dimanche 31 décembre 2017

König Ludwig 1886. Ueber Land und Meer. Allgemeine Illustrirte Zeitung.



Gravure funèbre publiée en 1886 dans le journal hebdomadaire Ueber Land und Meer. Allgemeine Illustrirte Zeitung. (p. 869 de l'album 56 de 1886, numéros 27 à 52, pleine page). Ce journal fut publié à Stuttgart de  1858 à 1923.

Au gui l'an neuf. Les voeux de Munichandco.

An qui nais, an qui viens, an qui luis, an qui tombes. 
Au gouffre qu'ont creusé les siècles révolus,
Mets, pour ceux qui seront et ceux qui ne sont plus, 
Des rêves aux berceaux et des roses aux tombes.

Armand Sylvestre




Chères lectrices, chers lecteurs.

Tous  mes voeux vous accompagnent pour l'an neuf et ce soir à minuit, je ne manquerai pas de vous embrasser en pensée sous le gui. En guise de présent, je vous ai recopié un chapitre lexicologique du 
Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur (Côte-d'Or), pp. 102 à 105, imprimé il y a 140 ans, en 1877, à Semur-en-Auxois. Ce chapitre nous apporte quelque éclairage sur l'expression Au gui l'an neuf, et sur les coutumes druidiques et françaises qui l'accompagnaient. 

TRACES DES CÉRÉMONIES RELIGIEUSES QUE LE GUI A LAISSÉES PARMI NOUS.

Malgré les siècles qui nous séparent de nos ancêtres gaulois, malgré la croisade active que la religion et l'instruction ont entreprise contre tout ce qui est superstition, une erreur populaire aussi enracinée qu'était celle de la divinité du gui ne s'est pas effacée complètement; nous retrouvons les traces de ces cérémonies et de ces erreurs dans plusieurs de nos contrées françaises.

Sans entrer dans les nombreuses pratiques druidiques qui, en se les appropriant, ont été sanctifiées par le christianisme, nous ne parlerons que de celles se rapportant au gui. Mentionnons d'abord, mais sans nous y arrêter, l'eau bénite, qui nous rappelle l'eau lustrale le buis bénit qui, indépendamment du souvenir de l'entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem, est encore appendu dans nos maisons comme un préservatif contre différents malheurs; les processions qui sont encore de nos jours, par l'ordre et par le personnel, la reproduction frappante des cérémonies relatives à la récolte du gui.

Le souvenir le plus évident des anciennes coutumes druidiques se retrouve dans le cri « Au gui l'an neuf! (1) qui a subsisté dans plusieurs contrées de notre pays.

Dans quelques provinces de la France, on suspend des rameaux de gui au cou des enfants pour les préserver des maléfices ailleurs, on en forme des colliers, des chapelets pour les préserver ou les guérir de l'épilepsie; enfin on lui attribue tant de qualités merveilleuses qu'on l'a désigné sous le nom de « Bois de la Sainte-Croix. » (Trag. 949 et Dalechamps). Le « gui l'an neuf! » se célébrait dans quelques diocèses par une quête que l'on faisait au premier jour de l'an pour l'entretien des cierges de l'église. Il paraît que cette cérémonie, instituée d'abord pour une bonne cause, dégénéra ensuite en abus par les extravagances les plus bouffonnes. Cette quête se faisait par des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe ils choisissaient un chef qu'ils appelaient leur follet, sous la conduite duquel ils commettaient, même dans les églises, des extravagances qui rappelaient celles de la fête des Fous. Cette coutume fut abolie dans le diocèse d'Angers en 1595, par une ordonnance synodale mais on la pratiqua encore hors des églises; ce qui obligea un autre synode, en 1668, à défendre cette quête qui se faisait alors dans les maisons avec beaucoup de licence et de scandale; les garçons et les filles y dansaient et chantaient des chansons dissolues. On y donnait aussi le nom de bachelettes à cette folle réjouissance, peut-être à cause des filles qui s'y rassemblaient, et, qu'en langage du vieux temps, on appelait bachelettes (Thiers, Traité des jeux. De Jaucourt, etc.).

Dans la Dordogne, les habitants des campagnes se visitent mutuellement aux premiers jours de l'année et s'offrent le « Guiliandnand »; les fermiers vont le porter à leurs propriétaires pour se les rendre bons et faciles (Thiébaud de Berneaud). ).

A Château-Landon et dans les villages environnants, les enfants cueillent une baguette de coudrier ou de saule, ils en détachent l'écorce à moi lié et la recoquillent légèrement, de manière à simuler un feuillage; ils vont ensuite de porte en porte faire hommage de cette baguette qu'ils nomment « guilanée» en chantant en coeur une vieille chanson portant aussi le même nom; et, en échange des souhaits qu'ils débitent, on leur donne des présents. A Blois notamment, les enfants nomment « Aguilanlè » un jour de fête pendant lequel ils quêtent des pièces de monnaie, portant dans leur ronde intéressée, une pomme fichée au bout d'une baguette enrubannée (Thiébaud de Berneaud).

Aux environs de Chartres, l'ancienne métropole des Druides, on nomme encore « Aguilabs » les présents que les parents et les amis se font réciproquement au premier jour de l'an, et la manière de donner ces étrennes est de dire « Salut à l'an neuf! – Donnez-moi ma gui l'an neuf! "(Thiébaud de Berneaud).

En Normandie, les enfants demandent encore des "aiguinettes" (Désobry).

En Bourgogne, à Dreux, et dans d'autres pays, les enfants crient: « Au gui l'an neuf! » pour demander leurs étrennes (Dict. de Trévoux). Et la coutume de nos pays, qui consiste à permettre aux enfants d'aller chanter aux portes et demander des œufs, est bien un reste des anciennes mœurs gauloises.

Enfin, en Picardie, dans le siècle dernier, on faisait encore entendre le cri « Au gui l'an neuf!" auquel on ajoutait celui de « Plantez! Plantez! » pour souhaiter une année abondante et fertile.

Ce cri est donc bien un usage gaulois, rapporté par Ovide dans le vers suivant

« Ad viscum Druidae Druidœ clamores olebant » »

Les habitants des rives occidentales de la mer d'Allemagne et des bords de la mer Baltique attribuent encore mille propriétés au Gui de chêne, qui conserve chez eux le nom de « rameau des spectres "(Pascault, Les quatre saisons).

(1) Plusieurs savants ne sont pas d'avis que le cri « au gui l'an neuf » eût été employé par les Gaulois pour convier les peuples à la récolte du gui.

Dom Le Pelletier a remarque que si l'on veut expliquer ces mots par le bas-breton, il faut y voir une altération de enghin, an eil, qui signifie "le blé germe". 

D'autres auteurs, remarquant que les Druides s'adonnaient à la magie, et qu'ils portaient suspendu à leur cou, comme caractère distinctif de leur puissance, un oeuf de serpent Anguinum ovum , en ont tiré, par une légère transformation littérale, le cri de « au gui l'an neuf! » Le serpent était regardé, après le gui, comme une marque de la divinité, comme une créature sacrée; et l'emblème adopté était l'œuf, comme renfermant en lui le principe, l'état et la fin de la vie (Pline). Cet œuf était une boule de cristal que, du temps de Pline, la tradition prétendait être le produit de la bave et de la transpiration d'une quantité de serpents, lorsque ceux-ci, à une époque de l'année, se réunissent pour se pelotonner et s'entrelacer de manière à former une pyramide. Se procurer cet œuf n'était pas chose facile. Il fallait, à un certain jour de la lune, arriver d'abord près des serpents, juste assez à temps pour saisir l'œuf au moment où leur souflle le lançait en l'air, puis se sauver bien vite à cheval, car les reptiles ne manquaient pas de courir immédiatement à la poursuite du ravisseur, et ne la quittait qu'à la rencontre d'une rivière. On montra à Pline un de ces œufs qu'en sa qualité de naturaliste il examina curieusement. « I1 était, dit-il, rond et gros comme une pomme de moyenne grandeur; sa coque était cartilagineuse et avait de nombreuses capsules, semblables à celles des bras des poulpes » Cet œuf a été l'origine d'une foule de superstitions grossières. D'après le même auteur, il possédait des vertus miraculeuses il avait entr'autres la propriété de faire gagner les procès à son possesseur, et de lui faciliter l'accès auprès des princes II en advint malheur à un chevalier romain du pays des Voconces (Vienne, en Dauphiné) on en découvrit un sur lui dans un procès, et l'empereur Claude le fit mettre à mort (Pline, Lib. XXIX, 12).

L'oeuf de serpent était encore dans le pays de Cornouailles, celui de Galles et dans les montagnes de l'Ecosse, et il y a un siècle environ, l'objet d'une recherche toute superstitieuse. On continue à y porter des boules de verre appelées « pierres de serpents, » auxquelles on attribue des vertus particulières. De là viennent sans doute nos colliers d'ambre pour faciliter la dentition de nos enfants, nos petits meubles appelés « dents de loup. » (Desobry, Dict d'histoire et de géographie).

samedi 30 décembre 2017

Humour wagnérien en temps de guerre: le salut souabe du Simplicissimus.

-Tu vas voir, mon cher Goethe, tu vas encore aussi finir par être interdit en Angleterre.
-Cela ne me dérange pas mon cher Wagner, ma citation de Götz
n'est pas tellement savoureuse en anglais!

Wagner et Goethe font la une du Simplicissimus du 14 avril 1940. On en est au huitième mois de la seconde guerre mondiale. Et les intellectuels faisaient aussi la guerre...

La citation de Götz, aussi appelée salut souabe (Schwäbischer Gruß), est une expression euphémistique pour énoncer une grossièreté des plus vulgaires: Leck mich am Arsch!, littéralement Lèche-moi le cul!, qu'on traduira par Va te faire foutre, je t'emmerde ou va te faire voir!

Goethe a si l'on peut dire donné des lettres de noblesse à cette expression dont il fait usage au troisième acte de sa pièce de théâtre datant de 1774 Götz von Berlichigen:  Er aber, sag’s ihm, er kann mich im Arsche lecken!.  (Dis-lui de ma part qu'il peut aller se faire foutre!).

Le Simplicissimus se fit étonnamment pudique avec son titre Kiss my backside (Embrasse mon arrière-train), Kiss my ass (Embrasse  mon cul) étant plus communément employé. 

Cette une du Simplicissimus était bien entendu réservée à un public intellectuel allemand. A de rares exceptions près, les non germanophones ne pouvaient saisir le sens du dialogue entre Goethe et Wagner.

L'extrait de Goethe 

Die Walküren / Les Walkyries. Humour wagnérien / Wagnerscher Humor 1905

-"Keine von unsern Sängerinnen wiegt unten 100 Kilo;
wir können also nur Wagneropern geben."
-"Aucune de nos chanteuses ne pèse moins de 100 kilos,
c'est pourquoi nous ne pouvons plus donner que des opéras de Wagner."
in  Simplicissimus 1905 (Jg. 10 ) Heft 12 / Cahier 12


Seite 135

jeudi 28 décembre 2017

Bayerischer Humor im Simplicissimus. Humour bavarois dans le Simplicissimus.

im  Simplicissimus,  Heft 34, Seite 580 / Simplicissimus, cahier 34, p. 580,
1911

DE 

Bürgerstolz

- "Aber bitte, anständigen Bürgerstochtern gegenüber ist der Adel gar nicht stolz. Meine Tochter Theresia verkehrt jetzt schon zwei Monaten mit einem 'Hernn von' per du. "

-"na, dös fehlt no! haben 'S scho amal g'hört, daß oane an Bamsen per Sie kriagt?"

(Bamsen: bayerisch und österr. für Kind)

FR

Fierté bourgeoise

-"Mais enfin, les nobles ne le prennent pas de haut avec des filles bourgeoises comme il faut. Cela fait déjà deux mois que ma fille fréquente un monsieur 'avec un petit de' et ils se tutoient!"

-"Bien, il ne manquerait plus que cela! Avez-vous jamais entendu qu'on pouvait avoir un enfant en se vouvoyant?"

(Traduction Luc Roger)

CP Art nouveau: Neuschwanstein, edelweiss et traineau royal


Carte postale commémorative éditée à l'occasion du 25ème anniversaire de la mort du Roi Louis II de Bavière

mardi 26 décembre 2017

Richard Wagner dessiné par Edmond Morin vers 1860

Un dessin d'Edmond Morin (1824-1882) d'après une photographie

Richard Wagner par Johannes Vennekamp



Johannes ("Josi") Vennekamp est un graphiste, peintre et sculpteur autodidacte  allemand né en 1935 à Istanbul. On lui doit des portraits (peintures et des gravures) de musiciens. L'artiste réside aujourd'hui à Berlin et près de Gümse sur l'Elbe. Son Wagner ici reproduit a été tiré à 75 exemplaires.

samedi 23 décembre 2017

Mittenwald ca. 1885, ein Bild von Bernhard Johannes


Cdv Foto ca. 1885, private Sammlung



Bernhard Johannes (1846 – 1899) eröffnete mit 27 Jahren sein erstes Atelier in Partenkirchen. Er wurde nach und nach ein berühmter Fotograf, der für mehrere Fürstenhöfe tätig war. 1883 kam Johannes nach Meran, wo er bis zu seinem Tode blieb. Seine Alpin- und Landschaftsaufnahmen gehören zu den Meisterwerken dieses Genres.

Ludwig Bavarski, la couverture russe du film de Peter Sehr


vendredi 22 décembre 2017

En 1865, les ultramontains bavarois s'opposaient aux choix culturels du Roi Louis II, un article de l' Augsburger Anzeigeblatt, dans lequel il est question d'un certain "Lolus"


Un article de l'Augsburger Anzeigeblatt du 8 novembre 1865 (pp. 2 et 3) défend les choix théâtraux du jeune Roi Louis II de Bavière alors âgé de 20 ans contre les ultramontains* ultra-conservateurs qui font campagne contre la politique culturelle du Roi et contre le voyage en Suisse qu'effectua le Souverain début novembre au lac des quatre-cantons en compagnie de son aide-de-camp, Paul de Tour et Taxis.  Les ultramontains condamnaient le pèlerinage du Roi au Tyrol et au lac des Quatre-Cantons, sur les lieux où est née l'histoire de Guillaume Tell, le héros de l'indépendance suisse, fondateur de l'identité nationale de ce pays, alors que le Roi de Bavière n'avait même pas songé à faire un crochet vers l'abbaye suisse de  Maria Einsiedeln pour aller y prier la Vierge noire et lui présenter ses respects...

L'article fait aussi allusion au surnom donné par les Bavarois à Richard Wagner, le "Lolus" de Louis II, un surnom créé en créant un masculin au prénom Lola, une allusion à Lola Montès, la danseuse qu'avait aimée le Roi Louis Ier, qui avait dû abdiquer suite à la révolte des Munichois contre cette liaison scandaleuse. Richard Wagner dut quitter Munich en décembre 1865 suite à la cabale et à la campagne menées contre lui.

Coupure de presse 

Augsburger Anzeigeblatt du 8 novembre 1865 (fin de la page 2)
Id., Page 3

Transposition en caractères latins


"Bayerisches

München, 6. Nov. Don Carlos und Tell gehen unverstümmelt über die Bühne; der König besucht die heiligen Stätten der schweizerischen Freiheit und denkt nicht an einen Abstecher nach Maria Einsiedeln - das ist unseren Ultramontanen zu viel. Sie verhehlen ihre Wuth nicht mehr und geben ihr nicht blos im Privatgespräche Ausdruck; der Zuspruch im Beichtstuhl wirkt zu langsam; - von der Kanzel  herab wird gedonnert; der "Volksbote" und die übrigen Organe der Klerisei murren vernehmlich über die neue Aera, welche an den Werken des auf dem Index stehenden ketzerischen Schiller Gefallen findet und mit der jesuitenfeindlichen neuen Eidgenossenschaft sympathisirt. Don Carlos, wie Schiller ihn gebildet, auf der Hofbühne! Das ist unerhört, das ist unerträglich, das ist Abfall vom Glauben! - so hörte ich in den letzten Wochen häufig ausrufen in Cirkeln, die man h i e r zu den besseren rechnet. Namentlich Angehörige der höheren Bureaukratie sind es, die mit den tonsurirten Ultramontanen Chorus machen, und ein Mitglied dieser höheren Bureaukratie ist es auch, dem man das von einem Bischof-Reichsrathe als "sehr gut" bezeichnete Witzwort "Lolus-Wagner" verdankt. Unglaubliche Anstrengungen werden gemacht, um die Gefahren, welche die "Religion" bedrohen, bald zu beseitigen ; das alte Reich des Dunkels ist allarmirt durch das hereinbrechende Licht der Wahrheit, dieser unerbittlichen Feindin des Jesuitismus. - Die Stimmung des bayerischen Volkes im Allgemeinen ist aber kaum geeignet, den Ultramontanen besondere Siegeszuversicht einzuflößen. Allenthalben im Lande äußert sich laute Freude über des jugendlichen Monarchen Liebe zur  Wahrheit. Mit hoher Begeisterung hört man aus schlichter Leute Mund die Hoffnungen schildern, die sich an die Regierungstüchtigkeit eines Königs knüpfen, der sich von Vorurteilen frei zu machen und eine seltene Ursprünglichkeit der Auffassung zu bewahren versteht. Was erwarten die Ultramontanen von einem Kampfe, in dem sie König u n d Volk zum Gegner haben? - Ich behalte mir vor, Ihnen nächstens die Schleichwege zu zeigen, auf denen unsere gesuiti moderni wandern, und Sie mit einigen ertappten Intriguanten bekannt zu machen, die vielleicht jetzt schon bereuen, auf die Unbesiegbarkeit der Klerisei zu fest sich verlassen zu haben.“

Traduction libre en français (traducteur Luc Roger)

"Munich, le 6 novembre Don Carlos et Tell sont montés non expurgés sur la scène; le roi visite les lieux saints de la liberté suisse et ne pense pas à une visite à Maria Einsiedeln - c'en est trop pour nos ultramontains. Ils ne cachent plus leur rage et n'explosent pas seulement dans leurs conversations privées; les recommandations via les confessionnaux agissent trop lentement ; c'est en chaire de vérité qu'ils tempêtent à présent; le « Volksbote »(**) et le reste des organes du clergé se plaignent bruyamment de la nouvelle ère, qui trouve plaisir aux œuvres mises à l'index de l'hérétique Schiller   et sympathise avec la nouvelle confrérie  hostile aux jésuites. Don Carlos, comme Schiller l'a conçu, sur la scène du théâtre de la Cour! C'est inouï, c'est insupportable, c'est de l'apostasie! - voila ce que j'ai souvent entendu au cours des dernières semaines dans les cercles que l'on considère ici pour les meilleurs. C'est en particulier parmi les membres de la haute bureaucratie qu'il se trouve des gens qui font chorus avec les ultramontains tonsurés, et c'est aussi à un membre de cette haute bureaucratie que l'on doit la boutade « Lolus-Wagner », qu'un évêque conseiller d'Empire a trouvée « très bonne » . Des efforts incroyables sont déployés pour éliminer les dangers menaçant la "religion"; le vieux  royaume des ténèbres est alarmé par la lumière naissante de la vérité, cet ennemi implacable du jésuitisme. Cependant l'humeur du peuple bavarois n'est pas faite pour inspirer aux ultramontains une confiance particulière dans la victoire. Partout dans le pays, on célèbre avec une grande joie  l'amour du jeune monarque pour la vérité. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que l'on entend de la bouche des gens simples les espoirs attachés à la royauté  d'un roi capable de s'affranchir des préjugés et de conserver une rare originalité d'opinion. Qu'est-ce que les Ultramontains attendent d'un combat où ils ont le roi et le peuple comme ennemis? - Je me réserve le droit, la prochaine fois, de montrer les chemins cachés qu'empruntent nos Gesuiti moderni et pour vous présenter quelques intrigants pris en flagrant délit,  qui sont peut-être déjà désolés d'avoir compté sur l'invincibilité du  clergé."

*L’ultramontanisme est une orientation favorable à la primauté, spirituelle et juridictionnelle, du pape sur le pouvoir politique (en matière religieuse et notamment de nomination des évêques). 

**Le Volksbote fut un journal munichois catholique conservateur, publié entre 1848 et 1872.


Beaux livres: "Wagner" par Stéphane Ingouf chez BD Classique


Le dessinateur Stéphane Ingouf vient de publier une biographie illustrée de Richard Wagner chez BD Classique. Le livre comporte deux CD audio. Stéphane Ingouf vient de présenter son ouvrage au Cercle Richard Wagner de Lyon, une oeuvre que son Président, Pascal Boutedja, a eu la grande amabilité de porter à notre attention.

Cosima et Richard Wagner
Présentation de l'éditeur

« Un jour viendra où, contemplant une vie comme la mienne, on réalisera sur le tard, avec honte, que l'on m'a étourdiment condamné à l'angoisse, à l'incertitude et que c'est un miracle si j'ai pu créer, dans de telles conditions, des ouvres comme mon ouvre présente. » Richard Wagner.

Dans son immensité, l'oeuvre de Wagner attire les contraires : l'amour, la haine, l'adhésion totale ou le refus global. Il est tentant de rapprocher le philtre magique que boit Tristan aux sortilèges produits par les opéras du compositeur allemand. La fascination provoquée dans le monde entier par sa musique de la fin du XIXe siècle à nos jours a été comparée par Nietzsche à une grave maladie, semblable à une intoxication étouffante. 
Génie effrayant, monstrueux et protéiforme, titan de la musique, il fait partie de ces créateurs flamboyants qui ont éclairé l'art occidental au même titre en leur temps que Michel-Ange, Shakespeare, Rubens ou Beethoven.


La présentation  de Pascal Boutedja,  Président du  Cercle Richard Wagner de Lyon

Stéphane Ingouf est dans la lignée des peintres à énigmes visuelles, invente des dessins à plusieurs point de vue, combinant la réversibilité des images, l'enchevêtrement des motifs, des anamorphoses... L'ensemble du livre forme un palindrome dont tous les tableaux sont réversibles... Spectaculaire !

Le dessinateur porte en lui un immense projet pictural « Le Chevalier au cygne » dont Louis II de Bavière est la figure centrale. Pour l’instant, ce « grand œuvre » est inédit et cet album biographique illustré de Richard Wagner est donc sa première publication, qui est certes d'un format plus restreint, mais néanmoins représentative de son style très personnel.

Une biographie illustrée originale vient de paraître chez BD Classique. On ne la lira pas pour le texte superficiel et sans intérêt de Francois Hudry, producteur artistique de cette collection mais pour les magnifiques illustrations de son dessinateur Stéphane Ingouf, qui dans la lignée des peintres à énigmes visuelles, invente des dessins à plusieurs point de vue, combinant la réversibilité des images, l'enchevêtrement des motifs, des anamorphoses... L'ensemble du livre forme un palindrome dont tous les tableaux sont réversibles... Spectaculaire !





Les photos des dessins représentant Lohengrin et le Roi Louis II de Bavière sont empruntées au facebook du Cercle Richard Wagner de Lyon.





jeudi 21 décembre 2017

Germanomania: Siegfried au cabaret

Affiche sur une colonne publicitaire munichoise


Pour fêter l'entre-deux-fêtes ou plus tard, un cabaret germanique plein de sueur divine et de sang de héros avec de vrais nains (du moins d'après l'affiche...).  


mardi 19 décembre 2017

Lahav Shani dirige l'Orchestre d'Etat de Bavière: Mendelssohn, Richard Strauss et Dvořák

Lahav Shani et le  hautboïste solo Giorgi Gvantseladze en répétition
Crédit photographique Bayerisches Staatsorchester

Soirée découverte au Théâtre national de Munich avec Lahav Shani, un jeune chef israélien de 28 ans, brillant et charismatique, qui dirigeait l'Orchestre d'Etat de Bavière dans des oeuvres de Felix Mendelssohn. Richard Strauss et Antonin Dvořák. En 2013, âgé de seulement 24 ans,  Lahav Shani remportait le Premier Prix du prestigieux Concours international de direction Gustav Mahler à la tête de l'Orchestre Symphonique de Bamberg. Lahav Shani, formé  à l'Académie de Musique Hanns Eisler de Berlin, auprès de Christian Ehwald et Fabio Bidini, bénéficie également du soutien et des conseils de Daniel Barenboim.

D'entrée de soirée, le talentueux maestro charme le public dans l'ouverture en ré majeur Meeresstille und glückliche Fahrt (Mer calme et heureux voyage), une oeuvre que Mendelssohn composa en 1828 au départ de deux poèmes de Goethe qui avaient déjà inspiré Beethoven en 1815, et Schubert la même année, pour le premier d'entre eux. Lahav Shani dirige cette oeuvre de mémoire avec une douceur rendue avec finesse et un art incomparable de la couleur. Le chef allie la précision au naturel avec une gestuelle qui communique une impression de grande tendresse. Il donne à entendre le profond silence de l'eau et le repos de la mer en bonace, il souligne ensuite le bruissement des vents qui déchirent les brumes, et la hâte des marins et leur joie lorsque  bientôt ils entrevoient la terre. 

Vient ensuite le Concerto pour hautbois et petit orchestre en ré majeur que Richard Strauss composa en Suisse en 1945. Lahav Shani dirige ici avec partition. La partie du soliste est interprétée avec maîtrise et virtuosité par le géorgien Giorgi Gvantseladze, hautboïste solo du Bayerisches Staatsorcheter depuis 2010. Un vrai régal pour les amateurs qui retrouvent dans  cette oeuvre de la maturité, -Strauss la composa alors qu'il avait 81 ans-, nombre de citations de ses oeuvres précédentes, comme Le Chevalier à la Rose ou Capriccio. La partition est connue pour sa difficulté, notamment en ce qui concerne la respiration, ininterrompue, une épreuve que le hautboïste traverse avec bravoure. 

En seconde partie, le chef et l'orchestre nous ont transporté dans le rêve musical de la Symphonie du nouveau monde. Lahav Shani dirige à nouveau de mémoire et de coeur avec une clarté d'expression admirable et avec une gestuelle qui communique à l'orchestre et au public son enthousiasme pour le musique de Dvořák. La complicité avec l'orchestre est palpable, qui répond avec précision à la battue et au langage corporel du maestro. Et c'est un bonheur de tous les instants de se laisser entraîner dans la modernité des rythmes, des contrepoints et des couleurs orchestrales si magnifiquement interprétés.

Une énorme ovation salue le chef et l'orchestre pour cette soirée aux musiques si heureusement choisies et qui parlent toutes du bonheur.

lundi 18 décembre 2017

Das Kleine Blatt- Un dessin pour le 50ème anniversaire de la mort de Wagner





Das Kleine Blatt, quotidien viennois (1927-1944), fait sa une du 12 février 1933 en commémorant le 50ème anniversaire de la mort de Richard Wagner (13 février 1883).

samedi 16 décembre 2017

König Ludwig II., eine Hinterglasmalerei von Christina DICHTL. Une peinture sous verre de Christina Dichtl.



Die Künstlerin / La charmante artiste  Christina Dichtl




FR Nous avons rencontré Christina Dichtl au marché de Noel de Mittenwald. Christina Dichtl est une artiste peintre notamment spécialisée dans la peinture sous verre. La peinture sur verre inversé (ou peinture sous verre) est une technique artistique difficile qui s'exécute directement sur une feuille de verre. Le verre supporte la peinture comme le ferait une toile. Soudée au verre, c'est à travers ce support que l'on contemple l'œuvre.

Christina Dichtl a réalisé ce portrait du Roi Louis II de Bavière à partir d'une photographie. Le travail, y compris les temps de séchage, a été effectué en trois mois.

Cette oeuvre unique de grande qualité est (aujourd'hui) proposée à la vente. 

A noter que Christina Dichtl travaille surtout à la commande (coordonnées ci-dessus). 

DE Wir trafen Christina Dichtl auf dem Mittenwalder Weihnachtsmarkt. Christina Dichtl ist eine Malerin, die sich auf Hinterglasmalerei spezialisiert hat. Hinterglasmalerei ist eine schwierige künstlerische Technik, bei der direkt auf einer Glasscheibe gemalt wird. Das Glas trägt das Gemälde ebenso wie eine Leinwand.

Christina Dichtl hat dieses Porträt von König Ludwig II von Bayern anhand eines Foto gemalt. Die Arbeit, einschließlich Trocknungszeiten, erstreckte sich über drei Monate. Diese einzigartige Arbeit von hoher Qualität wird (heute) zum Verkauf angeboten.

Es ist zu beachten, dass Christina Dichtl hauptsächlich auf Bestellung  arbeitet.

Richard Wagner console Johann Strauss, une caricature



Caricature: Johann Strauss consolé par Richard Wagner suite à l'échec de son opérette Eine Nacht in Venedig à Berlin

Karikatur: J. Strauss wird von Richard Wagner wegen des Misserfolgs der Aufführung seiner Operette "Eine Nacht in Venedig" in Berlin, getröstet. Zeitungslithografie auf getöntem Grund. Sign. C.O.

Source: ÖNB Bildarchiv und Grafiksammlung 

vendredi 15 décembre 2017

Priscilla, reine du désert, au Theater-am-Gärtnerplatz de Munich

Armin Kahl (Tick), Erwin Windegger(Bernadette), Terry Alfaro (Adam)
© pour toutes les photos Marie-Laure Briane

Basée sur le  brillant film éponyme australien à succès  Priscilla -Reine du désert de Stephan Elliott de 1994, la comédie musicale créée en 2006 raconte l'histoire passionnante de trois amis, des artistes travestis, qui entreprennent  ensemble, en quête d'amour et d'amitié, le voyage de leur vie à travers  cet arrière-pays australien  qu'on désigne là-bas sous le nom d'outback. Ce voyage, qui se déroule au moyen d'un bus surnommé  "Priscilla" se termine comme dans un rêve:  à la fin les trois amis ont gagné plus que jamais ils n'ont osé rêver, et ce qu'ils ont gagné ne se chiffre pas en dollars australiens mais en humanité!

La comédie musicale juke-box fut créée à partir du film avec  des tubes du disco des années 70 et 80 tels que It's raining men ou Girls Just Wanna Have Fun. Dès sa création elle remporta un immense succès tant à Broadway que dans le  West End londonie. Elle est montée pour la première fois en langue allemande (allemand de Michael Alexander Rinz) par le Gärtnerplatztheater.

Rappel du Synopsis 

Tick est fatigué de jouer les drag queens dans les pubs et cabarets de Sydney, et accepte l'offre d'un casino d'Alice Springs, au cœur de l'Australie. Il convainc ses deux amis et collègues de venir avec lui : Bernadette Bassenger, une transsexuelle dont le petit ami vient de mourir, et Adam, alias Felicia Jollygoodfellow, un jeune gay extraverti et (très) irritant. Ils embarquent pour ce périple de plus de 2 000 km à bord d'un bus, acheté à des Suédois et rebaptisé « Priscilla, folle du désert ».

Confrontée en cours de route à l'attitude rurale beaucoup moins tolérante envers l'homosexualité que la mégalopole et réussissant à surmonter les nombreuses pannes, la troupe finit par atteindre Alice Springs, prête à jouer le show répété durant le voyage. C'est alors que Tick révèle à ses compagnons qu'il est en fait marié, et que le but de ce voyage est surtout de rendre un service à sa femme, propriétaire du casino qui les a engagés et qui lui a demandé de s'occuper pour quelque temps de leur enfant, un garçon d'une dizaine d'années.

La production du Theater-am-Gärtnerplatz

Avec Priscilla, le Theater-am-Gärtnerplatz présente un des spectacles les plus aboutis de son répertoire avec une plastique et une intelligence scéniques impeccables, une comédie musicale qui va bien au-delà de la simple revue de travestis gays et qui, par sa construction et sa progression, campe en profondeur la psychologie des protagonistes et révèle leur croissance et leur transformation. 

Le metteur en scène Gil Mehmert, dont on connaissait déjà l'excellence du travail  par sa mise en scène de Hair dans ce même théâtre, dessine avec une grande connaissance de l'âme humaine les contours des trois personnages principaux: Tick, un homme assis entre deux chaises, oscille entre l'homosexualité flamboyante du travesti et sa paternité qu'il croit devoir assumer de manière conventionnelle, et donc en ne dévoilant pas son vrai métier,  pour finalement découvrir que son fils l'accepte et l'apprécie tel qu'il est vraiment; Bernadette, une transsexuelle plus âgée et que la vie a rendue philosophe, qui au cours du périple rencontre encore une fois l'amour, et Adam (Felicia Jollygoodfellow de son nom de scène), une jeune drag queen acide, provocatrice et venimeuse, qui découvre comme tout un chacun son besoin d'amitié, d'authenticité et de chaleur humaine. Sous les paillettes et le glamour de la revue gay, au-delà des fabuleux rythmes de la musique disco, le spectacle véhicule un profond message d'acceptation de soi et de l'autre, et le périple australien si bien décrit se double d'une étude des moeurs rurales et d'un voyage intérieur, à la découverte du soi véritable, dont tous les protagonistes, -et par effet cathartique le public-, sortent grandis. Mehmert fait souvent usage de la caricature, mais cet humour reste bon enfant sans n'être jamais destructeur.

Qu'on se rassure, les paillettes et l'exubérance d'une grande revue sont au rendez-vous. Le film de 1994 s'était vu couronner de l'Oscar des meilleurs costumes. Les extraordinaires costumes d'Albert Mayerhofer, qui s'est pour Priscilla lâché encore plus qu'à l'ordinaire, valent à eux seuls le déplacement  et méritent au moins la même récompense pour l'énorme travail et pour leur extravagance qui ne semble plus connaître de limites. Gil Mehmert réalise un spectacle total avec un extrême souci des détails, des mises en place et des déplacements, avec des enchaînements d'une souplesse et d'une mécanique impeccables, le tout en parfaite collaboration avec la chorégraphe Melisse King et le décorateur Jens Killian

Terry Alfaro (Adam), Angelika Sedlmeier(Shirley),
Erwin Windegger (Bernadette),  Armin Kahl (Tick), Ensemble


Priscilla, le bus grandeur nature, est un personnage essentiel de l'action, et semble doté d'une âme dont le plateau tournant dévoile les diverses facettes, un bus décoré d'une énorme chaussure scintillante, façon pumps, à laquelle seront attachés de longs voiles flottant dans le vent du désert et formant comme une traîne. Le bus parcourt l'Australie souvent figurée par une immense carte projetée et animée sur le rideau transparent d'avant-scène, et ses étapes permettent de découvrir divers aspects d'une Australie profonde dans laquelle il ne fait pas toujours bon d'être gay ou travesti. Mehmert réussit à croquer les diverses mentalités locales avec un humour pointu combiné à  un sens aigu de l'analyse sociologique. Ainsi de la représentation du bar de Broken Hill, un trou perdu en milieu minier, et de son extraordinaire patronne, Shirley (extraodrinaire Angelika Sedlmeier) , une matrone autoritaire et  baraquée, qui n'a pas sa langue en poche . Le travail de l'adaptation musicale est lui aussi à souligner, avec des détournement strès réussis des textes des chansons adaptés aux situations vécues, comme par exemple cette chanson d'amour d'Elvis Presley recyclée en aveu d'amour paternel lorsque Tick se trouve enfin en présence de son fils.

La troupe de danseurs, de l'ensemble et des choeurs est magnifique tout au long de la représentation, qu'il s'agisse de représenter la pluie d'hommes du premier tableau (It's raining men, Alleluiah!) qui descendent des cintres en cirés, dont ils se débarrassent bien vite pour jouer des muscles à la manière Village people, de figurer une troupe de folles endeuillées à l'enterrement du jeune amant de Bernadette, ou d'exécuter  une danse des gâteaux et des cakes, de ces cakes aux sucreries colorées que l'on agrémente de petits parasols chinois. L'orchestre dirigé par Jeff Frohner nous entraîne dans les rythmes affolants du disco et semble n'avoir jamais joué que ce type de musique! Armin Kahl réussit un Tick émouvant et sensible, rendant extrêmement bien l'évolution et la transformation de ce personnage peu assuré,  Terry Alfaro campe bien les flamboyances et les fulgurances d'Adam, Erwin Windegger donne une interprétation magistrale de Bernadette, sans donne un des plus beaux rôles de sa riche carrière, avec un jeu d'acteur sensible qui n'a d'égal qu'une performance vocale aux accents authentiques et qui va droit au coeur. 

La troupe à Ayer Rock. Grand final


Aux applaudissements, toute la salle s'est levée comme un seul homme. Une standing ovation  interminable a salué ce tout grand spectacle qui marie l'art de la grande revue gay, dans lequel le public participe souvent en battant la cadence des musiques, qui provoque le rire et l'amusement et arrache des larmes.

Il faut courir voir ce spectacle si l'on y trouve encore une place. Il se joue pour encore pour 18 représentations jusqu'au début avril 2018. Dates et tickets: cliquer ici.

jeudi 14 décembre 2017

Metamorphosen: le Festival Richard Strauss 2018 essaime dans la région de Garmisch



Alexander Liebreich, le nouveau Directeur artistique du Festival Richard Strauss, vient de présenter le programme de l'édition 2018 du Festival Richard Strauss de Garmisch. Le festival, qui se déroulera du 22 juin au 1er juillet 2018 à Garmisch et aux alentours est placé sous le signe des Métamorphoses (Metamorphosen), cette oeuvre pour 23 instruments à cordes que Richard Strauss acheva le 12 avril 1945, sous le coup de l'émotion causée par la dévastation d'une partie de l'Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. 

Métamorphoses, le titre du festival, est sans doute à interpréter de manière plus large. Peut-être peut-on y voir aussi les transformations que le nouveau directeur artistique veut apporter au festival,qui va faire peau neuve notamment par son essaimage vers de nouveaux lieux, parmi les plus beaux de la région. On le sait, depuis des années, les organisateurs du festival et la ville de Garmisch se plaignent des possibilités restreintes de la ville en matière d'organisation de spectacles. Le festival 2018 répond à cette problématique en essaimant la zone festivalière dans des lieux mythiques de la région: des concerts seront aussi organisés à l'Abbaye d'Ettal, au château d'Elmau et, à 1780 mètres, sur la montagne Wank qui domine Garmisch. Des métamorphoses qui ouvrent de nouvelles perspectives, également par le choix élargi des musiques qui seront mises en résonance avec la fabuleuse nature du pays de Werdenfels: on jouera du Prokofiev et du Janacek  à Ettal, et le programme met également en relation la musique de Richard Strauss avec la musique baroque.

En ouverture du festival, Liebreich a invité  l'Akademie für Alte Musik Berlin qu'il dirigera lui-même à Garmisch dans Les Métamorphoses, la dernière grande oeuvre de Strauss, et dans le Didon et Enée de Purcell, une manière de mener la réflexion sur les relations entre les deux oeuvres. C'est l'excellent Choeur de la Radio bavaroise qui chantera les choeurs, avec, en solistes,  Marie-Claude Chappuis (Didon), Matthias Winckhler (Enée), Robin Johanssen (Belinda) et Katharina Magiera dans le rôle de la sorcière.

Huit cornistes de l'Orchestre d'Etat de Bavière donneront le concert en montagne, sur la terrasse du Wank, avec des oeuvres qui relient la renaissance à Strauss. Deux soirées sont organisées au Château d'Elmau, un concert de piano avec Olli Mustonen et un récital de la mezzo-soprano Okka von der Damerau, une des meilleures chanteuses wagnériennes de notre époque. Deux concerts sont organisés en plein air dans la grande cour de l'abbaye d'Ettal dans lequel la musique de Strauss, interprétée par l'Orchestre philarmonique de Brno,  entrera en dialogue avec celle de Janacek pour le premier , puis de Prokofiev, pour le second. D'autres concerts, des concerts-promenades, des master classes et de nombreuses autres activités sont organisées dans le cadre de ce festival qui  s'annonce comme un grand cru!

Plus d'informations sur le site du Festival: http://richard-strauss-festival.de/

Attention: les places au château d'Elmau sont limitées. 
A noter que les réservations pour les concerts d'Ettal sont déjà ouvertes! 


mardi 12 décembre 2017

Lac de Starnberg: L'île aux roses photographiée par Joseph Albert

Source: Bnf/Gallica

Photographie publiée en 1887 par Joseph Albert dans son ouvrage 

Die Bayerischen Königsschlösser : Berg. Hohenschwangau. Linderhof . Neuschwanstein. Herrenchiemsee / Photographie und Verlag von Jos. Albert - 1887

lundi 11 décembre 2017

Jonas Kaufmann en concert à Munich: O Paradis!



O Paradis! Jonas Kaufmann qui vient de sortir un album dédié au répertoire français donne le même titre à son concert dont le programme est très similaire à celui de son cd. Le concert nous entraîne dans une visite-découverte exquise de  l'opéra français du 19ème siècle de Meyerbeer à Massenet, en passant par Berlioz, Thomas, le Don Carlos version française de Verdi, Offenbach, Gounod et Bizet.

La soirée a alterné des ouvertures et prologues célèbres avec des airs non moins célèbres, séduisant un public conquis d'avance qui retrouve des airs connus dans une qualité d'exécution sans pareille: Bertrand de Billy conduit l'Orchestre d'Etat de Bavière avec l'enjouement, la souplesse et la légèreté qui conviennent à nombre des morceaux choisis, favorisant les remarquables capacités d'unisson de l'orchestre sur lesquelles se détachent, admirables de précision, les solos des instrumentistes. La Barcarolle d'Offenbach, la Marche hongroise de la Damnation de Faust, le ballet valsé de Gounod, ou la Méditation de Thais,..., forment comme l'écrin sonore dans lequel brillent les douceurs nacrées et les éclats du ténor dramatique qui déploie une science des effets fascinante. 

Jonas Kaufmann aborde ce répertoire en optant  le plus souvent pour un chant stylisé qui privilégie le travail parfaitement maîtrisé des piani. La projection de la voix, la qualité de l'articulation et de la diction du français atteignent chez Kaufmann de rares degrés de perfection: le ténor ne force jamais le ton, ne recherche pas les effets faciles, mais travaille tout en subtilité avec autant d'aisance que d'élégance. L'air de Faust de la Damnation de Berlioz est chanté de manière intime, le chanteur module un chant intériorisé qui exprime avec subtilité les qualités du silence où vient s'épanouir le bonheur retrouvé. Ces mêmes qualités se retrouvent par exemple au final de l'air de Don José dans lequel le derniers vers est exprimé comme l'énoncé d'un poème qui magnifie la profondeur et la tendresse.

Bertrand de Billy, Ludovic Tézier et Jonas Kaufmann
Crédit photographique: Bayerische Staatsoper (via son facebook)

Le duo de Rodrigue et de Don Carlos est plus déchirant, et travaillé plus en force avec un Ludovic Tézier puissant, magistral et suprême dans la profondeur de l'interprétation psychologique de Don Carlos, qui fait vibrer le public, tant on sent la passion de Tézier pour Verdi.  Bien plus faible est le duo Manon Des Grieux, auquel Diana Damrau, souffrante, a dû renoncer pour être remplacée au pied levé par la soprano albanaise Ermonela Jaho, qui, si elle a la puissance et la force d'expression dramatique (voir la photo), ne parvient pas à déployer les variations de l'expression émotionnelle. Ermonela Jaho, qui répète  actuellement à Munich le rôle de Suor Angelica pour lequel elle est très attendue, n'a peut-être  pu bénéficier de répétitions suffisantes.

Jonas Kaufmann fait un triomphe avec applaudissements et trépignations. Il donnera trois bis: Massenet encore avec le rêve de Des Grieux et Pourquoi me réveiller de Werther, puis, clin d'oeil appuyé et amusé à la période, un Minuit Chrétiens chanté en français, puis en allemand et à trois voix.






Richard Wagner et la vivisection, une caricature du Kikeriki

Les prises de position de Richard Wagner contre la vivisection sont bien connues, surtout par Lettre ouverte à M. Ernst von Weber, auteur de "Les chambres de torture de la science", que les Bayreuther Blätter de 1879 avaient publiée et dont on doit une traduction en français à J.-G. Prod'homme (On la trouve en ligne en pdf téléchargeable sur ARSITRA.org.) La revue L'Antivivisection proposait dès 1908 un article de Prod'homme intitulé Richard Wagner antivivisectionniste dans lequel il proposait sa traduction.

L'antivivisectionnisme wagnérien était connu dans les pays germanophones bien avant cela, on en parla aussitôt la lettre publiée en 1879. Preuve en est cette caricature du journal satirique autrichien Kikeriki, du 9 novembre 1879, que John Grand-Carteret  reproduisait en page 168 de son  Richard Wagner en caricatures : 130 reproductions de caricatures françaises, allemandes, anglaises, italiennes, portraits, autographes (lettre et musique), en en donnant une traduction et en l'agrémentant de textes que nous reproduisons ici.

in Kikeriki, Vienne, le 9 novembre 1879
Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Le texte allemand

Richard Wagner und die Vivisection

Nicht durch thierfreundliche Broschüren, sondern auf andere Art könnte der grosse Meister segenbringend gegen jene Thierschinderei wirken ; er braucht nämlich bloß vor den Vivisektionslokalen einige seiner Opernnummern aufzuführen und die Vivisektions-Studien werden sogleich beendet sein.

...et sa traduction

Richard Wagner et la vivisection 


Non point avec des brochures en faveur des animaux, mais bien tout autrement, le grand Maître pourrait prêter son précieux concours contre les vexations que l'on fait subir aux bêtes ; il lui suffirait notamment d'exécuter devant les salles affectées à là vivisection quelques-uns de ses morceaux d'opéras, et les études vivisectionnelles seraient tout aussitôt abandonnées.


Caricature publiée à propos de la brochure que Wagner venait de faire paraître contre la vivisection , ainsi que le rappelle le dialogue suivant, entre deux anti-wagnériens, également emprunté au Kikeriki :

-Un homme inouï, ce Wagner. Je suis absolument sous le charme de sa personne.
-Tiens ! Que signifie pareil changement.
-Pour me demander cela vous ne connaissez certainement pas sa nouvelle oeuvre.
-Quoi ! Elle serait sans dissonances !
-Rien que des cris qui partent du coeur!
-De Richard Wagner! Cela n'est pas croyable! Et comment est intitulé cet opéra?
-Ce n'est pas un opéra, mais bien une brochure qui parle de la vivisection.




dimanche 10 décembre 2017

Richard Wagner, ami des bêtes. Un article de A. Autrand en 1933

En 1933, la presse commémora le cinquantième anniversaire de la mort de Richard Wagner. Un article en page 3 du Temps du 13 août rappelle l'amitié que Wagner porta toute sa vie aux animaux. 

RICHARD WAGNER, AMI DES BÊTES

Est-il permis, en cette année de commémoration et d'apothéose, d'appeler l'attention sur un des côtés les moins connus peut-être du grand public, et qui n'est pas à la vérité un des plus importants de la personnalise de ce puissant génie?

Richard Wagner, en dépit de l'impérieuse dureté que lui prêtent ses portraits de Jaeger et de Lenbach, avait une sensibilité et une bonté indéniables. Il était notamment un véritable ami des bêtes, et il l'est resté à ses heures les plus critiques d'extrême détresse, aussi bien qu'à celles de sa plus somptueuse prospérité.

On sait qu'il aimait les oiseaux, et que c'est en écoutant leurs chants qu'il avait noté et composé pour Siegfried les Murmures de la forêt. Il aimait les cygnes dont il admirait l'élégante silhouette sur l'eau des étangs, les paons pour leur riche plumage, et il s'était pris d'amitié pour un perroquet dont Minna PlaNNer, sa première femme, lui avait fait don. Dans une page amusante, il a décrit les faits et gestes de ce perroquet "Papo". Papo l'appelait par son nom, Richard, lorsqu'il s'absentait trop longtemps. S'il ne lui répondait pas, il arrivait, en voletant dans son cabinet, et, posé sur sa table, se mettait a jouer d'une manière inquiétante avec la plume et le papier. Quand il percevait ses pas dans l'escalier, Papo l'accueillait par la marche finale de la Symphonie en ut mineur ou par le commencement de la 8ème symphonie en fa majeur, ou encore par un des joyeux motifs de l'ouverture de Rienzi.

Mais, dans l'ordre des animaux domestiques, la franche affection de Wagner se portait de préférence vers l'espèce canine. C'est ainsi, qu'il a gardé à ses côtés des chiens de différentes races. Il en a, dans ses Mémoires ou dans ses Lettres, laissé les noms, et il s'est plu à en écrire l'histoire, non sans une tendre émotion.

L'un des premiers qu'il eut, vers 1838, était un grand terre-neuve du nom de "Robber", qui lui donna beaucoup de soucis. Voyageant en voiture dans la Courlande, raconte-t-il, avec Minna, n'ayant pu l'y placer, ce fut une torture pour lui de voir ce pauvre chien à la lourde fourrure trotter toute la journée par une chaleur torride. Il ne put supporter ce spectacle atroce: il enfonça, de force, la bête épuisée dans la .berline pleine.

Après un voyage sur mer et une visite mouvementée à Londres, Wagner et Minna arrivèrent de Boulogne à Paris, en diligence, avec leur chien sur l'impériale. Ils s'installèrent, dit Wagner, au numéro 33 de la rue de la Tonnellerie, dans un petit hôtel sur la façade duquel était l'inscription "Maison où naquit Molière". Il ajoute: Robber était certainement un animal de valeur qui excitait l'admiration. Il faisait, dans le jardin du Palais-Royal, le bonheur des enfants par son habileté à rapporter ce qu'on lui jetait dans l'eau du bassin. Alors Wagner et Minna étaient dans les difficultés: ils venaient d'engager au Mont-de-Piété leur argenterie et leurs derniers bijoux. Un événement vint les frapper, comme un présage de malheur. Leur bon Robber disparut, probablement volé. Ceux qui connaissaient leur situation considérèrent cette perte comme un bienfait. On s'étonnait que, manquant même du nécessaire, ils se fussent chargés d'un chien da cette taille. Wagner était rempli d'amertume. C'est au milieu de ces tribulations qu'il travaillait aux 2ème et 3ème actes de Rienzi.

Puis, un an après, dit-il encore dans ses Mémoires, sortant de chez lui pour aller rendre un métronome qu'un ami lui avait prêté, il aperçut, au milieu d'un intense brouillard, le chien qu'on lui avait volé, et il appela Robber d'une voix stridente. L'animal le reconnut, mais, comme il marchait brusquement sur lui, celui-ci recula effrayé. Il le poursuivit, il se sauva plus rapidement. Et il courut en vain comme un fou jusque devant l'église Saint-Roch, où il s'arrêta en nage, haletant et portant toujours son métronome sous le bras, mais sans avoir pu rentrer en possession de son Robber.

Revenus en AlIemagne.Wagner et Minna s'étaient procuré un autre chien du nom de "Peps", qui vécut avec eux les jours d'émeute de Dresde. Ils l'aimaient beaucoup et, en Suisse, où ils avaient dû fuir, devant aller sur les montagnes des Quatre-Cantons pour soigner leur santé délabrée, ils ajournèrent leur saison, à cause de sa maladie. Résistant à tous les remèdes, soudainement atteint de convulsions, malgré les secours d'un médecin que Wagner ayant, la nuit, traversé le lac, était allé consulter, Peps mourut. "Ce moment produisit un effet si solennel , écrit Wagner, que je regardai ma montre, c'est à une heure dix minutes du matin, le 10 juillet 1855, que trépassa mon petit compagnon dévoué. Nous l'enterrâmes le lendemain sur le coussin de sa corbeille en pleurant amèrement. "

Dans une lettre à Mathilde Wesendonck, du 17 novembre 1860, Wagner lui disait: "Votre petit chien est tout fait délicieux. Croyez-moi, vous devez à cet animal beaucoup de joie la compagnie des animaux a quelque chose de très calmant."

Peps avait été remplacé par Fips, que lui avait envoyé Mathilde Wesendonck, et qu'il emmenait en promenade au bois de Boulogne. II lui annonça de Paris, rue de Lille, de la légation de Prusse, où le ministre de Pourtalès lui avait donné asile, que Fips était mort après cinq heures d'agonie, pendant lesquelles, dit-il, il restait toujours charmant, amical, sans pousser une plainte. Je l'enterrai, moi-même, à la dérobée, rue de la Tour-dès-Dames, dans la broussaille. Avec ce petit chien, j'ai enterré beaucoup de choses. Je veux voyager et je n'aurai plus de compagnon. (22 juin 1861). La mort de Fips eut des conséquences graves. Les animaux domestiques avaient toujours eu une très réelle importance dans le ménage de Wagner et de Minna, sans enfant. La mort de leur joyeux et aimable Fips sembla porter le dernier coup à une vie devenue impossible depuis longtemps. Mais, malgré ses intentions, Wagner ne devait pas laisser Fips sans successeur. Des voleurs lui ayant dérobé une montre en or, souvenir de l'orchestre de Moscou, un vieux baron, son voisin, lui donna un chien de chasse. "Il s'appelle "Pohl",  écrit-il de Penzing-tes-Vienne, à Mathilde Wesendonck, il est brun et fort, mais déjà âgé. Bientôt, il mourra comme Fips et Peps, c'est une misère."  PohI vécut, cepedant, toute la période de Munich; il mourut en 1866 sur les bords du lac de Genève. Il fut remplacé par "Russ", un; grand dogue danois, que la servante suisse Vraneli avait, elle-même, acheté a Genève, et qui,durant dix ans, fut doublement choyé.

Aux obsèques royales de Wagner, qui eurent lieu à Bayreuth, Cosima, désespérée et réfugiée dans sa douleur, ne parut pas, ainsi que le rappelle dans son beau livre M. Guy de Pourtalès. Mais, sur les portes de Wahnfried, devant le cercueil, on vit, tandis que la neige tombait, les enfants tenant en laisse les deux chiens de leur père, du Maître, du prodigieux génie, dont ces petits animaux avaient reçu les caresses et dont ils avaient été les compagnons fidèles.

A. Autrand