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dimanche 30 août 2026
Sisi, Schloß Possenhofen und König Ludwig II / Sissi, le château de Possenhofen et le roi Louis II
jeudi 27 août 2026
Les Étrusques — de Villanova à Rome, une expo aux Collections nationales d'antiquités de Munich
Jusqu’au 8 janvier 2017, les Staatliche Antikensammlungen de Munich, sur la Königsplatz, présentent Die Etrusker – Von Villanova bis Rom, une exposition consacrée à la civilisation étrusque, de la culture villanovienne jusqu’à la romanisation progressive de l’Étrurie.
L’exposition rappelle d’abord l’ampleur, dans le temps comme dans l’espace, de l’influence étrusque en Italie. La culture de Villanova, qui se développe entre le Xe et le VIIIe siècle avant J.-C. dans la région de Bologne, constitue l’un des points de départ de cette civilisation. Les Étrusques développent ensuite leur puissance en Toscane et entretiennent avec le monde grec et méditerranéen des échanges constants. Rome elle-même est profondément marquée par cette proximité : pendant une période de son histoire, elle est littéralement « étruscanisée ».
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| Urnes cinéraires |
Une grande partie de ce que nous savons des Étrusques provient cependant de leurs tombes, les villes ayant été en grande partie recouvertes ou détruites par l’occupation continue des mêmes territoires. Les objets funéraires constituent ainsi une source essentielle, mais aussi une source qu’il faut interpréter avec prudence. L’exposition invite précisément à dépasser l’image traditionnelle d’un peuple mystérieux, apparu brusquement puis disparu sans laisser de traces.
Parmi les pièces les plus remarquables figure une grande fibule en or provenant de Vulci, datée vers 675-650 avant J.-C., qui témoigne de la virtuosité des orfèvres étrusques. Les grands trépieds en bronze de la collection James Loeb, notamment le monumental chaudron daté vers 550-525 avant J.-C., comptent également parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition. Leur décor de sphinx, de lions et de créatures fantastiques illustre le goût des élites étrusques pour les objets précieux et leur ouverture aux modèles méditerranéens.
La céramique occupe une place importante. Le bucchero, cette céramique noire caractéristique de l’Étrurie, apparaît sous des formes très diverses : canthares, kyathoi, cruches, amphores et récipients parfois si richement décorés qu’ils semblent davantage destinés à être admirés qu’à être utilisés. Certaines pièces portent des masques, des têtes de lions ou des personnages en relief. Un grand kyathos en bucchero, haut de 37 centimètres, constitue ainsi un exemple spectaculaire de cette vaisselle de prestige.
Parmi les pièces les plus singulières figure un kantharos en forme de tête représentant Charun, le démon étrusque de la mort, daté d’environ 400 avant J.-C. Son visage saisit par son expression presque hallucinée : yeux exorbités, nez puissant, peau profondément ridée, barbe, cheveux noirs, oreilles distendues par des anneaux d’or et nez orné d’une boucle à laquelle est suspendue une cornaline. Cette figure grotesque et fascinante, à la fois inquiétante et presque moderne, incarne le rapport particulier des Étrusques au monde des morts. Apparenté au Charon grec, Charun devient cependant chez les Étrusques une figure originale, souvent représentée comme un démon violent armé d’un marteau.
La Chimère, présentée ici sous la forme d’une copie de la célèbre Chimère d’Arezzo, constitue l’une des images les plus saisissantes de l’art étrusque. Ce monstre fabuleux, au corps de lion, à la tête de chèvre surgissant de l’échine et à la queue terminée par un serpent, témoigne de la fascination des Étrusques pour l’univers mythologique grec, qu’ils ne se contentèrent pas d’imiter mais qu’ils intégrèrent à leur propre imaginaire. L’original, chef-d’œuvre du bronze étrusque probablement réalisé au IVᵉ siècle avant notre ère, est conservé à Florence. Même reproduite, la Chimère conserve cette extraordinaire puissance animale : gueule ouverte, muscles tendus, corps prêt à bondir, elle semble moins être une créature mythologique qu’une bête saisie dans l’instant qui précède l’attaque.
D’autres petits vases attirent l’attention par leur fantaisie : aryballes et alabastres en forme de lièvre, de singe, d’oiseaux ou même de jambe chaussée d’une élégante botte. Il s’agit de récipients destinés notamment aux huiles et aux parfums. Ces objets, parfois minuscules, disent beaucoup du raffinement de la vie aristocratique étrusque.
L’influence grecque est particulièrement visible dans les vases peints. Une amphore attique dite tyrrhénienne, fabriquée à Athènes spécialement pour le marché étrusque, témoigne de l’intensité des échanges commerciaux. Une autre amphore, réalisée vers 550-530 avant J.-C. par le Peintre de Pâris, représente le jugement de Pâris accompagné d’une frise animale ; retrouvée à Vulci, elle montre combien les mythes et les formes artistiques grecques sont intégrés dans la culture étrusque.
Le monde du banquet est lui aussi présent : cruches, coupes, kyathoi et autres récipients rappellent l’importance du symposium, pratique d’origine grecque adoptée et transformée par les aristocraties étrusques. Certains objets sont volontairement somptueux, voire difficilement utilisables : leur fonction est autant sociale et symbolique que pratique.
L’exposition montre également la richesse de la bronze étrusque, avec notamment les éléments du célèbre char de San Mariano. Une plaque de bronze provenant du char, datée vers 550-530 avant J.-C., porte des scènes de chasse et de combat. À proximité apparaît Metus, l’équivalent étrusque de la Méduse grecque, qui devient dans l’imaginaire étrusque une puissante figure démoniaque.
À travers ces objets très différents — bijoux, bronzes, vases de banquet, récipients à parfums, céramiques de luxe, objets funéraires et représentations mythologiques — Die Etrusker – Von Villanova bis Rom fait apparaître une civilisation beaucoup moins isolée qu’on ne l’a longtemps imaginé. Les influences grecques et orientales sont nombreuses, mais elles sont assimilées et transformées dans une culture proprement étrusque.
La dernière leçon de l’exposition est peut-être la plus intéressante : les Étrusques ne disparaissent pas simplement avec la conquête romaine. Leur culture se transforme et se prolonge dans la société romaine. Religion, pratiques divinatoires, formes artistiques et traditions sociales continuent de porter leur empreinte. L’histoire étrusque apparaît ainsi moins comme celle d’une disparition que comme celle d’une transformation culturelle, où chaque civilisation se nourrit de celles qui l’ont précédée.
Parcours photographique
Photos Luc-Henri Roger
mercredi 26 août 2026
Atalanta au Festival d'Innsbruck : l’Arcadie, laboratoire de l’amour
Opéra baroque : Jeunes talents
Cet été, des participants issus du Concours Cesti de l'année précédente ont monté l'opéra Atalanta de Georg Friedrich Haendel. Après s'être distingués lors de la 16e édition du Concours de chant « Pietro Antonio Cesti » en 2025, ces chanteurs ont interprété ce dramma per musica dans une mise en scène de François de Carpentries et Karine Van Hercke. L'équipe de metteurs en scène est déjà bien connue du public d'Innsbruck : François de Carpentries et Karine Van Hercke avaient précédemment créé un univers visuel fantastique avec La fida ninfa, qui avait rencontré un vif succès auprès de la critique et du public. Andrea Buccarella dirige l'orchestre, accompagné dans la fosse par la Schola Cantorum Basiliensis, un ensemble qui avait impressionné lors du Concours Cesti par son enthousiasme et son talent artistique. La distribution réunit Silvia Porcellini en Atalanta, Sarah Hayashi en Meleagro, Justina Vaitkute en Irène, Salvador Simão en Aminta, Peter Edge en Nicandro et Pierre Gennaï en Mercurio. (Un changement de distribution de dernière minute a conduit Sarah Hayashi à remplacer Oda Nysæter dans le rôle de Meleagro.)
Atalanta à Innsbruck : l’Arcadie, laboratoire de l’amour
Il faut parfois quitter le monde réel pour pouvoir enfin être soi-même. C’est précisément ce que font Atalanta et Meleagro dans Atalanta de Georg Friedrich Haendel : la princesse d’Arcadie devient la bergère Amarilli, tandis que le roi d’Étolie se dissimule sous les traits du berger Tirsi. Dans l’Arcadie imaginaire où Haendel installe son opéra, les identités se brouillent, les rangs sociaux s’effacent en apparence et les sentiments peuvent enfin s’exprimer. Mais ce refuge est aussi un piège : chacun tombe amoureux d’un être dont il ignore la véritable identité et dont le statut social lui paraît, précisément, rendre cet amour impossible.
Pour Karine Van Hercke, interrogée par Uma Tholen dans le programme des Festwochen, l’Arcadie est ainsi « un laboratoire des sentiments » : un espace préservé des événements du monde extérieur, une parenthèse où les émotions humaines peuvent se déployer jusqu’à une forme de surréalisme. C’est cette idée qui constitue l’une des clés de la production présentée à Innsbruck, où François de Carpentries et Karine Van Hercke retrouvent les jeunes chanteurs révélés l'an dernier par le Concours Cesti.
Une fête royale devenue comédie des sentiments
Composée à Londres en 1736, Atalanta est d’abord une œuvre de circonstance. Haendel l’écrit pour célébrer le mariage de Frédéric-Louis de Hanovre, prince de Galles et héritier du trône britannique, avec Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg. La première a lieu le 12 mai au Covent Garden Theatre, devant le roi et la reine. L’œuvre connaît immédiatement le succès et sera reprise à plusieurs reprises au cours de la même année.
Mais l’opéra destiné à célébrer une union princière raconte une histoire où l’amour ne peut précisément s’accomplir qu’au prix d’un oubli des conventions sociales. Le livret anonyme, inspiré de La caccia in Etolia de Belisario Valeriano, transpose librement le mythe d’Atalante dans une Arcadie pastorale.
La chasseresse Atalanta y est très différente de la figure héroïque de la mythologie grecque. Le mythe en fait une femme indépendante, redoutable à la course comme à la chasse ; Haendel, suivant sa source, en fait une princesse qui découvre avant tout les bouleversements de l’amour. Christian Moritz-Bauer souligne dans le programme cette transformation profonde du personnage : la redoutable chasseresse devient une femme qui doit désormais affronter une proie autrement plus difficile à maîtriser, son propre désir.
Le sanglier de Calydon, — monstrueuse bête envoyée par la déesse Artémis pour ravager la région de Calydon, en Étolie, — n’est donc pas seulement le monstre qu’il faut abattre. Après l’avoir vaincu, Atalanta comprend qu’une autre créature, invisible celle-là, vient de faire irruption dans son existence.
Deux couples, deux jeux de pouvoir
À côté d’Atalanta et de Meleagro, Haendel installe un second couple, Irene et Aminta. Les deux histoires se répondent sans jamais se confondre. Chez les princes déguisés, l’amour est retenu, presque craintif ; chez les bergers, il devient un jeu de provocations, de jalousie et de domination.
François de Carpentries et Karine Van Hercke voient dans Irene et Aminta une sorte de miroir comique du couple noble. Mais leur relation n’est pas pour autant dépourvue de violence : Irene repousse Aminta, le soumet à des épreuves et cherche à conserver sur lui une forme de pouvoir. Les deux héroïnes, chacune à sa manière, tentent ainsi de ne pas se laisser enfermer dans une relation dominée par l’homme.
L’intrigue avance dès lors par une succession de déguisements, de messages, de cadeaux amoureux et de malentendus. Meleagro reconnaît rapidement qu’Amarilli n’est autre qu’Atalanta, mais celle-ci ne comprend pas que Tirsi est le roi qu’elle pourrait aimer sans transgresser la hiérarchie sociale. Les personnages savent donc parfois davantage que ceux qu’ils aiment, mais jamais assez pour que la vérité puisse simplement éclater.
Une musique festive traversée par le trouble
Cette apparente légèreté narrative ne doit pourtant pas conduire à sous-estimer la partition. Atalanta est une œuvre festive, pastorale, largement dominée par les tonalités majeures, mais Haendel y introduit des zones de fragilité et de mélancolie qui donnent aux sentiments une profondeur inattendue.
Christian Moritz-Bauer suit particulièrement bien le parcours musical d’Atalanta. Sa première apparition est martiale et conquérante ; elle déploie ensuite toute sa virtuosité dans « Riportai gloriosa palma ». Mais au deuxième acte, le personnage semble soudain changer de nature. Dans « Lassa! Ch’io t’ho perduta », sa plainte en ut mineur, accompagnée notamment par un violon solo, fait entendre une femme prisonnière d’un sentiment qu’elle ne parvient plus à contenir.
Meleagro bénéficie lui aussi d’une écriture particulièrement brillante. Haendel avait confié le rôle au jeune castrat Gioacchino Conti, dit Gizziello, et lui avait réservé une succession d’airs permettant de déployer toute l’étendue de ses moyens vocaux. « Non sarà poco » exige notamment une virtuosité spectaculaire et atteint le contre-ut, tandis que les deux duos avec Atalanta constituent les véritables sommets de leur relation musicale.
Le premier de ces duos, « Amarilli? / Oh Dei, che vuoi? », est particulièrement remarquable : les voix semblent se chercher sans jamais véritablement se rejoindre. Le second, au troisième acte, accompagne au contraire la révélation progressive de leur égalité et leur permet enfin de chanter ensemble dans une parfaite harmonie.
Une Arcadie faite de ruines, de fantasy et de mémoire
C’est à partir de cette matière que François de Carpentries et Karine Van Hercke construisent leur univers scénique. Ils ne cherchent pas à reconstituer une Grèce antique vraisemblable. Karine Van Hercke explique au contraire puiser dans des imaginaires multiples : baroque, heroic fantasy, réalisme, mais aussi manga, où peuvent cohabiter des personnages appartenant à des mondes et à des époques différentes.
Cette liberté correspond finalement à la nature même de l’Arcadie. Elle n’est pas un lieu historique : c’est un ailleurs. Un territoire imaginaire où l’on peut faire ce que le monde réel interdit.
Et c’est peut-être aussi pourquoi les ruines prennent une telle importance dans la réflexion des artistes. Elles deviennent, selon Karine Van Hercke, des éléments porteurs de sens, capables de faire affleurer toute l’histoire de l’humanité et de ses arts.
À cette invention visuelle s’ajoute celle de Mercurio. Dans le livret, le messager des dieux est le traditionnel deus ex machina qui arrive au dernier moment pour résoudre les problèmes. François de Carpentries et Karine Van Hercke choisissent d’en faire un personnage présent tout au long de l’action : il tente à plusieurs reprises de remettre les couples sur la bonne voie, mais sa maladresse et le caractère des protagonistes font échouer ses interventions. Ce sont finalement les mortels qui résolvent eux-mêmes leurs conflits.
Cette idée est particulièrement révélatrice de leur lecture : dans cette Arcadie, même les dieux ne peuvent imposer l’amour ; ils peuvent seulement essayer de l’aider à trouver son chemin.
De la fête royale à la fête d’Innsbruck
Il reste enfin le paradoxe du finale. Atalanta fut créée pour célébrer un mariage royal et Haendel transforme son dernier acte en véritable apothéose : Mercure bénit les couples, les chœurs éclatent, les fanfares retentissent et la fête théâtrale rejoint la célébration dynastique qui avait présidé à la naissance de l’œuvre.
Deux siècles et demi plus tard, la boucle se referme à Innsbruck. La production s’inscrit dans le programme « Jeunes talents de l’opéra baroque » et réunit plusieurs artistes qui se sont distingués lors du Concours Cesti 2025.
La fête de 1736 devient ainsi, à Innsbruck en 2026, une autre forme de célébration : celle de la transmission, de la découverte de jeunes artistes et de la vitalité retrouvée d’un répertoire qui ne cesse de trouver de nouveaux visages.
Examinons à présent ce que cette belle mécanique produit réellement sur scène.
François de Carpentries élargit considérablement le rôle du dieu Mercure, qui n'apparaît dans le livret original qu'au dernier acte, en deus ex machina descendant des cieux pour accorder sa bénédiction divine au couple royal et inviter l'assemblée à célébrer le triomphe de l'amour. Ici, Mercure devient l'animateur de la soirée : il apparaît au début de chacun des trois actes pour en introduire l'action, récitant des extraits des Métamorphoses d'Ovide — en latin, s'il vous plaît — tel un Monsieur Loyal venu ponctuer les numéros du cirque virevoltant des relations amoureuses complexes de cette œuvre créée pour célébrer un mariage royal.
Le rôle est confié au baryton-basse Pierre Gennaï, dont la voix de stentor, grave, mâle et puissante, s'impose avec autorité. Coiffé du traditionnel casque ailé, Mercure porte un somptueux costume baroque: un péplum blanc et or laisse apparaître un plastron doré dont les ornements repoussés témoignent d'une remarquable richesse de composition. L'élargissement du rôle ne nous a toutefois pas semblé apporter grand-chose à une action déjà passablement emberlificotée. Il offre surtout un écrin supplémentaire au chanteur, qui aurait autrement dû se contenter de son intervention dans le finale.
La mise en scène de François de Carpentries, les décors et costumes de Karine Van Hercke et les projections vidéo d'Aurélie Remy placent chacun des trois actes dans un univers visuel différent.
Le premier acte se déroule dans une forêt arcadienne magique. La vidéo projetée en fond de scène donne à voir une forêt animée, dont les arbres aux branches tentaculaires et mouvantes semblent habités par d'étranges créatures monstrueuses aux yeux menaçants, sans doute des sangliers ou des hiboux. On y voit Atalanta enfant, déjà guerrière, s'exercer au tir à l'arc et prendre pour cible une poupée représentant une mariée. Devenue adulte, elle sera celle qui abattra le sanglier de Calydon, cette bête gigantesque envoyée par Artémis pour ravager la région. Ce premier acte relève clairement du genre de la pastorale, si apprécié au XVIIIe siècle.
Le roi Meleagro s'est réfugié en Arcadie sous une fausse identité : il se fait passer pour le berger Tirsi. Il rencontre le berger Aminta, en proie aux tourments de l'amour, qui se lamente d'avoir été trahi par sa bien-aimée, la bergère Irene.
Au deuxième acte, les personnages ont troqué leurs costumes de bergers pour de riches tenues de cour baroques. Des tables sont dressées pour un banquet. Les personnages apparaissent masqués et l'on ne les reconnaît plus qu'à leurs voix — si l'on y parvient. Ce nouveau travestissement, que le livret ne prévoit pas, ajoute à la complexité de l'action sans que l'on en perçoive vraiment la nécessité. C'est esthétiquement très réussi, mais cela embrouille fâcheusement la compréhension d'une intrigue déjà suffisamment intriquée, au sein de laquelle une chatte peinerait à retrouver ses petits. Il nous aurait paru plus pertinent de s'en tenir à l'univers pastoral du premier acte.
Cette confusion se prolonge au troisième acte, dont l'action se déroule dans un parc statuaire peuplé d'hermès. Tous les personnages sont désormais vêtus de chemises de nuit blanches identiques et coiffés de bonnets de nuit blancs, que n'aurait pas dédaignés le Bourgeois gentilhomme — sauf qu'ils évoluent pieds nus. (« Quoi ! quand je dis : “Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit”, c'est de la prose ? ») L'uniformisation des costumes ne contribue guère davantage qu'au deuxième acte à différencier les personnages. Elle veut sans doute signifier qu'ils ont désormais atteint une forme d'égalité sociale, au-delà de leurs identités et de leurs statuts respectifs.
Pour le finale, le fond de scène fait apparaître le château renaissant d'Ambras, voisin d'Innsbruck, dont l'aspect actuel date de la fin du XVIe siècle : une manière élégante de renouer avec le cadre historique et dynastique qui présidait à la création de l'œuvre.
Les décors sont volontairement minimalistes : quelques colonnades en carton-pâte, des hermès du même matériau et des tables dressées pour le banquet. Ce sont surtout les vidéos qui créent les différents univers, avec parfois une certaine surenchère. Une toile translucide descend ainsi des cintres et reçoit des projections qui viennent littéralement noyer les chanteurs, ce qui nuit alors à leur visibilité. Sur le plan visuel, ce sont finalement les somptueux costumes qui emportent le plus sûrement l'adhésion.
Les jeunes talents au rendez-vous
Les interprètes constituent incontestablement le clou de la soirée. C'est pour les écouter, les découvrir et les applaudir que le public s'est déplacé. Et il n'est pas déçu.
Sarah Hayashi, qui a assuré un remplacement presque au pied levé, interprète avec bonheur le rôle de Meleagro / Tirsi. Elle affronte les vocalises du grand air de Meleagro, à la fin du premier acte, « Non sarà poco, se il mio gran foco », avec une virtuosité qui ne sacrifie jamais la netteté de l'articulation. Les traits sont lancés avec précision, mais surtout avec une véritable intention dramatique : la virtuosité ne paraît jamais plaquée sur le personnage. Au deuxième acte, elle sait également traduire avec justesse les émotions plus tragiques de Meleagro. Au troisième acte enfin, son exultation, portée par une voix qui déploie toute sa puissance, donne à la conclusion de son parcours une intensité communicative.
L'Atalanta de Silvia Porcellini constitue l'autre grand bonheur de la soirée. Elle enchante par le rayonnement et l'éclat de son soprano et se montre tour à tour héroïque et amoureuse. Elle différencie avec beaucoup de finesse la chasseresse qui débarrasse l'Arcadie du sanglier de Calydon et la jeune femme qui déplore un amour que la différence supposée de statut social rend impossible. Les deux protagonistes excellent dans leurs deux grands duos, qui comptent parmi les plus beaux moments de la soirée.
La performance des chanteurs qui composent le second couple est elle aussi remarquable. Le ténor portugais Salvador Simão, lauréat du prix Cesti l'an dernier, incarne avec une grande intelligence dramatique la tendresse, la fidélité absolue et la profonde sensibilité du berger Aminta. La scène du troisième acte dans laquelle, en désespoir de cause, il claironne son amour pour une autre femme afin de rendre Irene jalouse est empreinte d'une délicieuse drôlerie.
La contralto lituanienne Justina Vaitkute, qui avait conquis le public l'an dernier dans le rôle-titre d'Il Giustino de Vivaldi à Innsbruck, campe une Irene très affirmée et en révèle une personnalité complexe, que l'on peine toutefois à approuver tant la bergère va à hue et à dia.
Le baryton anglais Peter Edge confère à Nicandro la stabilité de ses beaux graves. Il est le vieux berger, père d'Irene et confident du roi Meleagro. À la fin de l'œuvre, c'est lui qui révèle les véritables identités des personnages dissimulés, permettant ainsi aux deux couples de s'unir avant l'intervention finale du dieu Mercure.
Une musique à la hauteur de la fête
L'orchestre de la Schola Cantorum Basiliensis, placé sous la direction historiquement informée d'Andrea Buccarella, restitue avec beaucoup de finesse la douceur, la légèreté et la joyeuse atmosphère festive de cette serenata de Haendel. Andrea Buccarella ne cherche jamais à épaissir le son. Les cordes restent légères, les basses discrètes, et les épisodes les plus virtuoses conservent une étonnante souplesse. Cette transparence permet aux voix de rester constamment au premier plan. Dans les airs, le chef privilégie moins l'effet de virtuosité que la continuité du phrasé : les vocalises semblent prolonger la ligne expressive plutôt que s'y substituer.
Point culminant de l'action, l'épilogue fonctionne comme un véritable feu d'artifice musical, célébrant les jeunes mariés royaux et refermant cette œuvre conçue elle-même comme un cadeau de noces.
Au-delà des choix de mise en scène, parfois discutables dans leur volonté d'ajouter encore à la complexité d'une intrigue qui n'en manque déjà pas, la soirée trouve donc sa véritable justification dans ses interprètes. L'excellence de ces jeunes talents réunis à Innsbruck permet d'entrevoir avec confiance l'avenir de l'opéra baroque : la relève est là, brillante, engagée et manifestement prête à prendre la scène.
Distribution du 23 août
23 août 2026
Direction : Andrea BuccarellaMise en scène et lumières : François de Carpentries
Dramaturgie, décors et costumes : Karine Van Hercke,
Videos : Aurèlie Remy
Atalanta : Silvia Porcellini
Meleagro : Sarah Hayashi
Irene : Justina Vaitkute
Aminta : Salvador Simão
Nicandro : Peter Edge
Mercurio : Pierre Gennaï
Orchestre de la Schola Cantorum Basiliensis
Crédit photographique @ Birgit Gufler
mardi 25 août 2026
Louis II de Bavière : 181 ans après sa naissance, les livres d'un passionné
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| Le roi Lohengrin |
1. Des fleurs pour le Roi Louis II de Bavière


2. Louis II de Bavière. Le Cygne des Wittelsbach

3. Les Voyageurs de l’Or du Rhin


5. Le Roman d’un roi. Les troublantes amours de Louis II de Bavière

6. La Pupille du roi Louis II de Bavière

7. König Ludwig und sein Schützling

8. Les impostures littéraires de Lew Vanderpoole : George Sand et Louis II de Bavière
vendredi 21 août 2026
Quand Munich défiait Bayreuth : les 125 ans du Théâtre du Prince Régent
Il y a 125 ans, les 20 et 21 août 1901, Munich inaugurait l’un de ses théâtres les plus emblématiques : le Prinzregententheater. Conçu comme un écrin pour les œuvres de Richard Wagner, il allait pourtant naître au cœur d’une véritable bataille entre Munich et Bayreuth. Car pour Cosima Wagner, veuve du compositeur et gardienne de son héritage, l’existence même de cette nouvelle scène menaçait le caractère unique de Bayreuth.
« Lorsqu’on annonça la construction, à Munich, du Prinzregententheater, Mme Cosima Wagner, voyant dans cette entreprise une concurrence pour Bayreuth, émit la prétention que les onze œuvres de Wagner dont l’Opéra de la cour de Munich a acquis le droit de représentation ne pouvaient être jouées au Prinzregententheater. »
1° Les œuvres de Wagner ne pourront être jouées simultanément à Munich et à Bayreuth.2° Aucun des artistes engagés par Mme Cosima Wagner ne pourra accepter un engagement au théâtre du Prince-Régent.
« Pendant l’une des dernières représentations de la Walkyrie, au théâtre du Prince-Régent de Munich, un peu avant que le rideau s’ouvrît sur le troisième acte, les filles de Wotan, rassemblées dans la coulisse, attendaient le moment de commencer leurs clameurs et leur équitation. Alors, dit le Ménestrel, un des employés du théâtre accourut auprès des jeunes femmes et glissa dans la main de chacune d’elles un joli billet sous une coquette enveloppe. Le billet, écrit par M. Mottl, l’illustre chef d’orchestre, était ainsi conçu : « Chères Walkyries, — songez, vous toutes, que Zeppelin est dans nos murs, là, dehors, à deux pas de nous ! Je lui ai dit que son appareil le plus perfectionné ne semble plus qu'une caisse pesante et lourde si l’on compare ses mouvements dans l’air à la merveilleuse vélocité des vôtres, et que vos chevauchées à travers l’espace et le bel éclat de vos voix produise un spectacle d’harmonie complète qu’il ne saurait réaliser avec son véhicule aérien, Je lui ai affirmé, en outre, que vous articulez très clairement et que vous ne manquez jamais d’arriver à l’heure ponctuelle aux effets où l’on vous attend. Zeppelin va vous voir et vous entendre, ne me faites pas mentir, je vous prie. — Avec un cordial « Hojotohoh», votre père, Félix Mottl. » L'arrivée de l’aéronaute n’était qu’une invention de M. Félix Mottl qui s’était avisé par cette plaisanterie, de stimuler le zèle de ses Valkures. Mais le résultat fut excellent. Les blondes amazones lancèrent avec plus d’éclat et d’entrain que jamais leurs fulgurants «Hojotohoh». En bonnes patriotes, elles acclamaient le conquérant du ciel et prouvaient en même temps que ses victoires intermittentes n’inquiètent pas encore les Walkyries. »
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| photo personnelle |
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| La cérémonie de l' inauguration en 1913. Au fond à droite, le théâtre du Prince Régent. Photo conservée dans les collections du Stadtarchiv München |
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| photo personnelle |




























