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| Page titre d'une publication de sermons de Barletta à Venise en 1577 |
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| Le texte du sermon commence vers le milieu de la première colonne |
Le sermon
À cette époque, le sermon constituait à la fois un instrument d'édification religieuse et un vecteur fondamental de la culture collective. Pour captiver ses auditeurs, Barletta n'hésitait pas à employer un style théâtral, mâtiné de plaisanteries familières (facecia) et ouvert aux parlers vernaculaires, tout en s'appuyant sur une érudition théologique rigoureuse mêlant Écritures, Pères de l'Église, auteurs scolastiques et sources antiques. Ses textes s'articulent traditionnellement autour d'un thème scripturaire développé par la démonstration rationnelle (ratio), l'autorité des textes (auctoritas) et l'exemple (exemplum), offrant ainsi un témoignage vivant de la société de son temps. Dans le vingt-sixième sermon de son recueil consacré à la Circoncision du Seigneur, il livre un enseignement complet dont voici la traduction intégrale en français contemporain :
Sur la Circoncision du Seigneur
" Après que furent accomplis les huit jours pour circoncire l'enfant, son nom fut appelé Jésus ", comme le rapporte saint Luc au deuxième chapitre. Combien fut grande la passion des saints pères de l'Ancien Testament à désirer la connaissance du nom du Christ à naître à travers les divines Écritures ! Dans la Genèse, Jacob parlant à l'ange demandait quel était son nom, et l'ange lui répondit qu'il ne pouvait pas encore être connu. Dans l'Exode, lorsque le Seigneur envoie Moïse auprès de Pharaon pour délivrer son peuple, il lui ordonne de dire aux fils d'Israël que « Celui qui est » l'a envoyé vers eux. Ce « Celui qui est » possède une puissance infinie qui accomplit tout ce qu'il veut, une sagesse infinie dont les jugements sont insondables selon saint Paul, ainsi qu'une justice et une miséricorde parfaites. Comme le rappelle saint Jérôme au pape Damase dans sa lettre sur l'enfant prodigue, la Loi ancienne gardait la rigueur de la justice sans la clémence, exigeant œil pour œil et dent pour dent sans accorder de grâce pour les crimes mortels, jusqu'à ce que Dieu envoie son Fils né d'une femme pour tempérer l'austérité de la Loi par la grâce de l'Évangile. Ce Dieu de justice avait chassé Lucifer du paradis, envoyé le déluge et fait pleuvoir le feu et le soufre; c'est pourquoi Albert le Grand note que dans l'Ancien Testament, Dieu est appelé un Dieu jaloux et rigide punissant l'iniquité jusqu'à la quatrième génération. C'est ce « Celui qui est » qui s'est révélé, et la Sainte Église, avide de connaître sa condition, a soupire pendant des siècles en s'écriant dans le Cantique des Cantiques : « Qu'il me baise des baisers de sa bouche ! », afin de connaître le nom de son Époux. Aujourd'hui, lors de sa circoncision, ce nom lui a été imposed : Jésus, c'est-à-dire Sauveur, nom donné divinement par l'ange Gabriel et annoncé par les prophètes, désiré par tous les saints de l'ancienne Alliance et divulgué sur la terre entière.
De la fête d'aujourd'hui, trois points principaux sont à examiner sur la circoncision du béni Jésus : sa convenance, sa condition et sa signification. Sur le premier point, je réponds selon saint Thomas d'Aquin, Alexandre de Hales et Richard de Middleton que le Christ devait absolument être circoncis, et cela pour quatre raisons principales afin de nous servir d'exemple et d'instruction. En premier lieu, il s'agissait de prouver la réalité de son corps humain contre plusieurs hérétiques, comme les manichéens ou les valentiniens, qui prétendaient qu'il n'avait qu'un corps céleste ou une simple apparence. Quelle infamie ! Pour prouver la vérité de sa chair, le Christ a voulu être circoncis et verser son propre sang, car une illusion ne peut verser de sang. Cela est figuré dans l'Exode lorsque Moïse retira sa main couverte de lèpre de son sein pour attester sa mission devant Pharaon : le Christ accepte de porter l'infirmité de notre nature pour prouver qu'il est notre vrai Messie, s'exposant comme lépreux et humilié comme le prédit Ésaïe. En cette fête, le Christ agit comme un bon marchand qui trouve une marchandise d'une valeur inestimable — notre âme — et ne paie d'abord qu'un acompte en versant ses premières gouttes de sang, avant de régler la totalité de la somme le Vendredi saint sur la croix. En deuxième lieu, le Christ voulait nous purifier du péché et nous encourager à l'aimer en retour. De même que l'on montrait du vin rouge aux éléphants de guerre pour les stimuler au combat, ou que le coq chante à trois reprises à mesure que l'aube approche parce qu'il se réjouit du jour, le Christ enfant de huit jours nous montre aujourd'hui son sang pour secouer notre tiédeur et nous inciter à bien agir. En troisième lieu, la circoncision s'inscrit dans la suite des remèdes divins instaurés contre le péché originel à travers les âges : l'offrande d'Abel, le sacrifice de Noé, la dîme d'Abraham, la circoncision sous la Loi écrite, et enfin le baptême sous le règne de la grâce. Deux questions scolastiques se posent ici : pourquoi les femmes n'étaient-elles pas circoncises ? Parce que le péché originel descend principalement du père, cause efficiente de la génération. Pourquoi la circoncision se faisait-elle sur cet organe spécifique ? Parce que le médicament doit être appliqué là où se trouve la maladie, contrairement à ce médecin grossier de l'anecdote qui voulait soigner une paille dans l'œil en administrant un lavement à son patient qui s'exclamait que son mal était en haut et non en bas. La circoncision devait donc frapper le membre par lequel se transmet la faute. En quatrième lieu, le Christ nous donne l'exemple d'une circoncision spirituelle de nos sens : garder nos yeux des vanités, nos oreilles des médisances comme l'aspic qui se bouche l'oreille avec sa queue, notre bouche des paroles vulgaires comme l'abeille qui ne se pose que sur les belles fleurs, notre goût des excès et notre toucher des actes interdits. Le Christ lui-même fut circoncis dans tous ses sens en pleurant cinq fois, en écoutant les insulteurs, en ayant les mains et les pieds percés, en goûtant le vinaigre et en subissant l'odeur du Calvaire.
Enfin, le Nom de Jésus imposé ce jour-là exprime un don divin par excellence, à la différence des noms humains donnés par la lignée, par un événement ou par une qualité physique, et porte en lui l'accomplissement de toute la grâce accordée au monde. Les noms qui sont attribués à quelqu'un divinement signifient toujours un bien gratuit qui lui est accordé par Dieu, comme il est dit dans la Genèse (chapitre 17) à Abraham : Tu seras appelé Abraham, car je t'ai établi père d'une multitude de nations, et dans l'Évangile de saint Marc (chapitre 15). C'est ainsi que le nom de Jésus a été donné du ciel par l'ange, lequel se compose de cinq lettres qui renferment un profond mystère pour l'édification de l'âme. La première lettre est le J, qui désigne la porte des cieux (Janua coelorum), car le Christ est le passage par lequel l'âme accède au Royaume de Dieu, selon sa parole : « Je suis la porte » (Jean 10). La deuxième lettre est le E, qui désigne le modèle souverain (Exemplar corruptorum), car de même qu'un scribe corrige un texte altéré en se référant à un modèle parfait, le Christ est venu corriger et restaurer notre nature humaine corrompue et déchue par le péché. La troisième lettre est le S, qui représente le bouclier des combattants (Scutum bellatorum), remis au chrétien pour repousser vaillamment tous les assauts et les tentations de l'ennemi. La quatrième lettre est le U, qui symbolise la vie des morts (Vita mortuorum), nous arrachant à la double condamnation de l'âme et du corps, car il est la résurrection et la vie. Enfin, le S final incarne la santé des malades (Sanitas infirmorum), le Christ agissant ici comme une mère ou une nourrice aimante qui prend sur elle l'amertume du remède de la Passion pour en transformer la vertu en un lait bienfaisant propre à guérir l'humanité affaiblie.
C'est ainsi que, pour accomplir pleinement le salut du monde, le Sauveur a versé son sang à six reprises depuis le début de sa vie terrestre jusqu'à son sacrifice ultime sur le Calvaire. Il a d'abord versé son sang le jour de sa circoncision, huitième jour après sa naissance, inaugurant par ces premières gouttes le prix de notre rachat. Il a ensuite répandu sa sueur de sang au Jardin des Oliviers sous l'angoisse de la Passion. Il a coulé en troisième lieu lors de la flagellation, lorsque son corps a été déchiré par les lanières des fouets. Il a coulé en quatrième lieu lors du couronnement d'épines, lorsque les pointes acérées ont pénétré son front. Il a coulé en cinquième lieu sur le chemin de la croix, lors des chutes et des efforts sous le poids du bois infamant. Enfin, la sixième effusion s'est produite sur le Calvaire, lorsque ses mains et ses pieds ont été percés par les clous et que le coup de lance a ouvert son flanc, scellant ainsi l'achèvement de la rédemption humaine et accomplissant la prophétie des Écritures.
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| Texte imprimé en caractères gothiques |
Ce texte remarquable illustre avec force la manière dont Gabriel de Barletta parvient à lier une théologie scolastique exigeante à une pédagogie orale d'une efficacité redoutable. D'un côté, il s'appuie sur la pensée de Thomas d'Aquin, d'Albert le Grand, de Jérôme et des grands docteurs de l'Église pour répondre aux questions spéculatives sur l'attente des Patriarches, la transmission du péché originel, la nécessité de l'Incarnation réelle et la valeur des remèdes sacramentels. De l'autre, il transforme des vérités dogmatiques abstraites en images percutantes empruntées au quotidien, au commerce, au bestiaire médiéval et au registre comique de la facecia (la facétie). En passant de l'exégèse biblique sur «Celui qui est» à l'anecdote du médecin grossier, puis à la métaphore du marchand ou au comportement de l'éléphant, du coq et de l'aspic, le prédicateur dominicain capte l'attention de la foule pour mieux la conduire vers une exigence morale concrète : la circoncision spirituelle des sens et la dévotion au saint Nom de Jésus. Son sermon offre ainsi un témoignage précieux sur l'art de la prédication à la fin du Moyen Âge, où l'érudition sacrée se met au service d'une parole vivante, théâtrale et profondément populaire.
Au-delà de ses qualités oratoires, la redécouverte de ce texte offre une valeur doctrinale précieuse, car elle nous aide à saisir pleinement toute la profondeur théologique de la circoncision de Jésus et l'importance capitale de la fête du 1er janvier, un thème spirituel majeur qui semble pourtant délaissé et absent des prédications courantes depuis les réformes opérées par Paul VI et le concile Vatican II. En effet, lors de la révision du calendrier liturgique romain en 1969 dans le sillage du concile, le pape Paul VI a réorienté la fête du 1er janvier : le titre traditionnel de « Circoncision du Seigneur » a été effacé au profit de la « Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu » (Solenmnitas Sanctae Dei Genetricis), réactivant ainsi la plus ancienne mémoire marianiste de Rome tout en y adossant la Journée mondiale de la Paix. En reléguant au second plan la mémoire de l'effusion du premier sang du Christ et du rite juif de son intégration à l'Alliance, la réforme de Paul VI a progressivement fait disparaître de la prédication contemporaine toute cette riche théologie de la chair, de la loi et du rachat exposée par Barletta, faisant du sermon du dominicain un témoignage d'autant plus irremplaçable sur un aspect oublié du mystère de l'Incarnation.
Note méthodologique
L'initiative, la recherche documentaire et le choix de ce sermon conservé dans l'édition de 1510 relèvent de la seule démarche de l'auteur. La transcription du texte imprimé en lettres gothiques, des abréviations typographiques et des ligatures, la traduction française ainsi que le travail de mise en forme et de synthèse ont été réalisés avec l'assistance linguistique et technique de l'intelligence artificielle Gemini.





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