mardi 6 septembre 2016

La "dernière lettre "de Louis II de Bavière était connue. Un scoop qui fait pschitt.


Portrait de Desmond Chapman-Huston,
© National Gallery London
Contrairement à ce que de nombreux quotidiens allemand ont claironné ces derniers temps, la "dernière lettre" de Louis II de Bavière était connue depuis belle lurette. Selon la presse allemande des 25 et 26 août, cette lettre apporterait un éclairage nouveau sur les derniers jours de la vie du Roi et prouverait qu´il n´était pas fou. Le Roi l´écrivit le 10 juin 1886 à son cousin et ami fidèle le Prince Ludwig Ferdinand de Bavière.

Pourtant le livre Bavarian fantasy, the story of Ludwig II de Desmond Chapman-Huston  la mentionne dès 1955 et en décrit le contenu. Chapman-Huston, décédé en 1952, n´avait pu parachever la rédaction de son ouvrage. C´est Osyth Leeston qui l´édita et qui le fit paraître à Londres chez John Murray en 1955. Le livre fut ensuite traduit en d´autres langues. En français, il fut publié sous le titre Tragédie fantastique-La vie de Louis II de Bavière (chez Hachette en 1957).

Voici le récit que fait Chapman-Huston du moment de l´écriture de cette lettre et de son contenu. Le fait que Chapman-Houston indique que le Roi s´est servi d´un crayon pour l´écrire atteste bien que Chapman-Huston a eu l´occasion de lire cette lettre. Desmond Chapman-Huston cite des passages de la lettre entre guillemets. En page 280, l´auteur introduit les événements du 10 juin 1886 en citant clairement la date. La passage qui nous intéresse est le second paragraphe de la page 281 de l´édition anglaise, que je retranscris ici:

 Ludwig had now no one near him but domestics, most of  whom, although as yet he knew it not, were traitors. He sat down at his ornate desk in his study or workroom from the walls of which brilliant frescoes illustrating the Tannhauser legend with scenes showing the Sangerkrieg in the Wartburg looked down. There, hurriedly but clearly, using a pencil, he wrote to his faithful cousin Prince Ludwig Ferdinand whom he told that an astonishing thing had happened. One of his servants had come to him privately and told him that a Court official and some others had arrived from Munich to seize his horses and carriages secretly in order to make him a prisoner. He was to be forced to abdicate on the ground of illness. Can you, he exclaimed, credit such infamy? He besought the Prince to try and find out what it all meant and throw some light on ' this abyss of treachery ' I cannot think who is behind it. Someone must be. Can you discover ? For some time I have known that people have been paid for going about saying that I am ill and unfit to reign. Such infamy.'
That—any more than his Proclamation—is not the letter of a lunatic. The conditions under which both were written would have more than excused mental confusion of which there is not a trace. The servant who was sent with the last letter Ludwig wrote did not manage to deliver it at Nymphenburg in time to do any good. When it reached Prince Ludwig Ferdinand the King was already a prisoner at Berg. Upon her husband telling the Infanta Paz the tragic news she burst into a storm of tears.

Voici à présent le texte de la lettre, telle qu´elle vient d´être redécouverte, et qui a été transcrite par les docteurs Gerhard Immler et  Rupert Hacker:

König Ludwig II. an seinen Vetter Prinz Ludwig Ferdinand

am 10. Juni 1886 aus Schloss Neuschwanstein

Theuerster Vetter!

Vergib die schlechte Schrift, ich schreibe dieß in höchster Eile. Denke Dir was Unerhörtes heute geschehen ist!! – Diese Nacht kam eilends einer vom Stallgebäude herauf u. meldete, es wären mehrere Menschen (darunter horribile dictu) ein Minister u. eine meiner Hofchargen in aller Stille angekommen, befahlen meinen Wagen u. Pferde hier (von der oberen Burg) wegzunehmen hinter meinem Rücken, u. wollten mich zwingen nach Linderhof zu fahren, offenbar u. mich dort gefangen zu halten, u. Gott weiß was wohl zu thun, Abdankung zu ertrotzen kurz ein schändliche Verschwörung! Wer kann nur hinter einem solchen Verbrechen stecken, Prz. Luitpold vermuthlich.

Durch Gensdarme u. Feuerwehr, die sich tapfer entgegenstemmen war dieß vorläufig vereitelt. Die Schand-Rebellen wurden arretirt. Behalte dieß Alles bitte vorläufig für Dich. Wie kann aber eine solche Infamitität nur möglich sein!! Bitte forsche selbst u. durch Andere Verlässliche darauf!

Hättest Du so etwas für möglich! gehalten. Schon früher schrieb ich Dir daß ich über absichtlich mit Geld herumgestreute Gerüchte über mich (angebliche Krankheit) an der nicht Sylbe wahr ist p) gehört habe. Es ist zu arg. Es muß Licht in diesen Abgrund von Bosheit kommen! In felsenfestem Vertrauen i. inniger Liebe

Dein

Hohenschw. getreuer Vetter.

10. Juni 86 Ludwig

[Ergänzung mit Bleistift:] Dieser Abschaum von Bosheit mich nächtlich überfallen u. gefangen nehmen zu wollen!!!

Ce qui est en fait sensationnel, c´est que la lettre ait refait surface et qu´on puisse la présenter et en publier le texte intégral. Ce serait le journal Die Welt qui en a donné la primeur ce 25 août. Mais l´essentiel du contenu en était connu grâce à Chapman-Huston. Nombreux sont les journaux allemands qui prétendent que la lettre apporte un éclairage nouveau sur les derniers jours du Roi et donne raison à ceux qui, dans l´affaire de la mort du Roi dans les eaux du lac Starnberg, avancent que le Roi n´était pas fou et privilégient la théorie du complot. Mais tout ceci était déjà connu grâce à l´excellent ouvrage de Desmond Chapman-Houston, une lecture des plus recommandables pour les passionnés du Roi Louis II:

Desmond Chapman-Huston, qui avait des relations privilégiées avec María del Pilar Princesse de Bavière (1891–1987), la propre fille de Ludwig Ferdinand von Bayern, avait eu bien avant nous accès à la fameuse lettre.

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