samedi 30 juillet 2016

La septième symphonie de Bruckner: la dédicace au Roi Louis II de Bavière et l´adagio en hommage à Richard Wagner

Bruckner commença à écrire la septième symphonie en septembre 1881. Le premier mouvement fut terminé en juillet 1882. Il y avait alors belle lurette qu´il portait à Wagner un culte absolu et à sa musique un amour éperdu, il lui avait dédicacé sa troisième symphonie.

Le début de l'année 1883 avait porté un coup sévère à Bruckner, à la fois personnellement et professionnellement. Le compositeur avait ressenti la mort de Wagner comme une perte profonde, d'autant plus qu´au cours de leur dernière rencontre, à l´occasion de la première de Parsifal lors du deuxième Festival de Bayreuth en 1882, lui avait promis de diriger toutes ses symphonies. 

En 1882 déjà, l´idée de la mort prochaine de Wagner obsédait Bruckner: « Je rentrais chez moi un jour, très triste ; je me disais il est impossible que le Maître vive longtemps encore. À ce moment précis, l'Adagio en ut dièse mineur me fut inspiré ». Dans un tempo Misterioso e lente assai , quatre tubas wagnériens (Wagnertuben) et un tuba contrebasse modulent comme de belles orgues un thème d'une rare élévation que les violons reprennent avec une mélodie que l'on relève dans son Te Deum.

Apprenant le décès de Richard Wagner, Bruckner en fut extrêmement affecté et modifia la fin de l'Adagio, insérant un choral funèbre aux cors, tubas wagnériens et tuba basse juste avant la coda terminale. Cet adagio a été exécuté aux obsèques de Richard Wagner dans un arrangement pour harmonie de Ferdinand Löwe. 

L'Adagio, et en particulier la coda, a été conçu comme une lamentation grandiose pour le maître de Bayreuth. 

La symphonie fut exécutée une première fois fin 1884, mais fut fort critiquée. Elle connut le succès lorsque elle fut présentée à Munich sous la direction d´ Hermann Levi le 10 mars 1885, Bruckner avait appris à connaître Levi, le chef d´orchestre choisi par Wagner pour Parsifal, au cours de plusieurs voyages à Bayreuth. Bruckner a été célébré par le public et la communauté artistique de Munich. Des amis ont recueilli la somme nécessaire à la publication de la symphonie publié, et Bruckner souhaita dédier sa symphonie au Roi Louis II, le mécène de Wagner. 

On dispose de la lettre que le compositeur adressa au Roi Louis II, en voici deux extraits (le début et la fin de la lettre):

Eure königliche Majestät! Aufs tiefste ergriffen und im höchsten Gefühl der Freude bitte ich allerunterthänigst, Euere Majestät wolle allergnädigst gestatten, daß ich für die mir durch Allerhöchste Entschließung Euerer königlichen Majestät gewordene Allerhöchste Auszeichnung: die allerunterthänigste Widmung meiner VII. Sinfonie Allergnädigst entgegenzunehmen - Euerer königlichen Majestät meinen ehrfurtsvollsten, im tiefsten Herzen gefühlten Dank zu Füßen legen dürfe! 
[...]
Gestatten mir Euere Majestät zum Schlusse noch die Allerunterthänigste Bitte Euere königliche Majestät wollen allergnädigst geruhen, auf dem Wege Allerhöchster Entschließung eine Aufführung von meiner Allergnädigst angenommenen Sinfonie, in deren Adagio die Trauermusik zum Andenken an des Meisters Hinscheiden ertönt,vor Euerer königlichen Majestät in königlicher Gnade gestatten zu wollen.
Gott segne! beschütze! und schirme Euere königliche Majestät! In tiefster Erfurcht verharrt
Euerer königlichen Majestät allerunterthänigster Diener

Anton Bruckner.

On y retrouve ce coté de 'dévot naïf' et de chien rampant aux pieds d´un  maître, dont, dit-on Wagner lui-même se serait gaussé à Bayreuth. Dans la  lettre, il évoque son adagio signalant au Roi qu´il´agit d´une musique funèbre en hommage à Maitre Wagner

Le cinq mai Anton Bruckner recut la réponse à sa requête: le Roi Louis II acceptait la dédicace.


L´adagio, sehr feierlich und sehr langsam

par Herbert von Karajan et le Wiener Philarmoniker

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