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samedi 31 janvier 2026

Requiem Aeternam, le concert sacré de la Semaine Mozart 2026 à Salzbourg

L'édition 2026 de la Semaine Mozart à Salzbourg marque deux anniversaires majeurs : le 270ème anniversaire de Mozart et les 70 ans du festival Mozart fondé à Salzbourg en 1956. «Mozart est né en 1756, mais ce n'est qu'avec sa mort prématurée en 1791, bouclant la boucle, qu'il a atteint l'immortalité. " Mozart : lux æterna " est la devise de cette Semaine Mozart anniversaire ; nous célébrons la lumière éternelle de Mozart », explique Rolando Villazón, le talentueux directeur artistique de la Semaine Mozart, une fonction qu'il occupe depuis dix ans. Sa contribution à la renommée mondiale de la Fondation internationale Mozarteum est telle que le comité directeur de la Fondation Mozarteum vient d'annoncer sa décision de prolonger le contrat jusqu'en 2031. 

Le public a pu vivre une fervente soirée de musique sacrée dans la grande salle du Mozarteum, avec au programme le Stabat Mater de Pergolèse et le Requiem de Mozart. L'intensité dramatique de l'oeuvre de Pergolèse rencontre l'émouvante immensité de l'univers mozartien. Les figures des deux compositeurs sont souvent associées en raison de leur génie précoce et de leur mort prématurée. On se souviendra que  Miloš Forman avait utilisé le  "Quando Corpus Morietur" du Stabat Mater dans son film Amadeus, en accompagnement de la scène des funérailles du père d'Antonio Salieri. Il est très probable que Mozart ait eu connaissance de la musique de Pergolèse à Vienne, où la plupart des églises disposaient de copies des oeuvres du compositeur italien.


On attendait Emőke Baráth et Philippe Jaroussky dans le Stabat Mater, deux chanteurs depuis longtemps partenaires dans l'interprétation de cette oeuvre, mais la soprano hongroise a dû se désister pour cause de maladie. C'est la soprano belge Céline Scheen, spécialisée dans la musique ancienne, qui l'a heureusement remplacée. Les deux solistes avaient déjà interprété le Stabat Mater ensemble, mais n'ont pas eu beaucoup de temps pour répéter. Ils ont cependant réussi à défendre vaillamment la vérité tragique de cette oeuvre qui, au-delà de l'exaltation religieuse de la douleur de personnages appartenant à l'environnement divin, exprime la douleur déchirante d'une femme devant le corps sans vie de son fils. C'est cette humanité de Marie qui touche et à laquelle on s'identifie, et c'est exactement ce que le poème prédit : "Quis est homo qui non fleret..." (Quel homme ne pleurerait-il pas..). Et de fait l'émotion et les larmes montent rapidement, une émotion magnifiquement retranscrite par les deux solistes dont les voix ont réussi à s'accorder et à se compléter avec bonheur pour rendre la déchirante humanité du fabuleux poème de Iacopone da Todi mis en musique par Pergolèse. Leurs chants tour à tour se frôlent et se joignent en un témoignage d'un pathétique tout à la fois crucifiant et cathartique. Souveraine au sourire énigmatique, Christine Pluhar dirige avec maîtrise et talent l'Arpeggiata, l'ensemble vocal et instrumental qu'elle a fondé en l'an 2000. La cheffe et son ensemble ont rendu, sans doute avec un peu trop de volume, les sentiments, la tristesse, l'angoisse, mais aussi la jubilation, que transporte cette musique aux accents célestes.  


Le Requiem en ré mineur inachevé de Mozart a été interprété dans la version de Süßmayr avec, pour le choeur, les huit chanteurs de la Capella Cracoviensis. Des interprètes d'une vitalité et d'une puissance exceptionnelles en dialogue musical avec quatre solistes de premier plan. La croate Tamara Ivaniš, qui interprète cette semaine Papagena dans la Flûte enchantée, la nouvelle production de la Semaine Mozart, a repris au pied levé le rôle soliste soprano en remplacement d'Emőke Baráth. Philippe Jaroussky dans la partie contre-alto peinait quelque peu à se faire entendre face à la puissance de l'orchestre. La présence vocale du  ténor américain Zachary Wilders est d'un éclat étincelant, son «Mors stubebit», extrait du «Tuba mirum», emplit les coeurs de sa beauté confondante. Le britannique Dingle Yandell apporte une assise solide au rôle baryton-basse qu'il exprime de sa voix chaleureuse et puissante, dotée d'une remarquable projection.

En clôture de ce concert salué par une standing ovation, les interprètes ont bissé le "Lacrimosa", ce cadeau musical de Mozart à l'éternité. Ce sont là des musiques suprahumaines et intemporelles qui expriment l'élévation vers le spirituel avec des textes profondément douloureux et qui ouvrent la fenêtre d'une consolation lumineuse dans les ténèbres où se trouve plongé le monde. 

Distribution

  • Ensemble L'Arpeggiata
    Capella Cracoviensis
    Christina Pluhar ( Direction d'orchestre)
    Tamara Ivaniš ( Soprano )
    Philippe Jaroussky ( contre-alto )
    Zachary Wilder ( Ténor )
    Dingle Yandell ( Basse)

  • Le concert sera diffusé sur Radio Ö1 le 24 février 2026 à 19h30.

    Crédit photographique © Wolfgang Lienbacher

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