vendredi 5 août 2016

Presse française: La Déchéance du Roi de Bavière / Le Roi fou dans Le Radical des 12 et 14 juin 1886


Le Radical du 12 juin 1886 (p.2)


La Déchéance du roi de Bavière

L'état mental du roi Louis II de Bavière est devenu en effet fort inquiétant. Il a refusé d'abord d'avoir aucune communication avec ses ministres, et les affaires de l'Etat n'étaient plus expédiées depuis longtemps que par l'entremise du secrétariat de la cour. Puis, le monarque, s'enfonçant davantage dans la solitude, a refusé de recevoir son secrétaire, M. de Ziegler, et les papiers pour lesquels la signature royale était requise lui étaient transmis soit par un valet de chambre, soit par le perruquier de la cour. Pendant ce temps, la manie maladive du roi de construire sans cesse de somptueux châteaux prenait des proportions funestes à l'équilibre de la liste civile. Enfin, le roi s'est livrée, ces derniers temps, dit-on, à des actes positifs de folie et a manifesté certains symptômes d'une maladie mentale dont la science connaît le nom.
Le roi fait appeler par son perruquier un jeune fonctionnaire des environs de son château et lui intime l'ordre de former un ministère. Sa Majesté assiste à une des représentàtions nocturnes qu'elle fait donner pour elle seule au grand théâtre de Munich ; le spectacle achevé, le roi mande aux acteurs l'ordre de recommencer ; l'un d'eux s'excuse sur son excès de fatigue ; le roi lui réitère le même ordre par un de ses chevau-légers, et, comme ce dernier rapporte de nouveau une réponse négative, Sa Majesté lui casse sur la figure un vase plein d'eau.
Rencontrant, un jour, un gendarme dont la physionomie lui plaît, le roi l'invite à sa table et au dessert lui fait cadeau. d'un harmonium. Une autre fois, c'est un chevau-léger que le roi prie à dîner. Pour fêter le jour de naissance de ce soldat, Sa Majesté revêt l'uniforme du corps auquel il appartient, tient un discours pour célébrer les mérites de son hôte, lui donne pleins pouvoirs royaux et lui offre de sa main un bouquet de roses.
Cette conduite extravagante, cet isolement, cette incurie des soins du gouvernement, ces favoris de bas étage ont amené la famille royale à prendre une résolution extrême. Dans un conseil de tous les agnats, il a été décidé de prononcer la déchéance momentanée du monarque ; seul, le prince Louis-Ferdinand s'est prononcé dans un sens contraire.
Il est probable que le prince Luitpold va se charger immédiatement de la régence du royaume, et que les Chambres vont, en outre, être convoquées.
Le roi Louis sera mis sous tutelle ; il touchera une liste civile de 5 millions et demi de marcs. Quant à ses dettes, on se décidera sans doute à les considérer comme des dettes personnelles, ne regardant en aucune façon la caisse de l'Etat.

Nous recevons dans la soirée les dépêches qui suivent :
Munich, 10 juin.
La proclamation concernant la régence est ainsi con [sic]
« Au nom de S. M. le Roi;
« Notre maison royale de Bavière et le fidèle peuple bavarois ont été, par la volonté impénétrable de Dieu, frappés par un évènement accablant. Notre bien aimé neveu, S. M. le roi Louis II, est atteint d'une grave maladie, qui l'empêchera pendant longtemps d'exercer le pouvoir dans le sens du chapitre II, article XI, de la Constitution.
« Comme Sa Majesté n'a pas pris elle même de mesures en prévision de cet événement et ne peut pas en prendre à présent, et comme, de plus, notre bien-aimé neveu, le prince Othon, est déjà atteint depuis longtemps d'une maladie qui l'empêche de se charger de la régence , les prescriptions de la Constitution nous impos nt à nous qui sommes le plus proche agnat, le triste devoir d'administrer les affaires du royaume. »

*****

Ce document est suivi du décret convoquant les Chambres bavaroises.

Munich, 10 juin.
Un ordre général adressé par le prince Luitpold à l'armée annonce que, le Roi étant empêché par une grave maladie de s'occuper du gouvernement, il exercera le pouvoir exécutif et le commandement de l'armée au nom du Roi.
M. le comte Holnstein, grand-écuyer, et M. le comte Tœrring, conseiller d'Etat, sont chargés, en qualité de curateurs de la liste civile, du règlement des dettes de cette liste.

Munich, 10 juin.
On télégraphie de Reutte (Tyrol) aux Dernières Nouvelles que le roi avait été secrètement prévenu de l'arrivée à Hohenschwangan des ministres délégués et de la commission médicale.
Quand le comte de Holnstein se présenta au château, il le fit saisir par ses gens et enfermer.
Conformément à ses instructions, des gendarmes gardent les abords de sa résidence. 
On attend d'heure en heure de Munich, ajoute la dépêche, l'ordre de remettre la comte en liberté et de livrer le château à la commission d'Etat.


Le Radical du 14 juin 1886


LE ROI FOU

La déposition provisoire du roi de Bavière continue à donner lieu à des incidents tragi-comiques. La délégation ministérielle qui était venue signifier à Hohenschwangau l'institution d'une régence a été repoussée avec perte.
Les ministres étaient arrivés au château royal mercredi soir, avec le projet de surprendre le roi le lendemain matin et d'emmener l'auguste malade dans une voiture capitonnée et grillée. Mais on avait compté sans le loyalisme des .gens du roi, qui non seulement refusèrent de se prêter à cet enlèvement, mais qui allèrent prévenir leur maître.
Là-dessus, les avenues du château furent fermées; la délégation ministérielle fut gardée à vue et manqua être écharpée par la valetaille; les pompiers de Schwangau, m[andés pa]r télégramme ,accourent en toute hâte et cernent le parc. Il fallut que l'on prévînt de Munich le maire de Fussen. Celui-ci ne présenta avec des gendarmes au château et obtint à grand'peine que l´on mît en liberté le président du conseil et ses acolytes, qui partirent au plus vite en abandonnant leurs bagages.
Le roi se trouve donc toujours à Hohenschwangau ; dans son aberration, il a sans doute condamné de nouveau les audacieux qui ont voulu s´assurer de sa personne, soit à mort, soit à une peine qu'il affectionne en souvenir de l'ancienne France, — à la Bastille — à perpétuité. Empressons-nous d'ajouter qu'il n'existe pas de Bastille en Bavière et que les hauts dignitaires que le roi envoie languir sur la paille des cachots ne s'en portent pas plus mal que ceux dont il décrète la décollation.
Cependant, une seconde délégation, composée de deux simples conseillers, est partie pour Hohenschwangau, et cette fois on espèce pouvoir interner sans encombre S. M. Louis il dans le château qui lui servira désormais de résidence. Il serait à souhaiter que cette tentative réussit mieux que la première, car le roi est, paraît-il, atteint d'-une vive surexcitation ;il ne pouvait plus prendre de repos ces derniers temps que grâce à des compresses de glace et des injections de morphine.
Il vivra désormais dans le délicieux burg de Herrenchiemsée, situé sur île, au milieu d'un des lacs plus romantiques de l'Oberland bavarois.
Il sera placé sous la surveillance du comte Boos-Waldeck et continuera à toucher la liste Civile de cinq millions.
Cependant, un million seulement est destiné a son entretien ; le reste, .après déduction des 200,000 marcs alloués au régent, sera consacré à l'amortissement graduel des dettes, qui s´élèvent en tout à 14 millions, dont 7 1/2 sont garantis par les agnats. 
Les Chambres bavaroises seront appelées le 15 à sanctionner le nouvel état des choses; elles auront ù prendre connaissance de l'enquête médicale, conduite par deux aliénistes, déguisés, dit-on, en laquais, sur la situation d'esprit du monarque déchu ; elles auront à approuver la nomination du régent. Celui-ci prêtera serment le 19 ; puis, le choix de ce prince devra être ratifié par le conseil fédéral de l'empire. 

DERNIÈRE HEURE

Munich, 12 juin.

Le roi Louis 11 est parti ce matin le Hohenschwangau pour le château de Berg, situé sur le lac de Starnberg.

Munich, 12 juin.

Une dépêche de Starnberg annonce que le roi Louis est arrivé sans accident au château de Berg, à 2 heures de l'après-midi.

Le comte Holnstein, accompagné de M. le major Washington, désigné pour tenir compagnie au Roi, et de M. Klug, secrétaire de la caisse privée, était arrivé au château dès midi, pour recevoir le Roi.

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