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mardi 11 avril 2023

Une relique littéraire : la phalange du pouce droit de L' Arioste — Sa 'parva domus' à Ferrare

"Quel che l’uom vede, Amor gli fa invisibile,
e l’invisibil fa vedere Amore"
(Ce que l’homme voit, Amour le lui rend invisible,
et ce qui est invisible, Amour le lui fait voir.)
L’Orlando Furioso (1532)

La phalange du pouce droit de l'Arioste

Reliquaire contenant la phalange du pouce droit de l' Arioste, 
que le Dr Pietro Folchi, professeur d'anatomie, 
préleva en 1801 lors du transport des cendres du poète

Visiter la maison de Ludovico Ariosto à Ferrare ne présente pas grand intérêt car il n'y reste rien qui rappelât que le fameux poète y vécut, sauf bien sûr pour les admirateurs de l'écrivain et de son oeuvre pour qui c'est un lieu de pèlerinage.

Rien ? Vraiment ? Mais si, c'est un fait rare ! il y a là une précieuse relique, celle de la phalange du pouce droit de L'Arioste ! Ce pouce qui a composé une des œuvres majeures de la littérature italienne, l'Orlando furioso, le Roland furieux.

LA PARVA DOMUS DE LUDOVICO ARIOSTO


Via Ariosto, 67, à Ferrare

Un an après la publication de l'Orlando Furioso (1516), Ludovico Ariosto, invoquant sa mauvaise santé, refusa résolument la proposition du cardinal Ippolito d'Este de le suivre en Hongrie . Cependant, en 1522, malgré la notoriété acquise avec son Roland furieux, il ne put refuser le poste de gouverneur de la Garfagnana, que lui confia Alphonse d'Este pour réprimer les brigandages et les querelles des habitants de la vallée, poste qui l'éloigna de Ferrare pendant trois ans. À son retour de Castelnuovo, le poète, qui avait alors cinquante-deux ans, éprouva le besoin de se retirer dans un environnement domestique rassurant qui compenserait son éloignement forcé d'Alessandra Benucci. Il exprima ce besoin intime et privé dans les vers allusifs de la VIIe Satira, adressée à son ami Bonaventura Pistofilo : 

[...] Se perché amo sì il nido mi dimandi,
io non te lo dirò più volentieri
ch’io soglia al frate i falli miei nefandi; [...]

Déjà bénéficiaire d'une rente mensuelle de sept scudi (écus) qui lui avait été attribuée par le duc Alphonse en 1518, en plus d'une pension pour trois personnes et deux chevaux, il acheta à Ercole di Tommaso Camelli, par un acte daté du 30 juin 1526, la maison jouxtant la terre de Cassio da Narni dans la nouvelle Addizione, dans le quartier de San Guglielmo, au prix de deux cents lires de l'époque, dont cent étaient payées immédiatement et le reste à la Noël suivante. Au début du mois de janvier 1528, il acheta la cour adjacente à la propriété pour en faire un jardin. Le bâtiment, attribué à Girolamo da Carpi, subit les transformations nécessaires pour le pour en faire un lieu de retraite familiale, isolé et discret. Il se caractérise par un plan carré, respectant des proportions mathématiques précises entre les espaces intérieurs et extérieurs. Conçu comme une habitation civile, le bâtiment s'écarte néanmoins des paramètres traditionnels des maisons ferraraises de l'époque. La disposition des cheminées (à l'étage) sur le côté opposé à la façade de la rue est innovante, de même que l'espace réservé au grand hall, auquel on accède par un escalier de liaison qui relie les étages et les pièces d'habitation. On y accède par l'escalier de liaison qui relie les étages et les pièces d'habitation. Sur la façade, sculptée sur une longue bande de terre cuite qui orne le mur d'entrée, le poète maintient l'inscription préexistante, le couplet dicté par Dionigi dell'Aquila pour Bartolomeo Cavalieri : "Parva, sed apta mihi, sed nulli obnoxia, sed non sordida, parta meo, sed tamen aere domus" (La maison est petite mais elle me convient, elle est propre, elle ne croule pas sous les charges et elle n'a été achetée qu'avec mon argent). L'Arioste s'y installa avec son fils Virginio le jour de la Saint-Michel 1529.

Alessandra Benucci, veuve de Tito Vespasiano Strozzi, devint l'épouse du poète entre 1528 et 1530, mais resta vivre dans sa maison de la Contrada de Santa Maria in Vado, où son mari la rejoignait fréquemment. Désormais libéré des tâches fastidieuses, l'Arioste put se consacrer à la troisième édition du Roland furieux, à laquelle il ajouta six chants et qu'il fit publier en 1532 par l'imprimerie de Francesco Rosso da Valenza. Assisté de Virginio et de sa femme, il mourut ici le 6 juillet 1533, à l'âge de 58 ans.





Photos © Luc-Henri Roger

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