dimanche 18 janvier 2015

Cendrillon revisité pour le meilleur: Joseph Köpplinger réussit une Cinderella féerique et joyeuse


Le Theater-am-Gärtnerplatz met les enfants à la fête avec sa nouvelle production du Cinderella (Cendrillon) de Thomas Pigor, et les plus grands s´amusent tout autant de retrouver le conte de leur enfance revisité avec une abondance de trouvailles. Une mise en scène ingénieuse et bondissante, des décors inventifs et une troupe enthousiaste, tout est réuni pour émerveiller le public familial. Cela réjouira tous les amateurs de théâtre de sentir vibrer l´enthousiasme des enfants. Si l´on souhaite donner le goût du théâtre à ses enfants, c´est ce spectacle qu´il faut les emmener voir!

Un vrai rideau de scène bleu ciel entouré d´énormes livres de contes de fées forme le décor, les livres sont soit couchés et les personnages pourront les escalader,  soit debout et lorsqu´on les entrouvre apparaissent des éléments d´un décor ingénieux, amusant et efficace réalisé par Karl Fehringer et Judith Leikauf. A l´ouverture du rideau, douze nains musiciens avec le bonnet pointu et le costume caractéristiques de leur espèce entrent en scène et vont s´installer dans la fosse d´orchestre: l´un d´entre eux, Jürgen Goriup ou Oleg Platshnikov selon les soirées, leur sert de chef. A coté de quelques instruments à vent et à cordes, on retrouve un accordéon, des marimbas et une batterie. C´est que Thomas Pigor suivi par le metteur en scène Joseph Köpplinger ont introduit dans le corps du texte et dans la mise en scène des références à d´autres contes de fées, comme ici ces nains qui évoquent par exemple l´univers de Blanche-Neige.

Le Roi Karlheinz le Grand porte un manteau de pourpre bordé d´hermine et est vraiment très grand, c´est du moins ce que laisse croire son long manteau. Il est en fait juché sur une haute estrade et lorsqu´il descend de son trône, on s´apercoit qu´il s´agit en fait d´un nain. Le comédien qui joue le roi doit jouer tout son rôle à genoux, de gros souliers ont été fixé à ses rotules pour faire illusion. Chapeau bas pour l´acteur Stefan Bischoff qui réussit à donner l´illusion d´une personne de petite taille avec la démarche typique un peu balancée des nains et parvient même à faire des bonds au prix de prouesses physiques parfaitement menées. Ses dialogues avec les parlementaires de l´opposition qui exigent que son fils, le Prince, se marie avec une roturière, sont tout à fait hilarants. Le père de Cendrillon, joué par Frank Berg, est le chef de l´opposition, mais n´a d´autorité que face au Roi, car, à la maison, c´est sa femme, la marâtre de Cendrillon, qui règne en maîtresse absolue.

Le monde de Cinderella est divisé entre les bons et les méchants. Les bons croient aux contes de fées et à la magie, sont des passionnés de livres de contes de fées et en connaissent tous les détails. Ils entendent aussi que le monde continue de tourner et d´etre dirigé comme dans les contes de fées  qui, on le sait, ont leurs règles propres. Cinderella et le Prince, le Roi son père et dans une certaine mesure le père de Cinderella en font partie. Les méchants ont le goût du pouvoir, de l´argent et de l´apparence, on y retrouve la belle-mère de Cendrillon et ses deux filles en qui vanité et laideur font bon ménage.

Le scénario de l´histoire de Cendrillon se retrouve presque entièrement dans la Cinderella de Pigor, qui doit son originalité à des acrobaties sur les mots et à la cohérence de nouveaux ornements du récit: Cinderella et le Prince sont tous deux de fervents lecteurs de contes de fées, ils en connaissent de mémoire les moindres détails. Tous deux sont myopes comme des taupes et sont perdus sans lunettes. Ils se fichent bien des apparences, pour eux ne compte que le langage du coeur. La fée marraine disparaît et se coule dans le corps du père de Cendrillon qui lorsqu´il apporte des cadeaux à ses trois filles, donne une boite de jeux, une panoplie du parfait petit magicien, à Cinderella. Deux oiseaux à taille humaine (Anja Cleneti et Lara Blümel) ponctuent de leurs présences tout le récit et sont des adjuvants pour la pauvre fille réduite par sa marâtre à l´état de servante. Lorsque vient le moment du bal, Cinderella est laissée seul à la maison, mais grâce aux oiseaux et à la boite de magie, parvient à faire apparaître robe de bal, une robe de danseuses du ventre dans le monde arabe,  chaussures dorées et carrosse. Joseph Köpplinger trouve une solution amusante pour le trajet entre la maison et le palais: ce sont des éléments du décor, nuages ou panneaux de signalisation, qui défilent  et donnent l´illusion du déplacement.

Robert Joseph Bartl en maratre
Toute la mise en scène fourmille de ces détails cocasses, amusants et charmants. Avec des rebondissements en cascade, au rythme très soutenu,  qui tiennent constamment l´attention en haleine, et avec une excellente mise en place des comédiens dont les déplacements et la chorégraphie (Hannes Muik) sont parfaitemnent réglés. Des personnages comme le Roi, la marâtre et le cheval sont fort bien campés. La marâtre est jouée par un homme de grande taille et de bonne corpulence, Robert Joseph Bartl, qui amuse beaucoup dans son rôle de travesti, très drag-queen, avec des costumes inénarrables, un peignoir d´intérieur rose avec turban ou une grande toilette de soirée à large crinoline avec  perruque à frégate de style Marie-Antoinette, qui le grandit encore au moment du bal. Deux comédiens, Adrien Papritz et Stéphanie Signer, très doués dans l´art des claquettes ont enfilé le costume du cheval blanc (comme il sied pour le compagnon d´un prince de contes de fées), un cheval aussi comique qu´ indiscipliné, et qui danse les claquettes aussi bien que Fred Astaire et Ginger Rogers. Les demi-soeurs de Cinderella sont magnifiquement caricaturées, l´une en vaniteuse méprisante, précieuse ridicule, l´autre en grosse dondon envahissante, par Susanne Seimel et Katharina Lochmann.: Enfin, à tout seigneur tout honneur, les deux jeunes premiers, et le Prince de Lars Schmidt, et la Cinderella de Tanja Petrasek, sont attendrissants de gaucherie naïve et de pureté émouvante.

Joseph Köpplinger signe à nouveau une mise en scène magistrale, ce qui fait de lui le maitre incontesté  de la comédie musicale à Munich.

A voir en famille, enfants ne surtout pas s´abstenir!

Trailer


CINDERELLA

Une comédie musicale familiale de Thomas Pigor
Pour les enfants de 7 à 107
Première munichoise le 17 janvier 2015
Puis les 23, 24, 25, 30 et 31 Janvier,  et les 1, 6, 7 et 8 Février,

Tarifs de 14 à 50 €, et seulement 8 euros pour les étudiants et étudiantes.

Les billets sont disponibles via le site du  théâtre, ou par téléphone au 089 2185 1960 ou par courriel (tickets@gaertnerplatztheater.de).

Crédit photographique: Christian POGO Zach

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