samedi 18 juin 2016

Victoria et son hussard au Prinzregententheater de Munich: entraînant, drôle, bourré de talent et d´émotion

Victoria au centre de la  fête du vin à Dorozsma

En produisant Victoria et son hussard de Paul Abraham, Josef E. Köpplinger et le Gärtnerplatztheater nous convient à un spectacle à la frontière de l´opérette et de la comédie musicale. L´oeuvre a en effet été créée en 1930 alors que le théâtre d´opérette est en déclin et que le cinéma et le théâtre de revue ont la cote. Paul Abraham et ses librettistes Alfred Grünwald et Fritz Löhner- Beda montent alors leur opérette qui est une synthèse réussie d´exotisme et de couleur locale hongroise avec des accents de dramaturgie cinématographique et de jazz américain, tout en s´inscrivant dans la grande tradition de l´opérette.

L´énorme talent du metteur en scène autrichien et de l´équipe dont il a su s´entourer nous donnent la joie d´assister à un spectacle aux rythmes entraînants, organisé en feu d´artifice et qui fait à la fois la part belle à l´émotion. Voila sans conteste un des meilleurs spectacles de divertissement de cette fin de saison.

Alors que l´action de l´opérette traverse la moitié de la planète, Köpplinger fait le choix de l´unité de lieu qu´il organise grâce à la mise en abyme du théâtre dans le théâtre. Quelque part en Sibérie, un hall glacé aux vitres cassées qui laissent s´engouffrer le froid et la neige sert de geôle aux prisonniers que contrôlent des soldats menaçants qui pointent leurs armes sur leurs cranes. Au fond du hall, sur un podium de bois est installé un petit théâtre au rideau fermé. Le lieutenant russe Petroff exige que Koltay,  un Hongrois capitaine des hussards, et son ordonnance Janczy lui racontent leur histoire. Koltay raconte alors que pour retrouver Victoria, la femme qu´il aime, il s´est rendu à Tokyo. 


Le rideau du petit théâtre s´ouvre alors, une grande branche de cerisier en fleurs descend du cintre, on est à Tokyo, à la résidence de l´Ambassadeur du Royaume-Uni. Tous les stéréotypes de la japonaiserie sont réunis, avec les indispensables kimonos des geishas, les banderoles portants des caractères japonais hirigana, un grand paravent peint, des ombrelles de papier huilé, les éventails de toutes tailles ou l´apparition de sumos dûment engraissés et tatoués, très vite figurants, danseurs et choeur se seront mêlés aux malheureux prisonniers. La transformation des décors (dus à Karl Fehringer et Judith Leikauf) est fascinante, et les costumes d´Alfred Mayerhofer magnifiquement réussis. Ses sumos sont une merveille du genre. La féerie a commencé et durera jusqu´à la fin de l´opérette, présentée d´un seul tenant, sans entracte. L´action de Victoria et son hussard avec ses couples qui se font au gré de l´action fait penser à du Molière ou à du Marivaux par la manière de traiter les rapports entre maîtres et serviteurs. Ainsi les rapports des maîtres entre eux sont plus mesurés et teintés des règles de l´honneur, ceux des serviteurs sont nettement plus délurés. Köpplinger et le chorégraphe Karl Afred Schreiner, très sollicité pour la danse et les placements et déplacements sur le plateau  vous nous entraîner dans un théâtre de revue des plus habilement composé. Après l´épisode japonais, retour pour un moment en Sibérie, avant que le rideau du petit théâtre ne s´ouvre sur l´ambassade américaine de Petrograd, un drapeau stars and stripes, de grandes fenêtres qui donnent sur le paysage urbain petersbourgeois avec en arrière-plan le dôme de la cathédrale Saint-Isaac. Le même débordement se  produit sur la scène bientôt envahie de danseuses en costumes et coiffes russes traditionnels et on oublie un instant le hall du goulag tant le récit du capitaine Koltay se voit matérialisé en un tableau étourdissant. Dans la troisième partie enfin,  la narration rejoint la réalité. On est en Hongrie, à Dorozsma, le village de Koltay, de Victoria et de Janczy, un village où il fait bon vivre, boire et manger, un pays de cocagne qui célèbre la fête du vin, une fête où l´on unit aussi les couples. Un carrousel dont les chevaux sont remplacés par les spécialités culinaires et bibitives hongroises, dont le nécessaire poivron rouge ou le flacon de vin de tokay, forme le décor du fond de scène. Le bourgmestre  de Dorozsma préside la fête et officie. Des danseurs et danseuses du folklore hongrois rivalisent de prouesses. Tout finira bien, car ému par le récit des aventures de Koltay et de Janczy, l´officier russe les a laissé s´échapper du goulag. Koltay et Janczy s´en reviennent au village. L´ambassadeur américain, en galant homme, libère lui aussi Victoria de son engagement et favorise l´amour véritable, celui qui n´a jamais cessé d´exister entre Victoria et Koltay. Trois mariages sont célébrés.

Alexandra Reinprecht et Daniel Prohaska

A la réussite de la mise en scène , des décors et des costumes répond l´excellence des danseurs, des choeurs et des comédiens chanteurs. La direction musicale de Michael Brandstätter allie précision et dynamisme et réussit à rendre le pot-pourri musical de cette opérette qui pratique le mélange des genres à souhait: on passe d´une musique japonisante au charleston ou au swing, les geishas à ce moment se débarrassent de leurs kimonos pour dévoiler des petites robes charleston, les romances langoureuses ou enflammées de l´opérette rencontrent le jazz des années 30 ou la musique populaire russe et hongroise. Les choeurs entraînés par Felix Meybier semblent s´en donner à coeur joie dans cette chrestomathie musicale. C´est un grand bonheur de retrouver une des meilleures chanteuses d´opérette du moment, Alexandra Reinprecht ,en Victoria, elle qui avait déjà triomphé au Gärtnerplatztheater en Princesse du cirque. et Daniel Prohaska, bien connu du public munichois, en capitaine des hussards. Une paire de chanteurs complices qui s´entendent à faire vibrer la corde sentimentale et à parcourir la Carte musicale du Tendre, deux des plus grands interprètes de l´opérette que l´on puisse entendre de nos jours.  Josef Ellers, un beau brun aux yeux bleus et au sourire ravageurs, déploie en ordonnance (Bursche) une énergie peu commune et excelle dans le chant comme dans la danse et la cabriole.On lui doit les plus beaux moments d´humour de la soirée. Ses talents de danseur et de comédien burlesque atteignent un sommet dans la scène des serviettes de bain où l´on s´attend à chaque moment à voir sa nudité dévoilée. Son exubérance amoureuse n´a de pareil que les talents d´aguicheuse de sa petite amie Riquette, la délicieuse Katja Reichert, Le dernier couple, celui du frère de Victoria, chanté par Chritsoph Filler, et de sa partenaire à demi japonaise et entièrement alcoolisée O Lia San, interprétée par Susanne Seimel, reçoivent leurs bordées d´applaudissements.

Josef Ellers et Katja Reichert

Du tout grand divertissement, à ne pas manquer!

Au Prinzregententheater de Munich par le Theater-am-Gärtnerplatz.
Réservations en ligne: cliquer ici. (Places restantes, mais plus pour longtemps...)

Crédit photographique Christian POGO Zach



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