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mercredi 23 décembre 2020

Lacroma — Un livre de l'archiduchesse Stéphanie

Je retrouve cette Lettre d'Autriche que publia le 8 avril 1892 la Gazette nationale ou le Moniteur universel et où se trouvent traduits quelques passages émouvants de cette oeuvre de l'archiduchesse Stéphanie, veuve de l'archiduc Rodolphe. En voici, hors article, la page de couverture :

Archiduchesse Stéphanie, Lacroma, Vienne,  Kunartz, 1892


(De notre correspondant particulier.)

Vienne, 4 avril 1892.

    L’événement de cette semaine sera la publication d’un livre de l’archiduchesse Stéphanie. Il porte pour titre : Lacroma. L’archiduchesse Stéphanie, comme la reine des Belges, la comtesse de Flandre, toutes les princesses de Belgique, est artiste. Elle est peintre et musicienne. On savait moins qu'elle fût écrivain, et cependant elle a déjà publié des souvenirs d'un Voyage en Orient qu’elle fit jadis avec son époux, et c’est sous sa direction à la fois intelligente et active que s'achève le bel ouvrage entrepris par feu l’archiduc Rodolphe : l'Autriche-Hongrie en paroles et en images. A ces divers titres, elle fait bonne figure dans une famille qui comprend nombre auteurs princiers outre l’archiduc Rodolphe et dont les principaux sont ou ont été l’archiduc Jean, l’archiduchesse Marie-Thérèse, femme de l’archiduc Charles-Louis, l’archiduchesse Marie-Valérie, fille de l’empereur, et enfin l’héritier présomptif, François-Ferdinand. Voici, grâce à une aimable indiscrétion, ce que j’ai pu savoir du nouveau volume dont l’archiduchesse corrige actuellement les épreuves et surveille la publication. C’est un livre d’impressions et de souvenirs consacrés à l’île de Lacroma, et il sera illustré par le célèbre peintre de marines Perko. En voici le début :
    
« Sous l’heureux ciel de Naples, richement parée des charmes d’une végétation presque tropicale, en face de l’antique ville de Raguse, s’élève des flots bleus tranquilles et doux de l’Adriatique une île ravissante. On la nomme Lacroma. La dépeindre est le but de ces feuillets modestes. »

    Après avoir ainsi déterminé le sujet de son livre, l’auteur raconte comment l'île devint la propriété du malheureux empereur Maximilien : 

    « C'était par un beau soir du mois de mai 1859. Dans le port de Raguse régnait une paix profonde. Dehors, à la haute mer,croisaient les navires de la flotte française, pendant qu’en rade, dans le canal de Raguse, le brick de guerre le Triton, préposé a la surveillance du port, était à l’ancre. Tout à coup un assaut d’éclairs, un craquement semblable à celui de la foudre secouant la terre fit s’effondrer le silence qui planait sur l'eau : le brick n’existait plus ; une explosion de la chambre aux poudres — explosion dont on ne connaîtra jamais la cause  — avait déterminé l’épouvantable catastrophe. De l’éparsèmement des épaves flottantes projetées par l’explosion du navire sortait maintenant la déchirante lamentation des blessés qui allaient trouver leur tombe en face de Lacroma.
    L’archiduc Ferdinand-Maximilien, alors commandant supérieur de la marine, fut aussitôt averti de la terrible catastrophe, et peu de jours après, malgré le blocus de l’Adriatique par la flotte française, le noble prince arriva à bord du yacht Fantaisie pour visiter l’endroit de la catastrophe, apporter du courage et des consolations aux blessés et rendre les derniers honneurs aux morts nombreux...
    On sait comme tout ce qui intéressait sa chère marine le touchait.
  Vis-à-vis la place où le brick avait sombré dans la profondeur froide, l’archiduc Maximilien fit élever, en souvenir des braves officiers et matelots, « la croix du Triton », sur le montant de laquelle furent inscrits les noms de tous les marins qui avaient péri là.
    Ce fut dans ces circonstances tristes qne celui qui devait devenir l’empereur Maximilien visita pour la première fois l'île de Lacroma. Le cœur délicat de l'archiduc, son sens inné du beau furent séduits par ce paysage en éblouissante parure de printemps. Il acheta l'île pour son épouse.
   Avec une compréhension tendre, un goût plein de sens — un goût imaginatif,— avec la même promptitude que cet ami de la nature devait mettre à créer les magiques jardins de Miramar, il changea les pointes rocheuses de Lacroma en un paradis de plantes et de fleurs et se créa de ces ruines un home intime et ravissant, un refuge introublé offrant, même aux jours de tempête, la joie, la paix, la jouissance d’être."

        Ici l'archiduchesse cite une pièce de vers de l’archiduc Maximilien, qui a pour sujet l'île de Lacroma et qui est datée d’avril 1862. En voici la traduction littérale :

    « Dans le libre, dans le libre au dehors ! — quittons vite la chambre, — le printemps gonfle les ramures autour de la maison — le désir nous emporte.— La forêt bourgeonnante respire — dans l’or de la germination.— La joie et la souffrance d’aimer — retentissent en une seule harmonie à travers les flots. — Le myrte odoreusement se déclôt ;— les orangers parfumés fleurissent; — le lis s’érige vers le ciel; — les grenades sont ardentes de pourpre.— Les flots infinis de la mer s’étirent au bonheur des yeux. — Et, glorieuse, toute la nature semble bénir de la joie. — Le divin printemps se réveille. — Le soleil « béni » fait fuir la nuit pâlissante et rafraîchit les cœurs des fatigués.»

    Après avoir cité cette pièce, l’auteur, réclamant modestement l’attention du lecteur, continue l’histoire de cette île aux souvenirs tristes, aux souvenirs tragiques, qui après avoir été la propriété d’un fonctionnaire du service de santé, puis d’un avocat, est achetée par l’archiduc Rodolphe, et est enfin offerte par l’empereur d’Autriche aux Dominicains.
    De ces pages à la fois émues et poétiques, se dégage un charme exquis. Par une pensée touchante et délicate, le produit de ce travail a été consacré aux pauvres. C’est à eux que l’éditeur de la cour à Vienne, Kunart, devra le remettre, et ils seront nombreux ceux qui voudront suivre l'archiduchesse Stéphanie vers «cet ensorcelant coin de terre que la souffrance a sanctifié ».

Invitation à la lecture 


  J'invite mes lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus que j'ai réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).


Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):


   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.

   Comment s'est constituée la légende de Mayerling ? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.


Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :


1889 Les articles du Figaro

1899 Princesse Odescalchi

1900 Arthur Savaète

1902 Adolphe Aderer

1905 Henri de Weindel

1910 Jean de Bonnefon

1916 Augustin Marguillier

1917 Henry Ferrare

1921 Princesse Louise de Belgique

1922 Dr Augustin Cabanès

1930 Gabriel Bernard

1932 Princesse Nora Fugger


Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.


Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.


Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)


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