mercredi 8 février 2017

Les lettres du Roi Louis II de Bavière à Joseph Kainz, telles que publiées par Sarah Hutzler peu après la mort du Roi (1)

Sarah Hutzler et Joseph Kainz

Née en 1873 à St Louis, Missouri, d'un père négociant allemand, l'écrivaine Sarah Hutzler épousa en 1886 en troisièmes noces l'acteur Joseph Kainz, qui jouait alors au Deutsches Theater de Berlin. Elle publia les lettres que reçut l'acteur du Roi Louis II de Bavière en 1881 dans le numéro 27 du Gartenlaube paru la première semaine de juillet 1886, soit peu de peu de temps après la mort du Roi. Ainsi le grand public fut-il dès la mort du Roi informé de cet épisode aujourd'hui fameux de la brève relation qu'entretint le Roi Louis II avec celui qui allait devenir un des plus grands acteurs de son temps. Voici la première partie de notre traduction de l'article de Sarah Hutzler dans le  Gartenlaube.

Début de l'article de Sarah Hutzler dans le Gartenlaube

"Le Roi Louis II à Joseph Kainz

     Les lettres qui vont suivre ont été écrites par le Roi Louis. Elles m'ont été confiées pour un motif particulier par le destinataire il y a environ un an et ont éveillé mon plus grand intérêt; d'abord parce qu'elles ont été écrites de la propre main du roi, et également parce que les grands traits fermes qui caractérisent la signature du roi, couplés avec l'obliquité quasi désemparée des lignes montantes sont en claire contradiction avec la simplicité et la clarté du style royal. 
     Les lettres sont longtemps restées intactes dans mon bureau. La  triste nouvelle de la mort subite du monarque attira à nouveau mon attention vers elles. Alors que je lisais les différentes parties de ces lettres empreintes des sentiments les plus chaleureux et d'un enthousiasme pour l'Art des plus sincère, j'eus le sentiment que je n'avais pas le droit de les soustraire à l'attention de ceux qui pourraient partager mon intérêt  un intérêt pour les paroles venues du coeur  qui sont reproduites dans les écrits qui vont suivre.
    J'en retranscris le contenu aussi littéralement que possible, après avoir demandé pour ce faire l'autorisation du jeune artiste à qui elles sont adressées, et lui ayant promis de couper les passages qui concernaient sa personne de manière trop personnelle.  Si malgré cela il est resté beaucoup de qui concernait la louange personnelle de l'artiste, j'en demande ici pardon au destinataire!
     Les lettres sont dans l'orthographe du roi avec la reproduction fidèle de toutes ses particularités. Une partie du contenu de la première, la deuxième et la troisième lettre, parle pour elles-même. D'autres nécessitaient des explications que le destinataire m'a fournies très précisément  et qui ont été ajoutées aux endroits appropriés.

Josef Kainz (photo hors article;
 source: UB-FRankfurt)
     Les lettres contiennent de manière répétée la mention des  noms de  "Saverny" et de "Didier". Les deux termes sont utilisés par le Roi et Kainz pour préserver leur incognito aux cours de ce qu'on a par la suite appelé leur voyage suisse. Les noms se rapportent à la rencontre et plus tard à l'amitié du jeune artiste avec le Roi. Cela se passa en 1881. Lors des  représentations privées de "Marion Delorme" de Victor Hugo, Kainz jouait "Didier", un jeune homme sans patrie, et M. Rohde interprétait son ami plus âgé, "le Marquis de Saverny". Le roi avait suivi le jeu avec le plus vif intérêt. Une fois la pièce terminée, il avait fait parvenir à la surprise de l'acteur qui jouait Didier  une bague très précieuse ornée de saphirs et de diamants. La pièce "Marion Delorme" fut  à nouveau commandée pour le lendemain.
    A la fin de cette représentation Josef Kainz reçut à nouveau un souvenir précieux que lui fit remettre le Roi, accompagné des salutations du Roi et de l'expression de sa haute reconnaissance.
   Les lettres pleines de remerciements chaleureux que le jeune artiste adressa alors au Roi lui valurent une riche moisson.
   Kainz apprit par le Conseiller ministériel von Bürkel que le Roi avait été très agréablement touché par l'intense enthousiasme de ses écrits.
Plusieurs jours passèrent  pendant lesquels l'on prépara les "Meistersinger" de Wagner pour les représentations privées qui en avaient été décidées. Mais le jour de la représentation arriva l'ordre aussi surprenant qu'inconfortable d'annuler l'opéra et de donner à sa place une représentation de "Marion de Lorme".
     Le roi assista à la pièce pour la troisième fois du début à la fin et, à la fin de la soirée,  envoya au jeune Didier-Kainz le message suivant: Il lui envoyait ses salutations cordiales et le remerciait sincèrement pour le plaisir qui lui avait procuré son jeu et espérait lui donne son jeu et espérait le fixer de façon permanente à Munich.
     Comme ces mots avaient à nouveau été accompagnés d'un présent de valeur, il va sans dire que le lendemain matin, l'artiste faisait parvenir une lettre brûlante de remerciements au Cabinet royal, et c'est cette lettre qui lui valut la première lettre écrite de la propre plume du Roi.
    La voici: (première lettre.) 

Cher monsieur Kainz,

   Encore sous l'impression de votre jeu et de votre lettre qui m'a causé un plaisir profond, j'ai vraiment à cœur de vous dire que c'est moi qui vous dois des remerciements.
    Vous m'avez exprimé les vôtres avec une si pénétrante émotion, que je ne puis faire autrement que vous faire connaître personnellement ma joie par ces lignes, que j'écris en y mettant toute mon âme.
    Les soirées du 30 avril, du 4 et du 10 mai restent gravées en lettres d'or dans ma mémoire. Que les magnifiques succès qui ont couronné vos débuts vous accompagnent dans votre carrière si dure, mais si belle, si glorieuse! Croyez bien que je forme des vœux sincères pour votre prospérité.
   Je vous envoie, cher monsieur Kainz, mes meilleures salutations et l'assurance de mes sentiments amicaux. 

    LOUIS.
    Berg, le 11 mai (12 au matin) 1881.

Dans sa simplicité, la première lettre du Roi parle d'elle-même. Une adorable gentillesse émane de la simplicité du ton cordial du Roi, elle continua par la suite de se manifester dans ses rapports avec le jeune artiste."

( A suivre)

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