jeudi 31 janvier 2013

La Belle au bois dormant revisitée du Theater-am-Gärtnerplatz

La Reine et sa Cour
Baptême du feu pour le nouveau chorégraphe du Theater-am-Gärtnerplatz qui présente une réinterprétation complète du célèbre ballet de Tchaikosky. Karf Alfred Schreiner opte pour une lecture résolument contemporaine du conte de fées en abordant sur le ton de la farce grotesque le thème brûlant d'actualité de la gestation pour autrui dans un spectacle de théâtre musical articulant une chorégraphie du mouvement cassé inspirée notamment de la breakdance.

Une Reine inféconde est maltraitée et harcelée par son mari qui lui reproche de laisser la succession au trône vacante, le berceau princier reste désespérément vide. C'est alors que la reine s'avise de la grossesse d'une fille de cuisine, une dénommée Carabosse, qui consent à lui céder son bébé à la naissance contre quelques bijoux et beaucoup d'argent. La Reine simule la grossesse et, quand Carabosse met une monde une petite fille, une rapide substitution donne une héritière au Royaume, la princesse Aurore. Tout le monde est content pour un bref moment, le Roi, la Reine, les dames de la cour et les pompeux ministres se réjouissent de la succession assurée.

Mais voilà, le lien filial s'avère plus fort que l'argent et une Carabosse désespérée d'être séparée de son enfant veut rendre bijoux et billets de banque et récupérer sa petite fille, ce que la Reine refuse avec fureur. Carabosse essaye de dévoiler la vérité sur la naissance d'Aurore, mais la Reine et la Cour la traitent de folle et elle finit par être chassée.

On assiste à la croissance rapide de la princesse qui de bébé devient petite fille, et de petite fille adolescente nubile, et déjà on fait venir les prétendants. On en verra quatre, plus caricaturaux les uns que les autres, les prétendants 96, 97, 98 et 99, qui s'essayent en vain à la séduction d'une Aurore empêtrée dans un voile nuptial dont elle n'a que faire et insensible à leurs démonstrations amoureuses qui confinent au ridicule. C'est le moment que choisit une Carabosse pétrie de haine et de vengeance pour empoisonner des roses noires qu'elle distribue à toute la cour qui s'endort prise d'un sommeil létal. Sans doute malgré elle, elle a aussi endormi sa propre fille sur les lèvres de laquelle le prétendant n°100, le Prince Désiré, arrivé en retard, dépose le baiser de l'amour.

Pendant la deuxième partie, on assiste au rêve de la Belle au bois dormant, un rêve peuplé de personnages de conte de fées, qui vont du Prince charmant muni d'une pantoufle de verre au Roi grenouille en passant par le petit chaperon rouge et son loup ou par le chat botté, tous ces personnages se croisent sans trouver leurs alter ego pour cependant finir par trouver...chaussures à leurs pieds. Vient ensuite Carabosse en Reine des ténèbres avec dans son prolongement sa cour de femmes enfilettées de noir et qui tient toujours à retenir sa fille et à l'entraîner dans son univers gothique. En vain, car la jeune femme résiste et finit par s'unir au Prince Désiré. Les époux monteront sur le trône, mais pas pour être heureux et avoir beaucoup d'enfants, puisqu'on assiste à une répétition de l'histoire: Aurore ne conçoit pas d'enfant, le berceau reste vide et Désiré s'énerve. Soudain en enfant apparaît emmailloté dans les bras d'Aurore, mais on ne sait d'où il vient...

Carabosse et ses créatures
Le spectacle est à la lisière du théâtre musical et de la chorégraphie. Un spectacle qui reste entièrement dans la narration d'une histoire par l'expression corporelle, le mime, la composition de tableaux et la danse, et dont on aurait aimé qu'il soit davantage dansé. La rupture est volontaire patente à plusieurs niveaux: celui du conte d'abord, on vient d'en évoquer la réécriture, celui de la danse ensuite avec le recours systématique à des mouvements mécaniques et hachés aux antipodes des fluidités aériennes auxquelles semble pourtant inviter la musique de Tchaikovsky. La féérie et l'harmonie sont éjectées au profit d'un humour inventif et un peu sarcastique: les personnages du  monde créé par Karl Heinz Schreiner n'ont rien d'idéal, les rois et les princes y sont impatients et violents, tant la Reine que Carabosse manquent de vertu et de morale, les personnages de la Cour et les prétendants sont autant de caricatures. Les rires fusent çà et là, mais la représentation dérange autant qu'elle amuse. Si la danse des prétendants et du bouffon royal, et celle des personnages de contes de fées peuplant le rêve de la belle au bois dormant sont assez réussies, la représentation des maléfices de Carabosse et de ses suivantes figurant son univers délétère est un peu longuette, et le propos, qu'on a vite compris, se traîne en longueur. Il en va de même des pas de deux d'Aurore et de Désiré qui n'en finissent pas d'apprendre les gestes de l'amour.

La rénovation du Théâtre de la Gärtnerplatz oblige à la délocalisation et la vaste halle de la Reithalle
convient peu à un spectacle musical. Pourtant, malgré les problèmes acoustiques patents, on sent que Mario Comin et l'orchestre du Gärtnerplatz placés derrière un voile en fond de scène donnent une interprétation des plus sensibles de la musique de Tchaikovsky. Les décors de Julia Müers sont à minima comme on pouvait s'y attendre dans ce type d'infrastructure dénuée des équipements d'un théâtre, deux portiques de piliers entourant des ouvertures figurent le palais et la cour et quelques haies qui semblent faite de tulle verte compressée font office de  jardin. Les costumes néo-baroques d' Alfred Mayerhofer, particulièrement réussis, débordent d'inventivité, avec notamment une très belle Reine à la mode élisabethaine avec sa perruque rousse à deux coques et des personnages de contes de fée des plus divertissants.

Prochaines représentations à la Reithalle: le 31 janvier et les 1, 2 et 3 février

Réservations: cliquer ici puis sur la date souhaitée, ensuite sur Tickets




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