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samedi 30 août 2014

Opera incognita fait descendre Orphée et Eurydice dans l'underground munichois


La compagnie Opera incognita a fait descendre Orphée dans les Enfers munichois. Dans cette ville à l'apparence généralement si soignée, il reste l'un ou l'autre de ces endroits improbables que les urbanistes semblent avoir renoncé à rénover. C'est ainsi qu'à l'entrée de la Maximilianstrasse, la rue aux magasins les plus chics de Munich que ne fréquente que la crème de la crème, se trouve un passage souterrain qui pourrait bien être une des entrées des Enfers. Pompeusement rebaptisé Maximilian Forum, il s'agit d'un passage souterrain qui devait permettre de traverser sans encombre le ring de la vieille ville, et que l'on a ensuite recyclé en  un forum artistique interdisciplinaire . Mais voilà, le passage semble à l'abandon, des graffitis ont fleuri sur ses murs délaissés et il y a belle lurette que l'escalier roulant qui devait permettre de s'en échapper a rendu l'âme, de la terre s'y est accumulée et on y a planté des bambous . Aucun client de la rue la plus élégante de Munich n'ose sans doute s'y aventurer sans gardes du corps.

C'est cet endroit sinistre que l'excellente compagnie Opera incognita d'Andreas Wiedermann et Ernst Bartmann est venu squatter pour sa nouvelle production estivale, Orphée et Eurydice, de Christoph Willibald Gluck, dans la version parisienne de 1774. Ces dernières années, la compagnie a eu l'art d'étonner le public munichois des amateurs d'opéra en produisant ses spectacles dans des endroits souvent surprenants mais judicieusement choisis, ainsi d' Idomeneo en 2010 puis du Turn of the screw l'an dernier aux Bains Mueller (Müller'sche Volksbad) ou de la Clemenza di Tito dans l'arène du Cirque Krone en 2012. 

Le passage comporte quatre entrées qui donnent sur un vaste espace souterrain médiant  divisé  en deux parties séparées par de larges vitres, qu'Opera incognita utilise ingénieusement pour sa mise en scène. Les spectateurs sont assis sur des chaises disposées face aux vitres, l'action se déroule soit du côté des spectateurs soit au-delà des vitres, sans que les lieux ne soient jamais pleinement définis. La vitre s'interprète ici comme transparence et comme obstacle, là comme miroir, avec tous les jeux interprétatifs qu'elle permet sur les thèmes de l'altérité et du regard, qui sont au coeur du mythe antique d'Orphée.

Ernst Bartmann nous donne une excellente version pour orchestre de chambre de l'Orphée de Gluck, avec un orchestre composé de six instruments classiques et d'une guitare électrique, situé dans le dos des spectateurs. C'est que l'Orphée contemporain d'opéra incognita est un rocker qui joue de la guitare électrique, et roule sur une moto au carénage rouge, suivi par son groupe de fans. Ceux-ci apprennent la mort d'Eurydice, la meuf du rocker, en recevant des sms sur leurs téléphones portables, qu'ils répercutent aussitôt. L'opéra commence par des bruitages de foule, une foule de gens habillés comme le sont les jeunes d'aujourd'hui et qui défilent de l'autre côté des vitres en consultant leurs portables, deux d'entre eux sont cependant habillés en vêtements de cour du 18ème siècle, la seule allusion de la soirée à l'époque du compositeur. Deux jeunes hommes habillés à l'identique évoluent sur un tempo beaucoup plus lent que celui de la foule, il se regardent et se miment comme dans un miroir, c'est le chanteur Orphée et son double dansé. Très vite on se rend compte aux mines effondrées des marcheurs qu'un malheur s'est passé, la femme du chanteur est morte, un autel de rue improvisé s'organise avec des fleurs, un nounours, des photos d'Eurydice, les fans s'y pressent pour rendre hommage à la jeune femme décédée inopinément. Certains s'approchent timidement d'Orphée pour lui demander un autographe tandis que les soignants de l'hôpital s'occupent de la toilette mortuaire d'Eurydice. Derrière les vitres un lit d'hôpital où repose une transfusée, on entend le bruit de plus en plus lent d'un moniteur d'hôpital qui indique bientôt un électro-cardiogramme plat. L'espace réduit, les plafonds bas de béton brut amplifient naturellement la musique de l'orchestre et les voix des choristes qui résonnent avec écho. Le chant d'Orphée s'élève, le beau ténor du Canadien Derek Rue, qui développe toute sa puissance dans l'espace souterrain du Maximilian Forum, avec une belle projection dans l'aigu et un peu plus de retenue dans le registre grave. Orphée veut rejoindre son aimée de l'autre côté des vitres, mais le personnel de l'hôpital l'empêche de la voir et de l'approcher en constituant un mur humain autour du lit de la morte. Orphée, un foulard à têtes de mort autour du cou, est en fureur et dans sa colère jette des chaises métalliques sur le sol et fume une cigarette électronique pour se calmer les nerfs.

Pendant les intermèdes non chantés, on assiste au ballet des doubles d'Orphée et Euridyce, qui miment les situations du drame de manière parfois volontairement asynchrone. 

Au deuxième acte, les bords du Cocyte sont simplement figurés par des machines fumigènes et un éclairage rougeâtre, les Ombres défilent derrière la paroi vitrée,  leurs têtes recouvertes de casques de moto. Amour (excellente Vanessa Fasoli) a encouragé Orphée à vaincre les Enfers par le pouvoir de son chant. Orphée s'approche de sa guitare et essaye de se faire ouvrir la porte infernale en chantant les lamentations de son amour perdu, mais dans un premier temps le choeur des spectres et des larves, assourdi par les parois vitrées, s'y refuse. Les notes de la guitare électrique d'Orphée lui servent cependant de sésame et les Ombres heureuses finissent par se mettre à danser les doigts pointés vers le ciel comme dans un concert rock. La scène de jalousie et d'incompréhension entre Orphée et Eurydice est chantée en partie au sein même du public, avec une belle expressivité théâtrale dont les effets sont encore renforcés par la proximité du public, que deux pas séparent seulement des chanteurs. La mise en scène d'Andreas Wiedermann montre bien que, si plus de deux siècles ont passé depuis que Gluck a fait monter son opéra, les problèmes des jeunes couples n'ont pas changé, les crises de ménage sont aujourd'hui comme hier d'actualité. Danae Kontora donne avec intensité une Eurydice dépitée par ce qu'elle imagine être le manque d'amour d'Orphée, Kontora est saisissante d'authenticité hystérique alors que son amant a un bandeau sur les yeux pour respecter le pacte passé avec les dieux infernaux. Opera incognita parvient de nous faire vivre ici la réalité poignante et contemporaine de ce drame que l'on croyait ancien et mythique, et, partant, lointain. Le duel amoureux se passe cependant aussi dans l'union des corps, lorsqu'une Eurydice éplorée s'allonge sur le dos de cet amoureux qui lui refuse son regard, la passion l'emportant sur les déchirures.

De l'autre côté des vitres, les deux danseurs miment le même duel amoureux. Orphée cède et regarde sa bien-aimée. A ce moment la danseuse avale une boîte de somnifères et meurt d'overdose. Le chanteur Orphée essaye de ranimer son Eurydice avec une boisson énergisante, en asseyant son cadavre sur une chaise, mais la boisson d'un rouge noirâtre s'écoule des lèvres de la morte. Orphée chante alors l'air fameux J'ai perdu mon Eurydice en enlaçant le cadavre exquis de la morte, tandis que dans l'au-delà du vitrage, un lit d'hôpital est roulé vers le cadavre de la danseuse. Le danseur Orphée fait tournoyer le lit dans une danse désespérée et lui imprime des mouvements violents dans l'espoir de la réanimer.

Les deux Orphées veulent mourir en se suicidant, mais, contrairement au drame antique, Gluck a prévu un happy end. Amour réapparaît en dea ex machina et ressuscite Eurydice. Un choeur a capella chante le triomphe de l'Amour sur la Mort. Le chant choral finit par se noyer dans le brouhaha d'une foule. Un chant macédonien traduit en anglais chanté sur une musique soul composée par Ernst Bartmann clôture l'opéra.

Andreas Wiedermann a magnifiquement utilisé les possibilités de cet espace souterrain qui semble avoir été laissé dans un état lamentable au bout de l'opulentissime Maximilianstrasse pour rappeler aux Munichois que tout est vanité. Tout au long de l'opéra, il joue sur le thème du regard et du miroir: regard que la mort terni, et que l'espoir d'une résurrection refuse. Regard en miroir sur cet autre qui n'est qu'un autre moi. La chorégraphie de Ceren Oran interprétée par deux danseurs talentueux, Renan Oliveira et Manuela Fiori Schneider, double en miroir le jeu désespéré des chanteurs. Si les regards traversent les vitres, les corps se heurtent à leur matérialité, comme le vivant se heurte au mort. L'orchestre, les trois chanteurs et le choeur réussissent à donner vie et présence à la musique de Gluck, l'arrangement d'Ernst Bartmann est parvenu à rendre compte de l'actualité de cette musique d'une manière aussi rafraîchissante que sensible. 

Une nouvelle réussite d'Opera incognita qui est cette fois parvenu à ressusciter un lieu agonisant de l'underground munichois avec une production alternative de la plus grande qualité.

Où et quand?

Les 29 et 30 août, les 2, 3, 4 et 6 septembre à 20 heures au MaximiliansForum, Passage Maximilianstrasse / Altstadtring, Maximilianstrasse, 38 à Munich. Quelques cartes restantes pour les 4 dernières représentations.

En français avec sous-titres allemands.

Distribution

Avec Derek Rue (Orphée), Danae Kontora (Eurydice) et Vanessa Fasoli (Amour).
Chorégraphie: Ceren Oran
Danse: Renan Oliveira (Orphée), Manuela Fiori Schneider (Eurydice).
Orchestre Opera Incognita.
Direction musicale: Ernst Bartmann

Mise en scène: Andreas Wiedermann

Billetterie

Tickets (35 euros)  par e-mail (awiedermann@gmx.de) ou par téléphone au 0151/ 15 80 90 91

(ou 004915115809091 de l'étranger).

vendredi 29 août 2014

Abbaye de Benediktbeuren. Reportage photographique.

Située en Haute-Bavière à une soixantaine de kilomètres de Munich, l'abbaye de Benediktbeuren est une des plus anciennes abbayes bénédictines de Bavière. Sa fondation, effectuée avec l'aide de Saint Boniface, remonte à l'an 739. Vers 800, Charlemagne offrit à l'abbaye la relique du radius du bras droit de Saint Benoît, qui est présentée à la dévotion des fidèles dans un bras-reliquaire. Grâce à cette relique, Benediktbeuren est considérée comme le troisième lieu de pèlerinage le plus important à Saint Benoît de Nurcie après Montecassino et Saint-Benoît sur Loire. L'abbaye possède également des reliques de Sainte Anastasie.

L'abbaye fut florissante au Moyen âge et disposait vers 1250 d'une bibliothèque de plus de 250 manuscrits, dont le fameux poème  Carmina burana, que Carl Off mit en musique en 1937.

Les bâtiments actuels datent du dix-huitième siècle et sont dus à des artistes éminents aux noms célèbres:  Georg Asam, Johann Baptist Zimmermann, Michael Johann Feuchtmeyer.

Benediktbeuren fut laïcisée en 1803 et resta laïque jusqu'en 1930, année pendant laquelle elle fut confiée à la Congrégation des Frères Salésiens de Don Bosco, qui compte encore actuellement une trentaine de frères engagés notamment dans l'éducation au service de la jeunesse et la formation religieuse.
 
Bras-reliquaire de Saint Benoît










Crédit photographique: Luc Roger

Plus d'infos en français sur le site http://Benediktbeuren.de

jeudi 28 août 2014

L'église des Théatins de Munich se refait une beauté


La façade de l'église des Théatins sur la place de l'Odéon a été complètement recouverte d'un échafaudage qui restera en place le temps escompté de la rénovation, c'est-à-dire deux ans. C'est l'Etat de bavière qui est ici le maître d'oeuvre. La rénovation de la façade sera suivie d'ue nouvelle peinture. Il est prévu qu'en 2016 l'échafaudage soit démonté pour être remonté à l'arrière de l'église. Les travaux dureront jusqu'en 2018. L'églisera reste accessible pendant toute la durée des travaux.


Crédit photographique: Luc Roger


Journée européenne de la culture juive le 14 septembre. Visite gratuite du Musée juif de Munich.


A l'occasion de la Journée européenne de la culture juive ce 14 septembre, le Musée juif de Munich ouvre ses portes au public. L'entrée est gratuite de 10 à 18 heures tant pour l'exposition permanente que pour les expositions temporaires. Des vistes guidées sont organisées, en allemand.

Programme des visites et ateliers

11–12H: Visite guidée du musée (max. 25 participants)
14–15H: Atelier pour les enfants de 6 à 10 ans, avec pour motif "Oui mais sans jambon!" (max. 15 participants)
14-15H: Visite guidée de l'exposition temporaire Guerre 14-18. Les Juifs entre les fronts. (max 25 participants)



Le Roi Maximilien II de Bavière au retour de la chasse

Ce tableau accroché aux cimaises du Musée du Club alpin d'Innsbruck est attribué à Philipp von Foltz (1817-1886), que le Roi Maximilien II de Bavière nomma directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Munich.

A partir du XIXème siècle, les puissants de ce monde ont commencé à apprécier les sports de montagne. Ainsi la reine Marguerite de Savoie (1851-1926) était-elle passionnée d'alpinisme. Le Roi Maximilien II de Bavière (1811-1864), le cousin de Sissi, appréciait la chasse en montagne, sans doute davantage que l'exercice physique. On le voit ici au retour de la chasse installé dans un traineau sécurisé par de rudes montagnards. Un de ses chiens est installé sur le devant du traineau, tandis que le second gambade autour du royal transport. Son fils Louis II de Bavière fut un randonneur passsionné au point de se faire bâtir un chalet de montagne, la Schachenhaus (cliquer ici pour voir un reportage photographique). Au XXème siècle, le Roi Albert de Belgique pratiquait lui aussi l'escalade, un sport qui lui coûta la vie. 

Crédit photographique Musée du Club Alpin Innsbruck

Crédit photos de détails: Luc Roger




mercredi 27 août 2014

Opéra comique: L'Orontea de Cesti au Festival de musique ancienne d'Innsbruck

Fernando Guimarães (Alidoro), Solen Mainguené (Silandra),
Aurora Faggioli (Tibrino), Giuseppina Bridelli (Orontea)
L'Orontea, un opéra en un prologue et trois actes de Pietro Antonio Cesti sur un livret de Hiacinto Andrea Cicognini, a été créé en 1656 au Nouveau  Théâtre de la Cour d'Innsbruck (Neues Hoftheater/ Komödienhaus am Rennweg), un théâtre qui était situé exactement à l'emplacement de l'actuel Théâtre de l'Etat du Tyrol (Tiroler Landestheater). C'est à deux pas, dans la Cour de la Faculté de théologie (ou dans la petite salle du Landestheater en cas de pluie), que l'oeuvre est à nouveau représentée cet été.

L'Amour l'emportera-t-il sur la philosophie? L'histoire de l'Orontea, le premier opéra  comique de l'histoire de l'opéra, a été composée sur la base de cette question, mais bien sûr sans la prendre au sérieux. C'est à Innsbruck que le compositeur attitré de la cour, Pietro Cesti, a fait jouer cet opéra,  ou cette 'operetta' comme le qualifiait en 1656 le librettiste et poère Giovanni Filippo Apolloni.  Opéra ou operetta, ce spectacle devait un des grands succès européens du 17ème siècle.

Innsbruck l'avait déjà remis à l'affiche aux débuts des années 1980, puis en 1990, sous la direction musicale mémorable de René Jacobs. Le concours de chant baroque d'Innsbruck porte par ailleurs le nom du compositeur de l'Orontea. Et ce sont des lauréats  et des participants du Concours international CESTI 2013 qui ont le privilège de porter à nouveau à la scène ce chef d'oeuvre du bel canto, un des premiers du genre, dans le cadre de l'édition 2014 du Festival de musique ancienne d'Innsbruck.

En avril 1995, René Jacobs accordait une interview au magazine Diapason et évoquait la redécouverte de l'Orontea en ces termes: La découverte de Cesti est venue par le festival d'Innsbruck. Cesti avait longtemps été le compositeur officiel de la cour d'Innsbruck, et les organisateurs m'ont demandé de construire un programme autour de ce compositeur oublié, ce que j'ai fait avec la soprano Judith Nelson. L'année suivante, le professuer Ulf m'a demandé de poursuivre dans cette voie, et nous avons donné un programme d'extraits de différents opéras de Cesti. L'année d'après, nous avons monté Orontea, en version de concert, et nous l'avons enregistré.


Pour les représentations de L'Orontea cet été, le directeur du festival, Alessandro de Marchi, en a proposé la direction musicale au contre-ténor David Bates et à son ensemble musical et instrumental  La Nuova Musica, un ensemble qu'il a fondé en 2007 et qui se consacre à la musique européenne de la Renaissance et de l’ère baroque. Un choix des plus heureux car cet ensemble et son directeur musical ont interprété l'oeuvre en lui donnant une vie pleine d'esprit, d'humour et de joie, dans une interprétation pétillante, en donnant du sens à chaque phrase musicale selon l'évolution du texte, avec de beaux tempi. Voila une lecture brillante de l'oeuvre, qui rend parfaitement bien   la théâtralité et le comique de l'oeuvre, avec une intelligence complice, aux antipodes de ces interprétations qui semblent ne voir dans le baroque que la répétition hiératique et, partant, ennuyeuse, de motifs pompeusement interprétés. Rien que du bonheur! David Bates et La Nuova Musica ont littéralement affolé le public. Exultation, bravi, applaudissements interminables et trépignements!

Fernando Guimarães (Alidoro) vient de subir la colère jalouse d'une Orontea en furie
David Bates s'est réjoui de travailler avec des jeunes chanteurs, précisément parce qu'ils ne sont pas liés par une histoire ou une réputation et qu'ils peuvent dès lors s'investir plus librement dans le chant et dans le jeu scénique. La mise en scène de Stefano Vizioli est conçue sans décors si ce n'est les arcades de la cour de la faculté de théologie, et utilise efficacement la gestuelle et les effets de la commedia dell'arte, avec sobriété et efficacité et dans un grand respect du livret. Vizioli exploite fort bien l'humeur versatile et légère de ces personnages totalement superficiels, dont les résolutions ne sont jamais tenues, et qui sont inconstants comme la plume l'est au vent de leurs émotions ou de leurs attirances. Le metteur  en scène s'est acquis le concours de la chorégraphe Goria Giordano, et cette collaboration fructueuse a donné naissance à toute une série de tableaux animés et variés, à la succession fluide, et avec une excellente occupation d'un espace scénique nécessairement réduit. Les beaux costumes d'Anna Maria Heinreich ne situent pas l'action dans l'Egypte ancienne mais dans un temps goldonien, avec des costumes à l'italienne tels qu'on a pu les porter dans les villégiatures italiennes des 18ème et 19ème siècles. Heinreich joue sur un joli camaieu de couleurs beiges et brunes, pour un ensemble du meilleur effet, la seule Aristea se voit attribuer des vêtements voyants, ce qui accentue le comique du personnage de vieille exubérante nymphomane et maladroite  au grand coeur.  Le thème égyptien n'est d'ailleurs pas abordé dans le livret qui semble situer sa comédie au hasard, en Egypte, parce qu'il fallait bien situer l'action quelque part.

Solen Mainguené (Silandra) 
Les jeunes chanteuses et chanteurs sélectionnés pour cet opéra se sont donnés corps et âme, et à coeur joie,  à l'entreprise. Orontea est interprété avec force et conviction par la soprano Giuseppina Bridelli, qui commence à être connue sur les scènes françaises,  le portugais Fernando Guimarāes interprète avec un beau sens de la scène le séduisant peintre Alidoro, un jeune homme bien fait de sa personne et volage qui finira par se faire couronner  Roi d'Egypte par le deus ex machina final d'une reconnaissance: cet enfant enlevé puis adopté portait autour du cou un bijou portant le sceau royal de Phénicie. La Reine d'Egypte pourra épouser l'homme dont elle est tombée amoureuse sans craindre de faire une mésalliance. La soprano française Solen Mainguené est un des grands bonheurs de la soirée, elle donne une interprétation vibrante, très intense, de la dame de cour Silandra, avec un excellent jeu de comédienne et une belle voix de soprano lyrique, tant par la puissance que par l'agilité. La soprano israélienne Anat Edri séduit elle aussi en Giacinta déguisée en homme. Le ténor catalan  David Hernández Anfruns joue avec beaucoup de drôlerie un autre rôle travesti, celui d'Aristea, la mère adoptive nymphomane d'Alidoro. Un contre-ténor polonais, Michaŀ Czerniawski, chante Corindo, l'amoureux éconduit de Silandra, avec de beaux moments de fureur. Le baryton basse Giorgio Celenza convainc moins dans son interprétation trop convenue de Gelone, le courtisan alccolique de service, avec une voix qu'il ne projette pas suffisamment. Enfin, Aurora Faggioli donne un Tibrino fougueux et passionné. Aux côtés de ces jeunes chanteurs, Jeffrey Francis en Créonte joue les philosophes pondérés, avec la drôlerie du dernier acte pendant lequel Aristea, n'ayant séduit aucun des jeunes gens par lesquels elle se sentait attirée, jette son dévolu sur le vieux sage qui semble s'y résigner. Sur le plan professionnel, le ténor américain apporte depuis des années son expérience en soutien du projet Barockoper jung du Festival de musique ancienne (Opéra baroque jeune).

On a passé une excellente soirée à découvrir ou redécouvrir la belle 'operetta' de Pietro Cesti, avec la magie musicale de l'ensemble Nuova musica et ces jeunes chanteurs professionnels à l'avenir des plus prometteurs. La direction musicale de David Bates, la mise en scène bien chorégraphée de Stefano Vizioli, le jeu scénique et les qualités vocales des chanteurs rendent toute la drôlerie et la fraîcheur de cet opéra comique, un des premiers du genre, qui connut déjà un si grand succès à l'époque de sa création.

Radiodiffusion le samedi 30 août à 19H30 sur la première chaîne autrichienne Ö1, on peut se connecter en ligne.

Distribution

David Bates (Direction musicale)
Stefano Vizioli (Mise en scène)
Anna Maria Heinreich (Costumes)
Gloria Giordano (Chorégraphie)

La Nuova Musica

Orontea   Giuseppina Bridelli (Mezzosoprano)
Silandra   Solen Mainguené (Soprano)
Aristea    David Hernández Anfruns (Ténor)
Giacinta  Anat Edri (Soprano)
Alidoro   Fernando Guimarães (Ténor)
Corindo  Michał Czerniawski (Contreténor)
Creonte  Jeffrey Francis (Ténor)
Gelone   Giorgio Celenza (Baryton)
Tibrino   Aurora Faggioli (Mezzosoprano)

Crédit photographique: Rupert Larl

lundi 25 août 2014

Anniversaire de la naissance du Roi Louis II de Bavière, né le 25 août 1845 à Munich

Le futur Louis II bébé

Otto Friedrich Wilhelm von Wittelsbach, le futur Roi Louis II de Bavière, est né le 25 août 1845 à 0H30 au Château de Nymphenburg à Munich, premier né  du Prince Maximilian et de la Princesse Marie. Il fut baptisé le lendemain de sa naissance sous les noms d' Otto Friedrich Wilhelm Ludwig, mais on l'appela communément Ludwig, qui était aussi le  prénom de son grand-père, lui aussi né un 25 août, en 1786. A noter que le 25 août est aussi la date anniversaire du décès du Roi Soleil, Louis XIV. 

Son grand-père, Louis Ier de Bavière, qui avait lui-même Louis XVI pour parrain, fut son parrain. Cette généalogie du parrainage a peut-être contribué à la future identification du roi de Bavière avec le Roi Soleil.

Après sa naissance, le bébé fut confié à une nourrice paysanne originaire de Miesbach. Si le bébé se développa fort bien, il dut cependant être sevré prématurément au printemps 1846 à cause du décès inopiné de sa nourrice atteinte de méningite. La santé de l'enfant s'en ressentit, il eut de la fièvre et l'on se mit à craindre que sa vie ne fût en danger. Mais ce ne fut qu'une fause alerte, l'enfant se rétablit rapidement. 

En juillet 1846, il fut confié à Sibylla Meilhaus (par mariage Sibylla von Leonrod), qui éleva le petit prince jusqu'à ce qu'il atteint l'âge de 7 ans.

samedi 23 août 2014

Garden of Eden 2014. Des branches pour la colombe de l'Esprit Saint à l'Heilig-Geist-Kirche de Munich

L'église du Saint-Esprit de Munich / Heilig-Geist-Kirche München

L'église du Saint-Esprit (Heilig-Geist-Kirche) est une des plus anciennes églises de Munich en Bavière. Une chapelle romane, dédiée à sainte Catherine a été bâtie pour desservir un hospice fondé en 1208 par le duc Louis Ier de Bavière (1173-1231). L'incendie de 1327 détruit l'hospice et sa chapelle. Aussi une église gothique est-elle construite qui sera achevée en 1392 et qui est vouée au Saint-Esprit. L'église est entièrement baroquisée entre 1724 et 1730 par Johann Georg Ettenhofer et les fameux frères Asam.

Après les lois de sécularisation inspirées par Napoléon, l'hôpital est sécularisé, puis en partie démoli pour laisser place au Viktualienmarkt (Marché aux Victuailles). L'église est agrandie entre 1885 et 1888 et la façade arrangée en 1895, tandis que les restes de l'hospice sont détruits.

L'intérieur de l'église mélange les styles gothique et baroque. Nikolaus Stuber est l'auteur du maître-autel, mais l'intérieur est gravement endommagé par les bombardements de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la plupart de ses éléments sont refaits à l'identique. Le tableau du chœur représentant la Pentecôted'Ulrich Loth (1649) est original, ainsi que les deux anges de chaque côté de l'autel dus à Johann Georg Greiff. (Source: wikipedia)
Heilig-Geist-Kirche am Vitualienmarkt

L'installation Garten of Eden 2014 de l'artiste Gabriel Jilg


11 Que les cieux se réjouissent, et que la terre tressaille de joie; que la mer retentisse,
avec tout ce qu'elle contient!
12 Que les campagnes s'égaient, avec tout ce qui est en elles;
que tous les arbres des forêts chantent de joie, devant l'Éternel!
13 Car il vient; il vient pour juger la terre; il jugera le monde avec justice,
et les peuples selon sa fidélité. (Extrait du Psaume 96)
L'installation de l'artiste architecte-paysagiste Gabriel Jilg (35 ans)
s'inspire directement du texte du de chapitre 2 la Genèse: 

Yahweh Dieu planta un jardin en Eden du côté de l'Orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.
Et Yahweh Dieu fit pousser du sol toute espèce d'arbres agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
Un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin, et de là il se partageait en quatre bras. (...)
Yahweh Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder.

Elle comporte notamment 60 charmes communs (carpinus betulus), 20 arbres et 40 arbustes,  et figure aussi vers les voûtes une nuée de colombes blanches. L'arbre dans les religions établit un lien entre la terre et le ciel, il réconforte par son ombre et appelle au repos et à la méditation, jardins et oasis sont associés au paradis, il nourrit l'homme de ses fruits. Tel est le le message que l'exposition veut évoquer.
On peut la visiter jusqu'au 7 septembre 2014.










Crédit photographique: Luc Roger


vendredi 22 août 2014

Kaspar Hauser, le nouvel opéra de Dominik Wilgenbus sur des musiques de Schubert, au Château de Nymphenburg

Elégante première très attendue hier soir dans le beau cadre de la salle Hubertus du Château de Nymphenburg: l'Opéra de chambre de Munich (Kammeroper-Muenchen) a interprété pour la première fois la nouvelle création de Dominik Wilgenbus et Alexander Krampe, Kaspar Hauser.

Les deux hommes travaillent de concert depuis 2003 et leurs entreprises ont toujours été couronnées de succès. Aussi leurs nouvelles créations sont-elles très attendues par le public munichois. Wilgenbus et Krampe ont adapté plusieurs opéras pour orchestre de chambre, avec des mises en scène d'une inventivité et d'une créativité inattendues et très rafraîchissantes. Leurs pasticcios opératiques  des musiques de Haydn et de Mozart avaient remporté un grand succès. Cet été, les deux compères ont fait se rencontrer l'histoire de Kaspar Hauser avec la musique de Schubert, dans un arrangement en pasticcio conçu par Alexander Krampe.

Histoire de Kaspar Hauser

Dessin de Johann Georg Laminit
Kaspar Hauser, un orphelin sauvage, était apparu en place publique de Nuremberg en mai 1828,  sortant d'on ne sait où, épuisé, titubant, gesticulant et grognant de façon incompréhensible. Son histoire, dont l'énigme n'a toujours pas été résolue, avait passionné l'Allemagne et jusqu'au monde entier. Il avait été recueilli et protégé par diverses autorités:  le maire de Nuremberg le recueillit, il fut ensuite l'objet d'une tentative d'éducation par  le  professeur et philosophe Georg Friedrich Daumer, puis, attaqué à diverses reprises, il reçut une protection policière du Roi Louis Ier de Bavière. Il succombera à l'âge de 21 ans des suites d'une dernière attaque. On s'interrogea sur ses origines, jusqu'à se demander s'il n'aurait pas été le fils de Charles II de Bade et de son épouse Stéphanie de Beauharnais dont la famille aurait essayé de se débarrasser pour hériter de Charles. On se demanda aussi si Kaspar n'était pas simplement un simulateur et on l'accusa de mensonge. Une autre hypotyhèse est que l'enfant aurait pu faire l'objet d'une expérience cruelle: une question qui agita beaucoup les 17ème et 18ème siècles  était de savoir si un enfant éloigné de tout contact humain développerait ou non une sorte de langage et quelle serait en ce cas la « langue primale » qui se dégagerait ainsi.  Plusieurs cas d'enfants, surnommés "enfants sauvages", soulevèrent cette question de l'acquisition du langage. L'Europe entière se passionna pour le destin de l'orphelin, qui devint quasi mythique dans la mémoire collective. Preuve en est que Paul Verlaine composa un poème à partir de son histoire, environ 50 ans après la mort de Kaspar Hauser, qu'il publia dans son recueil Sagesse en 1881:

Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

À vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d’amoureuses flammes
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre :
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard ! 

L'opéra

Le formatage de Kaspar Hauser:  l'apprentissage de l'écriture et de la religion
Décédé à Vienne en novembre 1828, Schubert n'a pu être au courant de l'étrange destin de Kaspar Hauser dont l'apparition à Nuremberg date de mai 1828. Les deux hommes sont contemporains, ils meurent jeunes tous deux, la musique de Schubert pouvait bien servir de base pour accompagner l'évocation du destin de cet adolescent quasi sauvage. Dominik Wilgenbus et Alexander Krampe ont composé un nouveau pasticcio, schubertien cette fois, en se basant surtout sur les opéras du compositeur autrichien et sur ses Lieder, avec l'ambition de présenter le parcours de Kaspar hauser comme un cycle de Lieder. L'attention de Dominik Wilgenbus a particulièrement été attirée par l'oratorio inachevé de Schubert, Lazarus, un personnage des Evangiles dont le destin présente selon le metteur en scène des similitudes avec celui de Kaspar. Wilgenbus voit l'apparition soudaine de Kaspar, qui avait été forcé de vivre dans les ténèbres d'une cave jusque là, sans voir la lumière du jour, comme une espèce de résurrection. On peut imaginer que Kaspar, comme Lazare, se sont posé la question existentielle de leur identité: qui suis-je, moi qui ai vécu dans les ténèbres d'une cave ou de la mort, et pour Kaspar quelle est mon origine, suis-je le fils d'un noble ou d'un soldat, qui fut ma mère, quels sont mes droits, pourquoi cette enfance horrifique et détestable? Le questionnement sur l'identité se trouve aussi dans le regard que portent les autres sur Kaspar: est-il un imposteur, quelle est sa véritable origine? Une question que l'on se pose encore aujourd'hui. 

L'opéra de Dominik Wilgenbus suit l'itinéraire connu de Kaspar Hauser depuis son émergence à Nuremberg jusqu'à sa mort tragique à la cour de Ansbach. Le metteur en scène ne s'est pas contenté de cette lecture historique, il a aussi voulu pénétrer la psychologie et le monde onirique de son personnage. Aussi entrecroise-t-il  l'histoire de Kaspar avec les rêves et les fantasmes de l'adolescent. Ainsi, dans un rêve, sa mère lui apparaît-elle. L'adolescent délire aussi sur la protection d'un riche anglais, Lord Stanhope, qui va l'emmener à Ansbach mais pour une escapade sans lendemain puisqu'il l'y abandonnera. Wilgenbus insiste sur l'angoisse de l'abandon qui a marqué toute l'existence de Kaspar, et qui a nécessairement nourri ses fantasmes et ses délires. Les interprénétrations du rêve et de la réalité semblent parfois embrouillées et difficiles à comprendre, mais peut-être est-ce là la nature même d'un personnage qui ne devait jamais très bien savoir qui il était vraiment.

Pour interpréter ce personnage complexe, Dominik Wilgenbus et Alexander Krampe ont trouvé une perle rare dans la personne du baryton André Baleiro qui tout au long de l'opéra livre une interprétation marquante du personnage de Kaspar Hauser, tant sur le plan théâtral que par les modulations de sa belle voix  dont la clarté est particulièrement remarquable et qui est dotée d'une belle projection. Il s'agit du premier engagement du jeune Portugais au Kammeroper de Munich, où il fait une entrée remarquée. Les six autres chanteurs et chanteuses interprètent chacun plusieurs rôles tout au long de la soirée, ils forment les choeurs des habitants de Nuremberg lorsqu'ils portent des masques, et s'individualisent selon les besoins de l'action, grâce notamment aux costumes ingénieux de Katharina Raif. Les neuf instrumentistes de l'orchestre de l'Opéra de chambre munichois font résonner avec talent les belles musiques de Schubert, entraînés avec finesse et précision, et avec une sensibilité qui rend bien les accents d'un drame romantique, par Nabil Sheheta, dont on peut apprécier la direction d'orchestre depuis 2011 à la tête de ce bel orchestre de chambre. 

Les possibilités restreintes de la salle Hubertus obligent à trouver des solutions de décor simples et ingénieuses. Deux portes situées de part et d'autre du mur de fond de salle servent de cour et de jardin, un petit podium forme la scène, les chanteurs utilisent aussi le couloir qui divise les sièges des spectateurs. Le décorateur Ugo Vollmer a disposé sur scène la simple structure métallique d'un parallélipipède composé de trois rangées superposées de quatre cubes où peuvent venir se placer ou se lover les personnages de l'action. Une toile blanche vient de temps à autre en tapisser le fond, sur laquelle sont projetées les ombres chinoises de personnages ou de figures colorées du théâtre d'ombre. La toile peut à l'occasion devenir voile ou drapeau. Les lumières de Wolfgang Förster sont particulièrement soignées.

L'occasion de passer  une excellente soirée d'opéra au Château, en allant écouter le beau pasticcio schubertien arrangé par Alexander Krampe et joué par un orchestre et une troupe dynamisés par l'extrordinaire inventivité de Dominik Wilgenbus, une personnalité dotée d'une vive intelligence de la scène alliée à une adorable excentricité, qui en fait un des meilleurs animateurs alternatifs de la vie opératique munichoise. 

Distribution

Avec André Baleiro,  Philipp Jekal,  Clemens Joswig, Thomas Huber, Katharina Konradi, Aline Kostrewa et Florence Losseau.

Ballenernte/ récolte de balles: les installations de ballots enrubannés de Michael Beutler


Les espaces verts dans le quartier des arts de Munich, que l'on appelle ici Kunstareal, sont depuis la fin du mois de juin transformés en champs récoltés. Pour son installation Ballenernte (Moisson de balles) l'artiste Michael Beutler, aidé d'une trentaine de bénévoles,  a réalisé à partir d'environ cinq millions de pailles des ballots enrubannés colorés qu'il a disposés sur les espaces verts du quartier des arts de Munich. Tracteurs et enrubanneuses furent utilisés pour la réalisation des ballots.

L'action se termine par une fête de la moisson qui aura lieu le 10 octobre. Comme lors d'une vraie moisson, les ballots enrubannés seront alors réunis pour constituer un château de ballots.

Michael Beutler est né à Oldenburg en 1976 et s'est spécialisé dans les installations artistiques à grande échelle.

Plus d'infos sur l'artiste: voir la page Wikipedia qui lui est consacrée (en allemand).

Crédit photographique: Luc Roger

Trésors des collections nationales de Dresde à la Kunsthalle de Munich

Carracci, Le génie de la renommée,
1588/1589.
Rembrandt – Titian – Bellotto: esprit et splendeur de la Galerie de peinture de Dresde.

A partir du 22 août la Kunsthalle München présente une centaine de chefs d'oeuvres en provenance de Dresde, dont des oeuvres d'artistes de premier plan comme Le  Titen, Rembrandt, Bellotto, Carracci, van Dyck, Velázquez, Lorrain, Watteau et Canaletto.

La Gemäldegalerie Alte Meister (Galerie de Peinture des Maîtres anciens) est un musée d'art des Collections nationales de Dresde situé dans le Semperbau du palais Zwinger, à Dresde, en Allemagne. La création de la collection remonte à la première moitié du XVIIe siècle. C'est Auguste Ier qui fonda en 1560 la Kunstkammer (Cabinet d'art), qui rassemblait toutes sortes d'objets, dont des tableaux. Mais c'est surtout au XVIIe siècle, en une cinquantaine d'années, que les acquisitions d'Auguste II, dit le Fort ,(1670-1733) et celles, encore plus nombreuses, de son fils Auguste III (1696-1763) firent de la Galerie des peintures de Dresde l'une des plus célèbres d'Europe et une référence en matière de collections princières. Auguste II le Fort et Auguste III accordaient une importance extrême aux acquisitions d'œuvres. Ils espéraient par ce biais hisser leur État au niveau de prestige des principales puissances européennes. La collection du prince Electeur de Saxe contribua ainsi à faire de Dresde une étape privilégiée des voyageurs européens du Grand Tour. C'est encore le cas aujourd'hui.

Bernardo Bellotto, dit Canaletto, Dresde depuis la rive droite de l'Elbe, 1747
Ces époques furent aussi marquées par les grands travaux qui modelèrent le paysage urbain de Dresde tel que nous le connaissons aujourd'hui. L'urbanisme princier et les collections d'art des princes électeurs devaient concourir par leur prestige  à démontrer la puissance de la Cour de Dresde. Des peintres français comme Louis de Silvestre (1675-1760)  ou italiens comme Bernardo Bellotto (dit canaletto, 1721-1780) furent engagés comme peintres de la Cour.

Titien, Portrait d'une femme en blanc
L'exposition munichoise de la Kunsthalle présente en sept chapitres le développement de la Pinacothèque de Dresde tout au long du 18ème siècle . L'exposition examine la création de la collection de peintures sous Auguste le Fort, qui peut être interprétée comme l'expression de son besoin accru de démontrer son statut alors qu'il allait être couronné roi de Pologne en 1697. Des œuvres de genres variés comme la peinture historique, le paysage, les natures mortes ou le portrait composent la collection royale, qui a continué de croître tout au long du 18ème siècle. Un visiteur fréquent à la Pinacothèque de Dresde était le célèbre historien de l'art et archéologue Johann Joachim Winckelmann (1717-1768), qui a écrit un compte rendu de ses expériences, contribuant ainsi à immortaliser la réputation légendaire de la collection. L'exposition présente de nombreuses œuvres qu'il avait appréciées pendant  ses visites des collections royales.

Rembrandt , Ganymède dans les griffes de l'aigle,
1635.
Des tableaux de cour représentant les Princes électeurs dans toute leur majesté sont  présentés d'entrée, et bien sûr aussi des vues de la nouvelle Dresde, la Florence du Nord comme on l'appela alors,  avec la Frauenkirche et le nouveau pont Auguste construit sous Auguste le Fort. On pourra entre autres admirer l'Enlèvement de Ganymède de Rembrandt, une des oeuvres les plus drôles de l'artiste qui a réinterprété le mythe ovidien en présentant un Ganymède bébé, criant et pleurant, pissant d'angoisse ou de rage, au moment de l'enlèvement par l'Aigle divin. Remarquables aussi le Portrait d'une femme en blanc du Titien, avec une ravissante jeune femme tenant délicatement un éventail, ou ce Génie de la renommée de Carracci, un génie ailé nu entouré de putti qui s'élève vers le ciel en portant quatre couronnes de feuillages différents autour de son bras levé.

La visite de la somptueuse exposition de la Kunsthalle constitue une fort belle introduction à la visite des Collections nationales de Dresde. Les oeuvres citées ci-dessus valent à elles seules le déplacement. Les Musées dresdois sont renommés pour leur prestigieuse collection de peinture italienne de la Renaissance, et comportent d'innombrables oeuvres qui en rendent la visite incontournable. Ainsi de la Madone Sixtine de Raphaël, qui n'est pas présentée dans l'exposition de la Kunsthalle, si ce n'est au travers d'une oeuvre vidéastre de l'artiste Christoph Brech, que la Galerie de Dresde a récemment invité pour qu'il y réalise un travail de création vidéo en se laissant inspirer par les oeuvres qui y sont présentées.

L'exposition de la Hypo-Kunsthalle peut se visiter jusqu'au 23 novembre 2014. Pour accéder au site de l'exposition, cliquer ici.

Crédit photographiqueStaatliche Kunstsammlungen Dresden; photos: Elke Estel et Hans-Peter Klut


jeudi 21 août 2014

JEDZJABLKA! Mange des pommes contre Poutine, la campagne polonaise a gagné l'Autriche. Pomm'appétit!


René Magritte,
Le Fils de l'homme*
Une campagne  a été récemment lancée sur le compte Twitter polonais #jedzjablka (mange les pommes) pour invite les Polonais à manger davantage de pommes et à publier des selfies en train de déguster un fruit pour se moquer de l'embargo russe sur les fruits et légumes en provenance de l'Europe, un embargo annoncé par Moscou en représailles aux sanctions contre la Russie. Il faut savoir que la Pologne est le premier exportateur mondial de pommes. Depuis, sur le compte Twitter, des dizaines de personnes, dont des journalistes, des politiciens et de nombreuses personnalités, publient leurs photos, une pomme ou une bouteille de cidre à la main. Certains font aussi circuler des recettes et même des menus entiers à base de pommes.

L'Autriche vient d'emboîter le pas à cette campagne: le Ministre autrichien de l'agriculture, Andrä Rupprechter, vient de faire une déclaration en ce sens: selon lui, si chaque Autrichien mange une pomme de plus par semaine, l'Autriche pourra facilement compenser cette perte.

En Allemagne, les fameuses pommes de la région du Lac de Constance seront bientôt sur le marché.

Pomm'appétit!

* Magritte évoque cette œuvre dans une interview donnée à Jean Neyens :

Toute chose ne saurait exister sans son mystère. C'est d'ailleurs le propre de l'esprit que de savoir qu'il y a le mystère. (...) Une pomme, par exemple, fait poser des questions. (...) Dans un tableau récent, j'ai montré une pomme devant le visage d'un personnage.(...) Du moins, elle lui cache le visage en partie. Eh bien là, il y a donc le visage apparent, la pomme qui cache le visage caché, le visage du personnage. C'est une chose qui a lieu sans cesse. Chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d'un sentiment assez intense, une sorte de combat dirais-je, entre le visible caché et le visible apparent.




mercredi 20 août 2014

Promenade panoramique au Tyrol: de Seefeld au Brunschkopf. Reportage photographique.

Une promenade que l'on peut faire depuis Seefeld in Tirol ou depuis Möser. On peut la réaliser en boucle en passant par la Wildmooseralm et le golf. Niveau de difficulté: facile à moyen.