dimanche 24 juillet 2016

Une passion masculine du Roi Louis II de Bavière: Josef Kainz. Un article du journal L´Aurore (1910)

Le grand acteur autrichien Josef Kainz est décédé le 280 septembre 1910 alors qu´il n´était agé que de 52 ans. Le quotidien français l´Aurore publie à cette occasion un article consacré à l´acteur et revient sur la période pendant laquelle le Roi Louis II de Bavière s´enticha de l´acte. Le journaliste Robert Kemp, futur Académicien, établit un parallèle entre les relations du Roi bavarois et de l´acteur et celles, plus durables, qui rapprochèrent Napoléon. François-Joseph Talma, Le "comédien préféré", de Napoléon eut quant à lui une brève relation amoureuse avec la soeur de l´Empereur. Paolina Bonaparte.

"AU JOUR LE JOUR

Grands Tragédiens

Les souvenirs commencent d'affluer, au sujet de cet acteur illustre, Josef Kainz, qui vient de mourir à cinquante-deux ans. On conte sa vocation précoce, ses débuts, alors qu'il avait à peine quinze ans, sur un théâtre de Vienne, les jugements singuliers des critiques, proclamant qu'il manque de prestance et qu'il ne saura jamais dire les vers. Enfin, on rappelle la soirée triomphale de 1883, au "Deutches Theater" de Berlin, où Kainz se révéla le tragédien le plus ardent, le plus nerveux et le plus émouvant des pays de langue allemande, en jouant le rôle de Ferdinand dans Kabale und Liede, de Schiller. Puis, ce sont ses triomphes à travers l'Europe et l'Amérique, son mariage avec la romancière américaine Sara Hutzler, en 1892, et son engagement définitif au "Burg Theater" de Vienne, où, depuis dix ans, il régnait sans rival, - et sans effort, car il était parvenu à fixer si solidement ses grands rôles qu'il les répétait mécaniquement,  avec une perfection absolue et monotone.

Comme notre Talma fut l'ami de Napoléon, Kainz se lia d'affection avec un roi : l'infortuné Louis II de Bavière, figure énigmatique et troublante, propre à inspirer les calomniateurs et les poètes, à exciter l'âpre ironie des antiwagnériens et la tendre pitié de Mendès, l'auteur du Roi-Vierge.

Etrange et brève idylle. Louis II vit Kainz, pour la première fois, dans le rôle de Didier, de Marion de Lorme, le 30 avril. 1881, Il retourna l'entendre le lendemain, puis quelques jours après, - chaque fois dans Didier. Et chaque fois il lui fit remettre un cadeau merveilleux, en témoignage d'admiration.

Iï lui adressa même une lettre autographe ou il disait : "Que les magnifiques succès qui ont couronné vos débuts vous accompagnent dans votre carrière si dure, mais si belle, si, glorieuse ! " Puis, il l'invita à passer quelque temps au château de Linderhof. Kainz y passa quinze jours. Il était toujours Didier. Louis II devenait Saverny...

Fin juin, on organise pour se revoir, une excursion en Suisse, Le roi, volontaire et grand marcheur, exténua son compagnon. Celui-ci s'énervait... Une nuit, Louis II fit réveiller Kainz pour monter au Rütli. Une fois au sommet, il voulut, ce dilettante, que l'acteur lui récitât des fragments de Guillaume Tell. Kainz refuse. Louis II ordonne en maître. L'autre se juge offensé et résiste davantage. C'est la brouille. L'idylle avait duré trois mois...

C'est notre confrère le Temps qui la raconte. Elle en valait la peine. La silhouette de Louis II, prince neurasthénique, victime de l'art, et du pouvoir, impatient comme Une femme, enthousiaste, prompt à l'oubli, s'y détache en plein relief. Un cas, et l'un des plus complexes qui puisse tenter le psychologue et le psychiatre.

Les relations de Talma et de Napoléon furent plus durables, plus nettes, plus viriles. Talma avait plus de grandeur. Ses dernières paroles furent : « Point de prêtres! Que voudrait-on de moi? Me faire abjurer l'art auquel je dois mon illustration, un art que j'idolâtre! renier les quarante belles années de ma vie ! séparer ma cause de celle de mes camarades et les reconnaître infâmes... Jamais! Voltaire... comme Voltaire! »

Talma fut accompagné au Père-Lachaise par tous les artistes de Paris, par presque tous les Parisiens qui l'adoraient.

Il reste, et les comédiens français sont fiers de le répéter, le modèle et le roi des tragédiens."

Robert Kemp.

Extrait de la première page du journal L´Aurore du 25 septembre 1910

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