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mercredi 3 juin 2026

Jennifer O'Loughlin et Matteo Ivan Rašić triomphent dans la nouvelle Traviata du Gärtnerplatztheater

Matteo Ivan Rašić  (Alfredo Germont),  Juan Carlos Falcón  (Gastone de Létorières), 
Jennifer O'Loughlin  (Violetta Valéry), choeur du théâtre.


Munich. Vingt-cinq ans après sa dernière production de La Traviata, à l'époque chantée en allemand, le Staatstheater am Gärtnerplatz redonne vie au chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi dans une nouvelle mise en scène signée Isabel Ostermann, qui préside aux destinées du Théâtre d'État de Braunschweig, sa ville natale. Très attendue, la nouvelle production n'a pas vraiment répondu aux attentes sur le plan scénique, mais la musique et le chant ont fait oublier le décor endeuillé et lugubre et quelques-unes des curieuses trouvailles d'une mise en scène délibérément épurée. Isabel Ostermann a doublé le personnage de Violetta Valéry en la flanquant d'une petite fille tout de blanc vêtue, une jeune Violetta que les vicissitudes de l'existence vont conduire à la prostitution de haute volée, une situation moralement misérable qui n'est confortable qu'en apparence.

Les décors de Stephan von Wedel où prévaut la couleur noire privilégient l’espace vide et les lignes austères. Le caisson de scène figure une grande salle dont la noirceur a la couleur de l'âme des richissimes parisiens qui entretiennent des courtisanes et passent leurs nuits à festoyer dans une triste ambiance de pompes funèbres qui préfigure dès l'ouverture la mort de Violetta Valéry, une demi-mondaine très prisée, atteinte de phtisie. Au cours d'une soirée libidineuse arrosée au champagne apparaissent aussi des paparazzi qui photographient Violetta sans vergogne. Un gros projecteur descend des cintres pour illuminer la demi-mondaine la plus courtisée de Paris. Plus loin descend un néon, une barre lumineuse dont la fonction nous a échappé. 

Jennifer O'Loughlin (Violetta Valéry), Matija Meić (Giorgio Germont)

Les premières scènes dans le jardin de la villa à la campagne tranchent sur l'alarmante noirceur. Ce sont les quelques jours du bonheur du couple amoureux. Deux arbres, une pelouse synthétique et deux authentiques faons en peluche forcément immobiles agrémentent un décor d'un kitsch désolant. Alfredo a préparé un pique-nique que l'on distingue mal du parterre. 

Les époques se mêlent : les hommes de la première scènes sont en frac, les femmes apparaissent en robes de bal noires aux jupes en forme de cloche dont le premier jupon est coloré, des robes qui rappellent l'époque de l'action et celle de la création de l'opéra ; pour les scènes à la campagne, les vêtements sont contemporains ; le projecteur, le néon, les appareils photos sont bien sûr anachroniques par rapport au temps de l'action, peut-être pour souligner que le commerce des jolies femmes est  intemporel.  Le troisième acte nous a paru scéniquement le plus réussi. Les feux de la scène totalement dépouillée  concentrent leurs effets sur une Violetta confrontée aux affres de la solitude, épuisée, hagarde et chancelante, vêtue d'une robe blanche qu'une fleur de sang a souillée. L'extraordinaire travail de la maquilleuse ou du maquilleur est à l'aune du jeu théâtral sublime de Jennifer O'Loughlin et de son chant, d'une authenticité qui noue les gorges et fait couler les larmes. 

Matteo Ivan Rašić (Alfredo Germont), Jennifer O'Loughlin (Violetta Valéry)

Coqueluche du public munichois, la soprano américaine porte tout le spectacle sans jamais faillir dans ce rôle harassant qui exige de son interprète une maîtrise absolue, non seulement vocale mais aussi théâtrale. Violetta est prise dans un maelstrom de sentiments, ceux qui accompagnent l'amour naissant ou le désespoir amoureux, les joies factices de la fête et de l'amour, le sacrifice de l'abnégation et l'effroi de la mort. Jennifer O'Loughlin maîtrise avec une technique parfaite les innombrables difficultés de son rôle. Ses arpèges, trilles et vocalises sont un ravissement, ses aigus affinés sont stratosphériques. Mais surtout,  elle incarne Violetta avec une authenticité telle que l'on oublie être au spectacle, sa composition de la maladie et des tourments de l'agonie est criante de vérité.  Jennifer O'Loughlin atteint au sublime.

Face à elle, Matteo Ivan Rašić campe un Alfredo passionné et d'une sincérité touchante, avec des maladresses de jeune homme emporté par un torrent émotionnel, sa fraîcheur juvénile tranche avec les joies factices et la pourriture morale d'une société friquée et machiste,. La souplesse de la ligne vocale du ténor, sa force de projection  et la beauté de son timbre, — et de son regard de velours, — séduisent et enchantent. Face au couple d'amoureux, le baryton croate Matija Meić prête son imposante stature, sa voix ferme dotée de graves profonds et d'un remarquable phrasé à  Giorgio Germont. Il campe un  père autoritaire soucieux de la respectabilité de sa famille sans être tout à fait rigide, il peut se montrer compassionnel tout en gardant ses positions et au moins reconnaîtra-t-il, mais un peu tard, ses erreurs de jugement.  Les rapports complexes du père et du fils constituent un moteur essentiel de l'action, les deux chanteurs conférant une véritable densité humaine à leurs personnages.

Sous la direction musicale de Rubén Dubrovsky, l’orchestre du Gärtnerplatztheater fait valoir toute la richesse et la diversité de l’écriture verdienne, entre tendresse et théâtralité.  Les choeurs brillent de leurs plus beaux atours dans les scènes de fête comme dans les grands ensembles. Leur chant est toujours homogène et bien rythmé, la richesse des couleurs chorales bien rendue. De la musique avant toute chose, c'est de la rencontre entre les voix et l’orchestre que naît la vérité émotionnelle, si bien interprétée que le public, submergé d'émotion et ravi de l'être, a réservé une standing ovation aux interprètes et à l'orchestre, et fait un triomphe  à Jennifer O'Loughlin et Matteo Ivan Rašić .

Distribution du 1er juin 2026

Direction d'orchestre  Rubén Dubrovsky
Mise en scène Isabel Ostermann
Scénographie Stephan von Wedel Stage
Costumes Alfred Mayerhofer
Chorégraphie Alex Frei
Lumières Peter Hörtner
Dramaturgie Michael Alexander Rinz

Violetta Valéry Jennifer O'Loughlin
Flora Bervoix Anna Tetruashvili
Annina Ann-Katrin Naidu
Alfredo Germont Matteo Ivan Rašić
Giorgio Germont Matija Meić
Vicomte Gastone de Létorières Juan Carlos Falcón
Baron Douphol Thomas McGowan
Marquis d'Obigny Juho Stén
Docteur Grenvil Lukas Enoch Lemcke
Giuseppe Algin Özcan
Servante de Flora Aran Matsuda
Un messager Robson Bueno Tavares

Chœur, figurants et figurants d'enfants du Staatstheater am Gärtnerplatz
Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz

Crédit photographique @ Anna Schnauss

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