mardi 14 juin 2016

Le Roi Louis II et la Régence / L´internement du Roi Louis , les articles du Gaulois du 11 et du 13 juin 1886

Le Gaulois* du 11 juin 1886

LE ROI LOUIS II ET LA RÉGENCE

Munich, 10 juin

L'événement prévu depuis quelques temps s'est réalisé hier même à Munich. Le roi Louis II a cessé de gouverner, et la régence a été proclamée en ces termes:

"Au nom de S. M. le roi, notre maison royale de Bavière et le fidèle peuple bavarois ont été, par la volonté impénétrable de Dieu, trappes par un événement accablant. Notre bien-aimé neveu, S. M. le roi Louis II, est atteint d'une grave maladie, qui l'empêchera pendant longtemps  d'exercer le pouvoir.
Comme notre bien-aimé neveu. le prince Othon, est atteint depuis longtemps d'une maladie qui l'empêche de se charger de la régence, les prescriptions de la Constitution nous imposent à nous, qui sommes le plus proche agnat, le triste devoir d'administrer les affaires du royaume.
LUITPOLD."
Le Prince Régent vers 1870

En vertu de cette proclamation, le prince Luitpold, oncle de Louis II, exercera le pouvoir exécutif et le commandement de l'armée, au nom du Roi. Le comte Holnstein et le conseiller d'Etat Fœrring ont été chargés, en qualité de curateurs de la liste civile, du règlement des dettes du Roi.

Le triste message a été communiqué hier a Louis II, qui réside dans un de ses superbes châteaux, sur les montagnes. Secrètement prévenu de l'arrivée à Hohenschwangau des ministres délégués et de la commission médicale, le Roi les fit saisir par ses gardes et emprisonner immédiatement. La commission d'Etat a donné l'ordre de les délivrer.

Ce ne sont pas les difficultés financières de Louis II qui ont déterminé le conseil des ministres à. réclamer son internement, on les aurait aplanies, tout comma en 1831. Alors, pour sauver la dignité du trône, l'Etat avait avancé à la liste civile un capital de sept millions de marks. Mais l'état mental du roi de Bavière ne laissait aucun espoir d'amélioration ces dernières semaines, la surexcitation avait troublé sa raison au point d'enrayer son entourage.
Louis II ne communiquait avec ses ministres et les hauts dignitaires que par des billets écrits au crayon vert et transmis par son perruquier.
Tantôt c'était un ordre au ministre d'Etat de procurer sur-le-champ vingt-cinq millions de marks et de destituer les ministres qui s'opposeraient au versement de cette somme. Tantôt c'est le ministre des affaires étrangères qui est prévenu de sa disgrâce pour être appelé une heure plus tard à la présidence du conseil.
II invite les gardes du corps à partager sa table, leur tient des discours incohérents et les congédie avec des bouquets ou  des harmoniums.
Les moments lucides sont de plus en plus rares. Ayant parfois conscience de son état, il entre en fureur, songe à la possibilité de réparer ses embarras d'argent. C'est ainsi qu'il a adressé une missive au comte de Paris pour le supplier de le tirer de l´impasse en lui prêtant quelques millions.

La folie de Louis II est quelque peu héréditaire. Son grand-père, Louis I dont on va inaugurer prochainement la statue, était également merveilleusement doué, mais se distinguait par plus d'une excentricité. Les écarts d'imagination de Maximilien II sont bien connus. Le frère du roi Louis II, le prince Othon, est hanté par les idées de suicide: il est, depuis longtemps,, entouré d'aliénistes. II est probable que Louis II, débarrassé des soucis du gouvernement, retrouvera quelque calme dans la solitude et dans la contemplation de la nature.

Il ne sera plus distrait dans ses rêves, dans ses méditation par de hauts dignitaires de la couronne, qui lui rappelaient à chaque instant la raison d'état. Mais renoncera-t-il jamais aux bâtisses de Le Nôtre et aux opéras de Wagner représentés devant lui seul?
La Bavière s'apercevra à peine du changement survenu dans la royauté! Louis II ne se montrait que fort rarement et encore a distance. Jamais il ne consentit à s'arrêter au débarcadère central de Munich. Il quittait la capitale pendant la .nuit et passait les revues en rase campagne. Les Bavarois connaissent par contre beaucoup le prince Luitpold,  appelé à la régence du royaume.
Le prince a soixante-six ans; il s'est voué dans sa jeunesse à la carrière militaire. Apres avoir obtenu ses grades dans l'artillerie, puis dans l'infanterie, il prit une part active aux campagnes de 1866 et de 1870.11 a le rang d'inspecteur général de `l'armée. Il a consacré plusieurs années à des voyages scientifiques, et connaît admirablement l'Egypte.
Le prince Luitpold participe depuis longtemps à la gestion des affairs d'Etat. Dès son avènement au trône, Louis II confia a son oncle la présidence dans le conseil d'Etat, qui était jusque-là exercée par le souverain en personne.
Dans plusieurs occasions, le Roi l'appela a gouverner en son nom, pendant ses fréquentes et longues absences. Le prince Luitpold a hérité des goûts artistiques de son père et protège beaucoup les artistes.
De son mariage avec la feue princesse Auguste-Ferdinande, archiduchesse d'Autriche, il a plusieurs enfants, dont l'ainé. le prince Louis-Léopold, est marié avec l'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche.

Le Gaulois du 13 juin 1986, page 1

Internement du Roi Louis

Munich,12 juin.

La délégation officielle envoyée auprès du roi Louis était chargée de lui remettre une lettre autographe du prince Luitpold, ce qui fut rendu impossible, parce que le Roi ne laissa .entrer personne dans le château et qu'il fit enfermer M. Holnstein.

Avant-hier ~A midi, un commandant de gendarmerie. accompagné d'un piquet de gendarmes, est parti pour faire mettre en liberté M. Holnstein et pour maintenir l'ordre parmi la population do la montagne. Pendant deux jours, le. Roi s'est trouvé isolé a Hohenschwangau.

~Le grand attachement de la. population des environs de Hohenschwangau pour le roi Louis a mis un moment  la commission gouvernementale en danger de mort;-mais le bailli de Fussen, M. Sonntag, qui avait été mis au courant de l'état des choses par la proclamation concernant la régence et qui avait reçu un ordre du ministre. M Crailsheim, est arrivé avec un certain nombre de gendarmes et a délivré la commission, qui est partie en toute hate pour Steingaden en abandonnant ses bagages. On est parvenu à interner avec tous les ménagements possibles le roi Louis II à Neuschwanstein afin qu'il pût être soigné par les médecins. Une dépêche de Starnberg annonce que le roi Louis est arrivé, sans accident, au chateau de Berg, à deux heures de l'après-midi. Le comte Holnstein, accompagné de M. le major Washington, désigné pour tenir compagnie au Roi, et de M. Klug, secrétaire de la caisse privée, était arrivé au château dès midi, pour recevoir le roi déposé.

Les médecins ont commencé de donner leurs soins au roi Louis; mais toutes les dispositions relatives à ce traitement ont été naturellement prises avec les plus grands ménagements.

*Présentation du journal Le Gaulois

Le Gaulois est un journal littéraire et politique français fondé le 5 juillet 1868 par Henry de Pène et Edmond Tarbé des Sablons. Devenu la propriété du patron de presse Arthur Meyer, il est publié jusqu’en 1929 avant d’être fusionné avec le Figaro.

Le Gaulois, qui se voulait indépendant, va s’avérer être l’un des plus grands succès de ventes de son époque. Très critique vis-à-vis de ses concurrents qui se contentaient uniquement de sources officielles, Le Gaulois était sans aucun doute l’un des journaux les mieux informés de l’époque. Mondain et railleur, le mélange de rouerie et de prudence qu’on y trouvait lui était tout particulier.

Monarchiste à ses débuts, bonapartiste et républicain par la suite, il fut frappé par la sévérité de la Commune (il est supprimé) mais reparaît rapidement à Versailles. Le Gaulois fut le premier journal à oser défendre ouvertement la cause de l’ancien Empereur, dès août 1871. Cette feuille s’inspirait beaucoup du Figaro, notamment dans sa formule. Il débauchait d’ailleurs parfois ses collaborateurs, sans pour autant atteindre la même audience. Toujours est il que son tirage élevé le plaçait parmi les premiers rangs de la presse française.

Racheté en juillet 1879 par Arthur Meyer, le Gaulois prend alors un nouveau tournant conservateur et légitimiste. Anti-dreyfusard, il va devenir le journal de la bonne société et du grand monde, supplantant même par moment Le Figaro. Derrière ses aspects mondains et le ton assez terne de son contenu, il possédait une certaine puissance politique, étant lu par la noblesse et la haute bourgeoisie.

(Source et plus d´infos: Wikipedia)

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