vendredi 13 novembre 2015

Cendrillon à Neuschwanstein: l´opéra de Rossini revisité au Théâtre Cuvilliés

Une mise en scène aux couleurs de la Bavière: en bleu et blanc
Pour célébrer son cent cinquantième anniversaire, le Theater-am-Gärtnerplatz a commandé une nouvelle mise en scène de la Cenerentola de Rossini à la Kammersängerin Brigitte Fassbaender, qui y avait récemment produit un excellent Don Pasquale

La scène du Théâtre Cuvilliés étant fort petite, il faut trouver des solutions scéniques ingénieuses adaptées à l´exiguïté relative des lieux, un travail auquel s´est attelé Dietrich von Grebmer, qui travaille depuis de longues années avec la metteure en scène qui lui a également confié les nombreux costumes de la production. Une table et quatre chaise, un corps de cheminée et deux grandes armoires rococo forment le décor de la maison de Don Magnifico. Quand le rideau se lève, on aperçoit une Cendrillon recroquevillée parmi les cendres de la cheminée. Un guide entre en scène le parapluie levé, il fait visiter les lieux à une armée d´hommes vêtus à la Sherlock Holmes. Il s´agit d´Alidoro venu pousser une mission de reconnaissance. On voit ensuite Cendrillon se lever pour préparer la table du petit déjeuner. Les deux armoires rococo s´ouvrent et l´on y découvre Clorinda et Tisbé entourées d´un amoncellement de chiffons multicolores qui signalent leurs goûts vestimentaires des plus douteux. Plus tard on fera pivoter la cheminée et les deux armoires dont l´envers représente la salle de bains de Don Magnifico qui apparaît dans le plus simple appareil, les reins ceints d´une serviette de bain, en train de se raser et de faire ses ablutions.

La scène finale dans la grotte de Linderhof
On annonce la venue prochaine du Prince qui cherche chaussure à son pied et, coup de théâtre, au moment où Dandini entre en scène travesti en prince, ce n´est autre que Louis II de Bavière soi-même qui se présente, ce qui ne manque pas d´amuser beaucoup le public bavarois qui continue de vouer un culte sans faille à son "Kini", - c´est ainsi que les Bavarois ont surnommé affectueusement leur roi de contes de fées. Peut-être est-ce parce que la construction du théâtre de la Gärtnerplatz fut autorisée en 1864 par le jeune Roi Louis II de Bavière qui venait d´accéder au trône et que le théâtre célèbre le 150e anniversaire de son ouverture que la metteure en scène a décidé de transposer l´action du conte dans les châteaux du Roi-bâtisseur. Dietrich von Grebmer a recopié à l´identique la tunique bleue sur pantalons blancs du Roi et son manteau d´hermine et coiffe Dandini d´une perruque reproduisant la célèbre coiffure aux cheveux ondulés. Une fois admis que le Prince n´est plus Don Ramiro de Salerne mais bien Louis II de Bavière, on entre dans un délire wittelsbachien qui va aller en s´amplifiant. La toile de fond de scène se lève pour laisser apparaître le château de Neuschwanstein. Pour les scènes au château du Prince, les murs sont ornés d´innombrables fleurs de lys, une des chimères de Louis II qui avait pris le Roi Soleil pour modèle. Lorsque dans les dernières scènes, Angelina revêt ses habits princiers, elle endosse une tenue et se coiffe d´un chapeau qui la transforme en Sissi, la cousine de Louis II qui allait devenir Archiduchesse d´Autriche-Hongrie. Et le final se déroule dans la célèbre grotte du château de Linderhof.  Louis-Ramiro II de Salerne-Bavière y apparaît dans la nacelle royale flottant sur les eaux de la grotte. Ne s´arrêtant pas en si bon chemin, la mise en scène foisonne de détails amusants: Clorinda et Tisbe sont affublées de tenues extravagantes aux couleurs criardes qui font que ces perruches ressemblent à des perroquets; en fin de partie, elles revêtiront des tenues de nonnes, mais, leur naturel de mangeuses d´hommes reprend  le dessus et les nonnes dévoileront bien vite des jambes dénudées pour séduire les gentilshommes de la Cour. Les choristes sont très sollicités pour faire de la figuration et changent constamment de costumes. Armée d´inspecteurs en début d´opéra, ils deviendront, entre autres, serviteurs du prince porteurs de gants bleus, a la couleur favorite de la production qui en décline tout le camaïeu, Bavière oblige, puis écoliers dans une classe reconstituée qui doivent servir de secrétaires à un Don Magnifico, promu grand sommelier, qui veut faire l´inventaire de la cave ou plus tard gentilshommes de la Cour.

L´orchestre et les choeurs, admirablement dirigés par Oleg Ptashnikov ( en alternance avec Michael Brandstätter), font pétiller la musique de Rossini dans l´écrin rococo du Théâtre Cuvillés. Un beau plateau sert la production de manière cependant parfois inégale. Si le moldave Alexandru Aghenie donne un Dandini puissant et convaincant, avec une voix superbement projetée et une personnalité dotée d´un grand charisme, le Don Ramiro de Miloš Bulajić peine à prendre ses marques en première partie, son ténor léger est souvent couvert par l´orchestre. Le chanteur, s´il manque de puissance, excelle cependant dans le colorature rossinien qu´il pratique avec beaucoup de finesse et donne une seconde partie d´opéra nettement plus séduisante. Luciano Di Pasquale a le physique de l´emploi pour camper avec un grand sens de la scène et beaucoup d´humour le personnage de Don Magnifico, dont il sait accentuer les ridicules. Holger Ohlmann donne un excellent Alidoro. Mercedes Arcuri et Dorothea Spilger font d´inénarrables Clorinda et Tisbe. Tamara Gura est une délicieuse Angelina, dont le chant gagne en assurance  pour culminer dans les prouesses vocales du "Nacqui all affanno".

On s´amuse beaucoup à ce spectacle au goût plébéien et bon enfant, tout à fait dans la tradition du Theater-am-Gärtnerplatz qui a depuis 150 ans vocation à servir de théâtre d´action populaire aux Munichois. C´est drôle, c´est d´un kitsch absolu, c´est déjanté, et totalement divertissant.

Prochaines représentations les 13, 14 et 15 novembre 2015. Il ne reste que quelques places d´écoute.

Crédit photographique Christian POGO Zack

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