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mardi 16 juin 2026

Une distribution étoilée pour la reprise de Turandot à la Bayerische Staatsoper

Olga Maslova (Turandot)

La reprise de Turandot à l'opéra de Munich était très attendue en raison de la direction annoncée de Zubin Mehta et de la prise de rôle munichoise de Jonas Kaufmann en Prince Calaf. Le public de la capitale bavaroise adule le chef indien, qui fut directeur musical général de l'Opéra d'État de Bavière de 1998 à 2006. Zubin Mehta, qui vient de célébrer son 90ème anniversaire, a été contraint d'annuler toutes les représentations prévues en raison de problèmes de santé. Le chef hongrois Henrik Nánási a pris le relais. La soprano russe Olga Maslova fait ses débuts munichois dans le rôle-titre. On retrouve avec bonheur Ermonela Jaho en Liù et Dmitry Oulianov en Timour.

Henrik Nánási est familier de l'oeuvre de Puccini qu'il a pratiquée dans plusieurs grandes maisons d'opéra europénnes. En 2013, il avait dirigé l'emblématique production londonienne de Turandot dans la mise en scène d'Andrei Șerban au Royal Opera House. À Munich, sa direction énergique donne une approche théâtrale spectaculaire de l'oeuvre, qui souligne constamment la tension dramatique de la partition et se marie bien avec la luxuriance coloriste de la mise en scène de Carlus Padrissa. Le chef traite l'oeuvre  toute en puissance sonore, avec un entrain tel qu'il couvre parfois la voix des chanteurs.

Jonas Kaufmann (Calaf) et Olga Maslova (Turandot)

La soprano dramatique russe Olga Maslova s'est imposée ces dernières années comme l'une des interprètes montantes du rôle-titre, qu'elle a notamment chanté au  Mariinsky, aux arènes de Vérone, au Festival de la Macerata et au Maggio musicale de Florence.  Elle se produira cet été au Festival Puccini de Torre del Lago. La voix est puissante, elle traverse sans difficulté l'imposant flux sonore de l'orchestre avec des aigus brillants et vigoureux qui s'élancent du tremplin d'un solide medium aux couleurs raffinées. Olga Maslova exprime avec nuance l'évolution émotionnelle de la princesse de glace, un parcours marqué par la peur de la vulnérabilité qui la fait s'ériger en une citadelle imprenable, une forteresse qui finit par se lézarder pour exploser de manière volcanique. Sous la carapace inhumaine de la princesse, la chanteuse dévoile les tourments de la femme blessée.

Ermonela Jaho (Liù) et Jonas Kaufmann (Calaf)

Le Calaf de Jonas Kaufmann était au centre des attentions passionnées du public. Le chanteur  a interprété le rôle pour la première fois sur scène lors d'une nouvelle production à l'Opéra d'État de Vienne en décembre 2023. Il l'avait auparavant chanté  en version de concert avec l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia à Rome en mars 2022. À Munich, on le voit dès le premier acte muni d'une tablette sur laquelle il pianote, un détail qui nous avait échappé lors de représentations précédentes et dont la fonction laisse perplexe. Il est sans doute en concordance avec le cadre de l'action redéfini par la mise en scène : l'histoire se déroule en Europe et non plus dans une Chine légendaire, mais dans les années 2046, lorsque le continent se retrouve sous totale domination chinoise. Calaf cherche-t-il sur sa tablette une réponse aux questions de la princesse au moyen de l'intelligence artificielle ?  Peu importe en fait. Jonas Kaufmann offre la sombre beauté et les profondes chaleurs de son timbre à son personnage dont il dévoile l'intériorité de manière nuancée, avec de remarquables pianos. Au premier acte, la voix peine à passer le volume orchestral. Le chanteur recouvre ensuite sa pleine puissance dans les réponses aux trois questions et atteint au sublime dans le " Nessun dorma " salué par des applaudissements fracassants. Jonas Kaufmann nous a offert une interprétation introspective intelligente rendue avec une grande attention apportée au texte et des nuances dynamiques qui le soutiennent, une remarquable gestion de la tessiture, un phrasé d'une grande noblesse et une ligne vocale fluide. 

On retrouve avec un bonheur ineffable l'incomparable Liù d'Ermonela Jaho, qui a encore grandi dans ce rôle dont elle a une longue pratique, un rôle auquel elle confère une intensité affective exceptionnelle et dans lequel elle atteint le zénith de son art. Tout est séduisant dans l'incarnation sacrificielle de son personnage qu'elle habite avec un engagement émotionnel intense. Elle transmet la vulnérabilité poignante de l'esclave amoureuse en la modulant avec les clartés lumineuses argentines et les couleurs tendres de son timbre, la beauté diaphane de ses aigus délicats, l'intensité expressive et la douceur de ses pianissimi.  Enfin Dmitry Oulianov interprète Timour  de sa basse puissante et profonde, bien articulée et dotée d'un timbre chaleureux.


Avec cette nouvelle reprise de Turandot, l’Opéra de Munich confirme sa capacité à conjuguer ambition visuelle et exigence musicale. La mise en scène futuriste de Carlus Padrissa renouvelle la lecture du chef-d’œuvre inachevé de Puccini sans en trahir la thématique : le pouvoir, la terreur despotique et la rédemption par l’amour. Portée par une distribution de haut niveau et par l’excellence de l'Orchestre d'État de Bavière et des choeurs, cette production impressionne autant par sa force spectaculaire que par sa cohérence dramaturgique. 

Distribution du 14 juin 2026

Direction musicale Henrik Nánási
Mise en scène Carlus Padrissa - La Fura dels Baus
Scénographie Roland Olbeter
Costumes Chu Uroz
Vidéo Franc Aleu
Lumières Urs Schönebaum
Dramaturgie
Andrea Schönhofer et Rainer Karlitschek
Chœurs Christoph Heil

Turandot Olga Maslova
Altoum Kevin Connors
Timour Dmitry Oulianov
Calaf Jonas Kaufmann
Liù Ermonela Jaho
Ping Armand Rabot
Pang Tansel Akzeybek
Pong Samuel Stopford
Un mandarin Bálint Szabó
Le prince de Perse Samuel Stopford
1ère princesse Virginija Skiriute
2ème princesse Jennifer Crohns

Orchestre d'État de Bavière
Chœur de l'Opéra d'État de Bavière, Chœur supplémentaire et Chœur d'enfants de l'Opéra d'État de Bavière

Crédit photographique © Geoffroy Schied

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