jeudi 12 juin 2014

Le Festival Richard Strauss s'est ouvert hier à Garmisch: ambiance!

Le Festival Richard Strauss s'est ouvert  à ce 11 juin à 11 heures à Garmisch sous un soleil éclatant et une chaleur caniculaire. En ouverture du Festival, l'Orchestre radiophonique symphonique de Prague placé sous la direction de Tomas Brauner a interprété la Danse des sept voiles extraite de l'opéra Salomé, avant de laisser la place aux discours politiques.

Le Ministre-Président du Land de Bavière
Parmi les personnalités présentes, le Ministre-Président bavarois Horst Seehofer (social-démocrate chrétien bavarois, CSU) dut d'emblée subir une passe d'armes portée par la nouvelle bourgmestre de Garmisch-Partenkirchen, l'Oberbürgemeisterin Sigrid Meierhofer (socialiste, SPD). Lors de son discours d'ouverture, la bourgmestre interpella avec courtoisie et fermeté le Ministre-Président à propos du  financement d'un projet de nouveau centre culturel dans sa ville. Dans sa réponse, Horst Seehofer voulut rappeler la bourgmestre à ses devoirs de politesse: généralement on l'accueille d'abord avec des remerciements et non avec des exigences avança-t-il, mais il a cependant promis de considérer le projet s'il  lui était soumis selon les procédures. Ambiance! Les deux personnalités ont des divergences d'opinion  sur bien des sujets semble-t-il. Ainsi sur la manière de traiter le chef de la Maison des Wittelsbach, l'ancienne famille régnante de Bavière: alors que, dans son discours, Sigrid Meierhofer se contentait de saluer la présence parmi les personnalités de Franz von Bayern, Horst Seehofer tint à le nommer par son titre d'Altesse royale. Un détail qui en dit long sur les divergences de Weltanschauung dans le monde de la politique.

Quoi qu'il en soit, ces escarmouches tournent au tour d'un problème bien réel. La ville de Garmisch-Partenkrichen, un des hauts lieux bavarois du tourisme et du sport, une ville de villégiature des plus agréables qui attire un nombreux public, ne dispose pas d'une bonne salle de spectacles. La grande salle de la Kongresshaus (Maison des Congrès) où s'est déroulée la cérémonie d'ouverture n'est pas adaptée au théâtre ou à l'opéra, on ne peut y monter un décor et comme le faisait remarquer le Ministre-Président, elle est fort sombre, et autant ne pas trop évoquer la patinoire (Eisstadion) où fut représenté hier soir en version concertante L'Amour de Danaé de Strauss, une salle qui a sans doute connu de meilleurs jours, et qui ne brille en aucun cas par ses qualités acoustiques.

Juliane Banse
Le politique a cependant vite fait de laisser la place à la musique avec l'orchestre pragois et  en soliste la soprano Juliane Banse dans des Lieder de Strauss: Freundliche Vision, Das Rosenband, Die Nacht, Morgen, Cäcilie étaient au programme. Petit incident: l'orchestre tchèque a mal compris la commande et a emporté les partitions de An die Nacht, que Juliane Banse n'a bien sûr pas préparé. La soprano a fait contre mauvaise fortune bon coeur et a superbement interprété An die Nacht, en s'aidant pour ce seul Lied d'une partition. La Kammersängerin Brigitte Fassbaender intervint ensuite, elle dirige avec brio et compétence ce festival dont est est à la fois l'âme et l'organisatrice, le public est tout acquis à l' extraordinaire charisme de cette grande dame de l'art lyrique. L'orchestre termina cette première manifestation dans la joie musicale de la Suite du Rosenkavalier.


Michelle Breedt
Point d'orgue de la journée, l'après-midi, à 15 heures, Brigitte Fassbaender a présenté le nouveau coffret de CDs de l'intégrale des Lieder de Richard Strauss, un coffret dont l'initiative et l'entreprise lui reviennent entièrement, et qu'elle a produit avec la participation bénévole des chanteurs et chanteuses. Il comporte les 179 chansons connues de Richard Strauss, qui composa le premier de ses Lieder, un chant de Noël, à l'âge de six ans. A cet âge le jeune prodige savait déjà rédiger une partition mais non écrire un texte, ce que sa mère fit pour lui pour ce premier Lied. Michelle Breedt, qu'on vient d'entendre en Octavian au Théâtre national de Munich lors de la soirée festive du 150ème anniversaire de la naissance du compositeur, et Brenden Gunnell, deux chanteurs qui ont apporté leurs concours au coffret, interprétèrent des Lieder de Strauss, avec en prime une première mondiale: l'interprétation par Michelle Breedt de Herbst Abend, un Lied inconnu de Richard Strauss retrouvé en Belgique, dans les archives du Musée royal de Mariemont, par un chercheur straussien passionné, Monsieur Dietrich Kröncke. Le Lied avait été acheté par un brasseur belge amateur d'autographes en 1903 et a terminé son parcours à Mariemont, qui a bien voulu en faire tenir copie pour le projet du coffret de CDs. A ce jour il n'a pas été publié. On peut désormais l'écouter si l'on fait l'acquisition du précieux coffret de CDs. Un bonheur ne venant jamais seul, pour terminer ce vernissage, Brigitte Fassbaender a convié l'assistance à partager un sompteux gâteau au chocolat reproduisant la forme du coffert de CDs. La Kammersängerin entourée de quatre chanteurs, aux deux précités se sont joints Juliane Banse et Andreas Mattersberger, procéda à une séance de dédicace du coffret.

La Kammersängerin Brigitte Fassbaender

A noter que les rapports ou la collaboration qu'entretint, ou dut entretenir Richard Strauss avec les autorités national-socialistes, pour pénible que cette évocation soit, ne fut pas passée sous silence. Ainsi le coffret contient-il un Lied composé pour Goebbels. La Kammersängerin avoue se consolee de la présence nécessaire de ce Lied (il s'agit d'une intégrale!) en avançant qu'il lui semble musicalement rapidement composé et bâclé, et est une des compositions les moins intéressantes du coffret.


En soirée de cette journée exceptionnelle, on a eu l'occasion d'entendre un opéra rarement joué de Richard Strauss, L'Amour de Danaé, l'avant-dernier opéra du compositeur. Il a été interprété par l'orchestre et les choeurs de l'Opéra de Francfort en version concertante, placés sous la direction de Sebastian Weigle, que l'on retrouvera cet été à Munich pendant le Festival d'opéra pour diriger La femme sans ombre. L'oeuvre a été jouée dans les conditions acoustiques difficiles déjà évoquées. La soprano Anne Schwanemils interpréta le rôle-titre avec sa voix aux dorures métalliques qui convient parfaitement au rôle de la princesse Danaé, l'amante de la pluie d'or de Jupiter. Alejandro Marco-Buhrmester (Jupiter) et plus encore Lance Ryan (Midas) parvinrent à remplir l'espace sonore indéfini de la patinoire de leurs belles voix puissantes. Une performance très applaudie qui clôture la première journée d'un festival au programme alléchant.

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