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vendredi 27 mai 2011

Das Schloss: le Gärtnerplatztheater danse Kafka.


 Das Schloss

Quand Joseph K., dansé par le magnifique Neel Jansen (photo ci-contre), arrive au Château de Hans Henning Paar, il a encore le coeur plein d'espoir et les yeux  pleins de rêve. Bien sûr il fait un froid glacial et il neige tant qu'il en a plein les poches, mais il semble encore dominer la situation: il vide ses poches de la neige et la lance vers le ciel dans un geste de défi enthousiaste. Il tremble de froid mais la situation reste contrôlable, il est dans la logique d'une action qui peut porter ses fruits.

Mais le monde du Château a ses règles propres et sait se protéger des intrus en les rendant incompréhensibles. K va se heurter à une administration complètement déshumanisée, à une hiérarchie à la complexité illisible, à des montagnes d'archives que servent des êtres serviles et ennuyés. Il va essayer de comprendre et de s'attaquer à des murs de papier plus solides que des murailles de pierres. On le sait, ils ne sont pas décodables. Hans Hennig Paar fait errer K entre les archives empilées par Christl Wein: des parois entières de papiers indéchiffrables se déplacent sur une scène, dont le fond  s'ouvrira sur d'autres salles d'archives, et des échelles viennent encore souligner que les réserves d'archives du Château se déclinent à l'infini, dans l'horizontalité comme dans la verticalité. Une fois qu'on est entré dans le monde de l'absurde, il n'y a plus de sens, cela va de soi, et il n'y a sans doute plus d'issue.
Das Schloss 
Mais comment danser l'absurde? Dans ces décors insensés, Hans Hennig Paar crée divers tableaux où se meuvent des êtres automatisés: un quadrille de fonctionnaires encravatés aux trajectoires systématisées, des enfants des écoles  robotisés sous la férule d'un maître fou magnifiquement interprété par Gianluca Martorella, des secrétaires tellement instrumentalisés qu'ils sont devenus des hommes-dossiers.

Des enfants! Les habitants du Château et du village qu'il domine se reproduisent donc malgré qu'ils vivent en absurdie. Mais c'est sans doute sans amour et avec tristesse. Les femmes sont elles aussi instrumentalisées, des objets que l'on contrôle et que l'on possède comme on le voit dans la très belle scène où Klamm (Krzysztof Zawadzki) mène Frieda au licou (Caroline Fabre). La belle essaye bien de s'échapper de l'emprise de l'employé, mais il la contraint à l'obéissance dans une scène d'un sadisme sinistre.

Das Schloss 
Le seul moment de rêve viendra de la scène suivante dans laquelle K. séduit Frieda, sans doute dans l'espoir de faire avancer son dossier. Un des plus beaux moments de la très belle choréographie de Hans Hennig Paar qui organise la séduction en faisant jouer les danseurs avec une lampe-plafonnier dont ils s'éclairent et qu'ils se balancent dans un jeu où K parvient à apprivoiser la belle Frieda: la sensibilité blessée de la jeune femme connaît un moment de répit et elle s'éveille à la sensualité.

Mais ce moment d'émotion n'est que de courte durée, la morosité du Château et ses modalités d'emprisonnement des êtres reprennent le dessus. Malgré ses tentatives, K finira enseveli sous la paperasse, qui non contente de l'entourer et de l'asservir à ses lois, se mettra à tomber du ciel, il neige des feuilles de papier de plus en plus abondantes qui recouvrent K.

D'autres K viendront qui connaîtront un destin similaire. Alors que K vient de disparaître, arrive un autre arpenteur plein d'espoir et de rêve, le double de K, qui a de la neige plein les poches. Il s'en débarrasse en la jetant en l'air. Le serpent s'est mordu la queue et le jeu absurde et désespéré peut recommencer, à l'infini.

Si la choréographie n'était pas si belle et les danseurs tellement excellents, on sortirait désespérés. C'est là le paradoxe du choix de Kafka: le spectacle ne peut que nous rappeler à notre réalité, il doit refléter un monde qui transforme les humains en pantins, il doit nous interpeller. Il le fait avec la finesse et l'intelligence d'une choréographie qui révèle de nouveaux talents et notamment deux danseurs d'exception qui viennent de rentrer dans la troupe du Theater-am-Gärtnerplatz: le Belge Neel Jansen et la Française Caroline Fabre.

Liviu Petcu  dirige avec maestria des musiques  de Schostakowitsch, -un arrangement du quatuor à cordes Nr. 8-, d'Alfred Schnittke et de Krzytof Penderecki, qui rendent bien l'atmosphère qui règne au Château. Les rares moments plus heureux sont rendus par le lyrisme de „Three Pieces in old Style” de Henrik Gorecki.

Une création mondiale, à voir au Theater-am-Gärtnerplatz en juin et en juillet 2011. Un événement de fin de saison à ne pas manquer.

Agenda et réservations:

Les 2, 6 et 16 juin 2011
Les 1, 12, 20 et 25 juillet 2011

Pour réserver par internet, cliquer ici puis sur Karten bestellen face à la date souhaitée
Pour réserver par téléphone, former le 089/21851960

Crédit photographique: Lioba Schöneck

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