dimanche 17 juillet 2016

Un paradis perdu, le jardin d´hiver du Roi Louis II dans la Résidence de Munich



Louis II fit transformer peu à peu ses appartements de dauphin dans la Résidence. Il fit aussi construire un jardin d'hiver de vastes dimensions (70 x 17 mètres) au-dessus de l´aile nord-ouest de la Résidence, sur le toit de l'aile de la salle des fêtes: une voûte en berceau de verre et de fer de neuf mètres de haut, érigée en porte-à-faux.  Sous cette voûte s'épanouissait un paysage exotique avec cocotiers et dattiers ainsi qu'un lac artificiel. Les appartements et le jardin d'hiver, qui fut démantelé après la mort du Roi, n'existent  plus de nos jours. 

Dans le coin supérieur droit de cette carte postale représentant l´Odeonsplatz,
on aperçoit le toit de la Résidence surmonté du jardin d´hiver du Roi Louis II

Le Roi confia le projet à August von Voit, avait déjà construit avec Franz Jakob Kreuter le premier jardin d'hiver de la Résidence de Munich pour Maximilien II de Bavière en 1852-1853. Voit collabora avec le directeur des jardins royaux Carl von Effner pour créer une vaste structure en T à trois niveaux, possédant un lac artificiel, un kiosque mauresque et une hutte de pêcheur. Une fresque panoramique de Julius Lange créait l'illusion de la perspective. Le jardin de Louis II, qui combine la sensibilité  romantique pour la nature et les techniques modernes, est bien représentatif des tendances artistiques du 19ème siècle.

Voici la description du jardin d´hiver du Roi Louis II de Bavière par Victor Tissot (1845-1917), homme de lettres et journaliste suisse, un voyageur infatigable contemporain du Roi, grand connaisseur de l´Allemagne et de la Bavière. Tissot a publié en 1886 chez C. Delagrave à Paris une monographie intitulée Les curiosités de l'Allemagne du Sud. L´extrait qui concerne notre sujet en est extrait (pp. 250 à 253).

L'aile du nouveau palais, qui n'a pas moins de 800 pieds de long, et qui donne sur le jardin royal, s'appelle en allemand Saalbau der Residenz, l'édifice des salles de la résidence. C'est là que se trouvent les six salles d'Ulysse, d'après les dessins de Schwanthaler ; la salle de Charlemagne, d'après les esquisses de Schnorr ; la salle de Frédéric Barberousse, dont les six peintures murales ont été exécutées par Schnorr, Jauger et Geissmann ; la salle de Rodolphe de Habsbourg, la salle des Batailles, la salle du Trône et le cabinet des Beautés.

"Louis II a fait de la terrasse du Saalbau son château et son palais. On a construit là, d'après ses plans et ses dessins, des appartements dans le style rococo le plus extravagant, et un jardin auprès duquel ceux de Sémiramis n'auraient été que de vulgaires potagers. C'est dans ce jardin féerique, où toutes les fleurs des pays du soleil chantent une symphonie de parfums, que le roi passe les journées d'hiver, si tristes et si mélancoliques sur les bords de l'Isar.

En entrant on en croit à peine ses yeux.

Le valet de chambre qui vous conduit et qui a enfreint la plus sévère des consignes vous semble un infernal magicien, un sorcier, un enchanteur.

A droite, s'élève un rocher couvert de mousse, sur lequel rampent, comme d'énormes serpents hérissés de dards, des cactus et des orchidées. Dans le fond, qui représente un paysage indien, avec de grands bambous grêles, des bananiers aux larges feuilles, on aperçoit une cascade qui roule ses flots d'opale avec un bruit musical et argentin. Quand on approche du rocher, on découvre sous une draperie de lierre l'entrée d'une caverne qui conduit à la chute d'eau. A mesure qu'on avance, les parois du souterrain s'élargissent, et à travers l'ombre vaporeuse et bleuâtre qui le remplit, scintillent, comme des gouttes de lumière, des pierreries, des diamants et des stalactites d'or.

Laissons la cascade à droite et dirigeons-nous à gauche. Nous arrivons par une allée de palmiers à un pavillon mauresque dont la coupole bulbeuse monte jusqu'au vitrail cintré de la serre. Une portière de soie bleue ferme ce kiosque où l'on goûte un recueillement religieux, comme dans une chapelle. Les fenêtres, en forme de trèfle, tamisent un jour délicat, et un lustre de cristal projette au milieu de ce sanctuaire le jeu de ses couleurs. Des divans courent le long des murs. Au milieu, sur une table de lapis-lazuli, se dresse un narguilé au long tuyau orné de perles. Ce pavillon s'appelle le « kiosque des Délices ». Louis II n'en franchit le seuil qu'habillé en Turc. Il monte le piano mécanique qui est caché derrière un rideau, allume son narguilé, s'étend sur un divan, et passe des après-midi entières au milieu des nuages du tabac et des mélodies de son orchestre à remontoir.

Du pavillon mauresque une quantité de sentiers mystérieux et odorants, avec des reposoirs capitonnés de satin, des charmilles au fond desquelles sont accroupis des sphinx, conduisent aux rivages enchantés d'un petit lac, bleu et limpide comme un fragment de ciel oriental, et qui semble rêver de sa patrie sous la coupole immobile des palmiers (1). Il faudrait le crayon de Doré pour rendre ce merveilleux décor. C'est une vision splendide, un coin de paradis. Des montagnes obéissantes, des falaises aimables encadrent ce verre d'eau dans lequel s'ébattent des poissons rouges, sur lequel nagent de jolis canards cochinchinois, et qui reflète la lueur étudiée d'un clair de lune éternel. Cependant, au moyen d'une habile machinerie , le ciel étoilé peut se couvrir à volonté d'épais nuages ; les éclairs brillent, le tonnerre éclate, et le lac, battu par la tempête, se révolte contre ses rives. Le roi, costumé en Guillaume Tell, détache alors la barque amarrée à un arbre du rivage, et s'élance sur la tête des flots courroucés.

Il s'est fait photographier dans un de ces moments pathétiques ; c'est un véritable tableau.

On raconte qu'un jour Louis II demanda à une des premières artistes de l'Opéra de venir lui chanter la ballade du roi de Thulé sur son lac suspendu. Lorsque la chanteuse arriva au second couplet, le roi pressa le bouton de la sonnerie électrique qui le met en communication avec son machiniste : aussitôt la foudre gronda, le lac souleva des vagues tumultueuses et la nacelle faillit chavirer.

Une chaumière indienne orne l'extrémité du lac. L'intérieur en est garni de flèches, de tomahawks, de lances et d'ustensiles de pêche.

Une forêt d'arbres exotiques, peuplés de perroquets dressés à la prononciation respectueuse du nom de Sa Majesté, sépare le lac d'une chaîne de montagnes en ciment, construites sur le modèle de l'Himalaya. La décoration du dernier plan représente un lac des tropiques, avec des îles pleines de floraisons gigantesques et d'oiseaux extraordinaires.

(1) Le lac a 50 pieds de large et 70 de long.

Documents iconographiques

Le jardin d´hiver du Roi Maximilien II (photo Joseph Albert, 1860)
Le jardin d´hiver du Roi Louis II avec le kiosque maure
(photo Joseph Albert, 1870)

Jardin d´hiver avec la hutte de pecheurs (chaumière indienne)

Au fond du jardin d´hiver, la fresque panoramique de Julius Lange

Jardin d´hiver avec tente

La fresque indienne de Julius Lange

Le Roi et la  Kammersänger.
Le texte est extrait d´un poème de Schiller, Das Siegesfest (1804):

Trink ihn aus, den Trank der Labe,
und vergiß den großen Schmerz!
Wundervoll ist Bacchus' Gabe,
Balsam fürs zerrißne Herz.

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