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jeudi 27 août 2026

Les Étrusques — de Villanova à Rome, une expo aux Collections nationales d'antiquités de Munich

Jusqu’au 8 janvier 2017, les  Staatliche Antikensammlungen de Munich, sur la Königsplatz, présentent Die Etrusker – Von Villanova bis Rom, une exposition consacrée à la civilisation étrusque, de la culture villanovienne jusqu’à la romanisation progressive de l’Étrurie. 

L’exposition rappelle d’abord l’ampleur, dans le temps comme dans l’espace, de l’influence étrusque en Italie. La culture de Villanova, qui se développe entre le Xe et le VIIIe siècle avant J.-C. dans la région de Bologne, constitue l’un des points de départ de cette civilisation. Les Étrusques développent ensuite leur puissance en Toscane et entretiennent avec le monde grec et méditerranéen des échanges constants. Rome elle-même est profondément marquée par cette proximité : pendant une période de son histoire, elle est littéralement « étruscanisée ».

Urnes cinéraires

Une grande partie de ce que nous savons des Étrusques provient cependant de leurs tombes, les villes ayant été en grande partie recouvertes ou détruites par l’occupation continue des mêmes territoires. Les objets funéraires constituent ainsi une source essentielle, mais aussi une source qu’il faut interpréter avec prudence. L’exposition invite précisément à dépasser l’image traditionnelle d’un peuple mystérieux, apparu brusquement puis disparu sans laisser de traces. 


Parmi les pièces les plus remarquables figure une grande fibule en or provenant de Vulci, datée vers 675-650 avant J.-C., qui témoigne de la virtuosité des orfèvres étrusques. Les grands trépieds en bronze de la collection James Loeb, notamment le monumental chaudron daté vers 550-525 avant J.-C., comptent également parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition. Leur décor de sphinx, de lions et de créatures fantastiques illustre le goût des élites étrusques pour les objets précieux et leur ouverture aux modèles méditerranéens.

La céramique occupe une place importante. Le bucchero, cette céramique noire caractéristique de l’Étrurie, apparaît sous des formes très diverses : canthares, kyathoi, cruches, amphores et récipients parfois si richement décorés qu’ils semblent davantage destinés à être admirés qu’à être utilisés. Certaines pièces portent des masques, des têtes de lions ou des personnages en relief. Un grand kyathos en bucchero, haut de 37 centimètres, constitue ainsi un exemple spectaculaire de cette vaisselle de prestige.

Parmi les pièces les plus singulières figure un kantharos en forme de tête représentant Charun, le démon étrusque de la mort, daté d’environ 400 avant J.-C. Son visage saisit par son expression presque hallucinée : yeux exorbités, nez puissant, peau profondément ridée, barbe, cheveux noirs, oreilles distendues par des anneaux d’or et nez orné d’une boucle à laquelle est suspendue une cornaline. Cette figure grotesque et fascinante, à la fois inquiétante et presque moderne, incarne le rapport particulier des Étrusques au monde des morts. Apparenté au Charon grec, Charun devient cependant chez les Étrusques une figure originale, souvent représentée comme un démon violent armé d’un marteau. 

La Chimère, présentée ici sous la forme d’une copie de la célèbre Chimère d’Arezzo, constitue l’une des images les plus saisissantes de l’art étrusque. Ce monstre fabuleux, au corps de lion, à la tête de chèvre surgissant de l’échine et à la queue terminée par un serpent, témoigne de la fascination des Étrusques pour l’univers mythologique grec, qu’ils ne se contentèrent pas d’imiter mais qu’ils intégrèrent à leur propre imaginaire. L’original, chef-d’œuvre du bronze étrusque probablement réalisé au IVᵉ siècle avant notre ère, est conservé à Florence. Même reproduite, la Chimère conserve cette extraordinaire puissance animale : gueule ouverte, muscles tendus, corps prêt à bondir, elle semble moins être une créature mythologique qu’une bête saisie dans l’instant qui précède l’attaque.

D’autres petits vases attirent l’attention par leur fantaisie : aryballes et alabastres en forme de lièvre, de singe, d’oiseaux ou même de jambe chaussée d’une élégante botte. Il s’agit de récipients destinés notamment aux huiles et aux parfums. Ces objets, parfois minuscules, disent beaucoup du raffinement de la vie aristocratique étrusque.

L’influence grecque est particulièrement visible dans les vases peints. Une amphore attique dite tyrrhénienne, fabriquée à Athènes spécialement pour le marché étrusque, témoigne de l’intensité des échanges commerciaux. Une autre amphore, réalisée vers 550-530 avant J.-C. par le Peintre de Pâris, représente le jugement de Pâris accompagné d’une frise animale ; retrouvée à Vulci, elle montre combien les mythes et les formes artistiques grecques sont intégrés dans la culture étrusque.

Le monde du banquet est lui aussi présent : cruches, coupes, kyathoi et autres récipients rappellent l’importance du symposium, pratique d’origine grecque adoptée et transformée par les aristocraties étrusques. Certains objets sont volontairement somptueux, voire difficilement utilisables : leur fonction est autant sociale et symbolique que pratique.

L’exposition montre également la richesse de la bronze étrusque, avec notamment les éléments du célèbre char de San Mariano. Une plaque de bronze provenant du char, datée vers 550-530 avant J.-C., porte des scènes de chasse et de combat. À proximité apparaît Metus, l’équivalent étrusque de la Méduse grecque, qui devient dans l’imaginaire étrusque une puissante figure démoniaque.

À travers ces objets très différents — bijoux, bronzes, vases de banquet, récipients à parfums, céramiques de luxe, objets funéraires et représentations mythologiques — Die Etrusker – Von Villanova bis Rom fait apparaître une civilisation beaucoup moins isolée qu’on ne l’a longtemps imaginé. Les influences grecques et orientales sont nombreuses, mais elles sont assimilées et transformées dans une culture proprement étrusque.

La dernière leçon de l’exposition est peut-être la plus intéressante : les Étrusques ne disparaissent pas simplement avec la conquête romaine. Leur culture se transforme et se prolonge dans la société romaine. Religion, pratiques divinatoires, formes artistiques et traditions sociales continuent de porter leur empreinte. L’histoire étrusque apparaît ainsi moins comme celle d’une disparition que comme celle d’une transformation culturelle, où chaque civilisation se nourrit de celles qui l’ont précédée.

Parcours photographique


















Photos Luc-Henri Roger

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