lundi 13 juin 2016

La mort du Roi de Bavière, un suicide? La version du 'Grelot, un journal satirique parisien (juin 1886)



Le Grelot est un journal satirique républicain et anticlérical rédigé par Arnold Mortier et publié de 1871 à 1903. Illustré, avec une caricature coloriée en première page, quatre pages grand format, c'est un journal républicain et anti-communard qui fut l'objet de nombreuses poursuites de la part de la censure. Les principaux dessinateurs étaient : Bertall, Henri Demare, Alfred Le Petit, Hector Moloch et Pépin.

Le Grelot du 27 juin 1886 évoque le suicide du Roi Louis II de Bavière, mais prétend qu´il s´agit d´un suicide forcé, sans pour autant avancer de coupable sinon par l´image. En première page, on voit une caricature montrant le Roi Louis II et le Dr von Gudden noyés dans le lac Stranberg par un bras puissant et ferme portant le tatouage d´un aigle bicéphale. Le texte de la page trois du Grelot évoque le Roi dans l´article intitulé Les caquets de Pichenette, mais  ne désigne pas nommément de coupable.

LES CAQUETS DE PICHENETTE

A propos du roi de Bavière.

C'était le seul roi qui me fût sympathique, et on l'a forcé de se suicider ! En homme de cœur qu'il était, il a voulu, avant de mourir, châtier un des misérables médecins qui l'accusaient de folie. C'est le fait d'un homme viril et non d'un fou.
Quels étaient donc les actes de ce pauvre roi? Il avait la passion des beaux-arts; il faisait bâtir des palais magnifiques, entre autres un qui était une copie réduite de celui de Versailles.

Qui a pensé à déclarer fou Louis XIV quand il fit bâtir ce château, qui a coûté des centaines de millions et la vie de milliers d'hommes?

Il est vrai que Louis de Bavière était chaste et n'enlevait pas les femmes de ses sujets pour en faire ses maîtresses (témoin la Montespan) comme le faisait Ludovico Magno, qui forçait sa femme à vivre en bonne intelligence avec ses catins et à leur faire des risettes. L'a-t-on déclaré fou?

Le successeur du Roi-Soleil, — que l'on a appelé Louis le Bien-Aimé, — couchait non seulement avec les femmes, les tantes, les nièces, les cousines de ses courtisans, mais il éleva presque jusque sur le trône de France la célèbre Dubarry, qui avait fait ses premières armes dans le lupanar de la  Gourdon, une célèbre « appareilleuse » du temps.

Ces gaillardes-là coûtèrent des centaines de millions à la France, et personne ne songea à déclarer fou ce roi libertin, gaspilleur, etc. Il le méritait cependant bien.

Ce pauvre roi de Bavière s'était endetté d'une dizaine de millions ; cela déplaisait à sa famille. Que ne faisait-il appel à ses sujets et à ses soldats; ceux-ci auraient mis au « clou » les pendules qu'ils ont volé en France et l'affaire était arrangée.

Ce que je pardonne difficilement à la mémoire de Louis II, c'est sa passion immodérée pour Wagner.

J'ai entendu une fois un opéra de ce compositeur, c'était Rienzi; le moins bruyant de ses opéras, m'a-t-on dit. En fait de mélodie, je ne me souviens que des beuglements de l'orchestre; ça ressemblait assez à ceux des vaches quand il va faire de l'orage.

Et cet infortuné subissait ce supplice tout seul.  Moi au moins j'avais deux mille copains pour partager ma souffrance.

Le père ou le grand-père de Louis II eut aussi sa douce manie : il aimait beaucoup les femmes. Il fît comtesse de Lundfeldt une espèce de gourgandine qui avait « exercé » à Paris ; elle se nommait Lola Montés. Elle ne plut pas aux têtes de boche; il dut la renvoyer : il y avait menace de révolution.


Précédemment à ces événements, j'avais vu Lola Montés une fois. Dujarier, administrateur de la Presse, l'avait prise sous sa protection et la fit débuter dans un ballet, à la Porte-Saint-Martin. Le jour de ses débuts, les amis du journaliste lui jetaient des brassées de fleurs, et le public des trognons de pommes. Pour la consoler, Dujarier l'amena à l'imprimerie, afin de lui faire connaître le mécanisme de la composition. Lola Montés était une petite femme brune aux yeux noirs pleins de promesses. Elle était pétulante et questionnait étourdiment.


— Ainsi, monsieur, disait-elle à un typo,tous ces petits trous renferment chacun une sorte de lettres?

— Oui, madame; là, où vous avez la main, c'est le trou de l´o; à côté, c'est le trou du p; plus loin, c'est le trou du q; plus loin...

Le malin typo ne put achever; Lola Montés se tordait; mais Dujarier faisait un nez... Je ne vous dis que ça.

Pichenette.

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