Rechercher dans ce blog

lundi 21 septembre 2026

Le Mystère du « Mont Sacré » : L’incroyable histoire du Saint Prépuce d’Andechs et de la petite souris

© Marco Pohle

Percée sur sa colline dominant le lac d’Ammersee, en Bavière, l’abbaye d’Andechs est aujourd’hui mondialement connue pour sa bière brassée par les moines. Mais au Moyen Âge, le « Mont Sacré » (Heiliger Berg) attirait les foules pour une raison autrement plus mystique et, pour nos sensibilités modernes, autrement plus audacieuse : son trésor de reliques comptait parmi ses pièces les plus précieuses une relique attribuée au corps du Christ, le Sanctum Praeputium, c’est-à-dire le prépuce qui aurait été retiré à Jésus lors de sa circoncision. Et lorsque le trésor, disparu pendant plus d’un siècle, fut retrouvé en 1388, la Providence aurait choisi, pour en signaler la cachette, un auxiliaire pour le moins inattendu : une petite souris.

Une relique charnelle unique en son genre

Pour comprendre la place que pouvait occuper une telle relique dans l’imaginaire médiéval, il faut se replacer dans une conception du corps du Christ très différente de la nôtre. La tradition chrétienne affirmait que Jésus était monté au ciel avec son corps glorifié. Dès lors, les fragments corporels que l’on disait avoir été séparés de lui au cours de son existence terrestre prenaient une valeur singulière. On pouvait ainsi vénérer des dents de lait, le cordon ombilical, des cheveux, du sang, et surtout le morceau de peau provenant de la circoncision, le Sanctum Praeputium. L’idée était théologiquement paradoxale, mais précisément pour cette raison fascinante : si le corps du Christ tout entier était au ciel, les quelques éléments qui avaient été séparés de lui avant l’Ascension pouvaient seuls être demeurés sur terre.

Andechs possédait un trésor de cette nature depuis le Moyen Âge. La tradition du sanctuaire attribue aux comtes de Diessen-Andechs, et notamment à leur ancêtre Rasso, le transfert de précieuses reliques rapportées de Terre Sainte et d’Orient. Dès 1128, le comte Berthold II imposa à ses sujets une pèlerinage annuel à Andechs pour y vénérer le Heiltum, le « Saint Trésor » ; le sanctuaire devint ainsi l’un des grands lieux de pèlerinage de Bavière. Après l’extinction de la dynastie des Andechs-Méraniens au XIIIe siècle, le château fut détruit en 1246, à l’exception de la chapelle, et le trésor des reliques passa pour perdu.

La légende devait plus tard expliquer que les reliques avaient été dissimulées pour les soustraire aux pillages et que le secret de leur cachette avait fini par disparaître avec ceux qui le détenaient. Pendant plus d’un siècle, le trésor resta donc enfoui sous les ruines tandis que le souvenir du lieu sacré s’effaçait. Puis survint l’événement qui allait donner à Andechs une nouvelle vie.

Le 26 mai 1388 : la souris messagère

La date est précise : 26 mai 1388. Ce jour-là, selon la tradition conservée par Andechs, une messe était célébrée dans l’ancienne chapelle du château lorsque surgit une souris qui tira au jour un morceau d’un ancien inventaire de reliques. Le petit billet constitua l’indice qui conduisit à des fouilles sous l’autel. On y découvrit une caisse contenant une partie considérable du trésor disparu. Le récit est aujourd’hui encore conservé dans la mémoire officielle du sanctuaire, qui présente la souris comme celle qui aurait ramené à la lumière un fragment du registre des reliques et permis leur redécouverte.

Il faut toutefois distinguer l’événement historique de la légende qui s’est développée autour de lui. La redécouverte du trésor en 1388 est bien documentée ; en revanche, les témoignages écrits qui donnent à la souris son rôle providentiel sont postérieurs. Les premiers récits consacrés au trésor, notamment le traité du dominicain Johannes Dominici de Eugubio, rédigé à la fin du XIVe siècle, ne permettent pas de présenter la souris comme un témoin contemporain de la découverte. C’est au cours du XVe siècle que la tradition se fixe, notamment dans les chroniques et les livres consacrés au Heiltum. Cette distance est importante, car elle nous montre comment une découverte historique s’est progressivement transformée en récit miraculeux.

Wallfahrtsbuch von Andechs © ÖNB

L’un des témoignages les plus précieux est l’Andechser Heiltumsbuch de 1457, qui rassemble l’histoire du sanctuaire, le catalogue de ses reliques et différents récits relatifs à leur découverte et à leur authentification. Puis, en 1472, la tradition fut développée dans le Chronicon Andecense, d’abord en latin puis en allemand, avant de connaître une diffusion imprimée à Augsbourg dès 1473. À la fin du XVe siècle, Veit Arnpeck reprend à son tour le récit dans sa Chronica Baioarorum. C’est là que nous possédons une formulation latine particulièrement précieuse : « predicte reliquie indice mure, qui de loco, ubi abscondite erant, ad altare cedulas scriptas detulit. » On peut traduire : « Les reliques furent signalées par une souris qui, depuis l’endroit où elles étaient cachées, apporta jusqu’à l’autel des billets écrits. »

Le latin mérite que l’on s’y attarde, car il est plus précis que la légende moderne. La souris n’est pas simplement celle qui « découvre » les reliques. Elle est un indice, celle qui fournit l’indice ; elle apporte jusqu’à l’autel des cedulae scriptae, de petits écrits, des billets portant des indications. Autrement dit, le rôle de la souris n’est pas tant de trouver le trésor que de révéler aux hommes où ils doivent chercher.

La tradition allait naturellement donner à cette scène une dimension de plus en plus merveilleuse. Une version latine développée raconte ainsi : 

« Ad annum octogesimum octavum etiam incrementa BOICAE Pietatis pertinent, cui inter homines instaurandae, neque Musculi ministerium Deus est aspernatus. Contemptissimi sagacitate Proditoris in nobilissimi Thesauri notitiam peruentum est, quem in Andecensis Montis AEdicula incuria oblivióque Mortalium magis, quam Arcis rudera sepeliuerant. »

La traduction en restitue admirablement le sens : « À l’année 1388 appartiennent également les nouveaux progrès de la piété bavaroise ; et Dieu, pour la restaurer parmi les hommes, ne dédaigna pas le service d’une petite souris. Grâce à la sagacité de cet infime révélateur, on parvint à connaître l’existence du très noble trésor que l’insouciance et l’oubli des hommes avaient davantage enseveli dans la chapelle du mont d’Andechs que les ruines mêmes de la forteresse. »

La petite souris devient ici l’instrument de la Providence. Le mot Proditor, employé pour la désigner, signifie celui qui révèle, celui qui met au jour ce qui était caché. Le récit n’est donc plus seulement celui d’une découverte curieuse : il devient une leçon religieuse. Les hommes avaient oublié le trésor ; Dieu, lui, n’avait pas oublié les reliques et pouvait, pour les restituer à la dévotion des fidèles, se servir de la créature la plus humble qui soit.

La scène elle-même prend alors une allure presque théâtrale :

« Mus illum è Conditorio, quod Arae eousque inobseruatum suberat, properens chartámque indicem mordicus ferens detexit. Jacobum Dachauuerum sacris operantem insolens Tabellarius aduertit, simulque cupido incessit syngraphae inspiciendae. »

« La souris sortit du réduit qui se trouvait jusque-là inaperçu sous l’autel, tenant fermement entre ses dents le papier qui servait d’indice. Elle attira l’attention de Jacob Dachauer, alors occupé aux fonctions sacrées, et celui-ci conçut aussitôt le désir d’examiner le document. »

La souris reçoit ici un véritable titre de fonction : Tabellarius, le porteur de billet, le messager chargé d’un écrit. L’animal n’est plus une présence fortuite. Il devient le messager d’un trésor oublié.

Lorsque le billet tombe enfin, le récit fait surgir le trésor :

« ea elapsa Musculo latentes sub illo Hypogaeo opes attonitis adnumerauit. Rem ad se delatam BOII FRATRES minimè negligendam rati accurrére pariter, egestáque humo clausas capsellâ Plumbeâ prodigiosas diuii Panis formulas ternas, quæque alia pietas mortalibus opibus chariora habet, complura protraxere in lucem. »

On peut traduire : « Lorsque le billet échappa à la souris, elle révéla aux yeux stupéfaits les richesses cachées sous ce souterrain. Les frères bavarois, estimant qu’une affaire ainsi portée à leur connaissance ne devait en aucune manière être négligée, accoururent ensemble ; après avoir retiré la terre, ils ramenèrent à la lumière une petite boîte de plomb contenant les trois miraculeuses formes du Pain divin (les trois Saintes Hosties), ainsi que quantité d’autres objets que la piété tient pour plus précieux que les richesses terrestres. »

La tradition officielle d’Andechs conserve aujourd’hui encore le souvenir de cette caisse retrouvée sous l’autel. Elle précise que les reliques furent ensuite transportées à Munich à la fin de 1389, exposées à la vénération dans la chapelle ducale pendant l’Année sainte de 1392, et que les dons destinés à l’entretien du sanctuaire commencèrent à affluer dès les années suivantes. Le pèlerinage était donc déjà en pleine renaissance avant même la fondation du monastère bénédictin en 1455 par le duc Albrecht III.

Image votives avec le reliquaire des Trois Saintes Hosties

Quant au contenu du trésor, il était considérable. Les Trois Saintes Hosties constituent encore aujourd’hui le cœur du Heiltum d’Andechs : deux sont traditionnellement attribuées au pape Grégoire le Grand, la troisième au pape Léon IX. Le trésor comprenait également des reliques de la Passion, notamment une parcelle de la couronne d’épines, ainsi que de nombreuses autres reliques qui furent progressivement réunies au cours des siècles.

Selon la tradition d’Andechs, les trois saintes Hosties conservées au sanctuaire ont une origine qui remonterait à Rome. Deux d’entre elles seraient liées au pape Grégoire le Grand († 604) : l’une porterait une petite croix rouge, l’autre l’empreinte sanglante d’un doigt, tandis que la troisième serait attribuée au pape Léon IX († 1054) et porterait le monogramme du Christ, IHS, également marqué en rouge. Ces trois Hosties auraient ensuite été apportées de Rome à Bamberg, puis de Bamberg à Andechs au XIIe siècle, dans le contexte des relations entre les comtes d’Andechs et l’évêché de Bamberg. Lorsque le château d’Andechs fut détruit au XIIIe siècle, le précieux trésor religieux aurait été caché et les Hosties considérées comme perdues. Elles furent pourtant retrouvées en 1388 sous l’autel de l’ancienne chapelle du château, avec d’autres reliques du trésor des Andechs-Meranier. Transportées alors à Munich, elles revinrent à Andechs quelques années plus tard, vers 1394, où elles devinrent l’une des principales attractions du pèlerinage. Il faut toutefois distinguer ici la tradition religieuse de ce que l’histoire permet d’établir avec certitude : l’attribution des Hosties à Grégoire le Grand et à Léon IX appartient au récit traditionnel d’Andechs, tandis que leur redécouverte en 1388 et leur retour au sanctuaire à la fin du XIVe siècle sont attestés par les sources historiques.

C’est dans cet ensemble que la tradition médiévale et moderne a également placé le Sanctum Praeputium. Il convient toutefois de conserver ici une certaine prudence : contrairement aux Trois Saintes Hosties, qui occupent toujours une place centrale dans la documentation officielle actuelle du sanctuaire, le Saint Prépuce n’apparaît plus dans la présentation contemporaine du trésor. Son appartenance historique au trésor d’Andechs relève donc de la tradition ancienne du sanctuaire et de l’histoire plus générale des reliques du Prépuce, dont plusieurs villes européennes revendiquèrent simultanément la possession. Andechs faisait partie de ces lieux concurrents, aux côtés notamment de Charroux, d’Anvers et du Latran.

Cette multiplication des « véritables » Prépuces ne pouvait manquer de susciter l’ironie. Comment plusieurs sanctuaires pouvaient-ils posséder simultanément l’unique fragment de peau que la théologie de l’Ascension permettait précisément de concevoir comme demeuré sur terre ? La relique devint ainsi l’un des objets les plus singuliers de l’histoire du christianisme occidental, à la frontière de la dévotion, de la théologie et de la polémique. Jean Calvin, dans son Traité des reliques de 1543, s’empara naturellement de cette prolifération des reliques pour tourner en dérision les prétentions concurrentes des sanctuaires catholiques.

Mais à Andechs, la souris avait déjà gagné une autre vie, celle de l’emblème. Dans la littérature qui se développa autour du sanctuaire, on lui attribua même une fonction pédagogique :

« Culta simul Pietas; sed culta est MVRE Magistro. »

« La piété fut ainsi cultivée ; mais elle le fut sous la conduite d’une souris comme maîtresse. »

Une autre formule lui adresse directement cette injonction :

« Sed Gazas Pietatis humi latitare, pudendum est; Has quocunq[ue] potes, MVSCVLE, prome cauo. »

« Mais il est honteux que les trésors de la piété demeurent cachés sous terre ; toi, petite souris, fais-les donc sortir de quelque cachette que tu puisses trouver. »

Le symbole est désormais complet. La souris est devenue l’instrument paradoxal de la mémoire. Les hommes ont oublié où se trouvent les reliques ; elle, non. Les hommes ont perdu le secret de la cachette ; elle le leur restitue. Le trésor est immense, l’animal minuscule, et c’est précisément ce contraste qui donne au récit sa force. La Providence ne choisit pas nécessairement les instruments que les hommes jugeraient dignes d’elle.

La sécularisation : le trésor dispersé

Le destin des reliques connut cependant un bouleversement autrement plus concret en 1803. Le 17 mars de cette année-là, le monastère d’Andechs fut supprimé dans le cadre de la sécularisation bavaroise. Les bâtiments et les biens changèrent de mains avant que le roi Louis Ier de Bavière ne rachète l’ensemble en 1846 et ne le destine à l’abbaye Saint-Boniface de Munich ; en 1850, la vie bénédictine reprit à Andechs.

La disparition du monastère ancien entraîna une profonde dispersion du trésor. L’inventaire de 1715 comptait encore 277 reliques ; après la sécularisation, seules quarante pièces demeuraient à Andechs. Les reliquaires précieux et les objets qui accompagnaient les reliques subirent, eux aussi, les conséquences de la confiscation et de la dispersion. Mais il faut distinguer le sort des reliquaires de celui des reliques qu’ils contenaient : la disparition d’un écrin ne signifie pas automatiquement la destruction de son contenu. La documentation disponible permet donc d’établir avec certitude la rupture institutionnelle et la réduction considérable du trésor en 1803, mais elle ne permet pas d’affirmer que le Saint Prépuce aurait nécessairement été détruit cette année-là. Le site officiel d’Andechs confirme lui-même qu’après la sécularisation seules quarante pièces du trésor demeuraient sur place et que certaines reliques d’Andechs se trouvent aujourd’hui encore ailleurs, notamment dans les collections de la Résidence de Munich.

L’autre date souvent avancée dans l’histoire du Saint Prépuce est 1900, lorsque le Saint-Office intervint contre la diffusion et la discussion de cette relique. Il est plus prudent de ne pas raconter cet épisode comme un simple « décret de Léon XIII interdisant d’écrire sur le Saint Prépuce sous peine d’excommunication », formulation devenue courante dans les récits populaires. La mesure de 1900 concerne la vénération et la discussion publique du Sanctum Praeputium dans le contexte plus large de la volonté romaine de mettre fin à un culte devenu théologiquement embarrassant. Elle est surtout connue aujourd’hui à travers l’histoire du Prépuce de Calcata, qui continua cependant à être conservé et montré localement pendant une grande partie du XXe siècle.

À Andechs, en tout cas, le Saint Prépuce a disparu des inventaires contemporains du trésor, tandis que les reliques dont l’histoire est mieux établie continuent d’être conservées et présentées dans la « Sainte Chapelle ». Le trésor existe donc toujours, mais sous une forme considérablement réduite et transformée.

Et la souris, elle, est toujours là

 © Marco Pohle

Il reste pourtant à Andechs un témoin qui n’a jamais subi les vicissitudes du Saint Prépuce : la souris.

Dans l’église de pèlerinage baroque, elle est devenue un petit personnage de pierre et de bronze que les visiteurs peuvent chercher comme une sorte de clin d’œil archéologique. Le monastère lui-même invite aujourd’hui les visiteurs à regarder attentivement la toute dernière marche du maître-autel, celle qui touche le sol : une petite souris s’y dissimule, rappel de l’animal qui, selon la tradition, tira de sous l’autel le précieux billet. Une autre représentation de l’épisode figure dans l’église.

Photo @ Kloster Andechs

Ainsi, le plus étonnant dans l’histoire d’Andechs n’est peut-être pas que les hommes aient retrouvé un trésor de reliques en 1388. C’est qu’un petit récit né autour de cette découverte ait survécu à toutes les transformations du sanctuaire. Le trésor a été déplacé, enrichi, dispersé ; les reliquaires ont disparu ; le Saint Prépuce lui-même s’est effacé de la mémoire officielle du sanctuaire ; la communauté monastique a été supprimée puis rétablie ; les pèlerins ont changé, les siècles aussi. Mais la souris demeure.

Elle demeure surtout parce qu’elle raconte quelque chose de profondément médiéval : l’idée que le sacré peut se manifester par les moyens les plus inattendus. À Andechs, les hommes avaient perdu le chemin du trésor ; une souris le leur aurait rendu. Le petit animal n’a pas seulement retrouvé une relique : il a retrouvé la mémoire d’une relique.

© Marco Pohle

Et c’est peut-être pourquoi, plusieurs siècles après le miracle supposé, il faut encore se pencher vers le bas, au pied du maître-autel, pour l’apercevoir. Après avoir attiré les pèlerins vers le ciel des reliques, la légende nous oblige finalement à regarder vers le sol. C’est là, dans une minuscule fente de pierre, que la petite messagère continue de monter la garde. 

Bayreuth Baroque 2026 : le baroque en partage

 

Du 4 au 13 septembre, le Bayreuth Baroque Opera Festival a célébré sa septième édition dans les lieux historiques de la ville. Créé en 2020 à l’Opéra des Margraves, joyau du XVIIIe siècle inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le festival est dirigé depuis ses débuts par Max Emanuel Cencic.

Sa vocation reste la redécouverte de l’opera seria et du répertoire vocal baroque, dans un dialogue constant entre patrimoine et regard contemporain. 

Au cœur de l’édition 2026, Floridante de Haendel, créé à Londres en 1721, a ouvert le festival dans une nouvelle mise en scène de Max Emanuel Cencic, également titulaire du rôle-titre. Autour de lui : Sonja Runje (Elmira), Bruno de Sá (Timante), Eva Zalenga (Rossane), Gerrit Illenberger (Oronte) et Yannis François (Coralbo), sous la direction de Markellos Chryssicos à la tête du Wrocław Baroque Orchestra, orchestre en résidence. Six représentations ont été données à l’Opéra des Margraves.

Les autres rendez-vous ont fait entendre Christophe Dumaux, Julia Lezhneva, Emőke Baráth et Andreas Scholl, tandis que The Sopranos réunissait Federico Fiorio, Maayan Licht et Dennis Orellana. À la Schlosskirche, Petr Nekoranec et la claveciniste Kateřina Ochmanová proposaient avec Viaggio in Europa un parcours de Lambert à Haendel. Le programme investissait également, pour la première fois, le nouveau Friedrichsforum.

Une édition à revoir et à écouter

Le partenariat avec Bayerischer Rundfunk, ARTE Concert et Mezzo permet de prolonger le festival au-delà de Bayreuth.

Floridante est diffusé sur BR-KLASSIK le 15 septembre à 20 h 03 ; une diffusion ARTE est annoncée en décembre, avec mise à disposition sur arte.tv trente jours auparavant.

Handel’s Nature de Christophe Dumaux est déjà disponible sur ARTE Concert.

The Sopranos sera disponible sur ARTE Concert à partir du 16 septembre et diffusé sur BR-KLASSIK le 6 octobre à 20 h 03, puis sur ARD alpha le 15 novembre. Actuellement sur YouTube en intégralité : 

Le récital de Julia Lezhneva, Koffer-Arien, retransmis le 7 septembre par BR-KLASSIK, peut être retrouvé sur la page consacrée au concert par BR-KLASSIK ; sa diffusion télévisée sur ARD alpha est annoncée le 8 novembre à 21 h 45.

Résonances Lyriques à Bayreuth

Résonances Lyriques accompagne cette édition à travers les comptes rendus de Luc-Henri Roger.

À lire dès maintenant :

« Les Sopranos à l’Opéra des Margraves : l’écho retrouvé des voix baroques » ;

« Petr Nekoranec — Viaggio in Europa, de la déclamation française aux passions de l’Europe baroque » ;

et « Floridante à Bayreuth : Jane Austen derrière Haendel, ou la violence sous les convenances ».

Pour découvrir le festival et sa programmation : Bayreuth Baroque Opera Festival.

Source du texte : Résonances lyriques

dimanche 20 septembre 2026

Histoire de la relique du Saint Prépuce à la cathédrale d'Anvers — Le vitrail qui survécut à la relique

© APK

À la cathédrale d’Anvers, un vitrail de 1615 raconte encore l’histoire d’une relique disparue trois quarts de siècle plus tôt

Il est des objets dont la disparition ne signifie pas la fin de l’histoire. À Anvers, le Saint Prépuce de Jésus a disparu depuis quatre siècles et demi, emporté dans la tourmente iconoclaste de 1566. Pourtant, son souvenir n’a jamais entièrement quitté la cathédrale Notre-Dame. Il subsiste dans les archives, dans les récits des pèlerins, dans les anciennes processions, dans la topographie même de l’édifice et, plus mystérieusement encore, dans la lumière d’un vitrail.

Ce vitrail est celui de la Circoncision du Christ, réalisé en 1615 dans le transept nord de la cathédrale. Il fut commandé par la confrérie de la Sainte-Circoncision, précisément celle qui avait autrefois veillé sur la relique. Il appartient à un ensemble de quatre verrières baroques installées dans le mur oriental du transept nord, après l’achèvement de sa voûte en 1614. À côté de la Crucifixion offerte par le doyen Johannes del Rio, de la Vénération de Notre-Dame et de la représentation de Godefroy de Bouillon fondant le chapitre d’Anvers, le vitrail de la Circoncision compose ainsi une sorte de récit silencieux de l’histoire religieuse de la cathédrale.¹

Détail du vitrail de la circoncision d'Anvers

Mais il faut se garder de regarder cette verrière comme une simple illustration d’un épisode de l’Évangile. En 1615, la scène qu’elle représente n’est plus seulement celle de l’enfant juif auquel, huit jours après sa naissance, est imposée la circoncision prescrite par la Loi. À Anvers, elle est chargée d’une histoire locale extraordinairement dense. Elle renvoie à une relique qui avait fait de la ville un lieu de pèlerinage, à une confrérie parmi les plus importantes de la cité, à une chapelle aujourd’hui transformée, à des processions qui mêlaient dévotion, théâtre et représentation civique, puis à une disparition brutale. Le vitrail est donc moins la représentation d’un événement biblique qu’un monument de mémoire.

Une relique au cœur de la ville

L’histoire du Saint Prépuce d’Anvers appartient d’abord à cette géographie médiévale des reliques où les fragments du corps du Christ étaient investis d’une puissance spirituelle particulière. La tradition anversoise faisait remonter l’arrivée de la relique au temps des croisades et l’associait à Godefroy de Bouillon. Les versions anciennes diffèrent toutefois sur les circonstances exactes de son transfert. La documentation récemment retrouvée par la Fondation Roi Baudouin adopte une formulation plus prudente : le fragment aurait été rapporté des croisades par un compagnon de voyage de Godefroy de Bouillon. Il convient donc de distinguer la tradition légendaire — qui faisait de Godefroy lui-même le protagoniste — de ce que les sources permettent aujourd’hui d’établir.²

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que les dates elles-mêmes varient selon les traditions : 1101, 1112, 1114. La chronologie traditionnelle ne résiste pas toujours à l’examen historique. Godefroy de Bouillon est mort en 1100. Il est donc préférable de parler d’une tradition de provenance croisée et non d’un fait biographique établi.

La relique n’était d’ailleurs pas nécessairement présentée comme le prépuce entier. Une lettre du chapitre d’Anvers datée de 1410 défendait son authenticité et ses pouvoirs miraculeux en parlant de notandae partiunculae, des « parties remarquables » ou « fragments importants ». Cette nuance est capitale : derrière le singulier spectaculaire du praeputium Domini se trouvait peut-être, matériellement, un fragment dont la valeur ne dépendait nullement de sa taille.

Ce fragment avait pourtant acquis une immense célébrité.

La confrérie

Au XVe siècle, la confrérie de la Sainte-Circoncision, fondée en 1426, possédait sa propre chapelle dans la cathédrale Notre-Dame. Ses membres appartenaient aux milieux les plus en vue de la société anversoise. Les documents retrouvés en 2025 — un registre calligraphié des membres, commencé en 1684 et complété jusqu’en 1786, accompagné de trois livres de comptes couvrant les années 1559 à 1720 — montrent l’importance sociale et financière de cette institution.

Registre de la Confrérie (Fondation Roi Baudoin)

L’ensemble est exceptionnel parce que les archives de la confrérie avaient presque entièrement disparu. Acquis en 2026 par la Fondation Roi Baudouin, il doit être confié aux Archives de l’État à Anvers pour inventaire et numérisation. Il permet de retrouver les noms des membres, leurs contributions et, plus largement, la place qu’occupait cette confrérie dans la société urbaine. Parmi ses membres figuraient des personnages importants de la cité, notamment le bourgmestre Nicolaas Rockox.²

La relique appartenait donc à la fois au domaine de la foi et à celui de la représentation urbaine.

Les processions en sont le témoignage le plus spectaculaire.

La procession que nous pouvons encore lire dans les textes

Nous avons ici la chance rare de ne pas dépendre seulement de récits rétrospectifs. Une ordonnance anversoise de 1398, conservée sous forme manuscrite puis publiée au XIXe siècle par Leo de Burbure, donne le règlement des grands ommegangen de la ville. Elle permet de comprendre que la procession de la Sainte-Circoncision appartenait déjà depuis longtemps au calendrier cérémoniel d’Anvers.

L’édition de 1878 précise que cette procession, dont l’origine remontait aux XIIe ou XIIIe siècles selon la tradition, avait été instituée en mémoire de l’arrivée dans la ville de la relique du Saint Prépuce. Elle avait lieu le jour de la Sainte-Trinité et était considérée comme l’origine de la « petite kermesse » qui se développait alors autour de cette fête.³

Le document est précieux parce qu’il ne décrit pas seulement une cérémonie religieuse abstraite. Il témoigne d’une ville entière mise en mouvement.

La procession faisait intervenir les corporations, les métiers, les confréries et les différents groupes constituant la cité. Les chars richement décorés, appelés poyncten, puncten ou pointen, formaient de véritables petits théâtres roulants. Ils étaient réalisés selon des dessins commandés par la ville à son peintre officiel.³

Ainsi, dès le XVe siècle, la procession du Saint Prépuce n’était déjà plus une simple translation d’une relique d’un sanctuaire à un autre. Elle était devenue une mise en scène de la ville elle-même.

C’est là un élément essentiel pour comprendre ce que représentait réellement le Saint Prépuce pour les Anversois.

1494 : la ville entière autour de la relique

Une description de la fête de 1494 donne une idée saisissante de l’ampleur du phénomène.

Le samedi 24 mai, les pèlerins affluent à Anvers. Ils viennent des environs mais aussi de régions éloignées. Les rues se remplissent. La dévotion religieuse se mêle à l’animation populaire. Le soir, après les vêpres, les confréries d’archers et d’arbalétriers ainsi que les différents métiers commencent les cérémonies de la fête de la Circoncision.

Le lendemain, dimanche de la Trinité, la relique est d’abord montrée à l’autel de la Sainte-Circoncision, dans la cathédrale envahie par la foule, puis elle est portée dans la grande procession de la Sainte-Circoncision.⁴

Ce détail est essentiel : la relique est montrée avant d’être promenée.

Le mouvement de la procession commence donc par un moment de contemplation collective. Le fragment, conservé habituellement dans son espace sacré, devient ensuite le centre d’un parcours urbain. Le corps du Christ quitte symboliquement la cathédrale pour entrer dans le corps même de la ville.

La procession transforme ainsi Anvers en sanctuaire.

La belle et magnifique Eglise de Nostre Dame, contrefaicte selon le naturel,
une illustration de L. Guicciardini in 
La description de tout le Pais Bas, Antwerpen, 1568

Un véritable théâtre dans les rues

Les sources du XVIe siècle permettent d’aller beaucoup plus loin. Nous possédons des ordonnances imprimées de la procession de 1559, 1561, 1562 et 1564. Ces textes décrivent les poyncten, les « points » ou tableaux qui étaient présentés au cours du cortège. Ils montrent une évolution considérable : les anciennes représentations religieuses se transforment progressivement en spectacles allégoriques beaucoup plus complexes.⁵

En 1564, deux ans seulement avant la Beeldenstorm (la furie iconoclase), la procession de la Sainte-Circoncision est une véritable encyclopédie vivante.

La population et les différents métiers ouvrent le cortège. Viennent ensuite des tableaux vivants représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, des images des anciens ducs de Brabant et le Jugement dernier. La relique du Christ est portée dans le cortège, entourée de cette immense dramaturgie religieuse et civique.⁶

Et soudain apparaît un sujet qui semble, à première vue, bien éloigné du petit fragment de chair conservé dans la cathédrale : les quatre continents.

Europe, Asie, Afrique et Amérique sont représentées sous la forme de reines triomphantes, accompagnées d’attributs évoquant leurs richesses et leurs échanges commerciaux. La scène appartient aux nouveaux tableaux ajoutés à la procession de 1564. Elle fut reprise dans les processions de 1564 et de 1566.⁷

Le monde entier semble ainsi défiler devant la relique.

La procession du Saint Prépuce est devenue une représentation de l'ordre du monde.

1561 : la procession comme réflexion sur la condition humaine

Le char du triomphe de l'envie
En l’an 1561, alors qu'Anvers s'impose comme le cœur battant de l’économie et de la culture des Anciens Pays-Bas, la ville invente une manière inédite de faire de sa très solennelle et annuelle procession de la Circoncision, l'Ommegang, un véritable livre ouvert sur le monde. L’ordonnance de cette année-là ne se contente pas de régler le déroulement du cortège, mais elle en fournit le programme allégorique monumental, conçu par les cercles littéraires et artistiques de l’époque que sont les Chambres de rhétorique. Au cœur de ce théâtre de rue et de cette cérémonie collective se trouve la relique du Saint Prépuce conservée dans la cathédrale, un petit fragment possédant une fonction symbolique immense autour duquel Anvers se représente elle-même à travers ses métiers, ses corporations, ses élites, son histoire, son commerce, ses croyances, ses peurs et ses espérances, dépassant ainsi le simple cadre de la dévotion individuelle.
Lors de ce défilé exceptionnel, ce ne sont pas de simples statues de saints qui traversent la ville, mais de véritables chars de triomphe vivants et richement décorés, théâtralisés par des acteurs et tirés par des créatures fantastiques ou des figures symboliques qui mettent en scène les étapes et les vicissitudes de l’existence humaine. Neuf chars illustrent ce message moral et philosophique en montrant comment le monde tourne en rond à cause des défauts humains, selon une réaction en chaîne où la Paix engendre la Richesse, la Richesse nourrit l'Orgueil, qui comprend le char du triomphe de l’envie, l'Orgueil provoque la Guerre, la Guerre amène la Pauvreté, la Pauvreté pousse à l'Humilité, et l'Humilité ramène enfin la Paix. Ce cycle perpétuel de la fragilité humaine est brutalement interrompu par les deux dernières représentations, à savoir le char de la Paix Éternelle et, enfin, le magistral char du Jugement Dernier, venu rappeler aux spectateurs que seule la justice divine transcende les erreurs de l'humanité.
Quelques années plus tard, afin de transformer cette procession éphémère en images durables pour ceux qui n'ont pas pu y assister ou pour en garder une trace éternelle, le grand éditeur anversois Hieronymus Cock publie une suite d'estampes fascinante intitulée Circulus Vicissitudinis Rerum Humanarum, ou Le Cercle des Vicissitudes Humaines. Ce cycle en plusieurs planches, conçu par le peintre Maarten van Heemskerck et gravé au burin par le virtuose Cornelis Cort, restitue fidèlement le défilé grâce au souci du détail du graveur qui rend hommage au génie architectural de ces structures éphémères, nous permettant aujourd'hui de voir le théâtre de rue de la Renaissance comme si nous y étions. Au-delà de leur beauté esthétique, ces œuvres constituent de précieux témoignages historiques dont les rares tirages originaux ne courent plus les rues, étant désormais précieusement conservés dans les plus grands musées d'Europe, depuis le Stedelijk Prentenkabinet d'Anvers jusqu'au Musée national de la Renaissance au Château d'Écouen en France, en passant par le Rijksmuseum d'Amsterdam.

L’ordonnance de 1561 est encore plus révélatrice.

Elle ne se contente pas de régler le déroulement du cortège. Elle fournit le programme des tableaux allégoriques. Neuf chars présentent les étapes et les vicissitudes de l’existence humaine : richesse, orgueil, envie, guerre, pauvreté, humilité, paix, puis le Jugement dernier.⁸

Quelques années plus tard, cette série de tableaux inspira une suite de gravures exécutées par Cornelis Cort d’après Maarten van Heemskerck et publiée à Anvers par Hieronymus Cock. L’œuvre graphique transforma ainsi une procession éphémère en images durables.

La ville avait inventé une manière de faire de sa procession un livre ouvert sur le monde.

La relique du Saint Prépuce se trouvait au cœur de ce théâtre.

Ce fait est capital pour notre compréhension de la relique. Elle n’était pas seulement l’objet d’une dévotion individuelle. Elle était le point autour duquel s’organisait une cérémonie collective où Anvers se représentait elle-même : ses métiers, ses élites, ses corporations, son histoire, son commerce, ses croyances, ses peurs et ses espérances.

Le petit fragment conservé dans la cathédrale possédait donc une fonction symbolique immense.

Splendeurs d'Anvers : Quand la rue devenait un théâtre de gravures (1561)

Imaginez-vous à Anvers, en l’an 1561. La ville est alors le cœur battant de l’économie et de la culture des Anciens Pays-Bas. Chaque année, la très solennelle procession de la Circoncision (l'Ommegang) envahit les rues. Mais cette année-là, le cortège religieux se transforme en un spectacle allégorique monumental qui marquera l'histoire de l'art à jamais. Pour ceux qui n'ont pas pu y assister, ou pour en garder une trace éternelle, le grand éditeur anversois Hieronymus Cock publie une suite d'estampes fascinante : le Circulus Vicissitudinis Rerum Humanarum (Le Cercle des Vicissitudes Humaines). Retour sur ce chef-d'œuvre de la gravure de la Renaissance, conçu par le peintre Maarten van Heemskerck et gravé au burin par le virtuose Cornelis Cort.

Un spectacle de rue gravé dans le cuivre

En 1561, ce ne sont pas de simples statues de saints qui défilent, mais de véritables chars de triomphe vivants, conçus par les Chambres de rhétorique (les cercles littéraires et artistiques de l’époque). Chaque char est une allégorie mouvante théâtralisée par des acteurs. La série d'estampes restitue fidèlement ce défilé à travers un cycle en plusieurs planches. On y voit des chars richement décorés, tirés par des créatures fantastiques ou des figures symboliques, qui racontent la fragilité de la condition humaine.

La roue de la vie : le cycle des vicissitudes

Le message de la procession (et des gravures) est profondément philosophique et moral. Il montre comment le monde tourne en rond à cause des défauts humains. La suite des chars fonctionne comme une réaction en chaîne : La Paix engendre la Richesse / La Richesse nourrit l'Orgueil / L'Orgueil provoque la Guerre / La Guerre amène la Pauvreté / La Pauvreté pousse à l'Humilité / L'Humilité ramène enfin la Paix.

Ce cycle perpétuel est brutalement interrompu par les deux dernières planches : le char de la Paix Éternelle et, enfin, le magistral char du Jugement Dernier, rappelant aux spectateurs que seule la justice divine transcende les erreurs de l'humanité.

Pourquoi ces gravures sont-elles si importantes ?

Au-delà de leur beauté esthétique, ces œuvres sont de précieux témoignages historiques. Elles nous permettent de "voir" le théâtre de rue de la Renaissance comme si nous y étions. Le souci du détail de Cornelis Cort rend hommage au génie architectural des chars éphémères de l'époque. Aujourd'hui, les rares tirages originaux de cette procession fantastique ne courent plus les rues : ils sont précieusement conservés dans les plus grands musées d'Europe, du Stedelijk Prentenkabinet d'Anvers au Rijksmuseum d'Amsterdam, en passant par le Musée national de la Renaissance au Château d'Écouen en France.

Beeldenstorm, par Frans Hogenberg

Une dernière procession avant la catastrophe

Et puis vient 1566. Le contraste est vertigineux. En 1564, les quatre continents défilaient devant les Anversois ; en 1566, la procession de la Sainte-Circoncision appartenait encore au monde ancien, mais celui-ci allait s’effondrer. La procession de 1564 est particulièrement précieuse parce qu’elle est la dernière dont nous puissions étudier aussi précisément le programme avant la disparition de la relique. Des recherches universitaires montrent que la procession avait lieu tous les trois ans et que la relique du Saint Prépuce était portée après la population laïque représentant les métiers de la ville, les tableaux vivants et les représentations historiques.⁷ Le Saint Prépuce n’était donc pas un objet marginal de la cathédrale. Il était au centre de l’une des grandes manifestations publiques d’Anvers. Lorsque la Beeldenstorm éclate en août 1566, ce n’est donc pas simplement une relique qui disparaît. C’est une pièce maîtresse de la mémoire cérémonielle de la ville qui s’évanouit.

La disparition

Une tradition anversoise du XIXe siècle attribue cette disparition à Herman Modet, prédicateur réformé et figure importante des événements iconoclastes. Pieter Génard écrit que Modet aurait dérobé la relique le jour de la Beeldenstorm et que personne ne la revit jamais. Une autre chronique tardive raconte qu’un « Herman », prédicateur allemand et l’un des principaux instigateurs de l’iconoclasme, la vola et l’emporta en Hollande.

Il faut cependant conserver ici une stricte prudence historique.

Les sources contemporaines établissent le rôle de Modet dans les événements religieux et iconoclastes d’Anvers, mais elles ne permettent pas de démontrer qu’il s’empara personnellement du reliquaire. L’attribution du vol à Modet appartient donc à une tradition historiographique ultérieure.

La disparition elle-même, en revanche, ne fait guère de doute.

Le Saint Prépuce ne réapparaîtra jamais.

La chapelle de la relique

Cette disparition peut pourtant être localisée avec une précision remarquable.

À partir de 1389, la relique se trouvait dans une chapelle qui correspond aujourd’hui à la chapelle du Bienheureux Louis Frarijn, autrefois chapelle des Quatre Couronnés. Après la fondation de la confrérie, elle fut transférée dans la chapelle située aujourd’hui à l’entrée de la sacristie. Celle-ci porta successivement les noms de chapelle de la Circoncision, de Saint-Grégoire des savonniers et de Saint-Ambroise des maîtres d’école.

En 1431 au plus tard, elle abritait déjà la confrérie de la Circoncision et la relique municipale.

Vers 1497, une chapelle plus vaste fut aménagée : la nouvelle chapelle de la Circoncision. La confrérie et la relique y furent transférées vers 1513. Cette chapelle est aujourd’hui la chapelle Saint-Antoine, dans la déambulatoire du chœur.⁹

C’est donc là que se trouvait le Saint Prépuce lorsque la fureur iconoclaste s’abattit sur Anvers.

La géographie actuelle de la cathédrale conserve ainsi, sous les changements de vocables et les transformations liturgiques, la trace matérielle de l’histoire de la relique.

Une confrérie qui survit à son trésor

Le paradoxe est que la confrérie ne disparaît pas avec la relique.

Elle continue son existence jusqu’en 1786.

C’est précisément ce qui donne au vitrail de 1615 une signification particulière. Cinquante ans après la disparition du Saint Prépuce, les membres de la confrérie décident de faire représenter non pas sa perte, mais la scène biblique dont leur relique était censée provenir.

Le geste est profondément mémoriel.

La relique n’est plus là ; l'événement fondateur demeure.

Le vitrail de 1615

En 1615, la confrérie commande donc une verrière consacrée à la Circoncision du Christ dans le transept nord de la cathédrale.

La verrière appartient à un ensemble de quatre vitraux du XVIIe siècle placés sur le mur oriental du transept nord : la Crucifixion, la Circoncision, la Vénération de Notre-Dame et Godefroy de Bouillon fondant le chapitre d’Anvers. La première est liée au doyen Johannes del Rio ; la dernière est financée en 1616 par les chanoines. La verrière de la Circoncision, elle, porte la marque mémorielle de la confrérie.¹

Cette chronologie est particulièrement éloquente.

La verrière n’est pas médiévale. Elle est postérieure à la disparition de la relique.

Elle ne constitue donc pas le témoignage visuel d’un culte encore intact : elle constitue le témoignage visuel d'un culte qui cherche à survivre à la perte de son objet.

La scène biblique

Au premier niveau, le vitrail représente naturellement l’épisode évangélique : l’Enfant Jésus est présenté pour accomplir le rite de la circoncision huit jours après sa naissance.

Marie, Joseph, le ministre du rite et les autres personnages prennent place autour de l’Enfant selon les conventions de l’iconographie de la Circoncision.

Mais dans la cathédrale d’Anvers, chacun de ces personnages acquiert une seconde dimension.

Marie est la mère de l’Enfant dont une partie du corps allait devenir, selon la tradition, une relique.

Le ministre accomplit le geste qui est à l’origine matérielle du reliquaire autour duquel la confrérie s’est constituée.

L’Enfant devient, au-delà de l’épisode évangélique, le corps dont la confrérie avait prétendu conserver un fragment.

Le geste de la circoncision prend ainsi une dimension presque vertigineuse : ce qui est montré sur le verre est précisément l’instant dont la relique disparue était censée conserver la trace corporelle.

La peinture sur verre devient donc une mémoire de chair.

De la procession au vitrail

C’est ici que les anciennes ordonnances des processions permettent de comprendre quelque chose que le seul vitrail ne permettrait pas de voir.

Avant 1566, la Circoncision n’était pas seulement représentée dans la cathédrale. Elle marchait dans la ville.

Les tableaux vivants de la procession mettaient en scène l’histoire sacrée. Les métiers et les corporations donnaient au cortège sa structure sociale. Les chars transformaient les rues en théâtre. Les allégories représentaient le monde, la condition humaine, les puissances terrestres et le destin dernier de l’homme.

Et au milieu de tout cela avançait la relique.

Après 1566, elle ne pouvait plus marcher.

Alors, en 1615, la scène de la Circoncision s’immobilise sur une verrière.

Le passage est saisissant : ce qui était autrefois un théâtre en mouvement devient une image fixe.

La procession avait besoin de rues, de chars, de personnages et d’une relique. Le vitrail n’a plus besoin que de lumière.

Godefroy de Bouillon et la mémoire des origines

La verrière voisine consacrée à Godefroy de Bouillon complète cette construction mémorielle.

La tradition anversoise associait Godefroy à l’arrivée du Saint Prépuce, même si cette attribution doit être maniée avec prudence. La verrière de 1616 représente quant à elle Godefroy comme fondateur du chapitre d’Anvers.

Les deux images forment donc un diptyque historique implicite.

D’un côté, la Circoncision, commencement du destin corporel du Christ.

De l’autre, Godefroy, commencement légendaire de l’histoire institutionnelle de la cathédrale.

Entre les deux s’inscrit la trajectoire de la relique : Jérusalem, les croisades, Anvers, la confrérie, les processions, la disparition.

Le vitrail ne raconte donc pas seulement la vie du Christ.

Il raconte indirectement la propre histoire de la cathédrale et de la ville.

La mémoire en verre

Il faudra attendre quatre siècles pour que cette mémoire soit elle-même sauvée de la disparition.

Les quatre verrières du transept nord furent démontées en 1977. Elles furent ensuite conservées sous forme de fragments ; en 1986, elles étaient stockées dans des caisses. Le vitrail qui avait survécu à la disparition de la relique semblait à son tour condamné à devenir un objet de réserve.

Des recherches techniques furent conduites en 2005-2006. Une restauration permit ensuite de recomposer les panneaux et de les replacer dans le transept nord à partir de 2012. La présentation de Madeleine Manderyck au Corpus Vitrearum, en janvier 2013, documente cette restauration, le plan de réinstallation et les différentes phases du travail.¹⁰

Aujourd’hui, les quatre verrières ont retrouvé leur place.

La lumière a donc rendu au vitrail ce que l’histoire avait retiré à la relique.

Ce que la relique n’est plus, le vitrail le devient

Aujourd’hui, le Saint Prépuce d’Anvers n’est plus là. Aucun reliquaire ne permet de l’apercevoir, aucun pèlerin ne se presse devant son autel, aucune procession ne le porte à travers les rues de la ville.

Mais la cathédrale n’est pas devenue muette.

Il reste la chapelle où la relique fut conservée, même si son nom a changé. Il reste les documents de la confrérie, dont les nouveaux registres permettent enfin de retrouver les noms, les comptes et les réseaux sociaux d’une institution presque effacée des archives. Il reste les ordonnances des processions, précieuses parce qu’elles nous permettent de savoir non seulement que la relique était vénérée, mais comment une ville entière la mettait en scène.

Il reste surtout cette scène de verre où l’Enfant Jésus offre silencieusement au regard le moment même dont la relique anversoise prétendait être le vestige matériel.

La disparition de 1566 a ainsi produit un étrange renversement.

Pendant des siècles, la relique avait donné sa puissance à l’image.

Après sa disparition, c’est l’image qui a conservé la mémoire de la relique.

Le petit fragment de chair n’est jamais revenu à Anvers.

Le vitrail, lui, est revenu.

Et lorsque la lumière traverse aujourd’hui les personnages de la Circoncision, elle ne traverse pas seulement une scène biblique. Elle traverse quatre siècles de mémoire : celle d’une relique dont l’existence fut disputée, d’une confrérie qui lui survécut, d’une ville qui fit de sa possession un signe de prestige et de dévotion, d’une procession qui transformait les rues en théâtre du monde, d’une disparition demeurée sans véritable explication, et d’une histoire que les Anversois, faute de pouvoir conserver le corps, ont finalement conservée dans le verre.

C’est peut-être là le paradoxe le plus beau de cette histoire : le Saint Prépuce a disparu, mais la scène de sa naissance est toujours là.

Et dans le silence lumineux de la cathédrale, le vitrail de 1615 accomplit encore, à sa manière, ce que la relique accomplissait autrefois : il oblige le regard à revenir vers le corps du Christ — non plus vers un fragment enfermé dans un reliquaire, mais vers l’image de l’instant où ce fragment, selon la tradition, fut séparé de lui.

Un texte bien informé

En janvier 1834, Antoine Guillaume Bernard Schayes publie son Essai historique sur les usages, les croyances, les traditions, les cérémonies, et pratiques religieuses et civiles des Belges anciens et modernes. Dans le treizième chapitre, l'auteur explore entre autres l'histoire singulière de la relique du Saint Prépuce à Anvers, retraçant ses origines, ses miracles, la vision de Sainte Brigitte, ainsi que la défense et les honneurs rendus à cet objet de dévotion face aux sacrilèges hérétique :

    « Pendant que l'église d'Anvers, dit le révérend Diercxsens, était si misérablement déchirée par l'hérésie de Tanchelin [Tanchelin, né en Zélande à une date inconnue et mort assassiné en 1115 à Anvers est un prédicateur illuminé, un prophète « communaliste » connu surtout pour son anticléricalisme. Il fut condamné comme hérétique.], qui jetait du mépris sur le sacrement de l'eucharistie, Dieu miséricordieux, pour contenir et affermir l'esprit des habitants dans la vraie foi, lui procura un trésor des plus sacrés, une partie du prépuce du Christ, conquise dans la Palestine, et approuvée par le chapelain de Godefroi de Bouillon, premier roi de Jérusalem. » (Diercxsens Antverpia Christo nascens et crescens, t. 1, p. 104). Ce chapelain donna cette relique, sur l'authenticité de laquelle tout Anversois, bon chrétien, ne peut concevoir des doutes, à son propre chapelain Arnould Heerbrant, et lui ordonna d'apporter à Anvers « ce trésor précieux, afin qu'un objet si saint, ainsi s'exprime le curé Diercxsens, fût arraché aux mains des infidèles. » Le bon chapelain se hâta donc de combler les vœux des pieux Anversois, et leur apporta en 1112 ou 1114 le saint prépuce (sacrum præputium). Le clergé et le peuple sortirent à sa rencontre, et le transférèrent à l'église de St. Michel. On ne put cependant lui rendre d'abord tous les honneurs et la vénération dus à une relique si rare, parce que le parti de Tanchelin était encore trop fort.
    Lorsque Tanchelin eut été chassé d'Anvers, on se hâta, en 1124, de transférer avec pompe ce trésor inestimable (pretiosissimus thesaurus) à l'église de N. D. Les chanoines, chargés en 1410 d'attester l'authenticité de la relique, rapportent dans leurs lettres testimoniales un miracle éclatant qui arriva alors à l'évêque de Cambrai dans sa tournée épiscopale à Anvers. Voici comme le fait y est raconté : « il arriva que notre vénérable père et seigneur de Cambrai dans sa sollicitude pastorale visita notre église. Devant célébrer une messe solennelle en honneur du très saint prépuce de notre seigneur, il ordonna qu'on lui apportât cette relique précieuse, et qu'on la posât sur le corporal dont il se servait en officiant, afin qu'il pût la contempler avec crainte et respect. Nos prédécesseurs ayant déféré, comme il était juste, à ce vœu pieux, l'évêque engagea le peuple à adresser ses prières communes au ciel, pendant qu'il prierait lui-même secrètement en célébrant la messe, afin que le seigneur daignât faire quelque miracle [1]. Chose admirable ! L'évêque vit avec étonnement qu'il était tombé du prépuce de notre seigneur, sur le corporal, trois gouttes de sang qui s'y voient encore jusqu'à ce jour, etc. »
    « Qui oserait douter, dit Diercxsens, que ce miracle ne contribuât efficacement à déraciner, dans l'esprit des citoyens séduits, toutes les erreurs de Tanchelin ? » (Diercxsens Antverp., tom. 1, pag. 146). Depuis trois siècles Anvers jouissait sans contestation de ce saint trésor, qui était le palladium de la ville; depuis trois cents ans on n'avait jeté aucun doute sur l'authenticité du prépuce divin, qu'on portait annuellement en pompe dans une procession solennelle appelée procession du sanctuaire (processio sanctuarii) ; depuis trois siècles un nombre immense de pèlerins et de pèlerines n'avait cessé d'accourir des lieux les plus éloignés pour venir adorer cette relique unique, dont une multitude de femmes, qu'aucun secours humain n'avait pu assister, avaient senti les effets miraculeux. D'ailleurs, dit Diercxsens, tout doute avait été écarté par le miracle arrivé à l'évêque de Cambrai.    
     Mais voilà que tout à coup une vision de Ste. Brigitte, si fertile en visions, vint jeter la consternation dans l'esprit des bons Anversois, et surtout dans celui des riches chanoines de Notre-Dame. Ste. Brigitte avait révélé que le St. Prépuce était à Rome et non à Anvers ! Voici comme se trouve décrite cette révélation dans le livre 4, c. 112 des révélations de Ste. Brigitte : « Marie a dit : après que mon fils eut été circoncis, je gardai sur moi avec le plus grand respect son prépuce, partout où j'allais. Quand le temps de mon rappel de ce monde fut là, je le confiai à Jean, mon gardien, avec le sang sacré qui restait dans les plaies, lorsque nous descendîmes mon fils de la croix. Après la mort de Jean et de ses successeurs, la perfidie et la malice de ce monde allant toujours en croissant, les fidèles cachèrent ces reliques dans un lieu très propre sous terre, où elles restèrent longtemps inconnues, jusqu'à ce qu'un ange les découvrit aux amis de Dieu. O Rome ! ô Rome ! si tu pouvais te savoir en possession d'un trésor si précieux, combien grande serait ta joie ! mais non, si tu pouvais pleurer, tu pleurerais toujours : parce que tu possèdes un trésor qui m'est si cher, et que tu ne l'honores pas [2]. »
    Cette révélation inspira l'incredulité aux vénérateurs du prépuce anversois, et les chanoines s'en aperçurent aisément au vide des troncs qui, comme jadis, ne s'affaissaient plus sous le poids de l'or et de l'argent des bons et honnêtes chrétiens. Les chanoines s'empressèrent donc de rassembler tous les arguments et les preuves capables de constater l'authenticité de leur relique. Ils dressèrent un mémoire justificatif, dans lequel ils prouvèrent par la tradition, par les écrits anciens, par le miracle de l'évêque de Cambrai et par la guérison d'un possédé, et d'une Reine de Sicile (regina Cecilie) que le prépuce d'Anvers était le seul et unique prépuce véritable. Pour ce qui est de la reine de Sicile, les chanoines n'ont pas daigné nous dire quelle était cette reine, ni à quelle époque elle vivait ; mais vouloir chicaner pour si peu de chose, ce serait montrer un scepticisme fort voisin de l'hérésie, et qui doit être rejeté avec horreur par tout fidèle dont l'humilité d'esprit est la principale vertu.
    Les chanoines triomphèrent donc, l'incrédulité disparut, l'affluence des pèlerins redoubla et avec elle les offrandes. On érigea une confrérie du saint prépuce [3] ; les Papes lui accordèrent des indulgences plénières, et nous verrions encore aujourd'hui, avec édification, porter dans la procession le très saint prépuce de N. S. conservé dans une magnifique chapelle de l'église de N. D. à Anvers, si les hérétiques luthériens et calvinistes, possédés et inspirés par le diable, n'eussent porté sur lui leurs mains sacrilèges en 1565, comme on a vu en 1793 le Jacobin Ruhl, membre de l'infernale et hérétique convention nationale, porter les siennes sur la Ste. Ampoule de Reims apportée du ciel par un pigeon. Malgré la perte de son divin prépuce, le bon peuple d'Anvers conservait encore au siècle dernier la chapelle, la procession annuelle [4] et la confrérie établies en honneur de cette sainte relique. 
[1]: Texte latin de la charte des chanoines (1410) inséré à cet endroit dans le texte original : « ...signum aliquid mittere dignaretur. Mira res ! Ecce ex prefato domini Preputio in corporale, cui impositum fuerat, tres sanguinis guttulas, que (sic) in hoc usque evum apparent et permanent, stupens conspicit resudasse, statimque totam circà rem hanc, si quid inheserat dubietatis vulgus, de ejus pectore preputatum est : orabat tamen paenitentia ductus pius pater, dominum populumque pro se orare fecit, veritus, si fortè in hac re Deum temnendi vitium ullatenus incurisset » (Canonicor. litteræ testimoniales etc. apud Diercxsens, tom. 1, p. 145).
[2]: Texte latin de la révélation inséré en note dans l'original : « Maria ait : cum filius meus circumcideretur, ego membranam illam in maximo honore servabam, ubi ibam. Cum tempus vocationis mece de hoc monde instaret, ego ipsam commendavi Johanni custodi meo cum sanguine illo benedicto, qui remansit in vulneribus ejus, quando deposuimus eum de cruce. Post hoc, S. Joanne et successoribus ejus sublatis de mundo, crescente malitia et perfidia, fideles, qui tunc erant, absconderunt illa in loco mundissimo sub terrâ et diu fuerunt incognita, donec Angelus Dei illa amicis Dei revelavit. O Roma ! O Roma ! si scires, gauderes utique, imo si scires flere, fleres incessanter : quia habes thesaurum mihi carissimum et non honoras illum. » (lib. IV revel. St. Brigittæ c. 112, Diercxsens tom. 2, p. 173).
[3]: Note (1) de l'édition originale correspondant à la création de la confrérie.
[4]: Note (2) de l'édition originale correspondant au maintien de la procession annuelle.Notes

---------------------------------------------------------------

1. Onroerend Erfgoed, « Het preputium domini terug in de Antwerpse kathedraal? ». La notice patrimoniale précise que quatre vitraux du XVIIe siècle furent restaurés et replacés dans le transept nord : la Crucifixion, la Circoncision du Christ, la Vénération de Notre-Dame et Godefroy de Bouillon. Le vitrail de la Circoncision fut commandé en 1615 par la Confrérie de la Circoncision.

2. Fondation Roi Baudouin, Liste des membres et comptes de la Confrérie de la Sainte-Circoncision. L'ensemble comprend un registre calligraphié commencé en 1684 et complété jusqu'en 1786, ainsi que trois livres de comptes couvrant 1559-1720. Les documents furent acquis en 2026 et doivent être conservés et étudiés par les Archives de l'État à Anvers.

3. Leo de Burbure, éd., De Antwerpsche ommegangen in de XIVe en XVe eeuw, naar gelijktijdige handschriften, Anvers, 1878. L’édition repose notamment sur un manuscrit réglant les processions anversoises au début de 1398. Le texte identifie la Besnijdenis-ommegang comme l’une des grandes processions de la ville et la relie à l’arrivée de la relique du Saint Prépuce. La présentation bibliographique contemporaine de cette édition confirme l’existence de l’ordonnance de 1398.

4. Wendy Wauters, De geuren van de kathedraal, passage consacré aux cérémonies de 1494, repris par Historiek, « Antwerpse pelgrims vergaapten zich aan ‘belangrijke delen’ van de Heilige Voorhuid », 3 avril 2024. La source rapporte l’affluence des pèlerins, les cérémonies du samedi soir et la présentation de la relique à l’autel avant sa procession le dimanche de la Trinité.

5. Les ordonnances imprimées conservées pour les processions de la Sainte-Circoncision comprennent notamment Ordenantie van den Besnijdenis Ommeganck de 1559, Ordinancie, Inhoudende de Poincten vanden Heylighen Besnijdenis Ommeganck de 1561 et 1562, ainsi que l’ordonnance des nouveaux poincten de 1564. Elles constituent des sources primaires essentielles pour la connaissance des cortèges immédiatement avant 1566.

6. Les études consacrées aux ommegangen anversois montrent que la procession de la Sainte-Circoncision associait la population, les corporations, les tableaux vivants et la relique elle-même. Le cortège était donc simultanément religieux, civique et théâtral.

7. Ann-Sophie Snoeck, étude sur le développement des personnifications des continents au XVIe siècle, Université de Gand. La section consacrée à la Heilige Besnijdenis Ommegang van 1564 indique que la relique du prépuce était portée dans le cortège, précédée des représentants des métiers, de tableaux vivants de l’Ancien et du Nouveau Testament, des ducs de Brabant et du Jugement dernier. Elle signale également le tableau nouveau des quatre continents, représentés comme des impératrices triomphantes, repris en 1564 et 1566.

8. Sur l’ordonnance de 1561 et ses neuf chars allégoriques, voir les travaux consacrés à Maarten van Heemskerck et à la procession anversoise de 1561. La série gravée de 1564 par Cornelis Cort, d’après Maarten van Heemskerck et publiée par Hieronymus Cock, constitue une transposition graphique du programme processionnel. Le thème était celui du « cycle des vicissitudes des affaires humaines ».

9. TOPA, Onze-Lieve-Vrouwekathedraal, kooromgang. La documentation patrimoniale indique que la confrérie et la relique furent transférées vers 1513 dans la nouvelle chapelle de la Circoncision, correspondant aujourd’hui à la chapelle Saint-Antoine.

10. Madeleine Manderyck, Vier 17e-eeuwse glasramen teruggeplaatst in de kathedraal van Antwerpen, communication présentée au Corpus Vitrearum België, Arlon, 25 janvier 2013. La présentation documente les différentes étapes de la restauration et le retour des quatre verrières du transept nord.

11. Pieter Génard, « Zedegeschiedenis. Eigenaardige Godsdienstige gebruiken van Antwerpen in vroegere tijden », Dietsche Warande, 1898. Génard attribue à Herman Modet le vol de la relique lors de la Beeldenstorm. Ce témoignage est tardif et doit donc être distingué des sources contemporaines de 1566.

12. Domien Sleeckx, Kronyken der straten van Antwerpen, notice consacrée à la Sainte-Circoncision. Sleeckx rapporte également que la relique aurait été volée pendant l’iconoclasme et emportée en Hollande. Il s’agit, là encore, d’une source tardive.

13. La littérature historique récente souligne que les ommegangen anversois ne constituaient pas de simples processions religieuses : ils combinaient le cortège traditionnel des corporations, des magistrats et des ordres religieux avec des tableaux vivants montés sur des chars. À partir de la fin des années 1550, les chambres de rhétorique contribuèrent à transformer ces manifestations en spectacles allégoriques plus complexes.

14. La valeur exceptionnelle des ordonnances tient précisément à leur proximité chronologique avec les événements. Le manuscrit de 1398 est antérieur de plus d’un siècle à la disparition de la relique ; les ordonnances imprimées de 1559-1564 sont contemporaines des dernières années de son existence. Elles constituent donc des témoignages beaucoup plus solides que les récits rédigés plusieurs siècles après les faits.