Rechercher dans ce blog

samedi 4 juillet 2026

La Walkyrie de Tobias Kratzer à l’Opéra d’État de Bavière ou la Chute de la Maison Wotan

© Monika Rittershaus

Richard Wagner a composé La Walkyrie comme deuxième volet des quatre parties de l’épopée musicale monumentale L’Anneau du Nibelung, inspirée du Niebelungenlied (Chant des Nibelung) et de la mythologie nordique.

Wotan, le dieu suprême a eu, avec une mortelle des jumeaux, Siegmund et Sieglinde. De leur union naît un enfant, ce qui, aux yeux de Wotan, renforce son pouvoir. Son épouse, Fricka, s’oppose à ses projets et, en défenseure du mariage traditionnel, exige la mort de Siegmund. Wotan s’exécute à contrecœur, même si cela provoque une rupture avec sa fille préférée, Brünnhilde.

Après des débuts très acclamés au Théâtre National de Munich avec La Passagère de Mieczysław Weinberg, Tobias Kratzer a mis en scène L’Or du Rhin à l’automne 2024. Lauréat du prix « Der Faust » et plusieurs fois élu Metteur en scène de l’année ( Die deutsche Bühne et Opernwelt), Tobias Kratzer s’est fait remarquer comme spécialiste de Wagner, notamment grâce à sa production de Tannhäuser au Festival de Bayreuth. Il prendra la direction artistique de l’Opéra d’État de Hambourg lors de la saison 2025/26. Ces dernières années, ses nouvelles productions ont été réalisées avec une équipe soudée : Rainer Sellmaier, scénographe et costumier, et Manuel Braun, réalisateur. Pour le Ring, il s’est également assuré la collaboration de Jonas Dahl et Janic Bebi. Le directeur musical général de l’Opéra d’État de Bavière, Vladimir Jurowski, dirige ce nouveau cycle de l’Anneau .

Après la première de L’Or du Rhin, où il montrait comment les dieux recouvraient leur pouvoir originel, Tobias Kratzer et son équipe s’intéressent désormais au concept de déracinement, à la fois au sens propre (Siegmund, errant sans foyer ni patrie, Sieglinde, sans abri, plongée dans la précarité alors qu’elle est enceinte, Brünnhilde, exclue du Walhalla) et au sens figuré (Wotan, de plus en plus seul et perdu dans l’immensité de l’infini et l’angoisse cosmique).

La première journée de l’Anneau revisité par Tobias Kratzer pose la question suivante : « L’amour pourrait-il être la solution à ce dilemme ?» Et la question de savoir si « le déracinement peut être guéri, ou du moins temporairement oublié, par l’amour », ou s’il s’agit peut-être de la plus grande des illusions.

Avec cette nouvelle Walkyrie présentée à la Bayerische Staatsoper, Tobias Kratzer et Vladimir Jurowski livrent le deuxième volet d’un Ring dont l’ambition apparaît désormais avec une remarquable clarté. Après un Rheingold qui posait les fondements dramaturgiques de leur univers, cette Walkyrie approfondit les relations entre les personnages et affirme une vision où le mythe wagnérien est avant tout une tragédie humaine. La réussite de la soirée repose autant sur la cohérence de la mise en scène que sur la puissance de la direction musicale de Vladimir Jurowski et sur une distribution vocale de très haut niveau.

Le projet dramaturgique de Tobias Kratzer cherche à raconter l’histoire du Ring en lui donnant une remarquable lisibilité. Les dieux ne sont plus des figures mythologiques lointaines : ils vivent parmi les hommes, prisonniers de leurs contradictions, de leurs désirs et des conséquences de leurs propres décisions. La dimension psychologique domine constamment. Wotan apparaît moins comme le souverain omnipotent que comme un dirigeant acculé par les lois qu’il a lui-même instaurées. Alors que dans l’Or du Rhin le dieu cherchait à assurer sa domination sur le monde avec une volonté de puissance qui ne s’embarrassait d’aucun scrupule, le moteur dramatique de la Walkyrie montre son incapacité à infléchir le destin. Les rapports familiaux occupent ainsi le centre de la narration : l’amour incestueux de Siegmund et Sieglinde, le conflit entre Wotan et Fricka, puis la relation bouleversante entre Wotan et Brünnhilde sont rendus avec une intensité cinématographique.

La direction d’acteurs constitue l’une des plus grandes réussites de Kratzer. Chaque personnage possède une vérité psychologique immédiatement perceptible, sans gestes superflus ni effets démonstratifs. Même les scènes les plus célèbres — la confrontation de Fricka et Wotan ou les adieux finaux — évitent tout pathos convenu au profit d’une émotion profondément humaine.

Image extraite d'une projection vidéo

La scénographie de Rainer Sellmaier privilégie les espaces réalistes tout en les inscrivant dans une continuité symbolique avec L’Or du Rhin. La maison de Hunding, chalet forestier d’apparence traditionnelle, révèle un intérieur contemporain dont la banalité renforce la violence des rapports humains. Le chalet est sans décoration aucune, et cette absence d’objets familiers accentue une atmosphère plombée d’angoisse et de tristesse. Hunding apparaît comme un dévot de Fricka, dont le portrait est abrité dans la niche d’un petit oratoire érigé devant l’habitation. Il arrive en SUV et extrait du coffre un bélier sacrificiel qu’il dépose en offrande au pied de la niche qui contient le portrait. Le bélier nous rappelle que dans la mythologie nordique, deux béliers magiques sont attelés au char de la déesse protectrice du mariage. À l’intérieur du chalet, un second oratoire reproduit en miniature le grand retable gothique figurant le Walhalla que Tobias Kratzer et Rainer Sellmaier avaient conçu pour la scène finale de l’Or du Rhin. Plus avant, Siegmund et Sieglinde prendront la fuite en empruntant le SUV de Hunding encore endormi.

Les projections vidéo de Manuel Braun, Jonas Dahl et Janic Bebi prolongent intelligemment cette approche. Un écran descend à mi-hauteur des cintres. Les premières vidéos sont en noir et blanc, un signe qu’elles évoquent le passé. Les souvenirs de l’enfance de Siegmund et Sieglinde apparaissent sous forme de flashbacks, on voit papa Wotan et sa compagne, un couple adultérin heureux qui joue avec les enfants et savoure le bonheur familial. Pour le début du troisième acte qui commence avec la célèbre Chevauchée des Walkyries, un écran descend pour couvrir toute l’avant-scène. En couleurs cette fois, la séquence filmée correspond au temps de l’action. Tobias Kratzer transforme la chevauchée en poursuite urbaine à travers Munich, montée comme un film d’action : plans rapides, circulation nerveuse, sensation de vitesse et de danger.

Image extraite d'une projection vidéo

Les Walkyries pénètrent dans Munich par la Siegestor (un arc de triomphe situé sur la Ludwigstrasse), traversent au galop le Hofgarten (le jardin de la cour qui jouxte la Résidence), parcourent lance au bras le Jardin anglais. Le cheval volant d’une des Walkyries devient un hélicoptère. Les cinéphiles se régaleront de cette scène qui convoque un imaginaire très reconnaissable, des cavalcades motorisées de Mad Max aux poursuites de The Dark Knight, en passant par l’énergie de la saga Mission: Impossible. Elle fait aussi inévitablement écho à Apocalypse Now, le film de Francis Ford Coppola dans lequel la musique de Wagner est devenue l’emblème d’une violence spectaculaire et hypnotique. Loin d’un simple effet technologique, ces vidéos participent pleinement à la dramaturgie en reliant le monde des dieux à celui des hommes contemporains. En fin de séquence, les Walkyries pénètrent dans la Résidence munichoise (Münchner Residenz), le Walhalla munichois.

  © Geoffroy Schied

L’action du troisième acte est ainsi transposée dans un univers où le Nationaltheater lui-même devient le Walhalla. Cette mise en abyme souligne que le pouvoir des dieux est désormais assiégé et condamné à disparaître. Le temple de l’art lyrique se transforme en palais des dieux, comme si la scène munichoise absorbait en elle toute la mythologie du Ring. Le décor reproduit notamment la Salle Royale du théâtre, une salle ivoire et or, avec ses pilastres aux chapiteaux dorés, et ses stucs représentant les corbeaux Hugin et Munin et les loups Geri et Freki, les animaux tutélaires de Wotan, dans les lunettes surplombant les portes. Le décor joue ici sur une monumentalité à la fois réelle, illusoire et périssable, ce que nous a déjà rappelé à notre arrivée au théâtre la transformation des colonnes du péristyle : elles sont recouvertes d’une décoration qui simule leur état après les bombardements alliés de 1943. (Plus d’un spectateur aura été étonné par ce sinistre rappel, et cela au moment du Festival, un temps de fête qui appelle plutôt à la réjouissance ! Ce n’est qu’après avoir vu la Walkyrie de Tobias Kratzer que la lumière se fait sur l’énigme de la transformation des colonnes). Les lignes architecturales du théâtre, les perspectives profondes, les ouvertures sur les coulisses et les zones de pénombre donnent l’impression d’un édifice à la fois majestueux et vulnérable, déjà menacé de désagrégation.

© Geoffroy Schied

Cette transformation du théâtre en espace mythique donne un aspect crépusculaire au troisième acte. Le Walhalla n’apparaît plus comme la forteresse triomphante de la fin de l’Or du Rhin, mais comme une construction épuisée, presque vidée de sa substance, dont les ors et les volumes semblent conserver la mémoire d’une grandeur révolue. C’est là que les Walkyries transforment les héros tombés au combat en guerriers-zombies de Wotan. La scénographie suggère ainsi un monde au bord de l’effondrement : les dieux ne règnent plus, ils occupent encore les lieux de leur pouvoir, mais comme des survivants. Wotan, surtout, apparaît dépassé par les événements pendant toute la Walkyrie : sermonné par Fricka, il accepte de sacrifier son propre fils, abandonne Sieglinde, et sacrifiera ensuite sa fille préférée qu’il aurait laissée en pâture au viol du premier venu, si elle ne l’avait supplié de protéger son corps. Cette impression est renforcée par l’utilisation de la lumière, qui isole les personnages dans de vastes espaces où l’architecture paraît parfois plus présente qu’eux-mêmes. Le décor du troisième acte devient alors le véritable miroir de la situation dramatique : un lieu de pouvoir transformé en ruine intérieure, un sanctuaire devenu théâtre de la fin.

À la tête de L’Orchestre d’État de Bavière, Vladimir Jurowski confirme son affinité profonde avec la musique de Wagner. Sa lecture privilégie la transparence orchestrale et la construction des grandes arches dramatiques qui maintiennent la tension plutôt que l’emphase sonore et la recherche d’effets monumentaux. Pour le chef, contrairement à L’Or du Rhin, qui est selon lui une œuvre épique et fondatrice, La Walkyrie est un psychodrame, un « théâtre de l’âme, du cœur, des êtres humains ».

Dès le prélude du premier acte, la tempête est animée d’une énergie presque fébrile. Les pupitres de bois se distinguent par leur finesse de couleur tandis que les cuivres, impressionnants dans la Chevauchée des Walkyries, ne sombrent jamais dans la brutalité. Vladimir Jurowski soigne particulièrement les transitions harmoniques et les innombrables détails de l’orchestration, faisant ressortir les réseaux de leitmotive avec une grande lisibilité. Cette lisibilité est très utile à l’audition, notamment dans le soutien aux longs dialogues du deuxième acte qu’elle rend plus accessibles. L’Annonce de la mort que fait Brünnhilde à Siegmund (Todsverkündigung) et celle des Adieux de Wotan illustrant la douleur du dieu face à sa fille endormie sont rendues avec une émotion d’une rare noblesse. Vladimir Jurowski traite la Walkyrie comme une tragédie profondément humaine où la musique exprime les conflits intérieurs des personnages.

© Monika Rittershaus

La distribution réunie par la Bayerische Staatsoper confirme l’ambition de constituer une nouvelle génération de grands interprètes wagnériens. Sans aucune exception, tous les interprètes chantent leurs rôles avec une diction et une projection parfaites, ils donnent une telle vie au poème et le restituent de manière telle que le public germanophone peut le recevoir sans recours à la lecture des surtitres.

En Wotan, le baryton-basse américain Nicholas Brownlee impressionne par l’autorité de son incarnation. Il avait fait ses débuts dans le rôle de Wotan dans l’Or du Rhin munichois de 2024. Il fait cette année ses débuts dans le Wotan de la Walkyrie. Il livre un portrait d’une grande complexité psychologique de ce dieu incohérent qui se révèle n’être qu’un colosse aux pieds d’argile. La puissance de son émission s’allie à une diction exemplaire. Wotan est à ses yeux le rôle le plus difficile qu’il ait jamais chanté, tant sur le plan vocal que sur le plan émotionnel. Il voit le Wotan de la Walkyrie davantage comme un père que comme un dieu, un père qui perd son fils après l’avoir lui-même condamné, qui délaisse ses deux filles, la mère de son petit-fils en gestation et renie Brünnhilde, sa fille préférée. Ses adieux à Brünnhilde atteignent une intensité bouleversante. Dans la Walkyrie, le Wotan de Nicholas Brownlee est un homme brisé. Dans la construction de son personnage, Brownlee raconte que Kratzer accorde beaucoup d’importance aux détails, par exemple à la façon dont Wotan tient sa lance, qu’il compare à un « baromètre de son humeur ».

© Monika Rittershaus
 
La soprano finlandaise Miina-Liisa Värelä a chanté pour la première fois le rôle de Brünnhilde dans La Walkyrie en octobre 2025, lors d’une version de concert à l’Académie nationale Sainte-Cécile de Rome. Dans la version scénique de Munich, elle compose une Brünnhilde d’une remarquable évolution dramatique. L’héroïsme des premiers actes laisse progressivement place à une vulnérabilité profondément émouvante. Son endurance vocale, la sûreté de ses aigus (avec le défi heureusement relevé du « Hojotojo! » d’entrée de scène, si difficile en raison de la puissance d’émission qu’il exige, sans que la voix n’ait pu s’échauffer) et son engagement théâtral en font l’un des piliers de la soirée.

Miina-Liisa Värelä dispose d’une tessiture suffisamment étendue pour passer d’un registre très aigu à des notes graves profondes. Sa Brünnhilde couronne sa carrière de grande interprète wagnérienne, jalonnée depuis 2012 de succès en Elsa, Sieglinde, Senta, Isolde et Ortrud. Cet été elle fera sa prise de rôle en Kundry à Bayreuth.

© Monika Rittershaus

Face à eux, la mezzo-soprano américaine Irene Roberts campe une Sieglinde intensément humaine, alliant un medium très expressif, une diction impeccable et un puissant investissement dramatique. Wagnérienne elle aussi, Kundry emblématique, Brangäne et Vénus célèbres, elle avait déjà chanté Sieglinde en version concertante sous la direction de Vladimir Jurowski. Le timbre aux richesses mordorées a la chaleur ambrée d’un mezzo dramatique, la voix est dotée d’un registre grave solide et bien projeté. Sa présence scénique est intense, elle rend admirablement la complexité psychologique tragique de Sieglinde étouffée par le machisme de son brutal époux, trop brièvement libérée par ses retrouvailles avec son frère et son amour soudain avant de devenir à son tour veuve et sans abri.

Le ténor lyrique suédois Joachim Bäckström a fait ses débuts en Siegmund à Stockholm en 2019/2020, un rôle qui servit de tremplin à sa carrière internationale. Il séduit par un phrasé d’une beauté et par la puissance de son chant qui passe l’orchestre sans problème même dans ses moments les plus déchaînés. Il dresse le portrait psychologique d’un homme épuisé, extrêmement vulnérable, détaillant avec maestria le maelstrom émotionnel dans lequel est plongé son personnage. Son Siegmund est l’une des plus belles découvertes de cette soirée qui n’en a pas manqué.

© Monika Rittershaus

Ekaterina Gubanova, qui chante Fricka depuis sa prise de rôle à la Scala en 2010, donne une autorité implacable à l’épouse de Wotan, évitant toute caricature pour faire de la déesse une figure profondément cohérente dans sa défense de l’ordre établi. Dans la controverse qui l’oppose à Wotan, elle prend rapidement l’avantage pour imposer avec dignité ses vues sur le caractère sacro-saint de l’institution du mariage. Elle joue une Fricka intense, fière, avec un port empli d’assurance et de noblesse, avec un chant plein de classe et une grande force d’expression.

Quant à Ain Anger, il revient en Hunding, son rôle fétiche, dont on connaît la noirceur impressionnante. Doté d’une présence scénique imposante et d’une forte autorité vocale, avec une basse sombre et puissante, il compose le personnage particulièrement terrifiant d’un mari ténébreux, froid et menaçant. Enfin les huit Walkyries forment enfin un ensemble remarquablement homogène, tant vocalement que scéniquement.

La conclusion revient au metteur en scène. Dans une conversation avec la dramaturge Bettina Bartz reprise dans le programme, Tobias Kratzer fournit une importante clé de lecture de son interprétation de la Walkyrie, qu’il exprime en projetant à diverses reprises des citations du poème Mnémosyne de Hölderlin. Voici la traduction de son commentaire :

Notre version de La Walkyrie commence et se termine par une citation de Hölderlin, ce qui me semblait essentiel pour au moins suggérer les origines romantiques de Wagner, tant sur le plan linguistique que philosophique. Elle aborde les questions d’individualité et de cosmos, ainsi que la fusion de l’humanité avec l’infini, et elle établit également un niveau de langage que Wagner n’atteint peut-être pas toujours lorsqu’on le considère dans le contexte de cette poésie ou d’autres textes hautement littéraires, mais elle définit néanmoins la sphère dans laquelle Wagner évoluait — peut-être parfois un peu maladroitement dans le texte, mais musicalement, bien sûr, parfaitement juste.

Ce faisant, Tobias Kratzer replace Wagner dans la tradition du romantisme allemand. Hölderlin et Wagner partageaient une fascination pour la Grèce antique, le mythe, la disparition des dieux et la possibilité d’un renouveau spirituel. Les textes projetés créent ainsi un dialogue entre la poésie et l’opéra. Mnémosyne est un poème sur la mémoire, l’histoire et la transmission. Son titre renvoie à la déesse grecque de la mémoire qui est aussi la mère des Muses. Chez Friedrich Hölderlin, la mémoire permet à une civilisation de ne pas perdre son identité, même lorsque les dieux semblent avoir disparu. C’est précisément l’un des grands thèmes de L’Anneau du Nibelung. Les personnages vivent dans un monde où les anciennes lois sont en train de s’effondrer. Wotan est prisonnier de ses propres serments, tandis que Brünnhilde devra préserver ce qui mérite de survivre lorsque l’ordre ancien disparaîtra. Les fragments de Hölderlin invitent donc le spectateur à lire l’opéra comme une méditation sur la fin d’un monde et la nécessité de conserver une mémoire. Ensuite, un autre passage célèbre de Mnémosyne avance qu’ « Il y a toujours un désir qui va vers l’illimité. » Cette aspiration à dépasser toute limite correspond bien aux personnages de Wagner : Wotan veut tout maîtriser, Siegmund poursuit un amour interdit, les dieux refusent d’accepter leur propre fin. Chez Hölderlin comme chez Wagner, c’est précisément cette volonté d’aller « au-delà de toute mesure » qui conduit à la catastrophe.

Cette Walkyrie constitue une étape décisive dans l’édification du Ring de Munich. Tobias Kratzer confirme qu’il possède une vision d’ensemble ambitieuse, servie par une mise en scène d’une grande intelligence dramaturgique. Vladimir Jurowski dirige Wagner avec une maîtrise exceptionnelle des équilibres orchestraux et de la narration musicale, tandis que la distribution vocale atteint un niveau rarement réuni aujourd’hui.

Plus qu’une simple réussite isolée, cette production donne le sentiment d’assister à la construction d’un Ring appelé à compter parmi les grandes références contemporaines. La suite est très attendue. Siegfried connaîtra sa première à l’automne 2026 et Le Crépuscule des Dieux ouvrira le Festival d’Opéra de Munich 2027 à l’été prochain.

Luc-Henri Roger
1er juillet 2026

Production 

Direction musicale Vladimir Jurowski
Mise en scène Tobias Kratzer
Collaboration à la mise en scène Matthias Piro
Scénographie et costumes Rainer Sellmaier
Lumières Michel Bauer
Vidéo Manuel Braun, Jonas Dahl, Janic Bebi
Dramaturgie Bettina Bartz, Olaf Roth

Distribution 

Hunding Aïn Anger
Wotan Nicolas Brownlee
Sieglinde Irène Roberts
Siegmund Joachim Backström
Brunnhilde Miina-Liisa Värelä
Frika Ekaterina Goubanova
Helmwige Dorothée Herbert
Gerhilde Julie Adams
Ortlinde Elene Gvritishvili
Waltraute Claudia Mahnke
Siegrune Niina Keitel
Rossweiße Christine Bock
Grimgerde Nathalie Lewis
Schwertleite Noa Béinart

Orchestre d’État de Bavière

Crédit photographique © Monika Rittershaus / Geoffroy Schied

jeudi 2 juillet 2026

Ce samedi 4 juillet, la nouvelle Walkyrie de l'Opéra de Bavière à ciel ouvert ou sur internet


Ce samedi 4 juillet à 17 heures, l'Opéra de Bavière organise la retransmission de nouvelle production de la Walkyrie de Richard Wagner sur écran géant LED en 'Open Air' sur la place Max-Joseph à Munich et, parallèlement, diffusera le spectacle via internet. L'occasion de découvrir gratuitement la mise en scène spectaculaire de Tobias Kratzer sous la direction experte de Vladimir Jurowski et avec une distribution étoilée. Avec entre autres Irene Roberts, Miina-Liisa Värelä, Ekaterina Gubanova, Joachim Bäckström, Nicholas Brownlee, Ain Anger.

Open Air

Grâce à un immense écran LED, le centre-ville de Munich se transforme, le temps d'une soirée, en la plus grande scène d'opéra en plein air de Bavière.

L'intrigue : La Walkyrie (Die Walküre) fait partie du cycle épique de L'Anneau du Nibelung. L'œuvre met en scène le dieu Wotan, sa fille préférée et rebelle Brünnhilde, ainsi que l'histoire d'amour tragique des jumeaux Siegmund et Sieglinde. 

L'événement dure environ 5 heures au total, incluant deux longs entractes. L'Opéra d'État de Bavière recommande d'arriver tôt pour trouver une bonne place sur la place. Vous trouverez les dernières informations sur le programme directement sur le site officiel de l'Opéra d'État de Bavière.

Vous n’avez pas besoin de billets, mais il est conseillé d'arriver tôt. Pour des raisons de sécurité, la police peut fermer l'accès à la place en cas de très grande affluence.  Le visionnement public fonctionne comme un événement pique-nique : on peut apporter une couverture, des boissons (pas de bouteilles en verre ni de canettes, bouteilles PET de 0,5 L max.) et une collation, les sièges pliants et tabourets ne sont pas autorisés, des coussins de max. 8 cm d'épaisseur sont acceptés.

Staatsoper TV

Le site internet de la Staatsoper TV est accessible à partir de 16H30. Le streaming n'est disponible qu'en vision unique ce samedi. 

mardi 30 juin 2026

Le Comte de Luxembourg de Franz Lehár revisité par Peter Lund au Théâtre de la Gärtnerplatz

Daniel Prohaska  (René Comte de Luxembourg),  Andreja Zidaric  (Angèle Didier)

Le Théâtre de la Gärtnerplatz a présenté une nouvelle production du Graf von Luxemburg de  Franz Lehár dans une mise en scène de Peter Lund, qui a soigneusement adapté l’œuvre à partir du livret d'Alfred Maria Willner et Robert Bodanzky pour en créer une version vivante et captivante. Une excellente nouvelle pour les amateurs d'opérette qui ont à nouveau  l'occasion de se délecter de cette oeuvre dont la dernière apparition au répertoire du théâtre remonte à plus de 70 ans. L'arrangement musical est signé Kai Tietje. Michael Brandstätter, premier chef d’orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz, dirige l’ensemble.

Figure influente du théâtre musical germanophone Peter Lund est un auteur, dramaturge et metteur en scène allemand reconnu pour son travail dans le théâtre musical contemporain. Son écriture, ou comme ici sa réécriture, mêle l'humour, l'émotion et pose un regard critique sur la société. Peter Lund a l'art de créer des  personnages attachants, des dialogues vivants caractérisés par une grande force narrative. Ses mises en scène privilégient une approche dynamique et accessible, plaçant le jeu des interprètes et la clarté du récit au cœur de ses créations.

Dans sa nouvelle version de Der Graf von Luxemburg au Staatstheater am Gärtnerplatz, Peter Lund conserve la musique de Franz Lehár et le cadre du Paris de la Belle Époque, mais modifie sensiblement le livret pour le rendre plus crédible et plus actuel.

Dans un train pour Paris, deux charmants escrocs se rencontrent : Angèle Didier, une femme de chambre dont le véritable nom est Ernestine Croque, rêve de devenir une vedette de cabaret sur les Champs-Élysées. René, valet de la comtesse de Luxembourg, se fait passer impulsivement pour un comte afin de gagner rapidement de l'argent. Le peintre Armand et sa bien-aimée Juliette décident de vivre pauvres mais heureux. René, quant à lui, est persuadé par le « protecteur » d'Angèle, Basile, un prince véritable et richissime, de contracter  un mariage de convenance avec elle, espérant ainsi l'élever socialement par un titre de noblesse. 

Dagmar Hellberg  (Comtesse Mathilde de Luxembourg), ensemble de danse

" Bist du's, lachendes Glück " (littéralement " Est-ce toi, bonheur rieur ? ", " Bonheur, n'est-ce pas toi ?"), telle est la question que Franz Lehár et ses librettistes posèrent en 1909 à un public conquis, ajoutant une mise en garde : « Cher ami, on ne vise pas les étoiles… » Ce grand duo d'amour lyrique et romantique marque le moment où le faux comte René et Angèle se retrouvent et réalisent qu'ils sont tombés amoureux l'un de l'autre.  Le compositeur austro-hongrois, étoile montante de l’opérette depuis le succès mondial de La Veuve joyeuse quelques années auparavant, créa avec son Comte de Luxembourg  un chef-d’œuvre tout aussi mélodieux et captivant, que charpentent  des duos somptueux, des disputes enflammées et un dénouement magique.  

Peter Lund ne change pas l'esprit de l'œuvre, mais il remplace une intrigue fondée sur la vente d'un titre aristocratique, aujourd'hui peu convaincante, par une histoire d'imposture sociale, —plus dynamique et plus facile à accepter pour un public contemporain, — tout en conservant la musique et l'atmosphère parisienne de l'original. En ouverture, alors que Paris est pris par une fièvre carnavalesque,  Lund fait brièvement se rencontrer René et Angèle dans un compartiment de première classe d'un train en route pour la capitale française. Les deux jeunes gens sont l'un et l'autre des imposteurs. Ernestine Croque est une femme de chambre qui souhaite faire carrière dans la capitale sous le nom d’Angèle Didier. Elle s’est introduite clandestinement en première classe, alors qu'elle n'est munie que d'un billet de troisième classe. René, qui se fait passer pour un aristocrate, n’est en réalité que le valet de la comtesse de Luxembourg, elle-même à la recherche de son neveu, devenu terroriste après avoir été contaminé par les bolcheviks. La comtesse a un âge certain, ce qui ne l'empêche nullement de coucher avec son valet, plutôt joli garçon.  La suite de l'histoire est conforme au scénario d'origine. René retrouve son ami Brissard, un rapin talentueux mais pas encore connu, et sa petite amie Juliette. qui connaît par ailleurs Ernestine. Juliette conseille à Ernestine-Angèle de se trouver un riche protecteur. Le Prince Basile, frappé par la beauté d'Angèle, veut à tout prix l'épouser, mais comme elle est roturière, le mariage ne peut avoir lieu. Un mariage blanc est organisé : René, prétendu comte de Luxembourg, épousera Angèle, et recevra 500000  francs pour sa participation à cette supercherie. Le mariage se fera sans que les époux ne se voient : un mois après le mariage, le divorce  sera prononcé. Angèle, comtesse de Luxembourg par alliance est ainsi anoblie de facto et n'étant plus roturière pourra épouser le prince Basile. La  signature du contrat se fait dans l'atelier de Brissard. Angèle et René sont séparés par une grande toile cubiste réalisée par Brissard, qui fait office de paravent. Au troisième acte, Peter Lund change la scène finale. La vieille comtesse de Luxembourg revient sans avoir trouvé son neveu, explosé dans un attentat terroriste qu'il a lui-même organisé. René et Angèle sont tombés amoureux l'un de l'autre. Le prince Basile reconnaît en la comtesse de Luxembourg un grand amour de jeunesse et ne veut plus épouser Angèle. Le peintre Brissard, devenu célèbre, consent enfin à épouser Juliette. Happy end pour  les six protagonistes qui ont trouvé chaussure à leur pied. Et pari superbement réussi pour Peter Lund qui a réalisé une réécriture et une mise en scène épatantes.

Ainsi Peter Lund a-t-il habilement recadré l'action en en modernisant le rythme. Il raconte l'histoire avec une dramaturgie qui s'inspire de la comédie musicale, avec des transitions plus fluides, un humour renforcé et une intrigue plus resserrée. Dans sa mise en scène, les personnages féminins gagnent en importance. Lund invente le personnage de la Comtesse de Luxembourg, une femme de poigne. Lund redessine le personnage d'Angèle, qui n'est plus seulement l'objet d'une transaction matrimoniale, mais est avant tout une jeune artiste ambitieuse qui veut réussir à Paris. À remarquer que les six rôles protagonistes sont sonorisés, à l'instar des comédies musicales.

Andreja Zidaric  (Angèle Didier), ensemble de danse

La scénographie de Jürgen Franz Kirner nous promène (d'abord en chemin de fer) dans  le Paris  de la Belle Époque, qui est aussi le temps de la création viennoise de l'opérette (1909). On est en période carnavalesque. L'action se déroule ensuite dans l'atelier d'Armand Brissard, peintre cubiste, où l'on voit aussi des sculptures de Juliette, qui ambitionne de rencontrer le succès de Camille Claudel. Brissard et Juliette mènent la vie de Bohème, l'atelier en mansarde est éclairé par une grande verrière oblique. On se retrouve ensuite à la réception d'un grand hôtel parisien, où grouille une multitude de grooms interprétés par de talentueux danseurs et danseuses. Dans une chambre, la comtesse de Luxembourg abuse une dernière fois des charmes de René avant de partir à la recherche de son neveu. On se retrouve ensuite au Cabaret du Chat Noir. Angèle y passe une audition au cours de laquelle elle rencontre le Prince Basile. Les décors utilisent des motifs de l'Art Nouveau alors en vogue, et spécialement la ligne en coup de fouet, le whipash style, qui en est l'emblème absolu. Pour le hall de réception et la luxueuse chambre de l'hôtel,  la façade du cabaret et sa grande salle avec son grand escalier, le scénographe a utilisé ces  courbes asymétriques en forme de « S » ou de volutes qui,  s'inspirant directement des tiges florales, des vrilles végétales et des ondulations de la nature, évoquent l'énergie organique en mouvement. La costumière Daria Kornysheva a créé un vestiaire Belle Époque des plus réussis, les somptueux costumes de scène d'Angèle Didier, très glamour, pourraient porter la signature des plus grands couturiers.

Erwin Windegger  (Prince Basil Basilowitsch), 
 
Daniel Prohaska  (René Comte de Luxembourg),  Andreja Zidaric  (Angèle Didier)

Michael Brandstätter et l'orchestre ont fait honneur à la partition de Franz Lehár, dans laquelle le compositeur a déployé ses talents avec une générosité sans bornes, offrant des morceaux absolument délicieux : des valses langoureuses, des marches entraînantes, des airs tendres, des chansons pétillantes, des duos et trios savamment composés ainsi que des chœurs retentissants. Le chef et l'orchestre ont rendu avec brio les beautés mélodiques et la richesse de couleurs sonores exceptionnelle. La valse principale, « Bist du's, lachendes Glück... » est une pièce des plus enchanteresses, innervée d'un délicieux érotisme qui éveille et euphorise les sens mélodiques du public entraîné par le retour du rythme caractéristique à trois temps, qui revient décliné en thèmes toujours charmants. La partition est parsemée de morceaux  mémorables, comme la chanson  « Denn doppelt schmeckt's den Bübchen », la valse-chanson pétillante « Brüderlein » ou le  duo original de style bohémien. Elle a la légèreté et le piquant du champagne. L’orchestre du théâtre a restitué avec finesse les couleurs caractéristiques de Lehár, l'élégance des valses, les  rythmes de danse entraînants et les passages lyriques d’une grande tendresse. 

Daniel Prohaska  (Comte de Luxembourg),  Andreja Zidaric  (Angèle Didier),  
Sophia Keiler  (Juliette Vermont),  Peter Neustifter  (Armand Brissard),  
Erwin Windegger  (Prince Basil Basilowitsch)

Les interprètes trouvent un équilibre convaincant entre virtuosité vocale et jeu théâtral, condition essentielle à la réussite du genre. Le succès de cette production repose en grande partie sur une distribution remarquablement équilibrée et sur des choeurs en forme olympique. Dans le rôle de René, faux comte de Luxembourg et imposteur irrésistible, Daniel Prohaska, qui a gardé un physique de jeune premier,  charme  par une élégance scénique éblouissante et les clartés sonores et les séductions de son beau ténor. Face à lui Andreja Zidaric brûle les planches avec une présence scénique incandescente, à l'aune des ambitions de la demoiselle. Lors de sa première audition au Cabaret du Chat Noir, son Angèle chante d'abord faux avant de donner un deuxième air enchanteur de sa voix lumineuse, dès qu'elle se sent observée par le Prince Basile dont la protection et la richesse ont un effet de  baguette magique. Le couple conflictuel d'artistes bohèmes formé par Sophia Keiler et Peter Neustifter apporte fraîcheur et humour à l'intrigue.  La Juliette de Sophia Keiler impressionne par sa force de caractère, bien dans la ligne des positions féministes de la mise en scène. Le troisième couple, celui des vétérans de l'action, est admirablement campé  par Dagmar Hellberg et Erwin Windegger. Ce couple de personnages dans la maturité n'est pas traité de manière burlesque mais  davantage avec une tendresse mâtinée d'un humour raffiné. Les deux acteurs, très applaudis, ont dressé un portrait très humain et réaliste d'une relation amoureuse qui dysfonctionne en raison de l'opposition du rapin bohème à un mariage bourgeois. La comtesse Mathilde est une maîtresse femme qui dans la version de Peter Lund finit par adopter René qui, de valet gigolo et faux noble, devient de facto véritable de Luxembourg et se précipite dans les bras maternels de son ancienne maîtresse. Erwin Windegger ne joue pas le rôle princier de Basile de manière caricaturale (le topos du vieux barbon), mais dresse le portrait attachant d'un homme mûr  qui renonce aux grâces d'une belle jeunette pour  renouer avec son amour de jeunesse, qui se trouve appartenir à son milieu mondain.

Ce spectacle hautement réjouissant, au dynamise entraînant et inventif, cette troupe de chanteurs et de danseurs magnifiques, ce merveilleux orchestre forment un ensemble qui embrasse le public d'une heureuse étreinte et génère un goût prononcé de revenez-y. Tous ces acteurs ont été salués d'une longue et intense ovation.

Distribution du  28 juin 2026

Direction musicale Michael Brandstätter
Mise en scène Peter Lund
Chorégraphie Alex Frei
Scène Jürgen Franz Kirner
Costumes Daria Kornysheva
Lumières Michael Heidinger 
Dramaturgie de Christoph Wagner-Trenkwitz

René Comte de Luxembourg Daniel Prohaska
Angèle Didier Andreja Zidaric
Armand Brissard Peter Neustifter
Juliette Vermont Sophia Keiler
Prince Basile Basilovitch Erwin Windegger
Comtesse Mathilde de Luxembourg Dagmar Hellberg
Sergej Mentschikoff / Portier au Grand Hôtel Jeremy Boulton
Pawel von Pawlowitsch / Portier de l'Hôtel Pain / Assistant réalisateur Gregor Reinhold
Pélégrin / Contrôleur du train / Metteur en scène Alexander Franzen

Ensemble de danse,
Choeur du Staatstheater am Gärtnerplatz,
Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz

Crédit photographique @ Anna Schnauss

samedi 27 juin 2026

Création mondiale de Rienzi à Dresde en 1842 - Deux articles de la Revue et Gazette musicale de Paris

Acte IV, scène finale


Dresde, 21 octobre .— La première représentation de Rienzi, grand  opéra en cinq actes, paroles et musique de M. Richard Wagner, a eu lieu hier au Théâtre de la cour, et a obtenu un succès d’éclat qui marquera dans les fastes de notre scène lyrique. Jamais l’enthousiasme de notre public, ordinairement si calme, ne s’est manifesté par des applaudissements plus bruyants. Trois fois demandé dans le cours de la représentation, l’auteur a été rappelé une quatrième fois à la chute du rideau, et salué par les acclamations frénétiques de toute la salle. Ajoutons que l’exécution a été parfaite. L’administration avait déployé un luxe extraordinaire pour la mise en scène de cet opéra, remarquable sous tous les rapports. Les principaux rôles, confiés à nos premiers sujets, tels que madame Schrœder-Devrient et M. Tichatschek, ont été. joués et chantés avec le rare talent qui distingue ces célèbres artistes.

Tichatschek en Rienzi
Correspondance particulière. Dresde, 18 novembre. — L’immense succès de Rienzi, tragédie lyrique de M. Richard Wagner, s’est soutenu aux représentations suivantes, et se soutiendra encore longtemps. L'enthousiasme du publie, loin de se refroidir, se manifeste toujours avec les mêmes transports, en découvrant chaque fois de nouvelles beautés dans cette admirable partition, qu’il faut entendre plusieurs fois pour la saisir parfaitement. Rienzi et son auteur font ici le sujet de toutes les conversations ; on revient à peine de l’étonnement de voir un jeune homme, inconnu jusqu’ici, s’élancer si haut d’un seul bond, et prendre du premier coup sa place à côté de nos illustrations musicales. Ce qui étonne davantage, c'est de trouver réunies à ce point, dans le même individu, deux qualités diverses, celles de musicien et de poète ; car le libretto est tout entier sorti de la plume du compositeur, et il ferait honneur à un poète de profession. Vous connaissez le roman de Bulwer, intitulé Rienzi. C’est ce livre qui a fourni l’idée première de l’opéra ; mais M. Wagner, loin de suivre servilement les données du célèbre romancier, a traité son sujet en toute liberté ; son libretto se distingue par des situations dramatiques pleines d'effet. Inutile de dire que les paroles et la coupe des morceaux sont supérieurement bien disposées sous le rapport musical. Il y aurait une longue Histoire à faire des contrariétés et des ennuis que l'auteur a éprouvés avant d’arriver à la représentation de sa pièce. Même, lorsqu’elle fut reçue, il n’était pas au bout de ses tribulations. Aux premières répétitions au piano, tout le monde se récria sur l’excessive difficulté de cette musique. Pareille chose s’est déjà vue ; on se rappelle les interminables discussions qui s’élevèrent au sujet de Fidelio, dont plusieurs morceaux furent jugés inexécutables. Beethoven était alors dans tout l’éclat de sa célébrité ; il écrasait de son nom et de sa volonté tout ce qui s'opposait à lui. Mais un compositeur, jeune et sans réputation, que peut-il faire en face des artistes qui se déchaînent contre son œuvre, et qui en refusent l’exécution? Il faut une conviction bien forte pour ne pas se laisser ébranler. Aussi, M. Wagner ne se découragea pas. À force d’instances, il sut vaincre toutes les objections; on y mit de la bonne volonté, et alors les choses ne tardèrent pas à changer de face. Ceux qui s'étaient le plus élevés contre cette musique en devinrent les plus chauds partisans : madame Schrœder-Devrient s’enthousiasma pour son rôle, le ténor Tichatschek prit feu pour le sien ; les choristes, dès qu’ils parvinrent à mettre de l’ensemble dans ces masses imposantes, furent étonnés de l’effet qu’ils produisaient ; enfin, tout le monde se mit d’accord à dire que c’était magnifique, grandiose, sublime. Aux répétitions avec orchestre, où la partition apparut dans tout son éclat, l'enthousiasme gagna les musiciens, et ils annoncèrent par toute la ville que cet opéra irait aux nues, J'avoue que ces éloges anticipés m’inquiétaient pour l’auteur; ils pouvaient compromettre le succès de l’ouvrage : on sait ce que c’est qu’un public auquel on promet des merveilles, et qui arrive avec une attente surexcitée, difficile à satisfaire. Mais Rienzi est sorti victorieux de cette épreuve périlleuse, le succès a été colossal. À peine l'ouverture eut-elle atteint la dernière mesure, que toute la salle éclata en applaudissements, qui se renouvelèrent à la fin de l’introduction, et continuèrent ainsi à suivre chaque morceau. L’auteur, demandé après le premier acte et les deux actes suivants, fut rappelé à la fin de la pièce, et reçut du public une ovation comme il n'y en à pas eu ici de pareille. Le spectacle ayant duré au-delà de l'heure ordinaire de la clôture, l’administration exigea pour la seconde représentation quelques coupures ; mais alors il fut curieux de voir l'opposition des chanteurs ; personne ne voulut rien perdre de son rôle. Toutefois, ces coupures furent faites, mais avec ménagement. Au moment où je vous écris, sept représentations ont consolidé le succès de Rienzi. Malgré l’augmentation du prix des places que l’administration a maintenue jusqu'ici, le public s’y porte toujours en foule, et cet opéra aura sans doute une longue et brillante carrière. 


Mme Schoeder-Devrient en Adriano
Mais aussi, il faut le dire, l’exécution en est parfaite sous tous les rapports; chanteurs et orchestre rivalisent de zèle et de talent. Tichatschek est admirable dans le rôle de Rienzi, parfaitement approprié à ses moyens ; jamais son organe si sonore n’a fait entendre des sons plus suaves et plus énergiques. Madame Schoeder-Devrient, la grande tragédienne, qui brille surtout dans les rôles pathétiques (on se rappelle ses représentations de Fidelio) est sublime dans celui d’Adriano ; elle électrise l’assemblée dans son grand air du troisième acte, dont je ne saurais vous décrire l’effet, Une cantatrice très distinguée, dont le nom est peu connu à l'étranger, mais qui mérite de l’être, ma- demoiselle Wüst, douée d'une voix de soprano d'une pureté remarquable, fait valoir tous ses moyens dans le rôle d'Irene (sœur de Rienzi, aimée d’Adriano), et les morceaux d’ensemble exécutés par ces trois artistes ne laissent rien à désirer. Je ne parlerai pas des rôles secondaires ; il suffira de dire que tous sont convenablement rendus. Quant aux chœurs, ils sont d’un effet imposant ; grâce au soin de M. Fischer, chargé du soin de les conduire, ces masses vocales se meuvent avec un ensemble, une précision qui ne sauraient être surpassés. Je n'entrerai pas ici dans de longs détails sur la musique. Pour en signaler les nombreuses beautés, il faudrait donner une analyse approfondie de la partition, tâche difficile que d’autres rempliront mieux que moi. Je me bornerai à dire (et c’est l’opinion unanime des connaisseurs dont je me rends l’organe) que cette musique porte partout le cachet de l’originalité, qu'elle abonde en motifs aussi neufs qu’heureux, qu’on n’y trouve point de réminiscences, et surtout point de ces lieux communs qui se rencontrent dans une foule de compositions modernes. L’instrumentation, très riche, déploie tout le luxe de l’orchestre, sans cependant trop couvrir les voix. Enfin, c’est l’œuvre, non d’un débutant, mais d’un maître accompli.

Revue et Gazette musicale de Paris 1842 n°49
Dessins in Illustrierte Zeitung du 12 août 1843

mardi 23 juin 2026

Konstellationen — Le Bayerisches Staatsballett fait scintiller de nouvelles constellations au Prinzregententheater de Munich

À l’occasion de l’ouverture du Festival d'Opéra d’été de Munich (Münchner Opernfestspiele 2026),  le Bayerisches Staatsballett a élaboré un nouveau format artistique intitulé Konstellationen, présenté du 18 au 22 juin au Prinzregententheater. Imaginé par le directeur du ballet Laurent Hilaire, ce programme propose une exploration inédite des liens qui unissent différentes œuvres du répertoire chorégraphique. Après les trois éditions de soirées ballet intitulées Sphären, orientées à la lumière des astres, le Ballet d'État de Bavière poursuit ses recherches cosmiques avec ses Constellations.

En astronomie, le terme constellation désigne la position relative des corps célestes tels qu'on les observe depuis la Terre. Ce concept peut s'appliquer aux œuvres d'art en général, ou plus spécifiquement aux ballets. Le parcours de la soirée de ballet Konstellationen  explore les liens qui unissent six ballets ou extraits de ballets, intentionnellement juxtaposés avec pour objectif de  faire apparaître de nouvelles relations entre des œuvres distinctes. Ces courtes pièces  issues d’époques et d’esthétiques variées créent un dialogue entre héritage classique et création contemporaine. Et comme son intitulé le laisse supposer, ce spectacle donne aux nombreuses étoiles confirmées ou naissantes de la compagnie l'occasion de briller sur la scène du Théâtre du Prince Régent.

Le programme compose une traversée de plus d’un siècle de création chorégraphique. Il place côte à  côte le Grand Pas Classique extrait de Paquita de Marius Petipa, Un trait d’union de Jacques Garnier, Shutters Shut de Angelin Preljocaj, Subject to Change du duo Sol León et Paul Lightfoot, ainsi qu’un pas de deux tiré de Radio and Juliet de Edward Clug. Il s'enrichit également d'une création mondiale commandée au jeune chorégraphe canadien Simon Adamson-De Luca, ancien membre du Bavarian Junior Ballet Munich et lauréat du Prix Heinz-Bosl 2025. Intitulée Shipwreck, cette nouvelle œuvre, conçue spécialement pour Konstellationen, vient prolonger la réflexion sur les correspondances artistiques et les résonances entre les générations de créateurs. Le public est invité  à vivre une expérience totalement inédite, le spectacle tisse un nouveau réseau de liens, visuels et sonores, à travers les œuvres et extraits sélectionnés. 

Konstellationen s’affirme comme une véritable expérience curatoriale, comme celle qui préside à l'organisation d'une exposition artistique. En recontextualisant des extraits connus ou plus rarement présentés, le Bayerisches Staatsballett invite le public à redécouvrir son patrimoine chorégraphique sous un angle nouveau. Les œuvres, recontextualisées révèlent des échos esthétiques, des contrastes de langage et des affinités insoupçonnées. Le spectacle dessine une véritable constellation chorégraphique où chaque pièce éclaire les autres sous un jour nouveau.

Paquita

Le voyage débute avec le Grand Pas Classique extrait de Paquita, joyau du répertoire académique, une séquence ajoutée à ce ballet en 1882 : créé par Marius Petipa sur une musique de Ludwig Minkus, ce morceau de bravoure demeure l'une des démonstrations les plus éclatantes de la virtuosité classique. Variations étincelantes, précision géométrique du corps de ballet et exigence technique extrême en font un condensé de l'esthétique du ballet impérial russe. Dans le contexte de Konstellationen, cette page patrimoniale agit comme un point de départ historique, rappelant les fondements sur lesquels s'est construite toute l'évolution ultérieure de l'art chorégraphique. L'occasion pour le corps de ballet bavarois de faire la démonstration de son excellence technique, notamment dans la parfaite synchronisation des mouvements. Le soir du 21 juin, la soliste Ksenia Shevtsova et le danseur Oscar Kempsey-Fagg ont fait des débuts très acclamés dans les rôles protagonistes de Paquita et Lucien d'Hervilly, scintillant l'une pour sa grâce et sa légèreté éthérées, et l'autre par ses bonds prodigieux. Tous deux ont stupéfié par leurs enchaînements rapides  de figures tourbillonnantes.

Shipwreck — Ana Gonçalves et Severin Brunhuber

Avec Shipwreck (Naufrage) Simon Adamson-De Luca crée un vocabulaire chorégraphique  contemporain fluide et expressif. L'oeuvre est composée pour un duo chorégraphique, Ana Gonçalves et Severin Brunhuber,  elle explore de manière poétique l’idée du naufrage, à la fois comme catastrophe physique et comme métaphore des épreuves émotionnelles profondes que traverse l’être humain. Les gestes semblent naître des émotions plutôt que d'une recherche de virtuosité technique. Cette démarche souligne l'intérêt du jeune chorégraphe pour les expériences personnelles et les thèmes universels liés à la perte, à la vulnérabilité et à la capacité de surmonter les traumatismes.  À travers des mouvements expressifs et une relation intense entre les interprètes, la chorégraphie met en scène la fragilité, la perte, mais aussi la capacité de résilience face aux difficultés. Fidèle à l’univers artistique d’Adamson-De Luca, Naufrage s’inscrit dans une réflexion sur les émotions profondes et les expériences humaines universelles, en utilisant la danse comme moyen d’exprimer ce qui dépasse souvent les mots. Plongés dans une lumière noire et dans un univers sonore marin, les deux protagonistes en sous-vêtements blancs luisants collant à la peau semblent naufragés sur un îlot désert et communiquent par des gestes à peine esquissés, avec une douceur caressante antidote à la détresse. " La valeur n'attend point le nombre des années ". Avec sa séquence de neuf minutes, Simon Adamson-De Luca, âgé de 20 ans,  fait partie de la belle famille des " âmes bien nées " talentueuses si bien formulées par Corneille.

Radio and Juliet — Violetta Keller et  Jakob Feyferlik

Autre moment fort de la soirée : le pas de deux extrait de Radio and Juliet d'Edward Clug. Créée en 2005, cette relecture du drame shakespearien transpose l'histoire de Roméo et Juliette dans un univers contemporain porté par la musique du groupe rock britannique Radiohead. Le chorégraphe slovène renonce au romantisme traditionnel pour privilégier une approche plus psychologique et cinématographique. Les mouvements minimalistes, les silences et les tensions entre les personnages créent une atmosphère de fragilité et de mélancolie. Une courte séquence de cinq minutes magistralement incarnée par les premiers solistes Violetta Keller et Jakob Feyferlik qui interprètent par la danse les paroles rock de Like Spinning Plates, une ballade mélancolique chantée par Thom Yorke dont le fausset, aérien, fragile et doté d'un vibrato subtil, permet au chanteur de Radiohead d'atteindre des notes très aiguës tout en transmettant une profonde vulnérabilité.

Un trait d'union — Séverin Brunhuber et Konstantin Ivkin

La première partie du spectacle se termine avec Un trait d'union (1989), une oeuvre introspective d'Angelin Preljocaj qui date de la première manière du chorégraphe français, aujourd'hui considéré comme l'une des figures majeures de la création européenne. Le titre  – « un trait d'union » – résonne parfaitement avec le concept général de la soirée, fondé sur les relations entre les œuvres. Conçue pour deux interprètes masculins et un fauteuil sur le  largo du Concerto pour clavecin en fa mineur de Johann Sebastian Bach, la pièce explore les notions de lien, de transmission et de confiance mutuelle. Les corps s'y rencontrent, se soutiennent, s'affrontent parfois, dans une écriture épurée qui privilégie la densité émotionnelle à l'effet spectaculaire. Le fauteuil de cuir marron agit comme le troisième " personnage " du ballet. Les deux hommes se le disputent, et cela donne lieu à un extraordinaire ballet triangulaire dans lequel le fauteuil se retrouve dans toutes les positions imaginables. Les deux interprètes, Severin Brunhuber et Konstantin Ivkin se livrent à des acrobaties dignes des meilleurs cabarets. On reste bouche bée de voir à plusieurs reprises Severin Brunhuber, couché à plat ventre sur le sol, s'élever à plusieurs reprises en une micro-seconde à 50 centimètres du sol pour être recueilli dans les bras de son partenaire assis dans le fauteuil. Une lévitation-éclair prodigieuse digne des meilleurs numéros de magie. Sauf qu'ici, il ne s'agit pas de magie mais d'une compétence technique hors pair ! Bravissimo !

Après l'entracte on retrouve deux chorégraphies de Paul Lightfoot et Sol León, Shutters Shut et Subject to change, qui étaient déjà l'an dernier au programme de Sphären.03.

Ariel Merkuri et Carollina Bastos

Shutters Shut a été créé en 2003 par le duo Sol León et Paul Lightfoot pour le Nederlands Dans Theater,  un  pas de deux fulgurant qui est devenu l'une des signatures du tandem chorégraphique. La pièce confronte un homme et une femme dans une succession de gestes rapides, de ruptures de rythme et de tensions presque électriques. En quelques minutes seulement, León et Lightfoot construisent un univers d'une intensité dramatique exceptionnelle, où la virtuosité physique se met au service d'une relation complexe, à la fois passionnée et conflictuelle. Une  chorégraphie pantomime d'une créativité, d'une originalité et d'une densité qui dépassent l'imagination. La pièce a été conçue au départ d'un extraordinaire poème que Gertrud Stein composa en 1923 : If I Told Him : A Completed Portrait of Picasso. Il s'agit d'une réponse à un portrait que Pablo Picasso a peint d'elle vingt ans auparavant. La poétesse avait enregistré sa propre lecture de son poème et c'est sur la voix de Gertrud Stein qu'évoluent deux personnages dansés et mimés par Carollina Bastos et Ariel Merkuri costumés et grimés de blanc et de noir, un travail chorégraphique  qui semble jouer sur l'imbrication du yin et du yang et sur l'ambiguïté du genre. La pièce composée de 1001 mouvements et de 1001 regards est d'une extrême rapidité d'exécution et ne peut être exécutée que par des danseurs au faîte de leurs carrières. Un travail "nanométré" qui a recueilli des applaudissements enthousiastes.

Laurretta Summerscales et Jakob Feyferlik

Créée la même année par la même compagnie, Subject to Change approfondit encore l'univers de Sol León et Paul Lightfoot. Là où Shutters Shut privilégie la fulgurance, cette œuvre développe une réflexion plus ample sur l'instabilité des relations humaines et la transformation permanente des individus. Portée par la musique de Franz Schubert, — l'arrangement orchestral que donna Gustav Mahler  de La Jeune Fille et la Mort, — la chorégraphie juxtapose moments de solitude, rencontres fugitives et compositions de groupe d'une grande fluidité. Le vocabulaire physique caractéristique du duo – mélange de précision classique et de liberté contemporaine – y atteint une remarquable maturité. Dans le cadre de Konstellationen, cette pièce apparaît comme un contrepoint poétique aux œuvres plus narratives du programme. Deux premiers danseurs du Ballet bavarois, Laurretta Summerscales et Jakob Feyferlik, encadrés par un quatuor masculin, dansent les aléas d'une relation amoureuse. Le ballet utilise de manière innovante un grand tapis rouge qui se présente d'abord roulé pour être ensuite déployé de façon spectaculaire sur la scène, symbolisant le déroulement des émotions et des expériences. Le quatuor masculin fait ici tournoyer le tapis et se glisse ci et là sous les coins du tapis pour s'y enrouler. L'œuvre d'une grande puissance d'évocation émotionnelle explore les thèmes du changement, des relations et de la condition humaine, avec un accent particulier sur les complexités de l'amour et de l'intimité. 

Le Ballet d'État de Bavière a réalisé en six numéros une cartographie sensible de la danse. Des applaudissements  des plus enthousiastes ont salué les six chorégraphies et le travail exceptionnel des solistes et du corps de ballet. 

Conception et distribution 

Grand Pas Classique de "Paquita"

Chorégraphie Marius Petipa
Musique Ludwig Minkus 
Paquita Ksenia Shevtsova
Lucien d'Hervilly Oscar Kempsey-Fagg

Shipwreck (Naufrage)
Chorégraphie et costumes Simon Adamson-De Luca
Musique Ichiko Aoba
Lumières Benedict Zehm
Avec Ana Gonçalves et Severin Brunhuber

Pas de deux de "Radio and Juliette"
Chorégraphie Edward Clug
Musique et paroles Radiohead
Avec Violetta Keller et Jakob Feyferlik

Un trait d'union 

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Conception sonore Marc Khanne
Musique Johann Sebastian Bach
Costumes Nathalie Fontenoy
Conception lumière d'après Jacques Châtelet Christian Kass
Avec Séverin Brunhuber et Konstantin Ivkin

Shutters Shut (Volets fermés)

Chorégraphie, costumes Paul Lightfoot Sol León
Texte Gertrude Stein
Lumières Tom Bevoort
Coordination technique et mise en œuvre de l'éclairage 
Éric Blom
Costumes Joke  Visser
Avec Carollina Bastos et Ariel Merkuri

Subject to Change (Sous réserve de modifications)

Chorégraphie, scénographie, costumes Sol León & Paul Lightfoot
Musique Franz Schubert
Lumières Tom Bevoort
Coordination technique et mise en œuvre de l'éclairage Éric Blom
Costumes Joke Visser
Avec Laurretta Summerscales et Jakob Feyferlik

Crédit photographique © Katja Lotter

Sources : e.a. les informations de programmation et les synopsis du Bayerisches Staatsballett.

dimanche 21 juin 2026

Vignettes, croquis humoristiques et caricatures autour du Rienzi parisien de 1869

L'opéra Rienzi, le dernier des Tribuns de Richard Wagner a connu une création française triomphale le 6 avril 1869 à Paris sur la scène du Théâtre-Lyrique, un succès public remarquable dû à l'initiative du chef d'orchestre Jules Pasdeloup. L'opéra totalisa 38 représentations, un score très honorable pour une œuvre de cette envergure dans le contexte tendu d'avant la guerre de 1870, qui débuta le 19 juillet de cette année. La dernière caricature fut publiée peu après la déclaration de guerre.

Les caricaturistes s'attaquent le plus souvent au son jugé " révolutionnaire " de la musique de Wagner, qualifiée de simple bruit, selon une idée reçue répandue au 19ème siècle. " Une ancienne machine de l'avenir qui fait pas mal de bruit" écrit le Journal amusant. La raison en est sans doute la puissance orchestrale des œuvres du compositeur, qui a considérablement élargi l'effectif de l'orchestre et exigé une intensité sonore inédite, ce qui a pu agacer ou choquer les auditeurs habitués aux mélodies plus légères. 

Le Journal amusant du 1er mai 1869

Caricature signée Stop, le pseudonyme du dessinateur Louis Morel-Retz

Le Journal illustré du 2 mai 1869


Le Monde illustré, mai et juillet 1869

Caricature de Cham dans le Monde illustré du 1er mai 1869

Caricature dans le Monde illustré du 10 juillet 1869

La Vie parisienne
du 24 avril 1869



L'Éclipse du 18 avril 1869


L'Éclipse du 7 août 1870


Source des vignettes et caricatures : BnF, Gallica