velde donne des accents soul à sa Marie-Madeleine: si elle est très convaincante dans le mezzo et par les raucités de sa voix, elle accroche moins dans l'aigu.

Jeff Frohner fait rocker l'orchestre du Theater-am-Gärtnerplatz, en donnant parfois trop d'importance aux percussions. On comprend bien que le rock accorde une place privilégiée à la batterie, mais pas au point de couvrir certaines parties chorales importantes qui sont passées au second plan, les excellents choristes méritaient un meilleur traitement.

Le public captivé a adoré cette production. Standing ovation, cris enthousiastes et bravi. Le Theater-am-Gärtnerplatz termine en beauté une excellente saison.

Crédit photographique: Christian Zach


vendredi 25 juillet 2014

Festival d'opéra de Munich: une distribution magique pour Les noces de Figaro

La Susanna d'Hannah-Elisabeth Müller (photo Wilfried Hösl)

Le Bayerische Staatsoper offre des soirées inoubliables. Ce fut encore le cas hier soir avec la reprise des Nozze di Figaro de Mozart dans une mise en scène de Dieter Dorn qui reste tout aussi intelligente et efficace qu'au moment de sa production en 1997. C'est une de ces soirées de pure jouissance où l'on peut s'installer confortablement dans les fauteuils récemment remplacés de l'opéra de Munich et savourer la musique et le chant sans avoir à se demander si on comprendra la modernité de la mise en scène. Dorn a su utiliser au mieux le livret et tirer avec brio toutes les ficelles du comique de situation mozartien. C'est rapide, rafraîchissant, intelligent, tout aussi vif, spirituel et révolutionnaire qu'au moment de la première viennoise en 1786. Dieter Dorn avait travaillé avec Jürgen Rose pour les décors. Par un jeu de toiles tendues, ils retravaillent l'espace scénique en le réduisant aux confortables dimensions de la future chambre à coucher de Susanna et Figaro, ou du salon de la Comtesse. La décoration sobre et allusive, les éléments de mobilers, les costumes et les perruques dus eux aussi à Jürgen Rose situent l'action exactement là où on l'attend, à la fin du 18ème siècle. Trois grandes doubles portes, une côté cour, une côté jardin, et une troisième donnant vers le fond de scène permettent de situer ou de clôturer l'espace. Quand Cherubino est pris au piège de l'enfermement voulu par le conte, il ne lui reste plus qu'à sauter d'une fenêtre supposée, c'est-à-dire dans la fosse d'orchestre. Dieter Dorn a seulement interprété le dernier acte, situé traditionnellment dans les taillis du parc de la demeure contale en le faisant se dérouler dans une pièce nue, sans portes, avec seulement des baies ouvertes, comme dans une construction inachevée. Le sol est jonché de draps blancs. Plutôt que de se cacher derrière les arbustes ou les statues du parc, les protagonistes de la farce finale rampent sous les draps ou s'en recouvrent; on comprend en tout cas tout de suite la convention: le personnage couvert cherche à se dissimuler à la vue d'autrui, sans rien perdre de la scène, ou presque.

A Munich, l'excellence de l'orchestre et des choeurs n'est plus à souligner si ce n'est pour attribuer à ces musiciens et à ces chanteurs un summa con laude. L'énergique Dan Ettinger au pupitre commence par une ouverture en fanfare et fera swinguer les Noces tout au long de la soirée en dansant littéralement le rythme insufflé par le Divin Mozart. Et puis, et surtout, il y a l'intelligence du casting, avec ses grands classiques et ses découvertes, un casting sans l'ombre du plus petit bémol, tout simplement grandiose.

Et d'abord les chanteurs fabuleux et complices que sont Erwin Schrott et Gerald Finley, qui ont déjà chanté les Noces ensemble (voir ou revoir le dvd de Covent Garden en 2008). Le Figaro d'Erwin Schrott avec toute la richesse profonde et la sensualité virile de son baryton chaud et sonore et son talent de comédien né, avec un charisme et une présence scéniques tels qu'il peut parfois parler ses récitatifs tant ils sont bien joués. Ce grand chanteur incorpore ses rôles, il devient Figaro aujourd'hui, Leporello demain, il leur donne vie, mais avec une telle personnalisation que l'inverse est vrai aussi: Figaro ou Leporello deviennent Erwin Schrott, l'osmose est réciproque, un régal pour le public. Face à lui, Gerald Finley donne un conte aussi fougueux et impulsif qu'égocentrique, avec une forte présence scénique, égale à celle de son partenaire de scène, et une voix puissante au timbre magnifique. La Comtesse de Véronique Gens est une pure merveille: le public retient son souffle dès qu'elle entame son Porgi, amor, qualche ristoro du deuxième acte, et son récitatif et air du troisième acte E Susanna non vien... Dove sono procure la même émotion et le même bonheur. Elle revient pour le rôle à Munich la saison prochaine, où on pourra aussi l'entendre en Elvira et la découvrir en Alice Ford. Kate Lindsey donne un Cherubino avec des ornements fins et subtils. Une des toutes grandes joies de la soirée est la Susanna d'Hanna-Elisabeth Müller, une chanteuse de la troupe du Bayerische Staatsoper et une superbe étoile montante dans le ciel munichois, avec une voix fraîche, souple et juvénile, d'une grande clarté de son comme de prononciation et de la facilité dans l'aigu. Cette même fraîcheur se retrouve dans la Barbarina d'Elsa Benoît qui rend bien toute la vivacité gourmande du personnage, prête à dévorer le dévoreur qu'est Cherubino. Les rôles comiques ne sont pas en reste, Ulrich Reß est à mourir de rire dans son excellente interprétation de Basilio, et Peter Lobert amuse beaucoup tant en jardinier bougon et offusqué qu'en maître du sérail des femmes du choeur. On le suivra avec intérêt la sasion prochaine dans pas moins de huit opéras au Théâtre national. Umberto Chiummo et Heike Grötzinger forment le couple Bartolo-Marcellina, un beau duo d'acteurs.

Un tonnerre d'applaudissements reconnaissants a salué tous les acteurs de cette excellente soirée festivalière. 

Prochaines représentations en décembre, avec un plateau en partie modifié, mais où l'on retrouve Gerald Finley et Véronique Gens.

jeudi 24 juillet 2014

L'Orfeo de l'Opéra bavarois en live stream le 27 juillet. Présentation

Par trois fois les trompettes résonnent, d'une des loges qui dominent l'amphithéâtre du Prinzregententheater d'abord, ensuite, après quelques minutes, le temps qu'il faut pour descendre, d'une entrée du parterre, enfin le temps d'y monter, sur scène. Ivor Bolton lance alors son Monteverdi-Continuo-Ensemble. Le prologue peut commencer.


Mais déjà on s'étonne, qu'est-ce donc ce décor tout noir et dépouillé et ces sacs de plastique qui jonchent la scène noire elle aussi? La Musica  s'avance en portant une valise décorée d'une note. Ce n'est pas cet Esprit assuré qui proclame d'un énoncé évident le pouvoir de la Musique, c'est un ange aux longs cheveux blonds dont les ailes fatiguées ont vécu et ont déjà sans doute perdu quelques plumes, un ange aux ailes incertaines et au sourire gentiment naïf dont le chant se cherche parfois et qui s'essaye à tirer quelques notes d'une petite guitare sortie de sa valise. On est loin de la cérémonie hiératique que suggère la partition de Monteverdi. Le metteur en scène David Bösch, le décorateur Patrick Bannart, le costumier (ici aussi vidéaste) Falko Herold forment à nouveau équipe au BSO , ils ont déjà monté ensemble avec grand succès deux fleurons du répertoire de l'opéra bavarois, L'elisir d'amore et Mitridate, re di Ponto. Ils se sont retrouvés pour le festival 2014 pour donner une lecture plus contemporaine de l'oeuvre du maître de musique de la cour de Mantoue. 

D'entrée, on pressent déjà les paroles dantesques  de l'Ecco il palude de l'acte III: lasciate o voi ch'entrate ogni speranza. Il est difficile d'imaginer que cette Musica si douce et fragile (délicieuse Angela Brower) qui cherche parfois ses notes ou ses accords pourra faire le poids face aux puissances infernales. Son chant parvient cependant à faire s'élever quelques grandes fleurs blanches à six pétales, peut-être des anémones des bois, des fleurs que l'on retrouve sur le combi monospace Volkswagen déglingué qui déboule sur  scène bourré de son chargement de jeunes hippies chevelus. Peace and love, on est au début des années soixante-dix, les hippies sont venus célébrer le mariage d'une des leurs, Euridyce (Anna Virovlansky, avec une voix aux raucités un peu rugueuses et fragiles), qui doit épouser Orphée. L'amour libre règne en maître, cela partouze ferme dans le combi, de jeunes femmes poussent des landeaux garnis de bébés aux pères improbables. 

Orphée en crooner au costume blanc qui vient se jucher sur le toit du combi pour chanter son amour pour sa bien-aimée à l'aide d'un micro (que l'on se rassure, non branché) face à une assistance pétée au mousseux et ravie par ses gesticulations de bassin à la limite de l'obscène. Maix la voix fait heureusement hiatus avec le déhanchement. Magnifique Christian Gerhaher qui va tenir le rôle de manière impeccable, chaque syllabe, chaque ton sont maîtrisés et suspendre toute la salle à ses lèvres pendant toute la durée de l'opéra.-, aussi naturellement (et avec cet amour du public dans le partage de la musique qui le caractérise) que s'il enfilait les perles d'un collier de Lieder.

Curieusement, on est progressivement sous le charme d'une mise en scène qui, malgré sa relecture de l'opéra, va servir la musique de Monteverdi: elle  abolit la distance temporelle du lointain début du dix-septième siècle, et la distance mythologique en humanisant davantage les personnages et, on le verra, en supprimant la victoire stellaire sur la mort, de la même manière qu' Ivor Bolton, son orchestre et les choeurs, cherchent à souligner la variété tout en en respectant la rythmique dans une composition  qui peut ailleurs parfois sembler répétitive. 

C'est Anna Bonitatibus qui apporte de la Mort fidèle Messagère, l'annonce du décès d'Euridyce. Les anémones géantes s'anémient et se fânent  pour laisser place à des spectres sinistres pendus têtes vers le bas. Les hippies vont s'en aller et laisser Orphée dans les marais méphitiques face à la tombe d'Euridyce, une ouverture dans la scène emplie de terres noires, une tombe dans laquelle il veut se jeter à son tour. Charon (Andrea Mastroni) arrivera sur sa barque couvert d'un sombre manteau de loques, accompagné non de Cerbère, mais de trois êtres aux têtes de mort, évoluant à quatre pattes avec des comportements simiesques, bientôt rejoint par de nombreux comparses. Les lamentations d'Orphée finissent par avoir raison de la vigilance du nautonier qui s'assoupit. Orphée récupère alors sur le dieu endormi la commande à distance qui lui permettra de mettre en route le taxi du Styx. Les choses se passent très vite dans l'Hadès. La belle Proserpine (Anna Bonitatibus, excellente dans les deux rôles, et qui recevra une ovation méritée), habillée en Reine de la nuit,  plaide la cause des amoureux, Pluton (Andrew Harris), hyper velu comme la Bête du conte, les cheveux léonins, en perd quelques touffes de poils mais cède aux supplications de la déesse. Mais Orphée ne peut s'empêcher de regarder Euridyce, elle porte définitivement le masque de la Mort et est livrée aux créatures simiesques des Enfers.



Orphée est à présent un clochard qui squatte le combi VW des hippies, complètement déglingué. La Musique a perdu la partie. Désespéré, il coupe les cordes de sa lyre au cutter. La Musique essaye bien de lui faire croire qu'Euridyce est une étoile, mais sur les rivages de Thrace, Orphée est rejoint par les hippies qui refont une parodie de la scène du mariage. Un terrible Apollon en guenilles et à béquilles lui tend un fatal couteau. Orphée rejoindra bien sa bien-aimée, mais, le mythe est réécrit, pas au ciel, dans la tombe, par le suicide.

L'Orfeo de Christian Gerhaher, d'Ivor Bolton et de David Bösch fait soirée après soirée un triomphe à Munich. Si à la fin du spectacle, après les premières sales d'applaudissements, les portes de la salle s'ouvrent pour laisser passer un spectateur furtif et pressé, elles se referment aussitôt pour célébrer ce beau plateau de chanteurs, ces excellents musiciens et les magnifiques  choeurs de l'Académie de Chant zurichoise (Zürcher Singakademie) entraînés par Tim Brown. 

On peut espérer que cette réussite et l'accueil fervent du public pour ce retour de l'opéra baroque sur la scène de l'Opéra de Bavière ouvrira plus grandes les portes munichoises aux productions du Grand Siècle.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

Retransmission  en direct sur internet

Ce nouvel Orfeo sera retransmis sur la STAATSOPER.TV en live stream ce dimanche 27 juillet à partir de 18 heures. Le spectacle dure 1H50. 

mercredi 23 juillet 2014

Un opéra juif au Bayerische Staatsoper: Hiob d'Erich Zeisl et Jan Duszyński

Christa Ratzenböck (Deborah) et Chris Merritt (Mendel)
L'Opéra munichois a fait le pari audacieux de commander au compositeur polonais Jan Duszyński et au metteur en scène Miron Hagenbeck, dramaturge au Bayerische Staatsoper,  de compléter l'oeuvre inachevée d'Erich Zeis, Hiob, dont le compositeur n'avait écrit que les deux premiers volets. L'opéra complété a été présenté samedi dernier au public du Festival d'Opéra munichois (Münchner Opernfestspiele), une grande manifestation musicale qui a lieu chaque année au mois de juillet dans la capitale bavaroise.

Zeisl avait commencé d'écrire son opéra en 1939, mais ne l'avait pas achevé. Son opéra était une adaptation à la scène du roman de Joseph Roth Hiob, sur base du livret qu'Hans Kafka en avait tiré.

En français, on dispose de trois traductions de ce roman qui est paru sous des titres différents: Job. Roman d'un simple juif,  Le Poids de la grâce,  ou encore Job. Roman d'un homme simple.  Le roman de Joseph Roth se base sur l'histoire biblique du Livre de Job. Roth crée le personnage d'un Job moderne, Mendel Singer, un maître d'école juif très religieux et pauvre, habitant un shtetl (en yiddish une petite ville, un village) en Russie peu avant la première guerre mondiale, marié et père de quatre enfants, dont le dernier, Menuchim, est gravement handicapé, au point de ne pas avoir l'usage de la parole. Les parents acceptent ce coup du destin et toute la famille entoure de soins et d'affection l'infortuné enfant. Le roman raconte la vie de cette famille très simple dont le père se contente de vivre en obéissant aux préceptes divins révélés dans la Torah, au grand dam de son épouse Deborah qui rêve de meilleures conditions d'existence, comme d'ailleurs ses trois aînés, qui vont se choisir des parcours de vie fort différents. Le fils aîné de Mendel, Jonas, s'enrôle dans l'armée blanche tandis que le cadet, Shemarjah, s'exile aux États-Unis, y fait fortune et y convie sa famille. La fille de Mendel, Mirjam, répond volontiers aux avances des Cosaques avec lesquels elle s'encanaille. Les parents partent avec leur fille, obligés de laisser Menuchim en Russie, car les Etats-Unis refusent l'immigration des handicapés. En Amérique, le sort accable la famille: elle apprend que l'aîné, resté en Russie, est tué à la guerre, la femme de Mendel meurt, la fille perd la raison. Mendel éprouve de plus en plus durement la malédiction de l'exil, se détourne de Dieu pour finalement se soumettre à Sa Volonté et retrouver avec bonheur la foi perdue. 

Joseph Roth avait publié Hiob à Berlin une dizaine d'années avant sa mort en 1939. Il mourut  à Paris où la montée du national-socialisme l'avait contraint à se réfugier en 1935, après que ses livres ont été brûlés. Deux traductions françaises de ce livre trop oublié ont vu le jour successivement en 1931, puis en 1965. De cette oeuvre devenue un classique est parue récemment, en 2012 au Seuil,  une nouvelle traduction par Stéphane Pesnel.

Le metteur en scène Miron Hagenbeck et le compositeur Jan Duszyński se sont inspirés librement du livret de Hans Kafka. Jan Duszyński, tout en assurant la continuité avec la partie composée par Zeisl, n'a pas voulu faire un exercice de style à la Zeisl mais a composé la deuxième partie dans le styte qui lui est propre. L'opéra de Zeisl mettait quant à lui l'accent sur le conflit religieux qui devait déchirer le protagoniste, Mendel, ce en quoi il suit l'oeuvre de Roth, alors que Duszynski insiste davantage sur la profonde culpabilité qui ronge ce père qui a dû abandonner son enfant handicapé pour pouvoir émigrer. La nouvelle version de l'opéra s'ouvre d'ailleurs avec une belle trouvaille: Menuchim devenu grand chante et répète la phrase "J'ai pour tâche de terminer un opéra inachevé".


Le décor de Philine Rinnert est extrêmement simple, et réussi. Des meubles en bois blanc de piètre qualité soulignent la pauvreté de la famille: à l'avant-plan, une table et six chaises, une armoire, un lit. Le dépouillement de l'ancien manège (Reithalle) de Munich où est joué l'opéra contribue à l'impression d'un dénuement sordide. A droite, une Arche sainte, l'Aron Kodesh des Juifs askénazes , insiste sur la soumission de Mendel à la Torah. L'espace du manège est bien occupé et structuré, la trentaine de musiciens placés en hémicycle derrière l'armoire occupe le premier arrière-plan droit de la Reithalle. En second arrière-plan, une espèce de container-ponton rouillé suggère un endroit mal famé, des Cosaques y traînent la nuit pour boire et fumer, ou baiser les malheureuses qui, comme Mirjam, vont y hoqueter leur malheur.

On pouvait s'attendre à ce que l'oeuvre de Zeisl ne soit pas aboutie. Zeisl est mort 20 ans après en avoir tenté la composition, sans prendre jamais le temps de la reprendre. Cela donne une oeuvre composite qui fait appel à des musiques variées, où l'on retrouve bien sûr, et dès l'ouverture, les accents de ces musiques de films qui furent une des spécialités du compositeur. La musique et le chant confient souvent à l'hystérie, et si, combinés à la mise en scène, ils exposent bien le caractère éminemment dramatique de la vie de cette famille éclatée entre le respect de la tradition du père et le désir d'émancipation des autres protagonistes, ils ne parviennent pas à une individualisation vocale suffisante des rôles: les chanteurs et les chanteuses expriment tous leur mal-être par un chant forcé jusqu'au cri, à la limite des notes faussées. L'écriture du chant manque de nuances et de finesses dans l'élaboration des caractères. L'excellence de l'interprétation ne suffit pas à compenser l'impression d'un chant souvent forcé et crié. On peut cependant se laisser captiver par l'exposition du drame et les éléments de séduction ne manquent pas: la grande qualité des solistes et des choristes, le charme du choeur d'enfants et, déjà, leur professionalisme scénique, et l'engagement de l'orchestre tout au service d'une oeuvre qu'il veut nous faire découvrir.

La seconde partie renverse la tendance: Jan Duszyński, qui lui aussi compose des musiques de film et pour le théâtre, réussit un travail de composition, qui tout en installant une continuité avec l'oeuvre inachevée de Zeisl, nous entraîne dans un univers sonore qui lui est propre, avec une introduction du surnaturel par des accents de musique sidérale en tension avec les moments plus syncopés du quotidien, comme ces choeurs d'enfants qui initient Mendel  à la pratique de base de l'anglais. Le travail de réécriture  du livret perd un peu de la substance et de la structuration du drame de la première partie et rate le final: on voit bien que Mendel sort de la souffrance et en arrive à une espèce de bonheur qui se marque par un sourire prolongé, enfantin et béat, mais on ne perçoit pas la théophanie ni la force du surnaturel qui provoque la conversion du protagoniste et son retour à la vie religieuse. En ce sens, l'option de s'écarter de l'oeuvre de Roth, qui est en correspondance constante avec le Livre de Job pour s'essayer à l'écriture du drame de l'abandon d'un enfant, porte atteinte au coeur et à l'esprit de l'oeuvre en la vidant, au moins en partie, de sa Weltanschauung biblique.

Il convient enfin de faire la part belle aux artistes et rendre hommage d'abord au travail du chef d’orchestre Daniel Grossmann qui dirige l’orchestre qu’il a lui-même fondé, l'Orchester Jakobsplatz. La Jakobsplatz (Place Pacob) à Munich est la place où se trouvent la Synagogue et le Musée juif de Munich. Depuis 2005, Daniel Grossmann a pu réaliser son rêve d'un orchestre dédié aux oeuvres de compositeurs juifs persécutés et oubliés. L'orchestre Jakobsplatz de Munich, dont les membres sont originaires de plus de 20 pays différents, se consacre à la musique de compositeurs juifs rarement joués, avec des oeuvres des 20e et 21ème siècles. D'excellents interprètes donnent corps au récit avec dans le rôle principal Chris Merrit qui déploie ses talents d'acteur pour donner vie au personnage principal, Mendel, il l'incarne  avec bonhomie et douceur et rend bien le caractère de cet homme qui se soumet à la Loi divine, cependant que son chant est trop souvent crié. C'est le cas aussi chez d'autres protagonistes, dont la mezzo Christa Ratzenböck qui donne une Deborah petite bourgeoise et économe, nécessité fait loi, rêvant d'un avenir meilleur. C'est de l'Opernstudio du Bayerische Staatsoper que sont issus deux des meilleurs chanteurs de la soirée: la Mirjam très émouvante de Mária Celeng qui nous avait déjà donné une magnifique Mirandolina cette saison, et, last but not least, le très beau triple rôle (Michael / Mike/Kosak) d'un chanteur des plus prometteurs,  Joshua Stewart. A signaler encore la belle basse de Peter Lobert.

Crédit photographique: Wilfried Hösl

lundi 21 juillet 2014

La Flûte enchantée au Festival de Bregenz: éléments du superlatif

Sur la tortue primordiale pousse l'arbre du monde constitué des quatre éléments.
Trois dragons-chiens symbolisent la Nature, l'Intelligence et la Sagesse. Un
serpent d'eau maléfique rôde autour de la Tortue-Monde.
Projet pour la scène sur le lac
Le Festival de Bregenz reprend cet été l'extraordinaire production montée l'an dernier par le Directeur général du festival, David Pountney. A chaque représentation, 7000 personnes peuvent assister à la féerie mise en place par le metteur en scène britannique. 

David Pountney a relié l'opéra de Mozart aux mythologies anciennes qui, de la Chine ou du subcontinent indien ou aux Iroquois amérindiens, placent le monde sur la carapace d'une immense tortue. Diverses cultures ont fait de la tortue, ronde sur le dessus et plate en dessous, la représentation vivante de l'univers: la tortue nageant dans l'océan primordial a contribué à la formation de la terre; cosmogonique, elle se fait cosmophore. L'histoire mozartienne de la lutte entre les forces obscures et magiques de la nature et les forces solaires et transformatrices des épreuves initiatiques et de l'avancée vers une humanité nouvelle prend ici place dans les eaux primordiales du lac de Constance et conduit à la création d'un nouvel Adam et d'une nouvelle Eve qui à la fin du spectacle viendront rejoindre les spectacles et en renouveler l'humanité. Pountney inclut ainsi les spectateurs dans sa vision du monde: chacun de nous peut être un Tamino ou une Pamina et parcourir un trajet initiatique de développement personnel.

David Pountney est sans doute un génial rêveur ludique et inventif dans le processus créatif, un créateur qui s'amuse et veut donner du plaisir, mais c'est à la fois un excellent gestionnaire qui a su s'entourer d'une équipe de créateurs et de techniciens extrêmement performants. Sous le rêve se trouvent un montage financier d'envergure et une ingénierie technique audacieuse.

Quelques chiffres, éléments du superlatif

L'estimation du coût des décors: plus de 7 millions d'euros sur un budget total de 20 millions! Les organisateurs espèrent dépasser les 75 pour cent d'occupation, c'est-à-dire plus de 300.000 spectateurs par saison.

Le décor doit rester en place le temps de deux festivals, il doit résister à l'hiver comme à l'été: les matériaux utilisés doivent supporter des températures allant de moins vingt à plus quarante degrés Celsius.

La scène sur le lac est construite sur pilotis: 119 pieux de bois et d'acier sont enfoncés dans le sol du lac.

80 hauts-parleurs sont dissimulés sur scène et 800 autres dans l'amphithéâtre. Le fameux système BOA (Bregenz Open Acoustics) permet aux spectateurs de localiser l'origine du son sur scène.

Un carrousel sous-marin constitué de rails entoure la scène centrale et permet de convoyer toute une série d'objets mobiles en donnant l'illusion qu'ils naviguent: la main sur laquelle Tamino fait son entrée en scène, la barque funéraire du père de Pamina, la tortue qui porte une cage de verre où est enfermée Pamina, l'oeuf qui convoie Papagena vers son bien aimé,...

Les dragons-chiens ont une hauteur de 27 mètres et dissimulent toute une technique et des escaliers qui permettent aux chanteurs et aux acrobates d'accéder aux passerelles supérieures qui les relient entre eux. Les passserelles ont respectivement 19 et 25 mètres de longueur et sont situées à 17 mètres au-dessus de la surface du lac.

La scène centrale, la carapace de la tortue, peut pivoter sur elle-même de 180 degrés en 40 secondes et permet les changements de décor: on passe du monde vert de la nature avec sa gigantesque forêt de graminées qui peuvent se dresser au s'affaisser (par gonflage et dégonflage) au monde minéral et doré de Sarastro, avec ses poings symboliques. 125 énormes brins constituent la forêt. Ils sont recouverts de toile spéciale pour ballons et ont été confectionnés par les ateliers du festival. Le plus haut des 'brins' atteint 6 mètres 30.

16 containers de 6 mètres de longueur se trouvent dissimulés en arrière scène et servent d'entrepôts et de garde-robes. La superficie totale de rangement de l'arrière-scène est de 828 mètres-carrés .
Le spectacle a été réduit pour des raisons organisationnelles (il commence à la tombée de la nuit et doit se terminer à temps pour que les spectateurs aient accès aux derniers trains). Il dure 2 heures 15 minutes, soient une vingtaine de minutes de moins que lorsque l'opéra est joué dans son intégralité. les coupures concernent essentiellement les dialogues parlés et un tercet au deuxième acte. Le spectacle se déroule sans entracte.

Tout est à vendre après les deux saisons festivalières, des costumes aux chiens dragons, s'ils trouvent des acquéreurs qui s'occupent de les transporter, tâche peut-être impossible.

Reportage photographique: éléments techniques

La tortue a une tête de dragon bourrée de technique, 
des techniciens soignent les derniers détails.
Mise en abyme: les pattes de la tortue sont elles-mêmes des tortues

Derrière la scène sur le lac, le monde de la technique, invisible pour le public

Les poupées géantes des Dames attendent leur entrée en scène 
dans leur hangar. Chaque poupée est portée et animée par trois 
actionnistes tout de vert vêtus afin de les confondre avec la forêt 
de graminées géantes.
Une main géante attend d'être placée sur la carrousel subaquatique 
qui entoure la scène sur le lac.
Les mains du monde doré de Sarastro attendent d'être placés sur la scène 
comme éléments du décor
de même que la robe de la Reine de la Nuit, au centre de laquelle une plate-forme
qui peut être élevée attend sa cantatrice.
Les Dames montées sur leurs oiseaux mythiques, la gondole endeuillée 
du père de Pamina, et l'oeuf nautique qui mènera Papagena après 
sa transformation vers son Papageno.

Une passerelle mène les Dames vers la scène centrale.

Le décor de la Festspielhaus, vert et or, où les détenteurs de places de première 
catégorie pourront continuer à suivre le spectacle en cas d'intempéries.
Maquette pour l'entrée en scène de Tamino sur sa main géante
Maquette pour les yeux de la forêt
Maquette pour la gueule du dragon (tête de la tortue)
Modèle d'écailles de tortue 
Echantillon de tissu pour la robe de la Reine de la Nuit.
Dessin préparatoire pour la forêt de graminées
Photos (C) Luc Roger

Renseignements et réservations

Un spectacle à ne pas manquer, du 24 juillet au 25 août 2014.
Source et plus d'infos sur le Festival en allemand ou en anglais en cliquant ici.
Dates des représentation et réservations en ligne: cliquer ici