vendredi 25 novembre 2016

Bayerisches Staatsballet: la Giselle de Peter Wright n'a pas donné le renouveau attendu

Les Willis et Giselle ©Jack Devant

Pour son entrée en fonction, le Directeur général du Ballet d'Etat de Bavière, Igor Zelensly, a choisi de présenter une reprise du ballet Giselle  dans la chorégraphie de Peter Wright, qui  a voulu restitue rles chorégraphies de Jean Coralli et de Marius Petitpa , une version de ce ballet qu'on n'avait plus vue depuis une petite dizaine d'années à Munich. Les amateurs se sont pressés nombreux tant parce que cette chorégrahie est très apprécie dans le monde entier que par une curiosité bien légitime, celle de découvrir la première entreprise du nouveau Directeur général.  Wright  qui l'a créée il y a 42 ans à Stuttgart à la demande de John Cranko, l'a depuis lors montée dans une quinzaine de théâtres différents, ne cessant d'y réfléchir et de l'améliorer.

Pour débuter sa carrière munichoise, Igor Zelensky ne fait pas un choix anodin. Giselle est l'archétype du ballet romantique et une des plus anciennes chorégraphies du répertoire, que la Russie de la fin du 19e siècle avait déjà retravaillée pour le restituer dans sa version originale. Quant à la partition, l'écrivain et critique d'art Théophile Gautier, qui avait participé au livret avec Jules-Henry Vernoy de Saint-Georges au départ des Fantômes de Victor Hugo, ne tarissait pas d'éloges sur la musique d'Adolphe Adam: « La musique de Monsieur Adam est supérieure à la musique ordinaire des ballets ; elle abonde en motifs, en effets d'orchestre ; elle contient même, attention touchante pour les amateurs de musique difficile, une fugue très bien conduite. Le second acte résout heureusement ce problème musical du fantastique gracieux et plein de mélodie. »  Camille Saint-Saens et Tchaikovsky abondaient dans le même sens, Aujourd'hui le chef Aivo Välja anime les  soirées munichoises en rendant avec une grande sensibilité les couleurs et les effets de la partition. 

Dès la fin de l'ouverture, le rideau se lève sur le décor, dû à Peter Farmer, d'une série d'arches automnales mordorées qui se succèdent et donnent une impression de profondeur.  Côté cour, la cabane sans fenêtres  où le Duc Albrecht viendra bientôt se travestir en villageois et cacher son épée, côté jardin une simple auberge de village. Les costumes des villageois sont en harmonie de couleurs avec le décor. C'est en ces lieux qu'Osiel Gouneo, un jeune et talentueux danseur cubain de 26 ans incarnant le duc, fait son élégante entrée. Le ballet commence par une pantomime, un art dont il  fera par la suite largement usage, un peu trop sans doute pour le goût contemporain.Cette forme de théâtralité servant à expliquer la narration par une gestuelle appuyée utilise un langage à l'imagerie lente qui passe mal aujourd'hui, dans un monde où nous sommes submergés d'images défilant à un rythme effréné. Une fois le Duc déguisé,  aidé  par son confident Wilfried, dansé par Adam Zvonar, c'est au tour de l'ingénue Giselle de faire son entrée. Xenia Ryzkhova, première soliste au Bayerisches Staatsballett depuis cette saison, l'interprète avec une grâce étudiée. Séverine Ferrolier danse quant à elle la mère qui, dans sa sagesse inquiète, trouble la fête. Le forestier Hilarion est remarquablement dansé par Javier Amo qui tente en vain de résister à l'inévitable: sa fiancée tombe amoureuse du Duc.

La première partie de l'oeuvre se déroule sagement et ne recueille que des applaudissements polis. On comprend mal le choix de Peter Wright qui fait se suicider à la pointe de l'épée une Giselle anéantie par la tromperie du Duc, faux paysan  promis à une femme de haut lignage. Le livret la fait pourtant mourir le coeur brisé de voir son amour et ses espoirs détruits. Dans son poème, que traduit le livret, Victor Hugo exprimait fort bien que des jeunes filles peuvent mourir d'amour, l'âme ayant brisé le corps:

Que j'en ai vu mourir ! – L'une était rose et blanche ; 
L'autre semblait ouïr de célestes accords ;
L'autre, faible, appuyait d'un bras son front qui penche,
Et, comme en s'envolant l'oiseau courbe la branche,
Son âme avait brisé son corps.

Une, pâle, égarée, en proie au noir délire,
Disait tout bas un nom dont nul ne se souvient ;
Une s'évanouit, comme un chant sur la lyre ;
Une autre en expirant avait le doux sourire
D'un jeune ange qui s'en revient.


Osiel Gouneo en  Albrecht , au fond à gauche la tombe de Giselle
©Jack Devant
Changement de décor et d'atmosphère dans la seconde partie qui se déroule au clair de lune dans un cimetière hanté par les Willis, ces jeunes filles transformées en fantômes pour avoir trop dansé, et n'avoir pas écouté leurs mères. La seule tombe de Giselle figure tout le cimetière, que viendront tout à tour fleurir ses amoureux, Hilarion puis le Duc repenti. Le jeu des lumières transforme en un décor sépulcral et irréel, sans avoir à les changer, les frondaisons automnales du premier acte. La danse délicate des Willis tout de blancs vêtues, comme les mariées qu'elles n'ont pu devenir, est des plus charmante, on est sous le ravissement et le charme des formes parfaitement structurées du ballet classique. La légende veut que les amoureux qui viennent se recueillir sur la tombe des jeunes filles mortes soient entraînés dans une danse sans fin qui les conduit eux aussi à l'épuisement et à la mort. C'est l'occasion pour Javier Amo et Osiel Gouneo de multiplier entrechats, jetés et sauts et de faire montre de leurs talents de pirouetteurs infatigables. Mais ici à nouveau la mise en scène de Peter Wright a des défauts évidents. Il figure la mort d'Hilarion par un saut en fond de scène des plus discret et dont beaucoup dans le public ne s'aperçoivent pas, ce qui est un comble pour un ballet qui fait un si grand usage de la pantomime narrative!

A la qualité des danseurs répond l'excellence de l'orchestre qui déploie la belle musique symphonique d'Adolphe Adam avec cette très belle fugue qui accompagne la danse des Willis, les airs de danse et une instrumentation riche en couleurs.

On sort de ce ballet charmés par la musique et sans doute mieux documentés sur l'histoire de ce monument de la danse, mais sans avoir été vraiment touchés par le drame de Giselle, avec le sentiment d'avoir vu un beau spectacle bien dansé, sans plus. Le public lui a d´ailleurs  réservé un accueil fort modéré. Le coup d'essai d'Igor Zelesnki n'est pas le coup de maître escompté. On attendra le Spartacus de Katchatourian dans la chorégraphie de Yuri Grigorovitch à la fin du mois de décembre  pour en savoir davantage sur les nouvelles destinées du Bayerisches Staatsballett.

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