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mercredi 5 mars 2014

Opéra: la délicieuse Cenerentola de Tara Erraught


Pour la Cenerentola, l'Opéra de Munich continue de parier sur la mise en scène que Jean-Pierre Ponnelle (1932-1988) avait conçue en 1968 pour l'Opéra de Florence, présentée à Munich pour la première fois en 1980 et dont le public munichois ne semble pas se lasser depuis 34 ans. On se souviendra que la même mise en scène, les mêmes décors et les mêmes costumes de Ponnelle avaient séduit les Parisiens à Garnier en 2011. Les décors en carton pâte et les costumes ont fait le tour du monde entier, la mise en scène use habilement des ficelles de la commedia dell'arte auxquelles appelle l'opéra de Rossini. Le fait de présenter la section d'un palais baroque délabré pour en faire découvrir l'intérieur permet de placer les chanteurs de front, ce qui est particulièrement recommandé et utile pour enfiler les performances artistiques exigeantes du bel canto. Pour le palais de Don Ramiro, Ponnelle avait imaginé un décor  baroque dont la toile frontale se relève pour dévoiler l'intérieur planté de différents plans (châssis de coulisses et frises décorés) dont les motifs se répètent en dégradé jusqu'au lointain. La mise en scène est connue et efficace, on peut cependant souhaiter que pour le bicentenaire de la création de la Cenerentola (créé à Rome en 1817), l'Opéra de Munich offre à son fidèle public une nouvelle production de cet opéra-bouffe , l'un des plus enchanteurs qu'ait écrit Rossini.

Tara Erraught
Après l'incomparable mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato il y a deux ans, c'est à Tara Erraught, une des plus brillantes chanteuses de la Maison, que le Bayerische Staaatsoper a confié le rôle d'Angelina. Un telle succession était redoutable, mais Tara Erraught a su brillamment relever le défi. Entourée de merveilleux chanteurs, elle a donné hier soir une délicieuse Angelina en emportant une touche personnelle toute en douceur, avec une interprétation nuancée du personnage dont elle a par son chant su souligner l'humilité, la pudeur et l'exquise générosité. Tara Erraught, qui fait partie de l'ensemble du Bayerische Staatsoper depuis 2010, avait remporté un immense succès par sa prise de rôle de Roméo au pied levé dans Capuletti en 2011. Le même mois, elle triomphait dans le rôle-titre de l'Enfant et les sortilèges. Elle vient de donner un superbe Sesto, unanimement acclamé, dans la nouvelle production de la Clemenza di Tito à l'Opéra de Munich. La mezzo-soprano est dotée d'une belle longueur de voix, avec de jolies profondeurs dans les graves, son travail sur l’expression, sur l’interprétation, la capacité de véhiculer des émotions et des sentiments, de susciter l’émotion chez les spectateurs est devenu au fil des années de plus en plus affiné et a conduit aux belles interprétations qu'elle nous a offertes dans ses dernières prises de rôle. Un beau phrasé, une prononciation remarquable de l'italien avec des R bien roulés, une belle projection vocale, mais surtout un chant sans artifices et sans ajout d'ornementations, ce qu'on a particulièrement pu relever dans son exquise interprétation du rondo final  Nacqui all'affanno.

Lawrence Brownlee, que l'on avait déjà apprécié il y a deux ans, incarne à nouveau Don Ramiro avec l'agilité de sa belle voix de ténor rompue aux exercices du bel canto, un art dont il maîtrise parfaitement les techniques et dont il semble surmonter les difficultés sans effort. L'Alidoro d'Alex Esposito est à nouveau particulièrement apprécié et applaudi, il est familier du rôle qu'il avait chanté à Garnier en 2011 et dans lequel il avait déjà remporté un retentissant succès. Eri Nakamura donne à nouveau une très belle Clorinda et amuse par sa caricature d'une jeune femme qui s'exerce à la gymnastique dans l'espoir de séduire.  Paola Gardina  reprend le rôle de Tisbé. Son jeu de scène a gagné en précision. Paolo Bordogna remporte un grand succès dans son interprétation hilarante de Don Magnifico qui souligne bien la grossièreté et la fatuité du personnage. Tous ces excellents chanteurs brillent également dans les feux ensembles vocaux, notamment dans le sextuor Parlar pensar vorrei de la fin de l'acte I. Riccardo Novaro enfin donne un remarquable Dandini, très à l'aise dans la maîtrise de la vocalise rossinienne, il cultive parfaitement l'art du trémolo chevroté et saccadé cher au Maître de Pesaro.

Les choeurs d'homme du Bayerische Staatsoper sont splendides, à la hauteur de leur réputation. L'orchestre est placé sous la direction de Riccardo Frizza, un chef rompu au dynamisme de la ligne mélodique rossinienne. Rien que du bonheur!

Agenda

Les 7, 9 et 12 mars 2014. Quelques places restantes. Cliquer ici puis sur la date souhaitée pour vérifier la disponibilté.

Photo d'en-tête: Lawrence Brownlee (Don Ramiro), Nikolay Borchev (Dandini), Eri Nakamura (Clorinda), Alessandro Corbelli (Don Magnifico), Paola Gardina (Tisbe), choeurs de l'opéra.

Crédit photographique:Wilfried Hösl

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