mercredi 25 mai 2016

Le voyage de Louis II de Bavière à Versailles en 1874 vu par la lorgnette du Figaro



La France de 1874 est encore sous le coup de sa défaite et de son humiliation au cours de la guerre franco-allemande de 1870. Aussi le deuxième voyage touristique à Paris et Versailles de Louis II de Bavière n´est-il apprécié ni des Français ni des Prussiens, comme on pourra le lire ci-dessous dans les commentaires caustiques des journalistes du Figaro. 

Extrait du Figaro du 24 août 1874, page 1

"Échos de Paris 

Le roi Louis II de Bavière qui vient d'arriver à Paris incognito sous le nom de comte de Berg, est, à ce qu'on assure, venu en France pour un motif assez bizarre.

Le prince, né en 1845 à Nymphenbourg, nom déjà suffisamment poétique, est comme on sait d'un caractère romanesque, et la musique de Wagner l'occupe beaucoup plus que la politique. Mais, outre le Tannhauser et le Lohengrin, sa grande passion c'est la France, ce dont on ne se douterait guère aux souvenirs que ses soldats ont laissés dans notre pays. Le grand siècle l'intéresse particulièrement, et il se serait proposé de passer dans le Versailles de Louis XIV le vingt-neuvième anniversaire de sa naissance, qui se présentera mardi prochain.

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Le roi de Bavière est un grand jeune homme blond, élancé, d'une taille .très au-dessus de la moyenne, portant la moustache et la royale à la façon des princes d'Orléans.

Quoique colonel-propriétaire de quatre régiments russe, autrichien, prussien et bavarois et, malgré sa belle prestance, il n'a nullement la tournure militaire. Hier samedi, accompagné de son grand écuyer, le comte Halustein [sic], qui compose son unique suite, il a fait sa première visite à Versailles et a dîné incognito à l'hôtel des Réservoirs.

Il était porteur d'un plan du palais qu'il a annoté pendant toute la durée de sa visite dans le but de se faire construire un palais de Versailles en réduction dans la Haute-Bavière.

Il séjournera en France jusqu'au 1er septembre."



Extraits du Figaro du 28 aout 1874, page 2


Extrait 1

"On a déjà dit que le roi de Bavière, indifférent comme un dilettante à des souvenirs que tous ne peuvent avoir oubliés en France, fait ici un voyage purement artistique.

L´Indépendance belge nous apprend qu'en effet le roi Louis II a fait succéder, à sa passion pour la musique de Wagner, une autre passion, celle pour le genre rococo. A l'instar des princes du dix-huitième siècle, il veut se faire son petit Versailles et déjà, sous M. Thiers, des artistes bavarois avaient été autorisés à consulter les dessins et les plans des anciennes résidences royales.

L'emplacement choisi à cet effet, où devra s'élever le palais copiant, en miniature, bien entendu, la somptueuse demeure de Louis XIV, témoigne de la bizarrerie qui, à côté de beaucoup de belles qualités, semble former une part de l'héritage des princes de la maison de Wittelsbach, est une petite île du lac Chiem, le plus grand des lacs alpestres de la Bavière, qui mesure à peu près soixante kilomètres de circonférence. Cette île nommée Herren-Chiemsée [sic], d'après un couvent de bénédictins qui s'y trouvait jadis (une autre île, Frauen-Chiemsée contenait un couvent de religieuses) constitue un point de vue magnifique sur toute l´étendue des Alpes bavaroises depuis la Souabe jusqu´à Salzbourg en Autriche. C'est, là, au beau milieu d´une nature essentiellement alpestre alpestre et presque sauvage, qu´on va transplanter le palais et le parc de Versailles. 


Il parait d´ailleurs que l´amour-propre allemand, terriblement chatouilleux comme on sait, s´offusque de la prédilection du prince bavarois.pour un genre qu'on trouve antinational et de l'hommage tacite rendu au souvenir d'un monarque français, ennemi et souvent vainqueur. de l'Allemagne."

Extrait 2


"Le métier de reporter est plein de désillusions. Jugez-en. On avait annoncé qu'hier une grande fête. aquatique, devait avoir lieu dans le parc de Versailles, à l'occasion de la visite du comte de Berg lisez le roi de Bavière. Nous nous sommes naturellement rendus à Versailles... pour apprendre que la fête était finie; on avait bien fait jouer les grandes eaux pour le Roi,mais pendant une heure et quart seulement et à une heure tout était fini.

Notez qu'un très grand nombre de Parisiens s'étaient derangés. On voit d'ici l'agrément qu´ils ont eu. Ils ont été obligés de se rabattre sur les baraques de la la foire, qui se tient en ce moment. avenue de Saint-Cloud.

Le spectacle des grandes eaux  n'était pas nouveau pour Mgr le comte de Berg. Il a eu, hélas! tout le loisir de le contempler pendant le siège. "

Crédit photographique Luc Roger

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