mercredi 7 décembre 2016

Beaux livres: Annette Kolb, Le Roi Louis II de Bavière et Richard Wagner




Publié conjointement en 1947 chez Albin Michel à Paris  en français et en allemand chez Querido à Amsterdam  113 pages pour l´édition française.

Ce livre petit livre nous parle de la relation qu'eut Louis II de Bavière avec Wagner en particulier au moment où Louis II pensa à abdiquer. Est jointe la correspondance de Wagner et de la Duchesse Sophie-Charlotte.

Annette Kolb en 1900, au début de sa
carriére d'écrivaine
Annette Kolb (en fait prénommée Anna Mathilde) est née le 3 février 1870 à Munich d'un couple disparate mais très aimant. Son père est le paysagiste  munichois Max Kolb et sa mère la pianiste parisienne Sophie Danvin, une femme qui refusera toute sa vie d'apprendre l'allemand. 

Max Kolb (Munich 1829-1915) serait un enfant illégitime de la maison de Wittelsbach, sans qu'on sache trop bien qui fut son père: selon les uns il serait le fils illégitime du Roi Maximilien II de Bavière, encore prince au moment de sa conception, selon les autres celui du Duc Maximilien en Bavière, le père de Sisi. Ainsi serait-il soit le demi-frère du Roi Louis II soit le demi-frère de l'Impératrice Elisabeth d'Autriche. Sa mère, Juliana Lorz, avait travaillé comme femme de chambre de la Reine de Bavière Thérèse de Saxe-Hilburghausen. Après la naissance de Max, elle épousa le jardinier Dominique Kolb. Le petit Max grandit au château de Possenhofen, fit ses études en Bavière et en Prusse, puis à Gand. Il fit une belle carrière de jardinier paysagiste, jardinier principal à Paris, il a participé à la conception du Bois de Boulogne et des jardins de l'exposition universelle de 1855. Après avoir épousé en 1858 Sophie Danvin, la fille des peintres Constance Amélie et Félix Danvin, paysagistes connus, il revint avec sa femme à Munich où il dirigea le jardin botanique et l'Institut de physiologie végétale de Munich. La famille habitait  au 7 Sophienstrasse. On lui doit plusieurs ouvrages de botanique et d'horticulture.

De son union avec la pianiste française Sophie Danvin nacquirent six enfants. Elle suivit à regret son mari à Munich, un mari qui lui avait promis de ne jamais quitter Paris, mais dépassa rapidement ses préjugés sur la capitale bavaroise, où elle fit a connaissance de Richard Wagner et de Cosima von Bülow. Les deux femmes se rendirent souvent visite pendant la période où Wagner vécut à Munich. Sophie Danvin se refusa cependant toujours à apprendre l'allemand. En 1870, Max Kolb était prêt à répondre aux souhaits de sa femme qui voulait rentrer en France. La guerre franco-prussienne éclata, la Bavière liée par ses accords se rangea aux côtés de la Prusse, et le projet de retour fut abandonné, nécessité faisant loi.

Annette  Kolb au piano, un dessin de sa soeur Germaine en 1885

Ces éléments biographiques sont importants pour comprendre la personnalité d'Annette Kolb qui se sentit toujours franco-allemande et s'engagea dans le mouvement pacifiste lors de la première guerre mondiale, qui l'amenèrent à  s'exiler en Suisse en 1916. Elle revint cependant en Allemagne en 1923 et deviendra alors une figure de premier plan de la littérature allemande avec ses romans qui décrivent la vie de la haute société. Elle émigra à Paris en 1933 et se vit retirer la nationalité allemande par le pouvoir nazi. Elle obtint la nationalité française en 1936 et  dut fuir à New York dès l'occupation. Après la seconde guerre, elle revint s'installer en Allemagne. Toute sa vie, elle lutta pour une identité européenne pacifiste et humaniste. La parution simultanée en français et en allemand du petit livre qui nous occupe ici en témoigne: l'oeuvre de Wagner n'a pas bonne presse en 1947, son anti-sémitisme, l'admiration que lui portait Hitler  et son instrumentalisation par le pouvoir national-socialiste avaient fortement entaché l'aura de son oeuvre. Annette Kolb quant à elle propose sereinement de distinguer l’œuvre de Wagner de son instrumentalisation par le pouvoir hitlérien.

Ce qui rend son petit ouvrage si charmant et sensible, c'est qu'elle y relate les souvenirs de sa mère qui côtoya Richard Wagner et sa compagne. Le ton intime et familier est presque celui de la confidence. La famille Kolb vivait en bordure du jardin botanique (aujourd'hui Alter botanischer Garten), à 700 mètres , soient une petite dizaine de minutes à pied, de la villa occupée par Richard Wagner en 1864 et 1865 à la Briennerstrasse. Un ouvrage intéressant, aussi touchant que délassant!

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