mardi 26 mai 2015

Le Bajazzo / Pagliacci d´Opera incognita au château de Nymphenburg

La belle mise en abyme que voila! Opera incognita nous est revenu cette année au château de Nymphenburg avec les Pagliacci de Leoncavallo, qu´ici en Allemagne on appelle Der Bajazzo. La compagnie Opera incognita change souvent de lieu de spectacle et plante ses tréteaux selon les disponibilités mais aussi avec une créativité inlassable: des bains populaires Müller (Müller´sches Volksbad)à l´église de la Résidence (Allerheiligen Hofkirche), du cirque Krone au château de Nymphenburg ou dans un passage souterrain quasi désaffecté. Pagliacci ne raconte pas autre chose: une troupe itinérante de comédiens vient s´installer dans une village pour une série de représentations avec ses décors vite montés. Cela fait maintenant une dizaine d´années qu´Opera incognita monte des spectacles d´opéra et cette petite compagnie dotée d´un grand dynamisme offre une série de spectacles aux villes, aux écoles, aux collectivités ou aux particuliers qui souhaitent les engager. Quelques heures de préparation et le spectacle peut commencer!

Andreas Widermann situe l´action de Pagliacci à l´époque contemporaine et pimente quelque peu le récit: Dorothée/ Colombine joue le rôle de Nedda, elle est mariée avec Max, le chef de la troupe ambulante, qui joue le rôle de Canio, un homme jaloux et soupçonneux. Elle a pour amant Florian qui joue au théâtre le rôle de Silvio. L´histoire est connue, elle éconduit un autre acteur, lui aussi amoureux d´elle, qui ira la dénoncer à son époux. Widermann fit de Max/Canio un personnage ambigu. Alors que la troupe arrive au village, Max est habillé en drag queen et vacille sur ses hauts talons. Il embrasse Florian Silvio de manière aguichante. L´histoire serait-elle plus complexe que dans le drame de Leoncavallo? Max est ici bisexuel et sa jalousie est renforcée par le fait que sa femme couche avec son propre amant. La troupe est pauvre et Dorothée et Florian ne peuvent-ils vraiment fuir. De quoi vivraient-ils donc? Et puis le veulent-ils vraiment? L´introduction de cet élément supplémentaire ajoute une perspective à l´action. Et tout cela fait sens. Dans la salle Hubertus du château, Opera incognita joue sur un podium vide, les comédiens arrivent et dressent la toile du décor, ils sont porteurs de valises qui contiennent leurs costumes de scènes, et se vêtent et se griment tout en jouant. Avant la représentation, ils s´amusent à faire des selfies avec leurs téléphones portables.



Opera incognita joue avec des moyens réduits: un orchestre de sept intrumentistes interprètent avec talent une version de chambre de l´opéra sous la direction d´Ernst Bartmann. Les chanteurs interprètent alternativement le rôle des acteurs de la troupe et celui des villageois. Un chariot fait office de roulotte, un  drap blanc tendu reçoit les jeux d´ombres chinoises créées par les mains des acteurs.. On est dans le pur esprit de la commedia dell´arte, avec une mise en scène qui assure maints rebondissements pour un petit spectacle de grande qualité rempli de trouvailles et des comédiens chanteurs qui captivent et nous font passer une excellente soirée.

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