Rechercher dans ce blog

vendredi 27 septembre 2019

Roland Schwab monte Lohengrin à Salzbourg

Crédit photo Anna-Maria Löffelberger

Au programme du Landestheater Salzburg (Théâtre d'Etat de Salzbourg) en novembre / décembre 2019.

Le metteur en scène Roland Schwab met en scène Lohengrin dans le cadre imposant de la Felsenreitschule de Salzbourg. L'orchestre du Mozarteum de Salzbourg sera dirigé par Leslie Suganandarajah. Décors de Piero Vinciguerra et costumes de Gabriele Ruprecht.


Distribution

Lohengrin                           Benjamin Bruns
Heinrich der Vogler            Pavel Kudinov
Elsa von Brabant                Jacquelyn Wagner
Friedrich von Telramund    Alexander Krasnov
Ortrud                                 Miina-Liisa Värelä / Khatuna Mikaberidze
Der Heerrufer des Königs  Raimundas Juzuitis

Les 2, 5, 14, 16, 20, 24, 29 novembre 2019
Les 3 et 7 décembre 2019

mercredi 25 septembre 2019

Les Parsifalisants du début, un article de Jacques-Emile Blanche (1914)

Le Pur Fol, par Jacques-Emile Blanche, dans La Revue wagnérienne
Je vous livre ce magnifique texte que composa le très wagnérien Jacques-Emile Blanche en janvier 1914, au moment de la création parisienne de Parsifal, et que ce peintre fameux qui était aussi écrivain, dont tous nous connaissons le portrait qu'il fit de Marcel Proust, écrivit pour le Gaulois.

Les Parsifalisants du Début

Aucun ouvrage n'eut l'influence qu'exerça sur ma génération, avant même qu'il fût représenté à Bayreuth, que ce Parsifal qui, après trente ans de vie régulière, va, désormais, se répandre dans le Siècle. Il parut à l'heure où notre adolescence inquiète, avide d'art, ambitieuse de produire, ne savait où poser le pied, s'essayait, comme un patineur, sur un lac à peine pris, se mouille les pieds, et court d'une pièce d'eau à l'autre, jusqu'à ce qu'il ose enfin s'aventurer sur la glace résistante. Nous étions en plein naturalisme, nous les bacheliers d'hier les arts n'offraient guère, à côté d'un académisme pâlot, qu'une copie lourde de la nature, les sujets les plus vulgaires étaient de mode, nous avions à choisir entre les pesantes soupes de l'Assommoir et le symbolisme trop ésotérique de Stéphane Mallarmé. Au collège, nous venions de dévorer, comme un fruit défendu, les numéros de La République des Lettres, la revue dont la couverture bleue protège à la fois les tranches de vie d'Emile Zola et les hiéroglyphes du difficile poète. La musique fut notre principale ressource : Beethoven nous avait bercés, Pasdeloup nous initia à Wagner, mais, entre Wagner et nous, se dressait encore le trop récent souvenir de 70, soigneusement entretenu par nos pères. Wagner était du côté des vainqueurs, il triompha en dépit de nos résistances sentimentales, et après avoir sur nous jeté les rets de sa polyphonie, allait, au son de chœurs mystiques, nous faire fléchir le genou devant un nouvel autel.

*
*     *

Les wagnériens d'alors commençaient à se réunir, comme des néophytes, loin de la foule, secrètement. Un coin bien curieux de Paris, c'était le salon austère du juge d'instruction Lascoux, en plein faubourg Saint-Germain. Une fois par semaine, des magistrats, quelques artistes: dont Fantin-Latour, se rendaient après dîner dans l'appartement simple, familial. peu éclairé, austère, où mon père m'introduisit malgré mon âge tendre. Orgueil d'être admis dans le cénacle. Le maître de céans, zélateur militant, tenait bureau du wagnérisme. Ami personnel de Wagner, il était, à nos yeux, le vicaire, l'ambassadeur près la république française, de Wotan. Dans le tumulte des concerts dominicaux, quand il semblait que les petits bancs allassent voler, le plafond s'effondrer, la police faire irruption, la redingote et le binocle du bon M. Lascoux rassuraient les timides ; en lui, la Justice et la Foi s'incarnaient, sa présence ennoblissait le « chahut ». Le craintif mélomane Fantin-Latour ne se fût pas aventuré sans Lascoux au Cirgue d'Hiver, quand Pasdeloup, blond et rosé poupard à barbe, s'épongeant le front, gourmandait le public, suppliait qu'on fît silence, croyait apaiser la tempête en levant au ciel ses bras trop courts. Lascoux, d'une voix blanche soupirait: « Il me semble qu'aujourd'hui nous ne sommes pas bien sages C'est dommage, ce morceau est véritablement délicieux. »

Ses correspondants d'Allemagne lui envoyaient des copies à la main de fragments de Parsifal, un certain violoniste de Bayreuth lui passait, en contrebande, quelques pages de la partition. On les réduisait pour le quatuor et une partie de piano ; j'entendis ainsi, successivement et par bribes, presque tout l'ouvrage, pendant qu'on le répétait là-bas. Chacun se mettait à la tâche, professionnels et amateurs, pour déchiffrer ces pages, d'avance vénérées, et le juge d'instruction battait la mesure, chantonnait, pleurait. Nous étions très émotifs, excitables et recueillis, en état de grâce peut-être. Or, c'est ainsi que les premières notes du Pur-Simple retentirent à mes oreilles, après le cliquetis des cuillers et des fourchettes dans la salle à manger contigüe, où galettes de plomb et brioches mousseline étaient servies avec le chocolat traditionnel, à quoi des estomacs, creusés par l'émotion, faisaient grand honneur.

Les auditeurs de 1914, dans la salle de l'Opéra, se figurent-ils ce que fut l'étrange message, le mystérieux phénomène de 1884, ce que signifia pour nous cette musique religieuse à la fois et sensuelle, ensorcelante par la lenteur de son rythme comme dans le vertige de son éperdu tournoiement ? Ces successions d'accords, ce mode inédit, ce quelque chose d'ineffable, d'insoupçonné, qui fondait sur nous comme un bolide, nous embrasa, nous anéantit. Je me rappelle la première lecture du prélude au troisième acte, « Dans les chemins de l'Erreur », cette marche douloureuse, claudicante, qui se traîne jusqu'à l'entrée du chevalier à la noire armure, puis reprend avec son récit. Le Sacre du Printemps, d'Igor Stravinski, ne nous a pas plus surpris, l'an dernier. Je lui souhaite la durée de Parsifal

*
*     *

On ne parlait qu'à voix basse de Parsifal ; le poème, nous le connaissions mal, grâce à des commentaires que, doctoralement, nous en donnait M. Lascoux dans les intervalles de ses séances de musique. Des mots barbares, rendus plus étranges encore par notre prononciation française, embarrassaient nos discours. Der Reine Thor, Charfreitagsgszauber, Herzeleid, Verwandlungsmusik. « Si ce n'est pas abuser de vous, messieurs, nous reprendrons encore les vingt premières mesures de la verwandlungs musik ... avec onction, solennité, ...  solämnisch, ... Un, deux, trois, une mesure pour rien », et le magistrat, assujetissant son binocle, tapait de son bâton le pupitre. Un soir, les cloches provinciales de Sainte-Clotilde, les seules, peut-être, de Paris que le silence nocturne de ce quartier provincial laisse entendre, soulignèrent à la cantonade la scène du Graal. Quelqu'un avait ouvert une fenêtre et signala le miracle. Une dame s'évanouit. Dans cette agence privée de renseignements sur Bayreuth, les programmes, les catalogues d'éditeurs, les brochures spéciales circulaient, passaient de main en main ; M. Lascoux les prêtait à ses amis et, au sortir de chez lui, l'on eût dit de braves gens rentrant au logis, édifiés par quelque retraite de carême. Tout cela sentait la sacristie, le bedeau et la chaisière. Dès l'hiver, le grand souci des pèlerins du prochain été, c'étaient les billets à retenir pour le théâtre, l'hôtel, ou bien des chambres chez l'habitant, et leur désir était satisfait à l'agence très gratuite du faubourg Saint-Germain. C'était une tradition datant de la Tétralogie des Niebelungen, en 1876. Je croyais que, des poches protubérantes de M. Lascoux, de son cache-nez, de son gibus, dussent sortir des télégrammes d'outre-Rhin, des partitions, peut-être les blanches colombes de Montsalvat, ou la calotte en velours noir de Richard Wagner. 

Wagnériens, simplement, nous l'avions été ; nous devînmes des apôtres, les missionnaires d'une religion nouvelle. L'on se sentait meilleur, purifié, immatérialisé presque. Pour célébrer les rites parsifalesques, toute occasion était bonne, d'un atelier d'artiste, spacieux et loin de la foule, plus nous nous gênions pour nous y rendre, plus nous étions heureux. Une crypte n'eût pas été de trop, et si l'on eût obtenu une église. Mais Klingsor fût resté sur le porche, comme Méphistophélès. Un de mes coins de dilection fut l'arrière-boutique de la Revue Indépendante, de la première, de la véritable, celle d'Edouard Dujardin, dans la Chaussée-d'Antin. Dujardin avait adjoint à cette publication d'art et de littérature, la Revue Wagnérienne, avec Téodor de Wyzewa comme inspirateur, et collaboration régulière de Houston Chamberlain et de Hans von Wolzogen. J'y publiai mes premières lithographies, dont une Kundry au visage en forme de cœur et un Pur Fol (naturellement), un candide éphèbe à la tunique, je ne sais pourquoi, fleurdelisée.

Cette arrière-boutique, avec sortie sur la rue Gluck, si propice en cas de débiteur insistant ou de rencontre peu désirable, cette pièce de trois mètres carrés, fut le rendez-vous des Mallarmé, des Villiers de l'Isle-Adam, des Huysmans, des Laforgue. Là, nous communiâmes souvent en Parsifal, sous les espèces d'un poisson bouilli et d'un bol de crème fouettée, à la vanille, pour quoi notre pratique et très idéaliste directeur avait un goût exclusif. Dujardin, dont Mallarmé disait que ses yeux clairs étaient d'une nourrice cauchoise, et l'énergie, d'un capitaine au long cours, notre ami portait, sous un veston à carreaux écossais, un gilet de velours amarante, à double rang de boutons, romantique, fulgurant, signe de ralliement à Bayreuth, pour les pèlerins de France. Et la plainte d'Amfortas, la voix des enfants dans la coupole, une ineffable componction, emplissaient le magasin d'avant-garde. C'était, vraiment, un magasin d'art, un des premiers du genre, officine d'amateur et de bohème, où les vrais lettrés et des peintres, des musiciens bibliophiles, parlaient littérature, sous les regards de braise de « la maîtresse de Baudelaire », magnifique esquisse de Manet, pendue à côté de quelques essais « cloisonnistes » de Louis Anquetin. Nous émaillions nos discours de mots allemands, de citations wagnériennes. Quels efforts ne m'imposai-je pas, malheureux pour pénétrer les arcanes, de cette langue, p°rtie intégrante des leitmotiv chers à mon cœur de jeune wagnérien ? Et le nom de Wagner faisait bondir ma poitrine.

Je l'avais, comme enfant, baragouinée, cette terrible langue, mais ma bonne Dinah plus rapide à apprendre mon idiome que moi le sien, avait, depuis quinze ans, renoncé à obtenir d'autres réponses qu'en français. Il fallait l'arrivée à Paris du libretto de Parsifal pour que je me remisse à l'école, et la langue de Parsifal abondait en termes que le dictionnaire ne donne pas. Grand jeune homme, on m'avait vu, sur les terrasses de Dieppe, flanqué de la brave Dinah et d'Edouard Dujardin, tout congestionnés, traduire mot à mot, répéter, chantonner, tout vibrants de foi et d'innocence, le poème et la musique du chef-d'œuvre. Je ne connais d'allemand que les mots qu'on rencontre dans Parsifal et encore peut-être quelques-uns du Ring et de Tristan.

*
*     *

Etre wagnérien, c'était une carrière absorbante. On n'a pas encore découvert, comme directeur de conscience, professeur d'énergie intellectuelle, inspirateur des débutants, un successeur au maître de Wahnfried. Je sais tel astronome chenu, tel notaire du fond de la province, qui, encore aujourd'hui, passe volon-tiers deux nuits en wagon, pour venir entendre à l'Opéra les Maîtres Chanteurs ou le Crépuscule des Dieux. Oui, il y a encore parmi nous de ces convaincus mais vers les 1880, Wagner était un Pape : il exerça sur les hommes de toute culture, de toute civilisation, un empire tyrannique, sans précédent, qui tenait de la magie. Le château de Klingsor ? Mais c'était le symbole de la forteresse enchantée où nous tenaient, enlacés de fleurs capiteuses, les bras des Blumenmadchen et, moins forts de notre candeur que l'Innocent, nous n'avions pas encore repoussé les étreintes de l'éternelle Kundry.

Parsifal nous oignit d'une eau lustrale, nous plongea dans un bain de mysticisme où sombra la sincérité de certains artistes. Nous allions connaître les Rose-Croix et leurs touchants enfantillages. Les choses vont d'un tel pas aujourd'hui que vous vous souviendrez à peine de leurs expositions, des poèmes, des compositions musicales, des jeunes revues parsifalisantes, pleines de blandices et d'innocence voulue, qui firent monter vers le ciel,la fumée de nos encensoirs.

Verlaine écrivait sur saint Graal :

Pour engloutir l'abus de notre souffrance,
Le sang de Jésus-Christ ruisselle sur la France. 
Torrent d'amour du dieu d'Amour et de Douceur. 
Fleuve rafraîchissant de feu qui désaltère,
Source vive où s'en vient ressuciter le cœur
Même de l'assassin, même de l'adultère,
Salut de la patrie, ô Sang qui désaltère !

Et, plus tard, quand Amour parut, nous disions ce vers exquis du même poète et qui garde encore toute sa fraîcheur :

Et, ô ces voix d'enfants chantant dans la coupole !

*
*     *

J'ai peine à me remettre dans cette atmosphère énervante. Mon émoi de premier communiant et l'exaltation du premier pèlerinage que je fis à Bayreuth (je n'entendis Parsifal qu'après la mort de Wagner) m'apparaissent maintenant comme la folie d'un amour d'adolescent. Quand le rideau solennellement se refermait sur la scène finale du troisième acte, quelques minutes s'écoulaient avant que les bravos éclatassent frénétiques ; nous étions tout d'abord muets de respect et de bonheur. En redescendant la colline par une nuit chaude et étoilée de juillet vers les brasseries et les auberges de la petite ville franconnienne, nous croyions porter en nous le Graal lui-même, comme ces paroissiens de mon église, la nuit de Noël, rentraient chacun chez lui en se relevant de la Sainte Table, convives mystiques. 

Minuit, chrétien, c'est l'heure.

Il y a trois semaines de cela, cette mélodie de Nidermeyer, non moins médiocre que les improvisations de circonstance où notre organiste s'essaya, tandis qu'on portait l'Enfant de cire dans la Crèche ; les chants malhabiles des gamins en surplis et camail, les violons aussi et les harpes - l'avouerai-je ? -  m'ont, pour un instant, communiqué le même frisson. 

Orchestres militaires de nos dimanches de mai, orgues de Barbarie, par les longs crépuscules de banlieue, n'avez-vous pas, pour agir sur notre chair, de ces insidieux moyens? Parsifal nous donna-t-il le change, fûmes-nous pris dans les lacets d'or du plus génial des hommes de théâtre et l'œuvre chrétienne du grand païen Wagner conserve-t-elle encore intégrale sa puissance de conviction ? Je le crois, quant à moi. Oui, c'est bien un chef-d'œuvre unique, sublime. Nous ne nous trompions pas.

Tout de même, je me demande si Parsifal aurait dû partir en tournée ; écrit pour un temple, il devait lui être réservé, car le Métro Auteuil-Opéra n'est pas fait pour me conduire à ses autels, pas plus que les tramways et les automobiles.

Jacques-E. Blanche

in Le Gaulois du 10 janvier 1914.

dimanche 22 septembre 2019

Richard Wagners Pantoffel - La pantoufle de Wagner

Pantoufle droite de Richard Wagner conservée au
musée de Tribschen - broderie florale sur soie jaune -
semelle de cuir collée.


samedi 21 septembre 2019

22.09.1869 - 22.09.2019 - L'Or du Rhin fête son 150e anniversaire - 150 Jahre Rheingold.


Création mondiale de l'Or du Rhin à Munich le 22 septembre 1869
Uraufführung vom Rheingold am 22.09.1869 im Nationaltheater München

Tout ce que vous avez voulu savoir sur la création munichoise de l'Or du Rhin et que vous n'avez jamais osé demandé se trouve dans


Luc-Henri ROGER


Pour commander le livre, entre autres via :

Hugendubel (Portofrei in Deutschland)
- en librairie ISBN  9782322102327


Solti 1958

vendredi 20 septembre 2019

Une femme en or : Verena Stocker-Weidmann, la Vreneli de Wagner.

Vreneli est en Suisse alémanique le diminutif de Verena. C'est aussi le nom populaire donné à une gamme de pièces en or de la Confédération suisse, le Vreneli  (en allemand comme en français). Comme ces pièces ont été émises entre 1897 et 1935, il n'est pas certain que 38 ans plus tôt,  alors que Verena Weidmann allait rencontrer Wagner, l'association entre le prénom Vreneli et l'or existât déjà. Ce qui est sûr, c'est que Wagner considérait sa Vreneli comme une perle, comme une personne très précieuse !

Un vreneli de 1897, la pièce en or  de 20 francs suisses.


Richard Wagner fit la connaissance de Verena Weidmann (voir sa photographie) au printemps 1859 à Lucerne, alors qu'il occupait une suite à l'hôtel Schweizerhof. Née dans une famille paysanne le 3 août 1832 à Embrach, près de Zurich, Verena, qui parlait aussi le français, était employée comme femme de chambre par le prestigieux hôtel lucernois. Wagner apprécia rapidement ses services, notamment parce que Vreneli parvenait à obtenir que l'on fasse attention à ne pas faire de bruit pour permettre au compositeur de travailler. Après son séjour au Schweizerhof, Wagner engagea la jeune femme qui l'accompagna à Munich, puis à Genève, où elle lui fit cadeau du terre-neuve Russ, pour retourner ensuite s'installer á Tribschen, près de Lucerne.

Le 30 janvier 1867, Verena épousa Jakob Stocker, le portier du Schweizerhof, qui entra lui aussi au service de Wagner. Elle donna naissance à un premier enfant, Wilhelm Richard, le 4 octobre 1868, qui, selon la musicologue Eva Rieger (1), pourrait bien être le fils de Wagner dont il porte les prénoms. En tout cas, Wagner devint le parrain de l'enfant. 

En mai 1869, Vreneli annonça à Wagner qu'elle était à nouveau enceinte et qu'elle souhaitait quitter le service de Wagner, ce qui ne manqua pas de bouleverser l'organisation domestique de la maison, d'autant que Cosima, enceinte de Siegfried, en était déjà au huitième mois de sa grossesse.

Le second fils de Vreneli, Bernhard, naquit le 7 octobre 1867. En février 1872, Vreneli donna encore naissance à une petite fille, Marie.

Vreneli et Richard Wagner restèrent en correspondance jusqu'à la mort du compositeur.

(1) RIEGER, Eva, Leuchtende Liebe, lachender Tod. Richard Wagners Bild der Frau im Spiegel seiner Musik. Düsseldorf 2009 

jeudi 19 septembre 2019

Verena & Jakob Stocker-Weidmann, Wagner's housekeeper and steward in Tribschen



Verena Stocker Weidmann (1832-1906)- Gouvernante de Wagner à Munich, Genève et Tribschen
Jakob Stocker Weidmann (1827-1909) - Domestique de Wagner à Tribschen

Photos présentées au Musée Richard Wagner de Tribschen (Lucerne)

mercredi 18 septembre 2019

Quand Léon Bloy évoquait le roi Louis II de Bavière et son soutien à Wagner

Léon Bloy vers 1906
Le romancier et essayiste français Léon Bloy (1846-1917), réfléchissant sur le manque de soutien du pouvoir aux artistes, évoquait le roi Louis II de Bavière et sa protection de Richard Wagner dans Belluaires et porchers, un recueil d'articles littéraires publié en 1905 et depuis souvent réédité dans lequel l'essayiste s'attaque avec férocité à la société bourgeoise et à sa décadence. 

"Je ne peux pas me flatter d'être un républicain d'une bien excitante ferveur, mais, enfin, les maîtres, quels qu'ils soient, qu'on nous a donnés, laissent encore les artistes à peu près tranquilles, quand la magistrature est assez assise pour ne pas montrer trop de sa pudeur. On peut, en s'y prenant bien, publier un livre d'art sans aller au bagne

Mais nous serions, à coup sûr, moins favorisés par un très-grand prince qui tremblerait devant la canaille des Parlements ou des sacristies dans son carcan d'idole voleuse. Napoléon, lui-même, l'Etre étonnant dont tout est dire, qu'a-t-il donc fait pour la Pensée en ses quinze ans de toute-puissance ?

Je n'en vois qu'un seul de ces Pharaons européens qu'on puisse nommer, à ce point de vue, sans vomissement, et Dieu sait s'il fut un prodige assez lamentable! C'est le petit roi vierge de Bavière, protégeant Wagner avec faste pour l'amour de sa musique et de ses poèmes, où il croyait se deviner en le chaste Lohengrin. Cet étrange souverain, malheureusement toqué, paraît avoir été le seul roi propre en ce triste siècle. Il eut l'indicible honneur de se ruiner lui-même, non pour des catins, mais pour un grand homme qui, sans lui, serait mort obscur, et même de ruiner un peu, du même coup, ses sujets allemands qu'il creva d'impôts, jugeant avec grandeur qu'il valait mieux embêter les boutiquiers de Munich que ne pas faire entendre Parsifal.

Les artistes, ces grands inutiles, ainsi que les renomme la salope sagesse des emballeurs et des négriers, ont absolument besoin d'un pavillon qui les protège et d'une providence humaine qui les empêche de mourir de faim.

Quand les rois ou les puissants, dont c'est le devoir, viennent à leur manquer, ils périssent aussitôt de leur belle mort, ou ils tombent dans les crucifiantes mains, dans les redoutables et profondes mains, en forme de cercueil, des impresarii."

lundi 16 septembre 2019

Les Voyageurs de l'Or du Rhin . Il y a 150 ans chez Richard Wagner à Tribschen.

Cliquer sur la photo pour l'agrandir

A la mi septembre 1869, après l'échec de la répétition générale de l'Or du Rhin à Munich et le report de la première, les Voyageurs de l'Or du Rhin rentrent à Paris via Lucerne et Tribschen, où ils rendent à nouveau visite à Richard Wagner et Cosima.

Partis de Munich, Judith Mendès, née Gautier, Catulle Mendès, Augusta Holmès (photos de la rangée supérieur), Hans Richter (photo du milieu), Villiers de l'Isle-Adam se rendent tous à Paris via Lucerne. La Comtesse Mouchanoff est venue à Tribschen mais repartira pour Munich. Franz Servais est en route pour Bruxelles.

Tous ont vécu à Munich le feuilleton de l'Or du Rhin dont nous avons rendu compte dans notre ouvrage Les Voyageurs de l'Or du Rhin.

Luc-Henri ROGER

Les Voyageurs de l'Or du Rhin. La réception française de la création munichoise de l'Or du Rhin de Richard Wagner à l'été 1869, BoD 2019 

Pour commander le livre, entre autres via :

Hugendubel (Portofrei in Deutschland)
- en librairie ISBN  9782322102327

dimanche 15 septembre 2019

Die Reisende zum Rheingold. Ein Artikel von Wolgang Kunz.

Roger begeistert in Bayreuth das Publikum. Wahl-Mittenwalder Luc-Herni Roger enthüllt mit drittem Buch Geheimnisse über Komponist Richard Wagner

Mittenwald - Seine Nachforschungen haben 2017 für ein regelrechtes Beben unter Historikern gesorgt : Luc-Henri Roger (68) konnte damals beweisen, dass eines der seltensten und berühmtesten Interviews mit König Ludwig II. im Jahr 1882 durch einen US-Journalisten geschickt gefälscht worden war. Angeblich habe diesem der Märchenkönig das Herz geöffnet. In Wahrheit ist der Reporter Lew Vanderpoole dem König nie begegnet.

Jetzt veröffentlichte der Wahl-Mittenwalder sein drittes Buch, diesmal aber über den Komponisten Richard Wagner. Das Werk in französischer Sprache mit dem Titel  „Die Reisende zum Rheingold“ beschäftigt sich mit der 1869 uraufgeführten gleichnamigen Oper. Für Roger ist es dabei unverständlich, dass dieses Jubiläum nicht im Nationaltheater gefeiert wird. Doch es gibt ein Trostpflaster. „ Der Direktor Sven Friedrich vom Wagner-Museum in Bayreuth hat mich eingeladen, dort auf Deutsch aus meinem Buch vorzulesen “, sagt Roger stolz. In Bayreuth hat Komponist Wagner bis zu seinem Tod im Haus Wahnfried gewohnt.

„Ich liebe Opern“, sagt der Autor. Genauso wie die Berge und Seen rund um Mittenwald.“ Seit 2013 lebt er als Pensionär in der Marktgemeinde. Hier hat der gebürtige Brüssler und ehemalige Schulleiter genügend Zeit für umfangreiche Recherchen. Über einen Internet-Blog zum Thema Kultur in Bayern, König Ludwig und Richard Wagner  eine ansehnliche Fangemeinschaft um sich geschartt.

Sein neuestes Werk enthält eine Sammlung von französischen Journalisten, die das damalige Leben von dem in München lebenden Wagner dokumentiert haben. Roger beschreibt die drei von Theodor Pixis vom Wittelsbacher Ausgleichsfond geschriebenen Opern-Szenen. Es enthält wichtige und bis jetzt nicht veröffentlichte Dokumente von direkten Zeugen über die Geschichte des Nationaltheaters in München. Auch die „szenische Katastrophe“ bei der Generalprobe am 27. August 1869 und der deshalb vom empörten König auf den 22. September verschobenen Premiere. 

WOLFGANG KUNZ


Artikel im TZ Juli 2019

Luc-Henri ROGER

Les Voyageurs de l'Or du Rhin. La réception française de la création munichoise de l'Or du Rhin de Richard Wagner à l'été 1869, BoD 2019 

Pour commander le livre, entre autres via :

Hugendubel (Portofrei in Deutschland)
- en librairie ISBN  9782322102327







Siegelring von Richard Wagner / Chevalière de Wagner



Vers 1850. Citrine avec monogramme, or 18 carat.
Présentée au Musée Richard Wagner de Tribschen - Lucerne.

vendredi 13 septembre 2019

La Pâque de Parsifal, une nouvelle de Joséphin Péladan (1909)

François Gautier, dit Paul Franz, en Parsifal. Source . BnF Gallica

LA PÂQUE de PARSIFAL 

(Nouvelle publiée dans Akademos, revue mensuelle d'Art libre et de critique, 15 avril 1909).
I

Depuis le jour béni où Parsifal rapporta la sainte lance, la chevalerie du Graal prospérait.

La protection céleste favorisait les entreprises, même loin­taines et hasardeuses : on ne comptait plus par chevauchées mais par prouesses (1).

Le vieux Gurnemanz, en mourant, avait emporté jusqu'au sou­venir des tristes jours où les gardiens de l'insigne relique, mor­nes et découragés, vécurent en anachorètes, chacun se nourrissant d'herbes et de racines qu'il trouvait. On ne prononça plus le nom du terrible adversaire qui, dressant burg contre burg, avait por­té de si grands coups à la milice sacrée,

Des chevaliers, traversant la campagne vers la zone des païens, avaient vu, de loin, les remparts du château magique dé­mantelé. Il leur était défendu d'approcher de ce roc maudit où tant de leurs prédécesseurs tombèrent aux maléfices des filles-fleurs .

Klingsor avait-il rendu son âne perverse à son maître Satan ou était-il passé, en païennie, honteux de sa défaite ?

Plus rien n'attesta l'exigence du mage noir pendant les cin­quante années glorieuses du nouveau règne.

Le fils d'Herzeleide, au bout de ce temps, ressemblait à Titurel : quoique fort et actif, sa longue barbe blanche en fai­sait un vieillard. Une- inexplicable mélancolie marquait son front; On le voyait souvent se promener seul, avec des gestes découra­gés.

"Celui qui vit dans la grâce du Seigneur peut-il être triste ?" se disaient entre eux: les chevaliers.

Un vendredi saint, le cinquantième de son pontificat, Parsifal sortit du burg, dès l'aube.

A cet anniversaire de sa vocation, il allait à l'aventure, parlant d'une voix douce aux fleurs, aux arbres; et revenait le visage recueilli et souriant, comme si la nature avait répondu à ses paroles d'amour.

Cette fois, il s'attarda jusqu'au crépuscule et lorsqu'il rentra, sa haute taille redressée exprimait la résolution. Il fit seller son cheval.

- " Où vas-tu, maître? " demanda l'écuyer.

- " Là où seul je dois aller ".

- " Permets que quelques-uns t'accompagnent pour te faire hon­neur et compagnie, sinon secours. "

Il refusa d'un mouvement des paupières, s'éleva en selle avec une vigueur surprenante et partit à franc étrier, du coté de la païennie.

Toute la nuit il chevaucha.

L'aurore lui montra burg maudit perché sur le roc, comme une aire. Son cheval harassé monta au pas la rampe caillouteu­se. A mesure qu'il approchait, le château magique révélait sa ruine, l'herbe verdissait le créneau abandonné.

Le pont-levis était abaissé, Parsifal entra dans la cour aux dalles brisées : il chercha les vestiges du jardin enchan­té où les filles-fleurs l'avaient entraîné dans leur ronde.

A la place du bosquet où lui apparut Kundry l'inconscien­te, un énorme buisson projetait ses branches épineuses. Quel­ques serviteurs accourus contemplaient peureusement ce cheva­lier au manteau rouge qui semblait un roi. A un signe de l'in­connu, ils vinrent lui tenir l'étrier: d'un pas ferme, le grand maître du Graal se dirigea vers la .tour des Maléfices ; il en monta les marches et poussa du pied, la lourde porte.

Un grognement l'accueillit, un cri de bête jaillit de l'om­bre et, stridente, une voix cria :

- " Satan, immonde fascinateur, stupide ennemi, tu viens m'exaspérer sous des traits exécrés. Imposteur, impuissant, qui. n'a pas tenu tes promesses, tu réappa­rais sous la forme de Parsifal, pour m'irriter. Vraiment on t'ap­pelle le Malin, tien à tort. Je croirais plutôt à la visite de la Vierge qu'à la présence de l'élu du Graal.,. Infernal comédien, reprends ton vrai visage.. n'usurpe pas plus longtemps la ressem­blance du héros qui t'a vaincu, avec moi, plus que moi !"

Parsifal commença à distinguer dans la pénombre, au milieu d'un amoncellement de manuscrits et d'instruments bizarres, une forme humaine lourde et lente et qui s'agitait, comme un mons­trueux crapaud s'efforce à sauter.

II passa le seuil : ses éperons l'argent rendirent un son clair. La voix d'eunuque glapit :

- " Satan, tu m'exaspères ! Prends garde, je possède un fouet magique et qui te fera hurler..... Quand je brandis la sainte lance contre le pur fol, la lanière de cuir se détacha de la hampe et resta dans ma main,.. La voici et je te forcerai 0 reprendre ta forme de singe.

Roulant sur ses courtes jambes, il vint frapper Parsifal à l'épaule, sur la colombe éployée brodée en or ; et la broderie étincela au choc.

Il y eu un silence, le sorcier cessa de respirer ; c'était bien son ennemi et non le diable qui le visitait. Il se précipita vers la porte, en poussa les lourds verrous, malgré leur rouille, et éclata d'un rire strident, d'un rire d'enfer où les crépite­ments do la haine se confondaient avec le sifflement de l'asthme,

Le roi du Graal, très las, s'était assis sur un escabeau. Il promena un regard de pitié et de dégoût sur les vains outils do la magie et le puéril amas d'antiques parchemins, sans souci de Klingsor qui se tenait derrière lui, le poignard levé, calculant peur le bien frapper entre les épaules.

- " Ecoute ! " dit l'élu, sans se retourner A ce dédain du péril, le sorcier se troubla, hésitant. Une curiosité irrésistible, plus forte que la rage, s'empara de lui. Pour que le roi du Graal vint a lui, il fallait, le prodige d'un intérêt plus grand que la terre, d'un intérêt engageant le ciel et l'enfer.

Coeur ulcéré et capable de tout le mal, Klingsor était un mé­ditatif et un savant : il pesa sa vengeance et le mystère de cette visite ; et il préféra la pénétration de ce mystère. Entre la mort du pur et sa parole, il opta pour celle-là, et jetant son arme, II regagna son fauteuil de cuir. Alors, le successeur d'Amfortas vit son adversaire en face. Il était hideux : sa monstrueuse obésité l'animalisait ; ses petits yeux, noyés dans une mauvaise graisse, brillaient seuls d'un éclat fébrile.

Il cria :

- " Fol, toujours fol, même en ta vieillesse, tu reviens ici ? Ici où je t'attirai par mes enchantements ; ici où je te livrai aux filles-fleurs ; ici où j'ouvris devant toi les terribles bras de Kundry ; ici où je levai sur toi l'arme sacrée... Tu reviens ici, ô fol, comment t'en iras-tu ? "

- "Ecoute ! " répéta le pur, pour la seconde fois. Mais le magi­cien ne pouvait se taire, il écumait.

- " Parsifal, tu commets, à cette heure, le plus lâche des péchés d'orgueil : tu contemples ta pureté dans le miroir de ma. détres­se : tu te repais des ruines de mon château, du désespoir de mon coeur : et tu sors ainsi de- la grâce... tu m'humilies mais tu te souilles.

- " Ecoute " dit le pur, pour la troisième fois.

"Je suis vieux et je suis las, je touche au terme de ma vie et de ma mission. Il ne me reste qu'une chose à faire, une seule ; et puis- je serai prêt à m'endormir dans la paix du Sauveur,

- " Est-ce une confidence que tu vas me faire ? Attends-tu -un avis, ou un secoure de Klingsor, ô Parsifal. Avoue que tu as vou­lu te donner le spectacle de ma misère pour revivre les joies du triomphe.

- " Tu es l'ombre de ma belle vie, Klingsor : je n'ai jamais" pu t'oublier : chaque année, au jour béni où Jésus répandit son sang pour effacer le péché du monde, je pense à toi : tu m'obsèdes, comme un remords. 

- " Un remords ? Tu as un remords, toi le pur ?

- " Longtemps j'ai éprouvé pour toi l'horreur que Judas dut inspi­rer aux disciples. La lumière du Graal, plus puissante que mon coeur, y a fait entrer la pitié. Je te plains, Klingsor, ou plutôt c'est le Saint Graal, dont je ne suis que le mandataire, qui t'apporte un message de commisération,"

Une respiration plus sifflante sortit dos lèvres du sorcier. Parsifal, continua.

- " Tu es le plus grand des coupables, mais tu es si malheureux ! Les cinquante années -de paix et de sainte gloire que j'ai, vécues comme roi du Graal, tu les a passées dans les transes de la honte .et de la rage. L'enfer t'attend, au sortir d'une horrible vie : et la pour du feu éternel seule te rattache à la terre. Le suicide aurait terminé tes maux, si tu ne redoutais ceux plus épouvanta­bles de la tombe !

" Car, tu crois, Klingsor; tu as souhaité ardemment le service du Saint Graal, tu voulais devenir un saint et dans ton vertige tu demandas à un acte affreux d'abolir les passions, que tu no pouvais dompter,"

Le nécromant vociféra :

- " Et Titurel me rejeta, malgré mon désir de la sainteté ... Vous autres, les purs, vous êtes implacables... Le Maître ne s'est pas offert pour les saints : sa mort, il la dédia aux pécheurs. Celui qui efface le péché du monde, l'Agneau, vous en faites le loup dévorant, qui pousse aux peines sans fin les faibles, les éga­rés, les fragiles.

- "Vous semez le désespoir ... Si une lueur m'avait été laissée, la plus faible, jamais je n'aurais déclaré la guerre à Montsalvat. En m'ôtant l'espoir, vous ne m'avez plus laissé que la folie des vengeances. J'ai cru que Satan me donnerait la victoire ' Et si j'avais conquis le Graal, je l'aurais servi fidèlement. Car j'en sais plus long que vous tous, mes maîtres : moi seul,- entends-tu moi seul, connais le mystère du Graal !

- " Pourquoi l'as-tu combattu ?

- Que m'importe une lumière qui ne me parvient pas, un salut sont je suis banni ?

Doucement Parsifal répondit :

- " Si tu voulais abattre cette forte muraille, joindrais-tu les mains en une ardente prière ? Tu saisirais un pic et tu frappe­rais. Tu as fait le contraire : le ciel te repoussait ; au lieu de lui tendre avec constance des mains suppliantes, tu lui as déclaré la guerre, tu, as demandé secours au démon.

- " Je suis vaincu ! Es-tu venu pour me l'apprendre ?

- " Je viens payer ma dette : tu. m'as donné la sainte lance.

- " Je l'ai lancée sur toi, comme un javelot mortel ; je te l'ai donnée, comme le chasseur donne l'épieu au sanglier.

- " J'oublie l'intention et ne vois que le fait. Je ne pouvais te reprendre l'arme autrement : ta colère et non ton zèle me l'of­frit, comme la blessure d'Amfortas me révéla ma mission, comme le baiser de Kundry m'apprit le secret de la douleur. J'ai guéri Amfortas, j'ai purifié Kundry...

L'autre ricana.

- " II ne te reste plus qu'à sauver Klingsor,

- " Oui ! ; " dit simplement le chef des purs.

- " Fol, tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, tu n'as jamais cessé d'être un fol : et aujourd'hui, enivré d'une idée mystique, tu offres ce qui n'est pas en ton pouvoir !... Prends garde ! Amfortas se servit de [la] lance pour sa défense et il expia douloureu­sement cette témérité ; tu invoques le Graal, pour l'épanouisse­ment de ton orgueil... prends garde."

L'oeil du héros subitement s'adoucit.

- " Klingsor, tu viens d'obéir à un mouvement de la grâce... tu as cru que je m'égarais et tu m'as averti... Le Saint Graal te tiendra compte de ce noble mouvement.

Le goète (2) essaya de rire.

- " Allons, point d'enfantillage ; et dis-moi enfin ce qui t'amè­ne ?

- " Ma souffrance.

- " Tu possèdes le Graal et tu souffres ?

- " Je souffre parce que. le Graal m'impose un difficile devoir et je crains de ne pas l'accomplir.

- " Klingsor serait-il élu à guérir Parsifal ?

- " Oui ! " fit simplement le chevalier.

- " Fol " murmura le pervers,

- " Je te parus fol autrefois et je ne l'étais pas.

- " Tant que tu luttais contre Dieu, tu étais un ennemi. Voilà bien longtemps que désarmé tu renonces à faire le mal. Satan t'a menti,et tu le méprises. Tu ne crois plus au secours d'en bas, tu n'espères nulle grâce d'en haut : ton malheur me pèse.

- " Eh bien ! Eh bien ! Qui donc peut quelque chose pour Klingsor ?

- " Celui-là seul auquel Klingsor fit du bien : Parsifal.

- " Je fus la pierre d'achoppement.

- "Tu fus le degré qui m'éleva à la plus haute fortune de ce mon­de : toi 1'obstacle, toi 1'embûche, toi l'adversaire.

- " L'oeuvre de Dieu, Klingsor, s'opère malgré l'homme ; il suit ses passions et le Tout-Puissant les utilise, même les plus bas­ses, pour des desseins éternels ; il tire le pur de l'impur et ré­tablit sans cesse l'harmonie que nous troublons. Vois, le soleil, chaque matin, dissipe les ombres : c'est l'image de la grâce sur­montant nos erreurs. Après le forfait, .comme après la nuit, une vertu, une aurore se lève : et je suis, ô Klingsor, l'aurore de ta nuit. Ma pureté succéda à ton péché ; un lien secret unit le digne et l'indigne d'un même voeu."

Le Goëte ne répondit plus. Ces idées que le pur tirait de son coeur, il les connaissait, il aurait pu citer les pages qui les contenaient : et cela 1'étonna que le roi du Graal les proférât.

- " Comment suis-je arrivé à cette vision ? Je l'attribue à la miséricorde divine qui projette quelque miracle éclatant où nous serons mêlés, comme nous le fûmes autrefois ; j'ai reçu de toi : il faut que je te rende, selon l'équité, par quelque échange. Or, le salut seul équivaut à la conquête de la lance,

- " Le Graal t'envoie, Parsifal ?

- " Sans doute. Tu es le dernier dos hommes pour qui j'aurais sen­ti de la pitié ." Tu viens donc, malgré toi.

- " Malgré moi, on effet. J'accomplis un devoir, pour lequel nul autre ne vaudrait. .Ce que tu ne recevras pas de moi, ne l'attends de personne.

- " Sais-tu que j'ai été tout à l'heure si prêt de te frapper, que je m'étonne encore de ne pas l'avoir fait !

- Qu'importe!

- " Je puis encore essayer do te blesser : mes armes sont empoi­sonnées et il suffit que j'entame ta peau, pour que tu meures."

Le héros eut le mouvement d'épaule de celui qui entend des propos oiseux ; et la colombe brodée brilla.

- " Klingsor ; le temps presse, je ne puis m'attarder à entendre des paroles vaines.

- " Comment ? Tu ne t'indignes pas ?Tu m'apportes le salut, au moins tu le prétends, et je lève un- poignard sur toi...

- " Tu as dit, tout à l'heure, que tu entendais, mieux que moi, le mystère du Graal ? Je suis ici, en son nom; ce serait une im­piété de craindre.

- " En son nom... on son nom ... As-tu bien la conscience entière de ce que tu dis... En son nom... Que me proposes-tu donc, en son nom ?

- "'De sauter à cheval et de te trouver demain, pour la Pâque, à Montsalvat,"

Le nigromant frappa, sur la table et des piles de volumes s'écroulèrent. Il jura, soudainement furieux, bégayant.

- " Je comprends, je comprends... Ah. ! hypocrite !. Ah ! scélérat ! Tu as rêvé de donner à tes frères le spectacle de ma détresse. Comme ces saints qu'on représente suivis du monstre qu'ils ont dompté, tu veux paraître, on tenant Klingsor en laisse ; le vain­cu ornera ton triomphe, roi du Graal... Saint Georges demande au dragon de vouloir bien figurer dans les cérémonies ! "

Il suffoquait, pris d'une toux convulsive,

- " Pauvre âme ! fit le pur. " Nul ne sort sans effort de l'endur­cissement. Je partirai sans t'avoir convaincu ? Quand tu te retrou­veras seul, brise ces instruments du mal comme j 'ai brisé mon arc et mes flèches, à la remontrance de Gurnemanz.

" Tu as aimé le Graal, tes crimes naquirent de ton dépit. Cela éclaire et obscurcit en même temps ta destinée. Damné certes, mille fois damné par le poids effrayant do tes actes, tu as aimé, cependant, tu as désiré Dieu.

Le maître de la sainte milice tint un moment la tête dans ses mains.

Tu as aimé... et le Graal m'envoie... Pèse, rapproche ces doux idées... l'amour est la lumière des âmes et la lumière ne se perd pas. Ainsi, je suis envoyé pour raviver la clarté pure qui brilla en ton cœur ; peux-tu te repentir ?

- " Mon pacte avec le démon m'engage, 

- " Le démon a-t-il tenu ses promesses ?

" Eh ! Eh! Ne me livre-t-il pas, aujourd'hui, mon. ennemi ?

- " Un seul est ton ennemi. Devant toi, se trouve un débiteur ... Oui, j'ai conquis la lance, sur toi. Maintenant je. veux reconqué­rir ton âme, sur lui 

- " Mon âme; Tu la connais peu pour la tant estimer! il n'y a vraiment que toi, Parsifal, pour la mettre à si haut prix ?

Le héros comprit qu'il fallait panser la plaie d'orgueil trop saignante,

- " Ecoute encore, Klingsor. Lorsque, pour la première fois, j'élevai le Saint -Graal dans mes tremblantes mains, des voix célestes firent entendre ces mots que je pris longtemps pour un salut et dont je comprends aujourd'hui le commandement : " Rédemption au Rédempteur! " Chacun sera jugé selon les grâces qu'il reçut. Comblé des faveurs d' En Haut, je devrai un compte rigoureux. Toi !. Klingsor, qui m' as donné la lance, je te prie de me donner encore ta pénitence, pour assurer ma gloire.,

- " Eh ! Eh! Ne suffit-il pas que tu m'aies vaincu ?

- " Le Christ t'a vaincu : mais la victoire qu'il agrée, l'âme seu­le la fournit. Désarmé, tu n'as pas reconnu la justice de la défai­te. 

- " Ah . tu ne compatis pas à ma douleur, tu refuses le fleuron que fermerait ma couronne ! "

Le sorcier, adouci malgré lui et rêveur, murmura :

- " Fol, toujours fol !

- " Que le pur fol sauve le fol pervers ! Avoue le néant de tes oeuvres. L'araignée tisse sa toile, sur ces rayons que tu no visites plus ; la poussière s'épaissit comme un sable d'oubli sur ton arsenal ma­gique. Tu ne regardes même plus en bas,

En haut, que verrai-je ? Un juge implacable !

- " Une victime innocente qui s'est offerte pour Klingsor l'impur !"

Par la fenêtre en ogive, le soleil filtrait à travers les verres de couleur ternis. Parsifal se leva, il parut d'une taille démesurée ; d'un geste lent il détacha son manteau et le posa sur l'escabeau.

Le hasard des plis découvrit la colombe aux ailes déployées. Les petits yeux brillants du sorcier suivaient les [mouvements] du héros :

- " Tu laisses ton manteau ? » interrogea-t-il,

- " Pour que tu pénètres à Montsalvat, librement ".

Un amer sourire plissa la face bouffie du renégat.

- " Même si ma volonté pliait ; mon vieux corps malade et difforme ne supporterait pas ce long trajet.

- " Quand on a devant soi l'enfer éternel, on trouve la force de le fuir : je ne refuserais pas te prendre en croupe parce que tu es impur, mais le Graal veut que tu viennes, de toi même. Pour te décider, tu as a peine une heure.

Parsifal, je te le redis : tu oses engager la vertu du Graal dans ton voeu : prends garde ! Tu obéis peut-être à un mouvement généreux.

- " Penses-tu donc que Jésus ait moins de coeur pour sa créature que moi pour un seul ennemi.

" " Si les bons payent pour les méchants, il n'y a plus de damna­tion ? "

Le héros leva les yeux comme pour demander l'avis du ciel ; i il hésita et dit :

- " Je payerai".pour toi !

- " Orgueilleux ! Tu n'as donc pas besoin de tes mérites pour toi-même ?

- " Oh! dit Parsifal humblement, " je suis indigne de ma fortune : j'aurais du venir plus tôt.

- " Eh ! Eh ! Voilà que tu ne me parais plus disposé à payer ma ran­çon.

- " Tu te trompes, Klingsor ; Ce que je te donnerai ne m'appauvri­ra pas. L'aumône, Dieu me la rendra or pour cuivre.

- " J'accepte ta visite qui a rompu l'ennui de ma retraite. Va donc et sois sauf, Parsifal.

- " A demain, Klingsor, dit lentement le pur,

Le mage noir regarda sortir le héros, il se pencha à une meurtrière pour l'apercevoir plus longtemps. Puis, il alla vers son fauteuil De travail et tressaillit ; la colombe, "brodée sur le manteau du roi, brillait d'une façon ir­réelle.

Il considéra ce morceau d'étoffe qui blasonnait le voeu, le seul voeu de son coeur,.

Qu'avait-il demandé au ciel et puis à l'enfer, sinon le droit do porter ce manteau :et il le voyait à portée de ses mains. Il n'osa pas le toucher, des convoitises nerveuses agitai­ent ses doigts. Le revêtir, c'était se repentir, faire amende honorable !

Il s'étonna d'avoir tant changé en si peu de minutes, sans
que Satan ne se manifestât d'aucune sorte, pour affermir sa ré­sistance. 

Il appela le mauvais maître, il le conjura par les impérieu­ses formules, sans effet. Il s'aperçut alors qu'il tenait encore dons sa main le cuir do la lance sacrée.

L'impuissance du démon s'avouait telle, qu'il eut pitié do lui-même ; l'affirmation de Parsifal dominait. Un moment il tour­na dans la tour, comme une bête, marmottant des mots., frappant les objets avec la lanière. Tout à coup, pris d'une résolution fougueuse, il battit le briquet, alluma une torche et sans hésiter la lança sur l'amas d'objets. Puis il s'enveloppa du manteau et sor­tit en criant.

- " Un cheval! un cheval !

II

Dons le plus saint des moustiers, une anxiété indescriptible agitait les coeurs,

Au son joyeux dos cloches, chevaliers, écuyers et servants avaient pris place dans l'église.

Les pages se tenaient aux quatre côtés de l'autel, et les chants s'élevaient, selon le rituel ; mais l'absence du grand Maître troublait les coeurs ? Quel autre motif retenait le roi de Graal ! loin de Montsalvat, au saint jour de Pâques ?

Lui seul .pouvait officier. La sainte milice, en ce jour solennel serait privée du réconfort sacré.

Soudain Parsifal parut sans manteau, poussiéreux, .et si las qu'à sa démarche on le crut blessé. Péniblement il monta à l'au­tel et, agenouillé, il s'abîma dans une interminable prière,

L'assistance attendit, silencieuse et recueillie, la fin de cette oraison : les minutes se succéderont sans que le grand Maître se relevât. Une impatience nerveuse passa comme un fris­son et une nouvelle angoisse inquiéta les esprits. Pourquoi Parsifal n'ordonnait-il pas d'ouvrir la chasse ? Une heure en­tière, qui parut insupportable à chacun, s'écoula,

Tout à coup le grand Maître se leva et fit un signe :

Le voile de pourpre qui enveloppait la. châsse d'or tomba et le Saint Graal apparut.

Pendant que le pontife prenait la coupe incomparable et la posait devant lui, quelqu'un était entré, sans être vu. Quoiqu'il portât le manteau des chevaliers, il se tapit au coin le plus som­bre, près de la porte.

l'ombre envahit le saint lieu, comme il arrivait à chaque exposition de la relique. Cette fois l'ombre resta ; le Graal re­fusait de se manifester ; depuis un demi-siècle ce refus d'en haut ne s'était pas produit. Une rumeur, où il y avait do la plainte, du reproche, de l'amour et de la rébellion, s'éleva, comme une ré­ponse, à la fois suppliante et séditieuse.

A cette manifestation céleste, Parsifal, déjà harassé par l'effort physique, chancela : l'audace de son action l'épeura. Une seule présence offusquait le précieux sang. Il n'avait qu'à dire une parole pour que le miracle eût lieu, à la sainte joie de tous ; cette parole eût été l'arrêt éternel de Klingsor ; cette parole précipitait le plus noir dos pécheurs à la géhenne et il ne la dit pas. Il pleura, il pleura comme un enfant, comme un fou : et les chevaliers, en entendant de tels sanglots et ne sachant pas leur cause, s'émurent ; et par une contagion soudaine qu'expliquait la crispation do la longue attente, un immense sanglot monta frapper les voûtes.

Soudain, un trait lumineux, mince .comme celui que trace un imagier, partit du calice et toucha le coin sombre où une forme épaissie était tapie,

La forme se déroba, le mince rayon la suivit.

Pendant un moment, le trait se déplaça, comme s'il fouillait le bas do l'église et y poursuivait quelqu'un,

Malgré leur piété, les assistants s'aperçurent de l'étrange ef­fet ; et leurs regards, quittant l'autel, suivirent le filet lumi­neux,

Un chevalier que nul ne connaissait, ou du moins un homme. couvert du manteau do l'ordre, fuyait en vain la flèche de lumière, Criblé de ses coups, il s'affalait, tournant, tombant et se rele­vant, comme si chaque contact de la divine lueur l'eut brûlé.

L'obscurité cachait la laideur du personnage. On ne voyait qu'une masse en détresse qui se convulsait sous une volée de traits ardents. Un cri s'éleva, d'une angoisse indicible et l'ombre s'affaissa, et demeura inerte. Alors le rayon s'élargit, se colora, s'échauffa ; et d'une lumière croissante il baigna, le manteau, il l'inonda de clarté .

- " Hosannah ! " entonna Parsifal, avec un accent de joie qu'il fit sauter les coeurs dans les poitrines. Telle était l'entière commu­nion de ces élus de la foi qu'ils frémirent à l'allégresse de leur chef sans en savoir la cause,

- " Hosannah ! ", crièrent chevaliers, écuyers, pages.

Du manteau, un être affreux sortit, crapaud monstrueux, lamen­table, et comme l'animal auquel il ressemblait, cet être se traîna, dans le rayon étincelant, qui l'attirait comme une puissante et invisible main. Quel temps fallut-il au pécheur pour ramper de la porte jusqu'à l'autel. Son affreux visage souriait sous une pluie de larmes et ses hoquets montaient dans le silence plein de stu­peur, déchirant, à croire qu'il allait mourir.

Douloureuse limace, qui laissait la bave de son repentir sur la dalle, il atteignit l'autel. Là, il essaya de se lever, battit l'air de ses bras courts, en oiseau fou.

Il voulait parler. Cette voix, qui avait appelé le diable si souvent, ne devait pas résonner dans ce lieu ; et le Saint Graal 1'éblouit d'un tel coup de lumière qu'il tomba.

Le céleste rayonnement s'attarda sur le misérable avec une ineffable prédilection de charité ; puis, la clarté divine se ré­pandit sur tous, épanouissant les nobles consciences.

Après la cérémonie, Parsifal ordonna que Klingsor fût enter­ré au bas de sa propre tombe, à ses pieds, afin de témoigner de la miséricorde de Dieu et de la vertu du Saint Graal.

Joséphin PELADAN


(1) On sait au moins par le chef-d'oeuvre de Wagner, que Parsi­fal incarne le plus haut idéal du chevalier chrétien. Si l'oeuvre de Chrestien de Troyes avait été vulgarisée comme celle de Théroulde, " Perceval le Gallois" l'emporterait sur Roland dans notre imagination nationale : car " le pur ingénu initié par la charité " est un saint en même temps qu'un héros et l'or du nimbe sur sa tête se mêle à l'éclat du heaume.

Le saint Graal est le calice de la Sainte Cène, où Joseph d'Arimathie recueillit le précieux sang des plaies du Sauveur. Un ordre de chevaliers moines fut fondé pour garder et adorer l'insigne relique. Klingsor homme impur tenta, à la façon d'Origène, de se rendre digne d'entrer dans la sainte milice ; repous­sé il se voua au diable, construisit un burg non loin de Montsalvat, tendit des embûches aux chevaliers, et grâce aux filles-fleurs en séduisit beaucoup. Le grand Maître du Graal, Amfortas, s'arma de la sainte lance et attaqua Klingsor, il tomba aux bras de Kundry, (type de l'éternel féminin aux multiples métamorphoses) qui fait le bien ou le mal suivant qu'elle subit l'ascendant du graal ou celui de Klingsor,

Seul, le pur, qui résisterait à la séduction de Kundry et des filles-fleurs, pouvait reconquérir la sainte lance, guérir la plaie d'Amfortas et ramener la bénédiction céleste sur Montsalvat. Parsifal, quoique chevalier et valeureux, ne frappe pas, comme un Roland, il sauve, il purifie par le prodigieux effet de sa pureté et de sa charité ; il n'y a rien de contraire à sa figure toute évangélique à lui attribuer le voeu de sauver même Klingsor.

(2) Goète
Etymologie : du grec ancien γοητής, goêtês (« pleureur »), le sens de « magicien » est celui de grec ancien γόης, goês (« enchanteur »), γοητεύω, goêteuô (« enchanter, charmer, proférer des paroles magiques »).
Sens : (Désuet) Pleureur professionnel. Magicien. Par extension : charlatan.[ndlr]