mercredi 7 juin 2017

Albert Speer, une carrière allemande, un livre et une exposition à Nuremberg

Le Dr Magnus Brechtken s'est longtemps intéressé à la carrière d'Albert Speer,  premier architecte puis ministre de la défense du régime nazi, ainsi qu' à la construction et à la réception du mythe que Speer est parvenu à créer autour de son histoire personnelle après sa libération en 1966. Le professeur Brechtken vient de publier le résultat de ses travaux de recherche dans un livre qui intéressera tant le grand public que les spécialistes. Le livre s'intéresse à l'ascension fulgurante d'Albert Speer dans les milieux nationaux-socialistes jusqu'à son accession à l'entourage proche d'Hitler, à sa condamnation et à son emprisonnement, et aussi pour bonne partie à la création du récit falsifié de sa légende personnelle, -le mythe du "bon nazi", ainsi qu' à la réception et à l'utilisation de ce mythe. Le Professeur Brechtken n'est pas seulement un des meilleurs spécialistes de l'histoire contemporaine en Allemagne, il est aussi un narrateur qui sait rendre passionnante la lecture du récit des faits historiques. Le livre, une somme d'environ 900 pages, est opportunément divisé en deux parties, la seconde, comportant 300 pages, rassemble le volumineux apparat critique qui intéressera davantage les chercheurs et le monde académique. Le premier volet de cette somme scientifique rend accessible au grand public une terrible période de l'histoire de l'Allemagne du point de vue de l'histoire d'une de ses personnalités les plus marquantes. L'ouvrage de Magnus Brechtken apporte des éclairages nouveaux et participe de manière remarquable au devoir de mémoire et de confrontation de l'Allemagne à son propre passé.

La sortie de ce remarquable ouvrage, distribué depuis le 6 juin en librairie, intervient alors que depuis quelques semaines le Centre de documentation des "Reichsparteitagsgelände" consacre, en collaboration étroite avec le professeur Brechtken et l'Institut d'histoire contemporaine  une exposition à l'architecte du régime nazi intitulée Albert Speer en Allemagne, faire face au passé allemand, qui peut se visiter jusqu'au 26 novembre 2017. 

Le livre

Albert Speer, une carrière allemande
Texte de présentation (Quatrième de couverture en traduction libre)

Membre du NSDAP à partir de 1931 et bientôt confident de Hitler, Albert Speer était en passe de devenir l'architecte de l'État racial. Pendant la guerre, il s'impliqua avec une énergie infatigable en tant que ministre de l'armement dans le combat total et les mécanismes de destruction. Après la guerre , il affirma cependant avoir été apolitique et n'avoir jamais été véritablement nazi. 

Le Professeur Magnus Brechtken montre comment Speer parvint à répandre cette légende, à l'instar de millions d'allemands soucieux de se disculper. Brechtken, spécialiste de l'histoire contemporaine et directeur faisant fonction de l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, démonte la manière dont Speer a réussi à se profiler comme technicien prétendument apolitique, qui se voit contredite par les faits historiques. Dans son ouvrage, fruit d'années de recherches et d'utilisation de nombreuses sources inconnues auparavant, il décrit comment Speers, comme des millions d'Allemands, a affabulé pour enjoliver son propre passé, et comment des intellectuels renommés ou les médias ont soutenu cette légende.

Le Dr Brechtken est un des plus grands spécialistes allemands de l'histoire du national-socialisme et de celle de l'anti-sémitisme. Son travail académique concerne également les médias et la politique du 20e siècle, ainsi que l'étude du traitement international du régime nazi depuis 1945.


L'exposition de Nuremberg: Albert Speer en Allemagne, faire face au passé allemand


Speer à sa sortie de prison. Crédit photographique
Deutsches Historisches Museum
Le 1er octobre 1966, lorsque le criminel de guerre Albert Speer a été libéré de prison à Berlin-Spandau , plus d'un millier de spectateurs s'étaient déplacés pour assister à sa libération et l'événemtent avait attiré des dizaines de journalistes venus du monde entier. Le jour de sa libération fut aussi pour lui le début de sa « deuxième carrière » comme témoin apparemment assagi du nazisme.


En tant qu'architecte, Speer fut responsable de grands projets  nationaux-socialistes comme celui du "Reichsparteitagsgelände" de Nuremberg (littéralement en allemand : « le terrain du Congrès du parti du Reich »), un gigantesque complexe architectural, situé au sud-est de la ville de Nuremberg, qui a accueilli, de 1933 à 1938, les congrès annuels du NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands). La conception de cet espace reste l'un des symboles de l'architecture de l'époque nationale-socialiste et fut l'un des principaux instruments au service de la propagande du régime, notamment dans le cadre du film de Leni Riefenstahl, le Triomphe de la volonté. Speer, premier architecte du Reich, fut également responsable de la planification urbanistique de Berlin dans la période nazie. Il était l'un des plus proches confidents de Hitler. En 1942, il devint ministre de la Défense. En 1946, au procès de Nuremberg, les Alliés le condamnèrent à vingt ans de réclusion. Après sa libération, Speer se mit à produire un vaste travail de désinformation  visant à proclamer son innocence et à se réhabiliter par le truchement d'interviews et de publications. Il réussit ainsi à propager auprès du public une légende auto-formulée selon laquelle, séduit par l'aura du Führer,  il aurait travaillé pour lui dans rien savoir des crimes nazis, et particulièrement du génocide juif.

Hitler et Speer
L'exposition du Centre de documentation de Nuremberg a été élaborée en collaboration avec l'Institut d'histoire contemporaine Munich Berlin (Institut für Zeitgeschichte München-Berlin). Elle  démonte la légende créée par Speer et, par ce biais, approche également les rapports qu'entretiennent les Allemands avec leur propre passé. Au coeur de l'exposition se trouve la question de savoir pourquoi la légende mise au point par Speer reçut si longtemps tant d'écho en République fédérale allemande, alors même que la recherche en avait démontré la supercherie en la confrontant à la véracité des faits historiques. Speer, à force de répéter le récit trafiqué de sa vie et en le parant d'une prétendue authenticité, était parvenu à donner l'apparence de la vérité à ses allégations. Nombre d'historiens et de journalistes sont ainsi tombés dans le panneau du mythe du "bon nazi", et la constitution de ce mythe offrit aussi à bon nombre de personnes qui s'étaient engagées dans le nazisme une forme d'échappatoire pour se décharger la conscience à bon compte.


Plus d'infos en allemand ou en anglais sur l'exposition: cliquer ici

Centre de Documentation des "Reichsparteitagsgelände" / Center Nazi Party Rally Grounds
Bayernstraße 110
90478 Nuremberg

Tel. +49 (0)911 231 - 75 38
Fax +49 (0)911 231 - 84 10
E-Mail: dokumentationszentrum@stadt.nuernberg.de

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