À l’occasion de l’ouverture du Festival d'Opéra d’été de Munich (Münchner Opernfestspiele 2026), le Bayerisches Staatsballett a élaboré un nouveau format artistique intitulé Konstellationen, présenté du 18 au 22 juin au Prinzregententheater. Imaginé par le directeur du ballet Laurent Hilaire, ce programme propose une exploration inédite des liens qui unissent différentes œuvres du répertoire chorégraphique. Après les trois éditions de soirées ballet intitulées Sphären, orientées à la lumière des astres, le Ballet d'État de Bavière poursuit ses recherches cosmiques avec ses Constellations.
En astronomie, le terme constellation désigne la position relative des corps célestes tels qu'on les observe depuis la Terre. Ce concept peut s'appliquer aux œuvres d'art en général, ou plus spécifiquement aux ballets. Le parcours de la soirée de ballet Konstellationen explore les liens qui unissent six ballets ou extraits de ballets, intentionnellement juxtaposés avec pour objectif de faire apparaître de nouvelles relations entre des œuvres distinctes. Ces courtes pièces issues d’époques et d’esthétiques variées créent un dialogue entre héritage classique et création contemporaine. Et comme son intitulé le laisse supposer, ce spectacle donne aux nombreuses étoiles confirmées ou naissantes de la compagnie l'occasion de briller sur la scène du Théâtre du Prince Régent.
Le programme compose une traversée de plus d’un siècle de création chorégraphique. Il place côte à côte le Grand Pas Classique extrait de Paquita de Marius Petipa, Un trait d’union de Jacques Garnier, Shutters Shut de Angelin Preljocaj, Subject to Change du duo Sol León et Paul Lightfoot, ainsi qu’un pas de deux tiré de Radio and Juliet de Edward Clug. Il s'enrichit également d'une création mondiale commandée au jeune chorégraphe canadien Simon Adamson-De Luca, ancien membre du Bavarian Junior Ballet Munich et lauréat du Prix Heinz-Bosl 2025. Intitulée Shipwreck, cette nouvelle œuvre, conçue spécialement pour Konstellationen, vient prolonger la réflexion sur les correspondances artistiques et les résonances entre les générations de créateurs. Le public est invité à vivre une expérience totalement inédite, le spectacle tisse un nouveau réseau de liens, visuels et sonores, à travers les œuvres et extraits sélectionnés.
Konstellationen s’affirme comme une véritable expérience curatoriale, comme celle qui préside à l'organisation d'une exposition artistique. En recontextualisant des extraits connus ou plus rarement présentés, le Bayerisches Staatsballett invite le public à redécouvrir son patrimoine chorégraphique sous un angle nouveau. Les œuvres, recontextualisées révèlent des échos esthétiques, des contrastes de langage et des affinités insoupçonnées. Le spectacle dessine une véritable constellation chorégraphique où chaque pièce éclaire les autres sous un jour nouveau.
| Paquita |
Le voyage débute avec le Grand Pas Classique extrait de Paquita, joyau du répertoire académique, une séquence ajoutée à ce ballet en 1882 : créé par Marius Petipa sur une musique de Ludwig Minkus, ce morceau de bravoure demeure l'une des démonstrations les plus éclatantes de la virtuosité classique. Variations étincelantes, précision géométrique du corps de ballet et exigence technique extrême en font un condensé de l'esthétique du ballet impérial russe. Dans le contexte de Konstellationen, cette page patrimoniale agit comme un point de départ historique, rappelant les fondements sur lesquels s'est construite toute l'évolution ultérieure de l'art chorégraphique. L'occasion pour le corps de ballet bavarois de faire la démonstration de son excellence technique, notamment dans la parfaite synchronisation des mouvements. Le soir du 21 juin, la soliste Ksenia Shevtsova et le danseur Oscar Kempsey-Fagg ont fait des débuts très acclamés dans les rôles protagonistes de Paquita et Lucien d'Hervilly, scintillant l'une pour sa grâce et sa légèreté éthérées, et l'autre par ses bonds prodigieux. Tous deux ont stupéfié par leurs enchaînements rapides de figures tourbillonnantes.
| Shipwreck — Ana Gonçalves et Severin Brunhuber |
Avec Shipwreck (Naufrage) Simon Adamson-De Luca crée un vocabulaire chorégraphique contemporain fluide et expressif. L'oeuvre est composée pour un duo chorégraphique, Ana Gonçalves et Severin Brunhuber, elle explore de manière poétique l’idée du naufrage, à la fois comme catastrophe physique et comme métaphore des épreuves émotionnelles profondes que traverse l’être humain. Les gestes semblent naître des émotions plutôt que d'une recherche de virtuosité technique. Cette démarche souligne l'intérêt du jeune chorégraphe pour les expériences personnelles et les thèmes universels liés à la perte, à la vulnérabilité et à la capacité de surmonter les traumatismes. À travers des mouvements expressifs et une relation intense entre les interprètes, la chorégraphie met en scène la fragilité, la perte, mais aussi la capacité de résilience face aux difficultés. Fidèle à l’univers artistique d’Adamson-De Luca, Naufrage s’inscrit dans une réflexion sur les émotions profondes et les expériences humaines universelles, en utilisant la danse comme moyen d’exprimer ce qui dépasse souvent les mots. Plongés dans une lumière noire et dans un univers sonore marin, les deux protagonistes en sous-vêtements blancs luisants collant à la peau semblent naufragés sur un îlot désert et communiquent par des gestes à peine esquissés, avec une douceur caressante antidote à la détresse. " La valeur n'attend point le nombre des années ". Avec sa séquence de neuf minutes, Simon Adamson-De Luca, âgé de 20 ans, fait partie de la belle familles des " âmes bien nées " talentueuses si bien formulées par Corneille.
| Radio and Juliet — Violetta Keller et Jakob Feyferlik |
| Un trait d'union — Séverin Brunhuber et Konstantin Ivkin |
| Laurretta Summerscales et Jakob Feyferlik |
Musique Ludwig Minkus
Paquita Ksenia Shevtsova
Lucien d'Hervilly Oscar Kempsey-Fagg
Shipwreck (Naufrage)
Chorégraphie et costumes Simon Adamson-De Luca
Musique Ichiko Aoba
Lumières Benedict Zehm
Avec Ana Gonçalves et Severin Brunhuber
Chorégraphie Edward Clug
Musique et paroles Radiohead
Avec Violetta Keller et Jakob Feyferlik
Chorégraphie Angelin Preljocaj
Conception sonore Marc Khanne
Musique Johann Sebastian Bach
Costumes Nathalie Fontenoy
Conception lumière d'après Jacques Châtelet Christian Kass
Avec Séverin Brunhuber et Konstantin Ivkin
Chorégraphie, costumes Paul Lightfoot Sol León
Texte Gertrude Stein
Lumières Tom Bevoort
Coordination technique et mise en œuvre de l'éclairage
Éric Blom
Costumes Joke Visser
Avec Carollina Bastos et Ariel Merkuri
Chorégraphie, scénographie, costumes Sol León & Paul Lightfoot
Musique Franz Schubert
Lumières Tom Bevoort
Coordination technique et mise en œuvre de l'éclairage Éric Blom
Costumes Joke Visser
Avec Laurretta Summerscales et Jakob Feyferlik
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