Le Festival de Bayreuth fête cette année son 150ème anniversaire. À cette occasion, Rienzi, le troisième et dernier opéra de jeunesse de Wagner, qui fut créé au Semperoper de Dresde en 1842, sera pour la première fois joué au Festspielhaus, une occasion unique de découvrir cet opéra dans le Saint des Saints wagnérien, où il ne fut jamais représenté. À noter que cet opéra sera accessible à tous : BR Klassik diffusera en direct la première de Rienzi le 26 juillet dans le cadre du Festival de la radio ARD, à partir de 15h57 sur toutes les stations culturelles ARD et sur Deutschlandradio, et à partir de 16h00 en streaming vidéo sur ARD Klassik (ARD Mediathek). Un enregistrement télévisé de la première sera également diffusé le samedi 1er août à 20h15 sur la chaîne télévisée 3sat.
Wagner composa son livret d'après le roman historique Rienzi, the Last of the Tribunes d'Edward Bulwer-Lytton, qui fut publié en anglais en 1835. Le roman connut un succès fulgurant en Allemagne, donnant lieu à trois traductions allemandes presque simultanées parues en 1836. Richard Wagner possédait la traduction allemande de Georg Nikolaus Bärmann, publiée en 1836 à Zwickau chez l'éditeur Schumann. C'est au cours de l'été 1837, alors qu'il se trouvait à Blasewitz (près de Dresde) avec sa première épouse Minna, qu'il a découvert le roman historique de Bulwer-Lytton à travers cette édition. Enthousiasmé par l'histoire du tribun romain, il a immédiatement conçu le plan de son troisième opéra, Rienzi, der letzte der Tribunen.
Le roman fut édité en français sous la direction de Paul Lorain à partir de 1842. La célèbre version de référence éditée par Hachette et Cie date de 1865. Elle est disponible en ligne, en libre accès. L'occasion de la découvrir ou de la relire avant de se rendre sur la colline verte en personne ou via les retransmissions.
En 1850 E. Beauvisage a publié deux remarquables articles consacrés à l'oeuvre de Sir Edward Bulwer Lytton dans la rubrique " Littérature. Romanciers anglais " de la Gazette nationale ou le Moniteur universel. En voici les extraits qui concernent l'art de l'écrivain et la critique du roman Rienzi, le Dernier des Tribuns de Rome.
17 janvier 1850 - Dramatiste émouvant, romancier réformateur et paradoxal, historien classique, poète aux allures élégantes, au style fleuri, Bulwer est un des écrivains modernes les plus érudits, une des organisations les plus remarquables de notre époque ; ses œuvres, odes, drames ou romans, ont toutes une haute visée philosophique, et portent profondément gravée l'empreinte d’un esprit sérieux, d’une imagination ardente, d’un cœur généreux, mais ulcéré. Un critique, son compatriote, s'exprime en ces termes à son sujet ; « Ses ouvrages déploient, pour me servir de ses propres expressions, une « Iris des cieux » dans l’arc lumineux de laquelle, au milieu des plus brillantes couleurs et des lignes les plus gracieuses que puisse enfanter une imagination féconde, se trouvent mêlées de sombres taches, des ombres informes. Comme son modèle (Byron), il peint remarquablement bien ; ses descriptions sont admirables de coloris, mais souvent il prodigue les plus beaux tons de sa palette sur des sujets indignes de son talent. On regrette parfois, en le lisant, le jugement sain, l’esprit calme et le sentiment toujours naturel de Scott ; mais le langage descriptif et imagé de Bulwer est exquis, et son pouvoir de tracé de certains caractères, de certaines manières, est supérieur à celui de tous les écrivains ses contemporains. Peu d'auteurs ont montré une plus grande variété de talent ; il parait lui être aussi facile de parfaire un grand ouvrage d histoire que de broder une fiction ; et, s’il a moins généralement réussi dans ses poésies, il a, sur le théâtre, laissé bien loin derrière lui tous les dramatistes modernes. »
| Photo @ National Galleries of Scotland |
25 juin 1850 - Parmi les romans qui parurent après Pelham, nous plaçons en première ligne Rienzi et The last days of Pompeii (Les derniers jours de Pompéi). Ces deux ouvrages, commencés en Italie, furent évidemment dictés à l’auteur par l’enthousiasme que fait naître chez un homme érudit la contemplation des sites merveilleux, témoins des plus grands événements de l’histoire ancienne et moderne et des monuments en ruine qui en marquent les dates. Le style de ces deux romans historiques se ressent bien sensiblement des impressions produites par le séjour, dans la classique Italie, d’un écrivain aussi impressionnable que l’est sir Edward, et l’auteur, gêné dans son élan par le terre-à-terre de la prose, emprunte fréquemment à la poésie des accents qui traduisent mieux l’élévation de ses pensées. A chaque prétexte plausible, la cadence et la rime trahissent l’exaltation du poète, les retours vers le passé de l’écrivain lettré dont chaque pas sur cette terre classique évoque le souvenir d’un rêve de jeunesse.
Rienzi, ou le Dernier des tribuns, peut être qualifié de roman épique ; c’est une apologie des actes de ce fameux démagogue, un hommage sympathique du réformateur-poète du 19ème siècle au Spartacus lettré du 14ème. C’est une sorte de réhabilitation de Cola di Rienzi que Gibbon, Giovanni-Villani et Sismonde de Sismondi, copiste trop rigoureux de l’anonyme auteur des Fragmenti di Storia romana, ont traité avec tant de sévérité dans leurs ouvrages. Sir Edwar Bulwer a trouvé dans la poussière auguste des bibliothèques italiennes les preuves des grandes conceptions de son héros, qui rêvait, dès l’an 1317, cette indépendance de la Péninsule que cinq cents ans plus tard ses arrière-neveux devaient chercher à rétablir. Bien des comparaisons pourraient être faites entre les événements qui ensanglantèrent la ville éternelle à cinq siècles d’intervalle. Alors comme à présent, le pape avait dit quitter sa capitale trop agitée, mais ce n’était pas à Gaète, c’était dans le beau palais d’Avignon qu’il était venu chercher un asile ; au lieu de M. de Corcelles, c’était Pétrarque qui lui était député pour demander son retour à Rome, successivement troublée par les excès des deux partis extrêmes que son absence encourageait tour à tour.
Bulwer sépare en deux phases bien distinctes la vie politique de Rienzi. Lors de son premier triomphe sur la noblesse romaine, qu’il soumet au respect d’une loi commune à tous les citoyens, il le dépeint grand et noble dans la conception du rêve sublime du buono stato, mais beaucoup trop pompeux dans l’exécution d'une réforme populaire ; il le montre juste et sévère dans l’application de lois équitables, la répression du brigandage à main armée, que pratiquaient assez généralement les nobles chevaliers italiens de celte époque, mais financier très peu habile, gaspillant les modiques ressources de l’Etat romain, à donner des fêtes au peuple et des festins aux grands subjugués, mais non soumis. Aussi, lorsque l’argent vient à manquer, lorsqu’un nouvel impôt devient urgent, le peuple, qui l’avait élevé sur le pavois, l’abandonne-t-il bien vite, et les nobles rentrent dans leurs forteresses à la tête de nouveaux condottieri.
Bulwer n’hésite pas à blâmer cette folie d’orgueil qui inspira à Rienzi l’idée de parodier les empereurs d’occident, en se baignant en cérémonie dans la fameuse conque de porphyre après la nuit des armes passée dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran ; il gémit de voir le tribun se décorer de l’ordre du Saint-Esprit, étaler un luxe insensé dans ses processions et dans ses banquets ; mais il trouve l’excuse de son héros dans la nécessité de captiver un peuple aussi amoureux de fêtes que le fut de tout temps le peuple romain. Après la fuite de Rienzi en Bohème, après les sept années de captivité qu’il passa dans les prisons d’Avignon, Bulwer représente le tribun, rendu à la liberté par Innocent VI, beaucoup plus sage et modéré dans son dernier triomphe sur les nobles romains une seconde fois chassés de leur ville, mais aussi moins enthousiaste dans ses pensées de délivrance de l’Italie, et moins confiant dans l’appui d’un peuple au bonheur duquel il a voué son existence et qui finit par le massacre dans son aveugle et ingrate furie.
Cet ouvrage de Bulwer a tous les mérites d’une biographie historique appuyée de preuves et citations, joints à ceux d’un roman semé d’épisodes dramatiques, dont l’histoire de cette époque est si abondamment remplie. La peste de Florence, les amours de Pétrarque, le procès de Jeanne de Naples, sont tour à tour décrits avec cette verve de style habituelle à notre auteur, et que ne pouvait qu’augmenter son séjour sous le ciel brillant témoin des scènes émouvantes de ce drame historique. Les personnages dont les noms appartiennent à l’histoire, tels que le cardinal Albomoz, Stephano Golonna, Gaultier de Montréal, sont portraités de main de maître, et leurs caractères tracés d’après les observations contemporaines des biographes les plus consciencieux. Les amours poétiques du bel Adrian di Colonna avec la douce Irène, sœur du tribun, et celles moins platoniques du chevalier provençal et de la belle Adeline, sèment de pages charmantes, de lais délicieux, la sanglante histoire de ces hommes bardés de fer.
Source des textes de presse : Gallica, BnF
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