dimanche 20 novembre 2011

Offrez(-vous) ce Mikado de fin d'année au Theater-am-Gärtnerplatz

Le Narrateur (Thomas Peters)
Le livret de Gilbert est un des plus alambiqués qui soient: du topsy-turvy dans toute sa splendeur. Et si, avant la représentation,  on a le courage de le lire, ou du moins d'en lire le résumé,  on se trouve devant un casse-tête ...japonais. Pourtant, une fois qu'on s'est installé dans son fauteuil de théâtre, l'ouverture de Sullivan nous plonge agréablement dans des motifs asiatiques de convention et la mise en scène parfaitement réglée de Holger Seitz s'applique de démêler les fils (blancs) d'une intrigue embrouillée à souhait, parce que le Mikado promulgue des lois contradictoires au gré de son bon vouloir, mais dont le moteur est l'humour et la bonne humeur, ce qui sied parfaitement à un théâtre populaire, et c'est précisément là où il se trouve qu'on est assis.

Et comme on sait que l'histoire qu'on va suivre n'existe pas, Holger Seitz crée pour le premier acte un Japon tout aussi inexistant, en nous offrant une chrestomathie des clichés japonais. Aussi le rideau se lève-t-il sur un Fuji Yama devant lequel pendent des luminaires en papier coloré. La lune se lève aussi en forme de trouvaille: un acteur allégorique porte en couvre-chef une grande boule jaune qui va aller se placer derrière le Fujisan. Les pendillons des coulisses reproduisent des panneaux de paravents japonais, le choeur des hommes a pris l'apparence d'employés nippons dans les costumes magistralement japonisés par Sandra Münchow, des complets-vestons hybrides dont une partie reproduit un texte en idéogrammes et dont une manche a parfois l'ampleur du kimono. Faut-il dire que ces employés boivent du saké avec ce cul-sec caractéristique qui rejette la tête en arrière, qu'ils maîtrisent parfaitement l'art de la courbette et que de temps à autre luit la lame d'un sabre de samouraï. Rien ici ne pourra être sérieux, und das ist auch gut so. Le narrateur (Thomas Peters) vêtu d'un kimono porte un masque de théâtre aux confins du Nô et du manga, aux rondeurs sympathiques et joviales,  et dialogue avec une poupée de ventriloque, son double miniaturisé qu'il porte au bout de son bras droit. Au Fuji Yama succédera un immense bonsaï et son lit de mousse descendus du ciel. Cliché un jour, cliché toujours. Il sera fait usage aussi, c'était obligé, de nombre d'éventails.

Der Mikado
Katisha (Rita Kapfhammer)
 et le Mikado (Stefan Sevenich)
La mise en scène le deuxième acte, qui commence par la séance d'habillage et de pomponnage de Yam-Yam (Frances Lucey), joue davantage sur le colorisme, et d'abord celui de costumes aux couleurs franches et  chatoyantes. Le Mikado, impeccablement interprété par l'incontournable Stefan Sevenich, fait sa grotesque entrée sur les improbables ondulations d' un tapis rouge articulé depuis le fond de la scène. Sevenich est une rondeur avec un jeu d'acteur magistral  qui fait preuve d'une  souplesse et d'une élasticité étonnante et qui sautille sur scène avec la légèreté d'un cabri: Sevenich défie les lois de sa propre pesanteur.  Rita Kapfhammer campe une extraordinaire Katisha, dont elle accentue le côté mégère immariable. On s'amuse beaucoup de la manière de renverser la situation du mariage obligé de Katisha et de Co-Co (Gunter Sonneson): sous les apparences d'une bobonne acariâtre et forte en gueule se dévoile une domina aguichante et sensuelle, alors que le piètre Co-Co n'est pas si mesquin qu'il en a l'air et se révèle être un tigre qui ne demande qu'à être dompté.

Le Mikado de Gilbert et de Sullivan est une de leurs opérettes les plus réussies. Elle avait connu lors de sa présentation au public 672 représentations consécutives! Et il est vrai que la musique est enjouée,  et  que les choeurs en sont admirables d'entraînement, surtout lorsqu'ils ont la qualité de ceux du théâtre munichois. Fiona Copley en donne des chorégraphies animées, et réussit aussi particulièrement bien les mouvements des trios, quatuors ou  quintets, fort bien chantés au Gärtnerplatz par des chanteurs aux talents de vocalistes. On s'amusera aussi, si on pratique suffisamment la langue de Goethe, des quelques allusions ajoutées à l'actualité politique, mais qui savent rester discrets et ne volent pas la vedette à l'intrigue originale.


Au palmarès des réussites, outre les bêtes de scène que sont Rita Kapfhammer et Stefan Sevenich, avec qui il est difficile de rivaliser tant ils s'imposent et sont les chouchous du public, il faut souligner la prestation de Robert Sellier en Nanki-Poo, avec sa belle  voix de ténor léger, l'excellente animation du Narrateur de Thomas Peters. Franziska Rabl en Pitti-Sing a une telle présence vocale et théâtrale qu'elle ravit un peu la vedette à Frances Lucey, qui donne une Yam-Yam un tant soit peu discrète et qui n'est sans doute plus la jeune première qu'on imagine pour le rôle. Le Co-Co de Gunter Sonneson manque un peu d'allant et d'enthousiasme lyrique, trop en retrait lui aussi pour cette pièce qui trouve son succès dans l'outrance et le grotesque, alors qu'Holger Ohlmann est très remarqué en Pooh-Bah tant pour le chant toujours bien placé que pour le jeu théâtral. Mais ces inégalités ne sont pas marquantes: la troupe du Theater-am-Gärtnerplatz s'est visiblement enthousiasmée pour la mise en scène de Holger Seitz, elle a le goût de la belle ouvrage communautaire,  et nous offre une soirée de théâtre musical des plus enjouées, exactement ce qu'on vient chercher ici. Ce Mikado est un cadeau à part entière!

Agenda

Le Mikado, au Theater-am-Gärtnerplatz

Le  21 novembre
Les 1, 8, 13 et 21 décembre 2011
Les 8, 13 et 18 janvier
Le 16 février
Le 21 mars
Le 2 avril 2012

Réservations au guichet du théâtre, par téléphone (089.21 85 19 60) ou par internet http://www.gaertnerplatztheater.de/

Sur ce blog: les Pirates de Penzance, Avant-scène opéra: pour préparer le Mikado au Theater-am-Gärtnerplatz

Crédit photographique: Jochen Quast

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