jeudi 18 août 2016

La comédie musicale Ludwig2 donne dans la théorie du complot

Sisi, le grand amour de Louis II?

La comédie musicale Ludwig² se joue jusque à la mi septembre à la Maison du festival de Füssen en Allgaü, dans la dernière version avec des musiques de Konstantin Wecker, Christopher Franke et Nic Raine et sur un livret de Rolf Rettberg.

Le résumé de l´action

La comédie musicale Ludwig2 est conçue comme un flash-back. Sur les rives du lac de Starnberg, au cours du dernier jour de sa vie, le Roi et son psychiatre von Gudden se souviennent de la vie passée du roi.

Louis a grandi près de parents sans joie et sans amour. Alors que son tuteur le tyrannise, il trouve refuge réfugie dans les bras de sa nourrice Sybille Meilhaus,qui le chérit et le familiarise avec le monde de Richard Wagner. Il est surtout attiré par Lohengrin et veut imiter son héros.

Le roi Louis II veut faire de son royaume de Bavière un "Temple de la Paix et des Beaux-Arts," mais tous ne partagent pas sa vision. Seule sa cousine bien-aimée, l'impératrice Elisabeth d'Autriche, et son fidèle adjudant le comte Dürckheim, le soutiennent pleinement.

Il aime Elisabeth mais cet amour est impossible, et lorsque elle le lui signifie, il tombe dans une grande tristesse, dont seule l´Ange" pourrait le libérer. Il explique que son parcours n´est pas encore terminé, car il doit encore trouver le Saint Graal et que la souffrance ne lui est d´aucune utilité dans cette quête.

Un ministre porpose au Roi la signature de la déclaration de guerre à la France.
A droite de la photo, le Comte Durckheim

Entretemps la Prusse a déclaré la guerre à la France, Louis II doit prendre une décison et ce n´est qu´avec réticence qu´il apporte son assistance militaire à son alliée. Son frère Otto ne sort pas indemne de cette guerre, où il l´a envoyé sous la protection de Durckheim. Il sombre dans une dépression qui va le mener à la folie. 

Encore une fois Louis se laisse emparer par la souffrance. Son "Ange" le met en garde et l´enjoint de poursuivre son chemin afin de remplir sa mission. Louis, convaincu que la guerre n´apporte que destruction et misère, décide de créer et de construirte plutôt que de détruire.

Le psychiatre von Gudden est soumis à d´incroyables pressions par le gouvernement et finit par le déclarer que le Roi est atteint de folie et dans l´incapacité de gouverner. Le Roi est capturé sur le site même de la construction du château de Neuschwanstein. Dürckheim veut empêcher son arrestation et  se précipiter à son secours, mais Louis l´en empêche et explique que suffisamment de sang a été versé 

Pendant la promenade du Roi avec von Gudden au bord du lac Starnberg, il se tourne vers le public et lui confie que chacun porte  le Saint Graal en soi. Il raconte l'histoire d'un homme qui renonce à tout, afin de guider son enfant atteint de cécité: ceci est le Saint-Graal. Le Roi et von Gudden ont les pieds dans l´eau. On entend deux coups de feu.

"Et le ballon vole dans la nuit."

Critique 

Le livret tombe dans la chausse-trappe de la théorie du complot. il perçoit le Roi Louis II comme un constructeur de génie, un roi idéaliste  et un chercheur de vérité que sa famille et son gouvernement n´auraient pas compris. Il le voit aussi comme un amant malheureux repoussé par Sisi, le grand amour de sa vie, comme un homme déchiré entre le désespoir de cet amour perdu et de l´incompréhension de ses ministres et des ses proches et ses rêves de bâtisseur. C´est son gouvernement qui lui impose de signer la guerre avec la France, ce sont encore ses ministres qui forcent von Gudden à déclarer le Roi fou. Et qui finissent par le faire assassiner au bord du lac Starnberg, éliminant en même temps von Gudden, un témoin par trop gênant de leur forfaiture. C´est du moins ce que les deux coups de feu du final suggèrent.

Wagner, seulement présent par l image et par l évocation 

Alors qu´il est aujourd´hui établi que le Roi était un homosexuel à la conscience torturée et que si complot il y eut ce ne fut jamais prouvé, alors que les circonstances de la mort du Roi et de von Gudden n´ont jamais été éclaircies et ne le seront probablement jamais, l´histoire qui nous est contée ici ne rend pas compte de la réalité historique. La relation avec Wagner est bien évoquée, mais cet homme si important dans la vie et l´imaginaire de Louis II ne se voit même pas gratifié d´un rôle, aucun chanteur ne l´incarne sur scène. Les relations masculines du Roi sont toutes concentrées dans le personnage du Comte Durckeim, et là encore pas d´allusion à l´homosexualité du Roi, mais seulement l´expression d´une amitié idéalisée. La comédie musicale n´approche ni de près ni de loin l´évolution vers la  dégradation physique et morale du Roi, son refus d´exercer son métier, son abus de l´alcool, des médications, ses dents gâtées et non soignées, et son embonpoint, sa folie probable, son isolement certain de ses semblables, les chimères de ses châteaux construits à son seul usage, ...

La première partie de la comédie fait plutôt dans le décousu, la seconde est heureusement plus réussie avec une action plus resserrée et un rythme plus soutenu. La tension dramatique s´installe et c´est surtout autour de la théorie du complot et des rêves de bâtisseur et des réalisations architecturales du Roi que le spectacle atteint un semblant de réussite.

Mais il manque de moyens. Si le plateau tournant et le grand bassin de 90000  litres impressionnent, les décors sont souvent à minima. Le spectacle souffre du manque  de figurants, et la sonorisation noie parfois le chant de protagonistes. Enfin le spectacle est réservé aux seuls germanophones: pas de surtitrage en anglais, ce qui ne manque pas d´étonner quand on pense au million et demi de visiteurs annuels de Neuschwanstein, dont bon nombre d´étrangers, dont la silhouette se dessine à l´horizon de l´autre côté du Foggernsee. 

Article précédent sur le sujet: La Maison du festival de Füssen et la comédie musicale Ludwig2 (cliquer sur le lien).




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