Rechercher dans ce blog

samedi 8 août 2026

Le Bozner Markt (Marché de Bolzano) de Mittenwald, à la lumière des recherches de l'historien Joseph Baader

Un colporteur
 

Joseph Baader, chroniqueur de Mittenwald


Joseph Baader, né à Mittenwald en 1812, fut un historien et archiviste allemand qui consacra une partie importante de son travail à la connaissance et à la transmission de l’histoire de sa ville natale.

Originaire de Mittenwald, il développa très tôt un intérêt pour l’histoire et les documents anciens. Après des études à Munich, il fit carrière dans les archives bavaroises et devint un spécialiste reconnu des sources historiques. Son parcours le conduisit notamment aux archives de Munich, Bamberg et Nuremberg, dont il prit la direction.

Mais c’est surtout par son attachement à Mittenwald que son nom reste aujourd’hui particulièrement précieux pour les habitants et les amoureux de cette région. En 1880 parut son ouvrage majeur, Chronik des Marktes Mittenwald, seiner Kirchen, Stiftungen und Umgegend, une véritable chronique de Mittenwald et de ses environs.

À travers cette œuvre, Baader ne raconte pas seulement les grands événements historiques. Il rassemble également des informations sur les familles, les églises, les traditions, les métiers, les lieux et la vie quotidienne des habitants. Sa chronique constitue ainsi une mémoire précieuse du Mittenwald d'autrefois.

Plus d’un siècle après sa publication, son travail demeure une source importante pour comprendre l’histoire locale. Joseph Baader a ainsi laissé bien davantage qu’un livre : il a contribué à préserver la mémoire de Mittenwald et à transmettre son histoire aux générations futures.

Son œuvre nous rappelle que l’histoire d’un Markt** d’une petite ville est faite autant de grands événements que de la vie quotidienne de ceux qui y ont vécu. À ce titre, Joseph Baader peut être considéré comme l’un des grands gardiens de la mémoire historique de Mittenwald.

Quand Mittenwald devint une place commerciale européenne

En 1487, un événement allait profondément transformer le destin de Mittenwald : les marchands vénitiens décidèrent de transférer à Mittenwald le grand marché de Bozen (Bolzano), alors l’un des principaux centres commerciaux entre l’Allemagne et l’Italie. Pendant près de deux siècles, cette décision plaça la petite ville alpine au cœur d’un vaste réseau d’échanges reliant Venise, le Tyrol et les grandes villes marchandes de l’Allemagne du Sud.

Derrière ce transfert se dessine une histoire étonnamment vivante : celle de la Rottstraße, des convois de chevaux de bât et de chariots, des voituriers, des entrepôts et des auberges, des marchands venus du Nord comme du Sud, mais aussi celle d’une population qui sut tirer parti de cette extraordinaire activité commerciale.

Dans sa Chronik des Marktes Mittenwald, publiée en 1880, Joseph Baader fait revivre cette époque où les marchandises affluaient à Mittenwald, où les rues résonnaient du passage des convois et où la prospérité du commerce italien transforma durablement la ville et ses habitants.

Le récit qui suit nous plonge au cœur de cette période, depuis le transfert du marché de Bozen jusqu’au déclin de la route de la Rott, lorsque, bien plus tard, le chemin de fer vint finalement bouleverser, à son tour, cet ancien monde du commerce et du transport.

Le marché de Bozen arrive à Mittenwald

" Puis vint l’année 1487. Elle marqua le début d’une ère nouvelle pour le trafic et le commerce le long de la Rottstraße. "

La Rottstraße — littéralement la « route de la Rott » — désignait l’itinéraire emprunté par les convois de transporteurs organisés pour acheminer les marchandises entre les grands centres commerciaux de Bavière, du Tyrol et d’Italie. La Rott était donc bien davantage qu’une simple route : elle constituait un véritable système organisé de transport, avec ses voituriers, ses relais, ses tarifs, ses obligations et ses règles. Les marchandises passaient d’un transporteur à l’autre, suivant un parcours organisé à travers les Alpes.

Cette année-là, les Vénitiens transférèrent le grand marché de Bozen à Mittenwald.

Jusque-là, Bozen, au Tyrol, avait été la principale plaque tournante des échanges entre l’Allemagne et l’Italie. Les marchands des deux pays y réglaient leurs comptes lors des foires commerciales. Pour favoriser le commerce, la ville s’était vu accorder des procédures judiciaires accélérées pour les litiges relatifs aux dettes et aux lettres de change.

Par conséquent, les marchés de Bozen étaient devenus les plus importants de toute l’Allemagne du Sud et le point central des échanges entre l’Allemagne et l’Italie.

Le transfert de ces marchés fut motivé par un différend que l’archiduc Sigismond déclencha en 1487 avec les marchands vénitiens présents à Bozen. Il en fit emprisonner cent trente. Cet acte offensa profondément la fière cité lagunaire. Elle décida de déplacer ailleurs son entrepôt de marchandises et le lieu de règlement des comptes avec ses partenaires commerciaux allemands — un endroit qui ne soit pas trop éloigné de l’Italie. Dans sa colère, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec le Tyrol. Elle choisit donc Mittenwald, située juste à la frontière tyrolienne.

Les marchés de Bozen s’y tinrent par la suite pendant cent quatre-vingt-douze ans. Cette période représente l’apogée de l’histoire de Mittenwald et conféra à la petite ville une certaine importance internationale.

C’est également à cette époque — et au cours du XVe siècle en général — que furent instituées les plus magnifiques fondations de l’histoire de ce bourg.

Cette période fut marquée par d’importants travaux de construction. On aménagea notamment des bâtiments destinés à recevoir les marchandises entrantes, dotés d’espaces de stockage voûtés. Des vestiges en sont encore visibles un peu partout, bien qu’une grande partie de ces structures soit tombée en ruine ou ait été transformée.

De vastes auberges et de spacieuses remises accueillaient les voyageurs et abritaient leurs chevaux.

Toute cette splendeur a aujourd’hui disparu ; cette vie autrefois colorée, animée et bruyante a laissé place, à l’époque moderne, à un silence inquiétant et à une désolation accablante. »

Pour aller plus loin

Voici la traduction de l' extrait du texte de Joseph Baader qui concerne la période du Bozner Markt et de la tarification du transport des marchandises.

" [...] Puis vint l'année 1487. Elle marqua le début d'une ère nouvelle pour le trafic et le commerce le long de la Rottstraße. Cette année-là, les Vénitiens transférèrent le grand marché de Bozen à Mittenwald. Jusque-là, Bozen, au Tyrol, avait été la principale plaque tournante des échanges entre l'Allemagne et l'Italie ; les marchands des deux pays y réglaient leurs comptes lors des foires commerciales. Pour favoriser le commerce, la ville s'était vu accorder des procédures judiciaires accélérées pour les litiges relatifs aux dettes et aux lettres de change. Par conséquent, les marchés de Bozen étaient devenus les plus importants de toute l'Allemagne du Sud et le point central des échanges entre l'Allemagne et l'Italie. Le transfert de ces marchés fut motivé par un différend que l'archiduc Sigismond déclencha en 1487 avec les marchands vénitiens présents à Bozen. Il en fit emprisonner cent trente. Cet acte offensa profondément la fière cité lagunaire. Elle décida de déplacer ailleurs son entrepôt de marchandises et le lieu de règlement des comptes avec ses partenaires commerciaux allemands — un endroit qui ne soit pas trop éloigné de l'Italie. Dans sa colère, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec le Tyrol. Elle choisit donc Mittenwald, située juste à la frontière tyrolienne. Les marchés de Bozen s'y tinrent par la suite pendant cent quatre-vingt-douze ans. Cette période représente l'apogée de l'histoire de Mittenwald et conféra à la petite ville une certaine importance internationale. C'est également à cette époque — et au cours du XVe siècle en général — que furent instituées les plus magnifiques fondations de l'histoire de ce bourg, parallèlement à la construction de la Judengasse* (la ruelle des Juifs) dans un coin retiré. C'est là que se trouvait le ghetto de Mittenwald, où les Juifs étaient enfermés pour la nuit.

Cette période fut marquée par d'importants travaux de construction ; on aménagea notamment des bâtiments destinés à recevoir les marchandises entrantes, dotés d'espaces de stockage voûtés. Des vestiges en sont encore visibles un peu partout, bien qu'une grande partie de ces structures soit tombée en ruine ou ait été transformée. De vastes auberges et de spacieuses remises accueillaient les voyageurs et abritaient leurs chevaux. Toute cette splendeur a aujourd'hui disparu ; cette vie autrefois colorée, animée et bruyante a laissé place, à l'époque moderne, à un silence inquiétant et à une désolation accablante.

Je dois m'attarder un instant encore sur la Rottstraße (la route des convois de bât). Vers la fin du XVe siècle, les voituriers se plaignaient de ne plus pouvoir transporter les marchandises des marchands au tarif habituel, le Rottlohn. Ils adressèrent des doléances en ce sens au duc Albert de Bavière. En 1482, celui-ci les autorisa finalement à facturer 3 Kreuzer par charge pour les marchandises bavaroises transportées vers l'intérieur (en direction du Tyrol) et 3 Kreuzer supplémentaires pour deux charges transportées vers l'extérieur ; en contrepartie, ils étaient tenus de faciliter le commerce des marchands à tout moment et de se tenir prêts à transporter les marchandises sans délai — conformément à un usage établi de longue date et sans exiger de frais supplémentaires. Ils avaient l'obligation de voyager en convois d'au moins trente-deux chariots.

À peine le marché de Bozen avait-il été transféré à Mittenwald que le duc Albert y déplaça également ses postes de douane d'Ammergau et d'Eschenlohe, ce qui aboutit à la création d'un bureau de douane principal à Mittenwald. Le fait que le marché de Bozen s'y tînt désormais l'incita aussi, en 1492, à faire construire une nouvelle route. Ce tracé devait relier Munich en ligne droite, en passant par Benediktbeuern et Kochel, puis franchir un col escarpé — le Kesselberg — pour atteindre le lac Walchensee ; de là, la route devait longer le lac et traverser deux autres montagnes pour rejoindre Wallgau, Krün et enfin Mittenwald. Ce fut une entreprise colossale. La nouvelle route traversant le Kesselberg a insufflé de la vie à une région qui, auparavant, ne voyait passer ni marchands avec leurs marchandises ni voituriers avec leurs chariots de fret et leurs chevaux de bât — à l'exception, peut-être, d'un moine solitaire venu des monastères voisins de Schlehdorf et Benediktbeuern pour célébrer la messe dans la petite chapelle au bord du Walchensee, ou d'un chasseur et de ses chiens à la poursuite du gibier de montagne abondant. Cette nouvelle voie longeait la grande route des Rott — l'itinéraire emprunté par les corporations organisées de transporteurs de marchandises — située à quelques heures de trajet vers l'ouest et que la nouvelle route rejoignait à peine quinze minutes avant d'atteindre Mittenwald. Le volume de marchandises transitant par Mittenwald — en particulier durant la période de la foire de Bozen — avait pris une telle ampleur que les transporteurs peinaient à répondre à la demande. Inévitablement, leurs tarifs augmentèrent en conséquence ; en 1553, ils exigèrent un prix de transport de 31 Kreuzer par « quintal de Vienne » pour le trajet de six heures reliant Mittenwald à Zirl, invoquant le précédent établi par les voituriers d'Innsbruck, qui appliquaient le même tarif pour le trajet inverse, de Zirl à Mittenwald.

Ces conditions apportèrent une grande prospérité à la région ; cette prospérité, à son tour, nourrit le sentiment de liberté irrépressible qui était déjà si vif chez ce peuple montagnard. Sans égard pour le souverain territorial ni pour son consentement, ils établirent une nouvelle ordonnance relative au *Rott* le 13 juin 1574. Ses principales dispositions sont les suivantes : « Si des marchandises provenant d'Augsbourg ou de Munich sont déposées à Mittenwald et qu'une personne ne souhaite pas les transporter jusqu'à Bolzano avec son propre chariot, ces marchandises doivent être enregistrées auprès du Rott [le service de transport organisé localement]. Nul ne peut accepter de marchandises acheminées par des étrangers via le Rott depuis Partenkirchen sans les enregistrer auprès du Rott, à moins d'avoir l'intention de les transporter jusqu'à leur destination finale. Le dépôt obligatoire [à l'entrepôt local] doit être effectué dans tous les cas, et nul ne peut désormais se rendre à sa guise à Zirl, Innsbruck ou ailleurs ; tout ce qui n'est pas transporté jusqu'au bout par ses propres moyens doit être remis au Rott. Si une personne se rend à Ammergau, Schongau ou Augsbourg, y prend des marchandises et les achemine jusqu'à Mittenwald sans les remettre ni les enregistrer auprès du Rott — et sans non plus les transporter jusqu'à Bolzano avec son propre chariot, cherchant plutôt à exercer son commerce et à réaliser un profit personnel de manière aussi risquée —, alors cette personne sera tenue, tout comme un étranger, de payer des frais de dépôt de 2 kreuzers par charge. Si une ou plusieurs personnes souhaitent se rendre vers Partenkirchen pour y prendre des marchandises du Rott et les transporter vers Zirl, Innsbruck ou d'autres lieux, elles doivent déposer ces marchandises à Mittenwald et les enregistrer auprès du Rott. — Si un voiturier de l'Adige transporte des marchandises urgentes et souhaite faire demi-tour immédiatement, il peut certes conduire ses chariots à la rencontre des marchandises et les acheminer — en transportant la part qu'il peut avec son propre équipement —, mais il doit s'acquitter des frais de dépôt correspondants. — Si les marchandises présentent un caractère d'extrême urgence et que la personne responsable de l'enregistrement auprès du Rott ne dispose pas de chevaux ou d'hommes sur place, ou prétend ne pas être tenue de s'en charger, alors — en cas de nécessité impérieuse — une personne devra prêter assistance à une autre afin que nul ne subisse de retard. Les frais de dépôt devront ensuite être [perçus] au niveau de la déclaration des marchandises.

Toutes les marchandises vénitiennes — qu'il s'agisse de balles ou d'autres produits — transportées via la route du Rott doivent être déclarées au poste du Rott, conformément à un usage établi de longue date, que le voiturier soit local ou étranger. Si le voiturier n'effectue pas lui-même le paiement, il doit convenir d'un arrangement avec le responsable du poste du Rott ; l'administrateur du Rott doit alors remettre les fonds à ce responsable. La personne ayant transporté les marchandises règle ensuite le paiement auprès de ce dernier. Quiconque transporte des balles de soie depuis Innsbruck ou Zirl peut certes passer par Mittenwald, mais — qu'il soit local ou étranger — il est tenu de s'acquitter de la taxe de Niederlage (taxe de transit/stockage) requise, fixée à 3 kreuzers par charge. Si des locaux ou des étrangers se rendent à Seefeld ou à Reut pour y charger des balles de soie, ils sont tenus de payer la taxe à Mittenwald ou de convenir d'un arrangement avec le responsable à qui revient le tour. Toutes les marchandises déposées à Mittenwald par des charretiers étrangers doivent être déclarées aux charretiers ; faute de quoi, nul ne peut accepter ni emporter de marchandises. Quiconque enfreint cette règle s'expose à une amende d'un florin à chaque infraction. »

Peu de temps après, en 1597, les charretiers de Partenkirchen, Garmisch et Mittenwald élevèrent une vive protestation. Ils réclamaient, une fois de plus, une augmentation de leurs tarifs de transport. Ils faisaient valoir : « Le fourrage est si coûteux, les frais d'auberge si élevés, les maréchaux-ferrants et les charrons exigent des salaires importants, et l'entretien des routes, des passerelles, des ponts et des ouvrages hydrauliques nous coûte fort cher. » « Car nous devons contribuer à toutes ces constructions. » Les marchands, en particulier ceux d'Augsbourg, qui comprenaient bien où cela menait, ne voulurent rien entendre. Finalement, toutefois, un accord fut conclu pour augmenter de 4 kreuzers le salaire des charretiers. L'accord stipulait qu'une somme de 29 kreuzers serait versée pour chaque transport de charge entre Partenkirchen et Ammergau. Les habitants de Mittenwald, quant à eux, recevraient 27,5 kreuzers — en plus de leur tarif antérieur de 25 kreuzers — pour chaque transport entre Mittenwald et Partenkirchen, tout en conservant leur ancien tarif pour le trajet vers Seefeld. Les marchandises entrantes devaient être livrées à leurs destinations respectives sans délai, et les transporteurs s'engageaient à ne pas augmenter leurs tarifs à l'avenir. Il semble que Kaspar Poyßl, administrateur de Werdenfels, ait servi de médiateur pour cet accord entre les transporteurs et les marchands commerçant avec l'Italie.

À peine avaient-ils obtenu une augmentation de salaire que les transporteurs commencèrent à réclamer des frais de livraison plus élevés. Ceux de Mittenwald exigèrent le double du montant initial, demandant que 6 kreuzers soient désormais versés au lieu de 3 pour chaque transport. Ils obtinrent effectivement gain de cause ; ils firent confirmer ces dispositions par l'évêque Ernst le 30 janvier 1606, levant ainsi les objections des charretiers venus d'ailleurs. Le règlement de la Rott devait être strictement respecté à l'avenir. Le souverain devait également apporter son soutien et confirmer les anciennes comme les nouvelles dispositions. C'est ce qui fut fait en 1606.

Aux jours radieux dont la route de la Rott avait joui depuis des temps immémoriaux — et tout particulièrement lors de la tenue du marché de Bolzano à Mittenwald — succédèrent des temps sombres et menaçants. La guerre de Trente Ans avait déjà paralysé le trafic sur cet axe. Puis intervinrent les évêques d'Augsbourg, désireux d'orienter le flux des marchandises commerciales depuis Augsbourg vers leur propre ville de Füssen. De là, les convois devaient emprunter l'itinéraire passant par Reutte et la route nouvellement ouverte via Fernstein jusqu'à Finsterminz. Cette tentative connut un succès partiel. L'essentiel, toutefois, est qu'un événement marquant pour la route de la Rott survint en 1679, lorsque les Vénitiens transférèrent à nouveau le marché de Bozen dans cette même ville. Après tout, celle-ci était plus proche et plus commode pour eux que la lointaine Mittenwald. Pourtant, les voituriers de la Rott ne se découragèrent pas. Dès lors, ils ne se contentèrent plus de voyager d'un relais de la Rott à l'autre, ni d'attendre que les marchandises leur soient apportées depuis les centres commerciaux pour être transportées. Ils partirent désormais activement à la recherche de fret dans les villes commerçantes d'Allemagne et d'Italie. Partout, ils rivalisèrent avec les charretiers qui refusaient d'emprunter la route de la Rott. Ils y parvinrent avec grand succès, jusqu'à ce que le chemin de fer mette finalement un terme à l'activité des voituriers et charretiers de la Rott — ainsi qu'à bien d'autres moyens de subsistance qui y étaient liés. La route de la Rott et le trafic qui l'animait avaient autrefois conféré un caractère unique à des régions entières ; le paysage et ses habitants offraient un spectacle joyeux, plein de vie et de mouvement, baigné dans une atmosphère de bien-être paisible et sans hâte. Aujourd'hui, cette image s'est assombrie et la région a pris un air de désolation. Plus aucun « joyeux charretier » ne parcourt la route de la Rott, et les vieilles auberges délabrées tendent en vain leurs enseignes en fer patinées par le temps — ornées d'aigles, de lions, de cerfs, de bouquetins et d'autres créatures — au regard du voiturier de la Rott. Il est mort. Le chemin de fer l'a ruiné, entraînant avec lui la prospérité de régions entières.

La situation de Mittenwald sur l'axe commercial majeur reliant l'Italie et Venise au sud de l'Allemagne — conjuguée au flux intense de marchandises, au transfert du marché de Bozen à Mittenwald dans la seconde moitié du XVe siècle, à l'organisation efficace du transport et des corporations de voituriers (terrestres et fluviaux), ainsi qu'aux échanges animés entre les habitants et les marchands du sud comme du nord — a éveillé l'esprit d'entreprise de la population locale. Des agences commerciales et des entrepôts virent le jour, tout comme diverses industries telles que le tressage, le tricotage de filets de soie et d'autres métiers aujourd'hui largement disparus, dont les noms mêmes sont tombés dans l'oubli. Ceux qui disposaient d'un peu de capital ou d'un accès au crédit se procuraient des marchandises auprès de ces agences et entrepôts, les chargeaient sur leur dos et partaient vers le vaste monde, où ils vendaient généralement leurs produits en tant que colporteurs itinérants. Une fois leur stock écoulé, ils rentraient chez eux pour s'approvisionner à nouveau auprès des négociants-grossistes avant de repartir vers des contrées lointaines.

Malheureusement, les sources historiques concernant les activités commerciales de Mittenwald — en particulier pour les périodes les plus anciennes — sont si rares que l'on est contraint de s'en remettre à de brefs témoignages. [...]
________________________________

* Une étude de toponymie historique, Der Judenweg (Vandenhoeck & Ruprecht, 2011), donne explicitement pour Mittenwald : « Judengasse an der St. Peter und Paul-Kirche, heute Ballenhausgasse ». La référence renvoie aux fonds du Bayerisches Flurnamenarchiv : Flurnamensammlung Mittenwald, 1977, p. 171, ainsi qu'à une correspondance du Markt Mittenwald du 16 juin 1993.

** Markt Mittenwald ne veut pas simplement dire « marché de Mittenwald ». Cela signifie que Mittenwald bénéficia historiquement du droit de tenir marché (Marktrecht).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire