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lundi 31 juillet 2017

Diskurs Bayreuth: un concert politique avec le ténor Daniel Behle à Wahnfried.



Un concert était organisé hier soir à la Maison Wahnfried dans le cadre du programme Diskurs Bayreuth que nous avons récemment évoqué. Le ténor Daniel Behle et quatre instrumentistes, le pianiste Stefan Schreiber et trois membres de l'Orchestre du Festival de Bayreuth, -le hautboïste Paulus van der Merwe, le clarinettiste Gaspare Buonomano et le bassoniste Tobias Pelkner-, ont présenté un programme de musiques illustrant le thème du programme: Richard Wagner et le national-socialisme, un thème qu'aborde également de plein front la nouvelle mise en scène des Maîtres Chanteurs qui vient d'ouvrir le Festival 2017 . Le programme qui proposait en ouverture un divertissement d'Erwinn Schulhoff, nous a fait découvrir une série de lieder de Theodor W. Adorno, de Hanns Eisler, deux airs d'opéra d'Ernst Krenek, ainsi qu'un étude pour piano de Charles Ives, autant de compositeurs qui, à l'exception du dernier cité, furent en rapport immédiat et tragique avec l'histoire du nazisme. Erwinn Schulhoff. juif, homosexuel, communiste et avant-gardiste, fut une cible de choix pour les nazis, il mourut au camp de concentration de Wülzburg. Adorno, né d'un père juif allemand, interdit d'enseignement et proscrit par les nazis comme non-aryen, s'exila aux Etats-Unis en 1938. Eisler, demi-juif lui aussi, communiste, partit avec Bertold Brecht en exil aux Etats-Unis en 1933. Ernst Krenek enfin, un compositeur autrichien qui connut le succès avec son opéra Jonny spielt auf, fut considéré par les nazis comme un « bolchevik culturel » et vit ses oeuvres d' "artiste dégénéré" interdites dans le Reich allemand.

En ouverture, le Divertissement de Schulhoff avec ses rythmes expressionnistes parfois dansants, avec souvent un clin d'oeil amusé, est joué par des musiciens qui visiblement s'amusent beaucoup eux aussi de cette composition vibrante et brillante. Si Schulhoff est au programme, c'est parce qu'il fut une victime du nazisme, et non en raison de ce morceau fort allègre, un instant de bonace avant la tempête qui devait suivre tout aussitôt. 

Parmi les moments percutants de la soirée, des textes de Bertold Brecht mis en musique par Hanns Eisler dans ses Lieder aus dem Hollywooder Liederbuch, des compositions dont texte et musique expriment l'horreur intolérable de ce qui se passe en Europe, le manque de compréhension pour les opportunistes et la nostalgie de l'identité culturelle allemande, cette identité qui est au coeur même de l'affirmation wagnérienne des Meistersinger et sur laquelle s'interroge la nouvelle mise en scène de Barrie Kosky. Une vision satirique et mordante de la guerre qui nous dit ce que les petites gens doivent attendre de la guerre et de leur affiliation au parti nazi: la destruction, le ravage et la mort. Ainsi de Und was bekam des Soldaten Weib? (Et que reçoit la femme du soldat?) qui énumère les butins ramenés par les soldats allemands à leurs femmes dans les différents pays occupés, de la dentelle de Belgique, des soieries parisiennes, un col en fourrure norvégien, des amulettes de Libye, et, en pointe féroce, ... un voile de veuve du front russe. Ou cette Kälbermarsch (Marche des veaux) qui se fait les dents sur le troupeau de veaux qui marche derrière le tambour...Hanns Eislers encore avec les Zwei Lieder nach Worten von Pascal, deux Lieder écrits à partir des Pensées du philosophe français Pascal qui démontent le processus du "divertissement" (au sens pascalien du terme, un tout autre sens que celui de titre de l'oeuvre de Schulhoff), de son inconsistance et de sa futilité tragique et dérisoire.

Deux arias extraits de  Kehraus um St Stephan, op. 66 (1930) d'Ernst Krenek clôturent la soirée en apothéose, mais comme une angoisse hurlée chantée à la puissance maximale par Daniel Behle. Cette oeuvre, une commande de l'Opéra de Leipzig qui en espérait beaucoup après le succès de Jonny spielt auf (un "opéra de nègres" selon les nazis), décrit la vie misérable et sordide dans l'immédiat après-guerre 14-18  dans un petit village autrichien: en tout début d'opéra, l'officier Othmar Brandstetter, qui tout perdu dans la guerre, tente de se suicider avant d'être sauvé par le vigneron Sebastian Kundrather et ses enfants. L'oeuvre est une satire  mordante de cette guerre que les Autrichiens refusaient de considérer comme perdue. Faut-il le dire, l'Opéra de Leipzig ne la mit pas à l'affiche, et l'oeuvre ne connut sa première qu'en 1990, au Ronacher Theater de Vienne.

Tous ces textes qui sont autant d'uppercuts qu'on prend en pleine figure sont chantés avec une force de conviction poignante et déterminée par le grand chanteur qu'est le ténor Daniel Behle qui fait cette année une entrée très remarquée au Festival de Bayreuth dans les rôles de David dans les Maîtres Chanteurs et de Froh dans L'Or du Rhin. Daniel Behle, qui est à la fois chanteur et compositeur, est connu pour l'ampleur et la diversité de son répertoire, dont la palette variée va du baroque aux musiques les plus contemporaines.  Behle  sait aussi se montrer ingénu et passionné dans son expression magistrale de la fraîcheur primesautière et adolescente du jeune David, un apprenti  de 15 ou 16 ans, tout à son enthousiasme adolescent tant pour le chant, fasciné qu'il est par la tablature et la codification des genres, que pour sa bien-aimée Lenchen, de quelques mois son aînée  Mais, -et c'est là la force d'un grand acteur-, c'est un tout autre homme qui se présentait à nous hier soir, avec un ténor d'une puissance concentrée exprimant le tragique et la satire, projetant ses textes avec la force d'une colère rentrée en train d'exploser. Daniel Behle nous donne ainsi à voir deux aspects de l'identité culturelle allemande, l'identité romantique et convaincue de sa supériorité, capable d'évolution et de révolution des Maîtres chanteurs, et cette identité contemporaine qui a dû digérer son passé nauséabond et qui chasse aujourd'hui encore ses démons en les exposant en pleine lumière avec la conscience affirmée de nouvelles valeurs.

Les musiciens et le ténor ont reçu hier soir à Wahnfried des applaudissements nourris tant pour l'exceptionnelle qualité de leur travail que pour leur engagement politique pour une culture de la vérité. Par de là leurs talents, il faut aussi souligner la portée même de l'événement qui fait résonner à Wahnfried, -dans ce qui fut un des hauts-lieux de l'antisémitisme wagnérien et plus tard national-socialiste-, ces musiques de combat et de résistance. Diskurs Bayreuth fait évoluer le discours de et sur  Bayreuth, ce que Barrie Kosky a porté la scène se retrouve sous d'autres formes dans le symposium et les concerts de Wahnfried. 

Article précédent sur le sujet: présentation du programme Diskurs Bayreuth.

dimanche 30 juillet 2017

Les fontaines de l'Eremitage à Bayreuth en 28 photos. Schloss Eremitage Wasserspiel.

Le château  de l'Eremitage à Bayreuth servit de résidence au Roi Louis II de Bavière lors de sa visite du premier Festival de Bayreuth en 1876. On peut imaginer que le Roi y apprécia les fontaines, lui qui en était si amateur.































vendredi 28 juillet 2017

La mort de Sophie Charlotte en Bavière. L'incendie du bazar de la charité. Le gisant de la Duchesse d'Alençon.





Le gisant de la duchesse d'Alençon, oublié pendant 100 ans, entre au musée d'art et d'histoire de Dreux. 
Réalisé en 1904 par le sculpteur Barrias, ce gisant représente la duchesse contractée dans la souffrance. 
Sophie Charlotte Auguste de Wittelsbach, jeune sœur de l'impératrice Sissi, est en effet décédée tragiquement dans l'incendie du Bazar de la Charité des Dominicains, à Paris, le 4 mai 1897.
La famille d'Orléans ayant souhaité une œuvre plus statique pour représenter la duchesse, le gisant de Barrias était entreposé dans les sous-sols du château de Dreux.
Le public pourra, à partir du 15 avril prochain, admirer cette œuvre du patrimoine drouais au Musée Marcel Dessal de Dreux.
Reportage France 3 Région Centre diffusé le 5 avril 2012.

Vu de France: Louis II et la Bavière en mars 1870. Un article de l'Illustration.

L'illustration du 5 mars 1870



L'illstration du 5 mars 1870, page 6: La Prusse, le Danemark et la Bavière



Un vitrail commémoratif de la présence de Wagner à Riga



Richard Wagner vécut en 1838 - 1839 dans une maison située à l'intersection de Brīvības iela (Alexanderstrasse) et de Dzirnavu iela (Mühlenstraße). La maison a été détruite.

jeudi 27 juillet 2017

Ludwig II. für Dummies /Louis II pour les nuls



DE Die Bayern sind ein spezielles Völkchen, und wie es sich für ein spezielles Völkchen gehört, haben sie auch einen König, oder hatten sie ihn? Haben, hatten, selbst darüber könnte man sich streiten, Ludwig ist in Bayern sehr präsent, auch wenn er inzwischen über 120 Jahre tot ist. Seine Schlösser werden jedes Jahr von Millionen Menschen besucht, sein Bild ist auf Tassen, Tellern, Postkarten und aus dem Stadtbild Münchens nicht wegzudenken, in Vereinen und an Jahrestagen wird regelmäßig seiner gedacht. Thomas Ammon beschreibt in "Ludwig II. für Dummies" nicht nur den bekannten Mythos Ludwig, nicht nur den Märchenkönig, Bauherrn und Wagnerverehrer, er zeigt den Lesern auch neue, unbekannte Seiten des "Kini". Ludwig der fleißige, aktenstudierende Herrscher, Ludwig der friedliebende Fürst und Ludwig der moderne, den technischen Fortschritt fördernde, Enthusiast wird hier gebührend gewürdigt. So präsentiert der Autor häufig mit einem Augenzwinkern den König so facettenreich, dass der Leser nur zu gut versteht, warum sich an Ludwig die Geister scheiden. Aber eines ist sicher, das Interesse am Märchenkönig bleibt.


Ludwig II. für Dummies

EAN (ISBN-13): 9783527703197
ISBN (ISBN-10): 3527703195
Taschenbuch
Erscheinungsjahr: 2007
Herausgeber: Wiley VCH Verlag GmbH
233 Seiten
Gewicht: 0,355 kg
Sprache: ger/Deutsch

FR Dans la série pour les nuls, enfin... pas complètement puisque cela n'existe qu'en allemand...

mercredi 26 juillet 2017

Sophie Charlotte in Bayern fait la une du Stadtfraubas

La fiancée du Roi (31 janvier 1867)

La plus belle rose du lac (7 février 1867)


Louis II de Bavière en uniforme. Photo carte de visite.


Philatélie DDR. Wilhelmine Schroeder-Devrient d'après le tableau de Carl Joseph Begas

Timbre de la poste allemande (Allemagne de l'Est), 1967



-Devrient, Wilhelmine Hambourg 6.12.1804 – Cobourg 26.1.1860.
Huile sur toile, 1848, von Carl Joseph Begas (1794–1854).
126 × 98 cm.
Dresden, Staatliche Kunstsamlungen Dresden, Galerie Neue Meister.

La soprano allemande fit l'admiration de Richard Wagner qui écrivit pour elle le rôle travesti d'Adriano dans Rienzi, celui de Senta dans le Vaisseau fantôme et celui de Venus dans Tannhaüser. Elle crée les trois respectivement en 1842, 1843 et 1845.

Citations du couple Wagner
  • „Daß so etwas, wie die Darstellung dieses Schweizermädchens, nicht als Monument allen Zeiten erkenntlich festgehalten und überliefert werden kann, muß ich jetzt noch als eine der erhabensten Opferbedingungen erkennen, unter welchen die wunderbare dramatische Kunst einzig sich offenbart, weshalb diese, sobald solche Phänomene sich kundgeben, gar nicht hoch und heilig genug gehalten werden kann.“ – Richard Wagner: Mein Leben (über Schröder-Devrient als Emmeline in Weigls Schweizer Familie 1835 in Nürnberg)
  • „Sie hatte gar keine Stimme, aber sie wußte so schön mit ihrem Atem umzugehen und eine wahrhaft weibliche Seele durch ihn so wundervoll tönend ausströmen zu lassen, daß man darüber weder an Singen noch an Stimme dachte.“– Richard Wagner
  • „Ich glaube auch, daß mit der Schröder-Devrient die letzte Darstellerin der Leonore verschied. Sie hatte ja Beethoven gekannt und hatte vielleicht von ihm Worte über die Treue des Weibes vernommen!“– Cosima Wagner: Brief an H. S. Chamberlain, 18. Dezember 1895

mardi 25 juillet 2017

Une amitié franco-bavaroise: Louis II et Louis XIV


Carte postale ancienne 
Gruss vom Kögl. Schloss Herrenchiemsee

Festival d'opéra de Munich: un Obéron plus grotesque que féerique

Brendell Gunnell (Huon de Bordeaux), montreurs de marionnettes (ici la
marionnette d'Obéron) et extra choeur du Bayerische Staatsoper.
Au fond, la silhouette de Bagdad.

"Obéron est [...]du domaine des féeries souriantes, gracieuses, enchanteresses. Le surnaturel dans Obéron se trouve si habilement combiné avec le monde réel, qu’on ne sait précisément où l’un et l’autre commencent et finissent, et que la passion et le sentiment s’y expriment dans un langage et avec des accents qu’il semble qu’on n’ait jamais entendus auparavant."

C'est du moins ce qu'en exprimait Hector Belioz après avoir assisté à la première de l'Obéron parisien de 1857. 160 ans ont passé, et on a peine à le croire en assistant la représentation du Bayerische Staatsoper qui transforme Obéron en une grosse farce satirique et fait une part plus belle au théâtre qu'à l'opéra. Le dernier opéra du malheureux Carl Maria von Weber qui, affaibli par la tuberculose, était encore parvenu à réviser la partition et à adapter le livret pour en donner une version allemande, l'opéra ayant été composé en anglais pour le public londonien. Weber meurt à 39 ans de tuberculose et ne connaîtra pas la première allemande de son dernier opéra donnée à Leipzig en décembre 1826, six mois après la mort du compositeur romantique.

Il est certes audacieux de s'attaquer à la production d'un opéra qui ressort davantage d'une pièce de théâtre entrecoupée de passages chantés et dont le livret basé sur le poème de Christoph Martin Wieland  tient tellement du salmigondis qu'on peut à juste titre se demander ce que Berlioz avait bien pu voir et apprécier le soir de la première parisienne. Le jeune metteur en scène Nikolaus Habjan ne semble pas s'être longuement attardé sur la question et s'est emparé du sujet pour le mettre au service de son théâtre de poupées de ventriloques surdimensionnées. Il transpose la féerie romantique dans un laboratoire de savants fous des années soixante: la question de savoir si la fidélité en amour relève du possible dont débattent Obéron et Tatiana n'est plus traitée par la magie mais par les moyens d'expérimentations pseudo-médicales à base de tests de Rorschach, d'usage de psychotropes, de prélèvements sanguis, d'électro-chocs ou d'analyses électro-magnétiques. On est dans le monde de la grosse farce burlesque. Les chanteurs doivent d'abord se transformer en comédiens, ce qui n'est sans doute pas leur premier métier. Viennent si adjoindre trois vrais comédiens, Manuela Linshalm, Daniel Frantisek Kamen et Sebastian Mock, qui incarnent les Pucks et qui se révèlent d'excellents manipulateurs de poupées ventriloques. Une fois que l'on est parvenu à avaler l'énorme pilule de la soirée qu'est le détournement d'un opéra romantique, on peut se mettre à apprécier le travail de ces comédiens et leurs drôleries. Les poupées sont quant à elles très réussies. Le décor de Jakob Brossmann représente un gigantesque laboratoire cerné de grands ordinateurs aux multiples lampes clignotantes d'avant la miniaturisation. Le metteur en scène, qui trouve que "le théâtre de marionnettes est en soi quelque chose de très musical", n'a pas vraiment  fait dans la dentelle. Les décors semblent réalisés à l'économie, ainsi de ce silhouettage d'un Bagdad de conte de fées porté par des roues de bicylettes, ou ces vagues kanagawesques à la Hokusai sensées représenter la tempête et auxquelles Rezia s'accrochera avec une emphase burlesque. Les costumes de Denise Heschl, très réussis, participent du projet, ainsi des uniformes aux manteaux gonflés des elfes, aux coiffures en bol très années 60, ou des corsages de gros seins nus aux tétons rougis du choeur des naïades.

 Annette Dash (Rézia), Brenden Gunnell (Huon de Bordeaux),
Rachael  Wilson (Fatime) et Johannes Kammler (Scherasmin)
Crédit photographique: Wilfried Hösl

Le problème de la farce tient précisément à ce qui fait son succès dans d'autres circonstances, c'est-à-dire dans les répétitions. Ce qui fonctionne au cirque dans les numéros des Augustes et des clowns n'est pas transposable à l'opéra; repasser les mêmes plats à la même sauce pendant plus de trois heures finit par écoeurer. Une partie du public s'éclipse d'ailleurs discrètement à l'entracte. L'option de la satire outrancière ôte aussi au pouvoir magique de la musique et du chant. Ivor Bolton, dont on connaît par ailleurs l'immense talent, et l'excellent orchestre ne parviennent pas véritablement à connecter la fosse à la scène ni à installer la "grâce exquise et étrange" de "cette musique essentiellement élogieuse" au "parfum subtil" (les mots sont de Berlioz). Comment en effet parvenir de la fosse à entretenir des "rapports intimes et charmants" avec  ce qui se passe sur la scène? Le hiatus est par trop grand. Les chanteurs doivent investir beaucoup de leur énergie à jouer les comédiens burlesques et à donner dans l'emphase. Tenant la partie d'Obéron, un rôle-titre qui est loin d'être le rôle principal, Julian Prégardien paraît sous-employé tout en nous réservant de très beaux moments. Annette Dash n'a qu'un contrôle approximatif du rôle de Rézia, principalement dans la tenue des aigus forcés et parfois quasi criés de la première partie. Son jeu théâtral est par contre parfait d'exagération et en parfaite adéquation avec les visées de la mise en scène. Malgré la partie qu'on lui fait jouer, elle rend avec beaucoup de finesse et de subtilité les mélodies tant qu'elle reste dans le registre médiant. Son chant de bravoure a davantage de consistance en deuxième partie. Brenden Gunnen dans son interprétation de Huon de Bordeaux ne parvient pas à charpenter son rôle ni à en exprimer la dimension héroïque, mais il est vrai que la composition caricaturale du personnage n'y prête pas. Le rôle exige théoriquement des qualités de maîtrise de la ligne de chant et de la facilité dans l'aigu et un physique de jeunes premier, mais ces qualités ont été oubliées dans la conception farceuse qu'en a voulu donner la mise en scène. Les rôles secondaires sont tenus avec plus de bonheur, ainsi de la délicieuse Fatime de Rachael Wilson, qui appartient à la troupe du Bayerische Staatsoper depuis la saison dernière, et du Scherasmin de Johannes Kammler, une valeur montante de l'Opéra Studio munichois.

La production est  diffusée le 30 juillet à partir de 18 heures en live-stream par la STAATSOPER.TV

Posts précédents sur le sujet, la première parisienne d'Obéron en 1857: cliquer ici et ici. 

lundi 24 juillet 2017

Il y a 160 ans: la première d'Oberon de Weber à Paris (2)

Obéron dans les chromos Liebig, Acte I, scène 6

A l'heure où le Bayerische Staatsoper de Munich met en scène Oberon de Weber comme deuxième nouvelle grande mise en scène de son festival d'été, nous avons recherché quelle fut la réception parisienne de l'oeuvre lors de la première parisienne de 1857, trente ans après celle de Londres (1826). Voici un extrait de l'analyse de l'Oberon par le compositeur et critique français Hector Berlioz.

Quand Berlioz résumait Obéron

Ce résumé de  l'Obéron de Weber est dû à la belle plume d'Hector Berlioz qui le publia en seizième chapitre de son A travers chants*, un chapitre intitulé Obéron, opéra fantastique de Ch.M. Weber, sa première représentation au Théâtre lyrique. Nous en extrayons le résumé:

[...]Voici ce dont il s’agit dans cette féerie. Obéron, le roi des génies, aime tendrement sa reine Titania. Pourtant ces deux époux se disputent souvent. Titania s’obstine à soutenir la cause des femmes coupables (sans doute en souvenir de ses étranges amours avec le savetier Bottom. Un savetier qui porte une tête d’âne et qui s’appelle Bottom !... Je ne vous dirai pas ce que signifie ce nom anglais. Cherchez. Lisez le Songe d’une nuit d’été. L’ironie de Shakspeare a dépassé là de cent coudées celle des plus terribles railleurs). Obéron défend la cause des hommes plus ou moins injustement trompés. Une belle nuit d’été, la patience lui échappe, et il se sépare de Titania en jurant de ne jamais la revoir. Il lui pardonnera seulement, si deux jeunes amants, épris l’un pour l’autre d’un amour chaste et fidèle, résistent à toutes les épreuves où pourront être soumises leur constance et leur vertu. Clause bizarre, car enfin les belles qualités quelconques d’un couple humain ne font rien aux mauvaises qualités de sa féerique majesté la reine Titania, et je ne vois pas ce que le roi des génies pourra gagner, en reprenant sa femme, au triomphe de la vertu de deux étrangers. Mais tel est le nœud de la pièce. Obéron a pour génie familier un petit esprit gracieux, doucement malicieux, espiègle sans méchanceté, adorable, charmant (du moins tel est le lutin de Shakspeare) qui se nomme Puck. Puck voit son maître triste et languissant. Il veut le réunir à Titania ; il sait à quelles conditions il y parviendra. A l’œuvre donc. Il a découvert en France un beau chevalier, Huon, de Bordeaux ; à Bagdad, une ravissante princesse, Rezia, fille du calife, et à l’aide d’un songe qu’il envoie simultanément à chacun d’eux, il les rend épris l’un de l’autre. Déjà Huon est en marche par monts et par vaux à la recherche de la princesse qu’il adore. Une bonne vieille qu’il rencontre au milieu d’une forêt lui apprend que Rezia habite Bagdad, et propose au chevalier et à son écuyer Chérasmin de les y transporter en une minute, si Huon veut jurer de rester toute sa vie fidèle à sa bien-aimée, et de ne pas lui demander la plus légère faveur jusqu’au moment de leur union. Huon prononce le double serment. Aussitôt la vieille se change en un gracieux esprit. C’est Puck qui reprend sa forme. Obéron survient, confirme les paroles de Puck, et nos voyageurs sont tout d’un coup transportés à cinq cents lieues de là, dans les jardins du harem du calife de Bagdad. Rezia y pleure l’absence de son chevalier inconnu et se désespère d’un mariage odieux auquel son père veut la contraindre. En promenant ses langueurs dans le jardin du palais, elle rencontre les nouveaux débarqués ; dans l’un d’eux elle reconnaît le chevalier de son rêve : « O bonheur, c’est donc vous ? — Je vous adore. — Je vous sauverai. — Revenez ce soir. Quand l’iman appellera les croyants à la prière, je serai là et nous concerterons tout pour notre fuite. » Le soir, en effet, nos amants se retrouvent, mais les gardes du palais saisissent les deux étrangers, les jettent en prison et le calife ordonne leur mort. La puissance surnaturelle d’Obéron vient à leur aide ; ils sont libres ; ils enlèvent de vive force un léger navire sur lequel Aboukan (le mari imposé à Rezia) venait chercher sa fiancée, Rezia reparaît avec sa suivante Fatime, ils partent tous les quatre.

Et vogue la nacelle qui porte leurs amours.

Hélas ! la chair est faible, et longs sont les ennuis de la navigation. On conçoit que deux amants, tels que les nôtres, enfermés dans un étroit navire, puissent avoir quelque peine à contenir l’élan de leurs pensers d’amour. Obéron lit dans le cœur du chevalier, et furieux des désirs qu’il y découvre, il se résout à le séparer de Rezia. « Souffle, tempête, bouleverse l’Océan, que le vaisseau périsse ! » Les vents accourent, Eurus, et Notus, et Borée, et vingt autres, suivis des esprits du feu, des météores, etc.

La nuit noire s’étend sur les eaux. Rezia est jetée seule sur un rocher, un autre écueil reçoit Fatime et Chérasmin. On ne sait ce qu’est devenu le chevalier. Les naufragés ne sont pas au bout de leurs peines. Pris par des pirates barbaresques, ils sont conduits sur la côte d’Afrique et vendus au bey de Tunis. Rezia est exposée aux honneurs du harem ; elle a inspiré une passion violente au bey. Les deux autres amants (car Chérasmin et Fatime ont fini, eux aussi, par s’aimer d’amour tendre) sont plus heureux ; ils n’ont point été séparés et leur tâche d’esclave se borne à cultiver l’un des jardins de Sa Hautesse.

L’eunuque Aboulifar leur apprend la révolution qui va s’accomplir dans le harem, c’est-à-dire la déchéance de l’ancienne favorite et l’élévation de Rezia.

Mais Rezia repousse avec mépris les hommages du bey, elle restera fidèle jusqu’à la mort à son chevalier. Puck, faisant habilement valoir cette noble constance, obtient d’Obéron qu’une dernière et solennelle épreuve soit accordée au chevalier. Le roi des génies y consent. Aussitôt Puck repêche quelque part le pauvre Huon et le transporte dans le jardin du bey de Tunis. Et nous le voyons entouré d’une foule de houris, toutes plus ravissantes les unes que les autres, qui dansent, qui chantent, qui l’enlacent dans leurs bras, le brûlent de leurs œillades, le dévorent de leurs sourires... Vains efforts, Huon résiste aux séductions ; il aime Rezia, il n’aime qu’elle, il lui restera fidèle. Survient le bey qui, trouvant un étranger au milieu de ses femmes, ordonne son empalement immédiat. On va procéder à cette opération. Mais l’épreuve des amants a été décisive : l’amour a triomphé ; Obéron est satisfait. Son cor enchanté se fait entendre, et aussitôt le bey, le chef des eunuques, les gardes du harem, tout le harem de céder à une impulsion irrésistible qui les force de danser, de pivoter comme des derviches tourneurs, de tourbillonner enfin dans un mouvement de rotation de plus en plus rapide, sous l’influence de plus en plus vive et impérieuse de l’impitoyable cor ; jusqu’à ce que, sur un coup de tamtam, cette foule étourdie tombant à terre à demi-morte, Obéron, sa belle Titania et leur fidèle Puck s’élèvent au ciel dans une gloire. Et le roi des génies s’adressant aux amants : « Vous êtes restés fidèles l’un à l’autre, vous avez résisté à toutes les séductions, soyez heureux ! Retourne en France, Huon ; va présenter à la cour ta Rezia ; ma protection t’y suivra. » [...]

*Berlioz, Hector, A travers chants, librairie de Michel Lévy Frères, Paris, 1862

Photo cdv d' Anna von Hessen-Darmstadt, une amie de jeunesse du Roi Louis II de Bavière






Photographie au format carte de visite (au verso avec cachet Cassel). Collection privée (tous droits réservés)

Pour lire un article de présentation de l'amitié entre le Roi Louis II de Bavière (alors Prince héritier) et Anna de Hesse-Darmstadt, cliquer ici