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jeudi 29 août 2019

Le ténor néerlandais Marcel Beekman, brillantissime Pluton dans l'Orphée aux Enfers de Salzbourg

Marcel Beekman  © Sarah Wijzenbeek

Le ténor néerlandais Marcel Beekman interprète actuellement un brillantissime Aristée / Platon dans l'Orphée aux Enfers d'Offenbach (mise en scène de Barry Koskie) au Festival de Salzbourg. Un ténor clair, lumineux, avec une projection magnifique et un jeu de scène expressif et hilarant, débordant d'humour. Un grand interprète baroque qui a trouvé avec l'oeuvre d'Offenbach un nouveau tremplin pour son art. Son excellente maîtrise de notre langue, sa conscience de la couleur des voyelles, de leur ouverture typique de la prononciation française raviront les plus puristes. Ajoutons à cela un travail extraordinaire des mimiques et des expressions du regard. Un des interprètes les plus charismatique du Festival de Salzbourg cuvée 2019. On peut actuellement voir ou revoir cette belle production barrykoskienne sur Arte Concert.

Marcel Beekman (Aristée / Pluton), Kathryn Lewek (Eurydice)
© SF/Monika Rittershaus
Un interprète baroque qui affectionne particulièrement la musique du 18 e siècle et qui a récemment brillé dans le rôle-titre du Platée de Rameau qu'il joue en femme. Un interprète baroque,  mais pas seulement, car Marcel Beekman se passionne aussi pour le répertoire des 20e et 21e siècles et pour la musique d'avant-garde au point que de nombreux compositeurs contemporains ont composé des oeuvres avec des rôles spécialement adaptés à sa voix. 

Marcel Beekman a plus d'une corde à son arc puisqu'il a également interprété le rôle de Mime dans la production Die Ring-Trilogie au Theater-an-der-Wien en 2017, un personnage généralement considéré comme odieux mais que le ténor a abordé avec empathie, en cherchant à le comprendre.

Un artiste à suivre !

Pour suivre le travail de Marcel Beekmanvisitez son site.

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Luc-Henri ROGER





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mercredi 28 août 2019

Nouvelle production salzbourgeoise de Simon Boccanegra. Autant en emporte le tweet.

Luca Salsi (Simon Boccanegra), Marina Rebeka (Amelia Grimaldi)
© SF/Ruth Walz

La mise en scène résolument contemporaine d'Andreas Kriegenburg transpose l'action du Cinquecento ligurien dans le huis clos d'un immeuble qui pourrait être trumpien s'il ne lui manquait les ors chers au président américain. La scène est tout entière occupée par la prouesse architecturale d'un grand hall à la paroi oblique ouverte par deux découpes rectangulaires sur le ciel et la mer, quand ils veulent bien se donner à voir, et flanqué d'une tour sur plateau tournant, lieu de l'exercice du pouvoir. Le décor à l'esthétique dépouillée d'Harald B. Thor, très réussi sur le plan architectural, n'évoque en rien la ville de Gênes et l'histoire du quinzième siècle  n'est perceptible que parce que le texte l'énonce. Dans ce monde aseptisé se déplacent des hommes en complets sombres bien coupés et des femmes en tailleurs ajustés (costumes de Tanja Hofmann) tous armés de leurs téléphones portables.

Ce que nous propose Kriegenburg, c'est une réflexion socio-politique sur le fonctionnement de notre société, avec ses factions  qui défendent leurs idéologies respectives, en apparence opposées, pour s'emparer du pouvoir, user et abuser à leur seul profit du denier public. Un public esclave du smartphone, instrument dont se servent les décideurs haut placés pour leurs stratégies d'influence et de manipulations. L'élection de Simon Boccanegra à la magistrature suprême se fait par tweets interposés, cela gazouille ferme sur les smartphones et l'opinion publique se modèle et se transforme au gré des messages électroniques. Aux smartphones viennent s'ajouter les tablettes qui, juxtaposées, recréent l'image d'Amélia qui nous apparaît aussi de manière virtuelle.

Fort bien, ... mais reste le livret de l'opéra qui énonce un autre réalité historique. Le metteur en scène n'a pas été jusqu'à remplacer le poison dilué dans une carafe d'eau qui va tuer Boccanegra par du polonium, du novitchok ou de la dioxine, et il n'est pas parvenu à éliminer les épées dont la curieuse présence fait hiatus dans le monde électronique. 

La question de l'opportunité de toute cette transposition se pose inévitablement et peut sans doute se justifier : Verdi ne faisait pas autre chose en utilisant l'histoire de son pays pour défendre l'idée d'une Italie unifiée et paisible. Mais le compositeur conservait le cadre historique. Au regard de cela, la nouvelle mise en scène du Festival de Salzbourg utilise l'opéra comme plate-forme pour une réflexion politique, et manque doublement sa cible, elle ne sert pas la musique et ne fait qu'enfoncer une porte depuis longtemps ouverte.

Marina Rebeka (Amelia Grimaldi), Charles Castronovo (Gabriele Adorno)
© SF/Ruth Walz
Reste la musique, magnifiquement servie par un plateau à la distribution prestigieuse. Si la mise en scène ne parvient pas à convaincre, elle laisse les chanteurs déployer leur grand savoir-faire en les plaçant la plupart du temps face au public, avantage non négligeable. Luca Salsi, dans la pleine maturité de son art,  donne un somptueux Boccanegra. Enfant de Parme, fasciné par la musique de Verdi depuis son enfance, le chanteur est devenu un des plus grands barytons verdiens, avec son chant opulent, son tempérament musical bouillonnant, passionné et sanguin, et une ligne vocale aux couleurs magnifiques.  René Pape, qui fait à Salzbourg sa prise de rôle, donne un Fiesco à la puissance fulgurante avec une présence en scène imposante et la prestance implacable d'une divinité courroucée. Ce chanteur à la belle stature semble se jouer des embûches du rôle avec des graves impressionnants. Charles Castronovo, qui interprète Gabriele Adorno,  a gagné en profondeur ce qu'il semble avoir perdu en aigus, ce qui convient bien au caractère de son personnage, dont il rend bien les souffrances pathétiques. André Heyboer interprète les méchants avec une belle fermeté, il prête son baryton sonore à  Paolo, dont  il rend  à souhait les côtés malfaisants et parfaitement haïssables. Reine de la soirée, Marina Rebeka donne une grande Amelia, la puissance de son soprano  domine sans difficulté aucune celle de ses partenaires masculins qui sont pourtant de grande envergure, et passe sans problème les choeurs et l'orchestre. Le chant est d'une sensibilité extrême ; l'interprétation d'une authenticité poignante est celle d'une grande chanteuse à la technique pleinement maîtrisée, ce qui dénote l'intelligente et la maturité de son approche et la connaissance très exacte de ses moyens. Dans les seconds rôles, on a pu apprécier la beauté de la basse d'Antonio Di Matteo en Pietro et le ténor lyrique lumineux de Long Long.

Le Wiener Philharmoniker est dirigé par un Valéry Gergiev dont il se dit qu'il ne brilla pas par sa présence aux répétitions, ce qui est devenu la fable festivalière de l'été Son autorité et l'extrême concentration de sa direction sont cependant manifestes en cours d'exécution, avec un remarquable sens du rendu des contrastes. La tension dramatique, tenue sous le boisseau en première partie, gagne en intensité aux deuxième et troisième actes et une belle ovation était au rendez-vous en baisser de rideau, mais curieusement, nous avons souvent eu davantage l'impression d'une direction symphonique plus qu'un travail soutenu de coordination entre la fosse et la scène. C'est en tout cas aux chanteurs qui reviennent les palmes de ce spectacle, unanimement salués par un public dont ils ont fait les délices et sauvé la soirée.


lundi 26 août 2019

TE SAXA LOQUUNTUR - La Salomé définitive de Castellucci et Welser-Möst au Festival de Salzbourg

Asmik Grigorian (Salome) © Salzburger Festspiele / Ruth Walz

Te saxa loquuntur, Ces pierres feront parler de toi est l'épigraphe qui surplombe le Sigmundstor, la porte de Sigmund qui sert d'entrée monumentale au tunnel qui traverse le Mönchsberg, la montagne bien connue des festivaliers salzbourgeois. Ce tunnel routier de 131 mètres de long qui permet de relier la vieille ville de Salzbourg avec le quartier Riedenburg fut le premier du genre en Autriche. Les travaux furent entamés au 17e siècle puis abandonnés, et ce n'est que dans la seconde moitié du 18e siècle que le prince-évêque Sigismund von Schrattenbach fit terminer la percée du tunnel. Les Salzbourgeois connaissent bien cette inscription qui nous font parler aujourd'hui encore du prince-évêque dont le portrait sculpté se trouve sous l'épigraphe.

La Salome de Romeo Castellucci se joue au Manège des rochers (Felsenreitschule), qui accueille des représentations du Festival de Salzbourg au pied de la paroi abrupte et imposante du Mönschberg, une paroi dont les quatre-vingt-seize arcades sont creusées dans la roche de la montagne même. Castellucci a gardé ce décor naturel de fond de scène en faisant obturer les arcades et en y faisant reproduire les armes du prince-évêque. L'impressionnante paroi rend bien dérisoires les folies érotiques et meurtrières des humains qui s'agitent sur la scène aux couleurs de bronze brillant. A l'installation, le public observe un grand rideau de scène noir, voile transparent, qui porte l'inscription Te saxa loquuntur dont le sens est sans doute autrement orienté. C'est au public que s'adresse la phrase : "ces pierres vont te parler de toi, public" ; et cette phrase élogieuse en devient menaçante, terriblement menaçante. Le voile noir est bientôt incisé en longueur, coupant l'inscription en deux, funeste présage.

Cette première image forte de la mise en scène n'est que le prélude du décodage implacable que va donner Romeo Castelluci de la Salome de Strauss, une lecture qui va emprisonner le public dans une forêt de symboles, images oniriques, puissantes et cathartiques qui rendent captif et pourraient bien laisser une marque indélébile dans une audience ébahie et pétrifiée.

Castellucci utilise à plein tout le décor qui lui est donné : au pied de la pierre, de l'immense roche se trouvait autrefois un manège, et c'est sans doute de là que vient l'idée du rapprochement entre Jochanaan et d'un grand étalon noir et des harnais qui le maintiennent un moment prisonnier. Le noir est une des couleurs dominantes de la mise en scène qu'enténèbrent une lune ou un soleil noir dont l'aura va s'élargissant. Noire encore la fosse dans laquelle pourrit Jochanaan, qui est représentée par une large découpe circulaire dans le plancher de scène, de laquelle se dégagent des odeurs putrides qui incommodent ceux qui s'en approchent. Une fosse chotnienne dont sortent comme en un vomissement  des flots de terres noirâtres et un Jochanaan fangeux, entièrement recouvert de glaises noires. Une inversion complète des valeurs, alors que Salomé est tout de blanc vêtue comme une communiante ou une jeune mariée, couleur d'une innocence qui donne à réfléchir sur sa culpabilité. Salomé est-elle une jeune adolescente marquée de sa première menstrue, comme en témoigne la tâche rouge à l'arrière de sa robe, une tâche dont la jeune fille ne semble pas avoir conscience ? Et dès lors cette jeune fille, presque encore une enfant, est-elle responsable de son incommensurable perversion ou n'est-elle que le symptôme du Mal absolu qui habite son beau-père et sa mère et la société sur laquelle ils règnent en maîtres? La blancheur de Salomé se retrouve encore au final lorsqu'elle déverse sur le couvercle de la fosse de Jochaanan des flots de lait, liquide de vie lustral. Castellucci nous introduit dans un monde mythique aux archétypes puissants et son analyse rend un puissant hommage tant au livret d'Oscar Wilde qu'à la musique de Richard Strauss.

Inversion des valeurs encore lors de la scène de la danse des voiles : Salomé ne danse pas pas mais est pétrifiée comme une statue foetale posée sur un socle. Un énorme bloc de pierre suspendu à un filin descend vers la jeune fille statufiée et devrait venir la broyer, un sort auquel elle échappe cependant, provisoirement.

Dans la fosse qui sert de prison à Jochanaan un cheval tourne sur lui-même. Une tête de cheval et des corps aux cous tranchés sont traînés sur la scène dans de grands sacs en plastique ensanglantés. Le corps sans tête de Jochanaan sera installé sur une chaise par la jeune fille qui le couronnera de son diadème, et qui ensuite y placera la tête décapitée du cheval, hallucinante image d'un centaure inversé et d'une adolescente dompteuse du manège de la mort.

L'esthétique castellucienne ne participe pas de l'érotisme décadent du texte de Wilde mais me semble davantage faire office de miroir terrifiant à l'état de notre monde, et son image finale, apocalyptique ,d'une immense baudruche noire qui vient tout engloutir et ensevelit la scène dans ses ténèbres rappellent le message dévastateur de l'introduction : ces pierres parlent de toi, public, et du monde que tu contribues à constituer. Rarement mise en scène a-t-elle été aussi radicale.

Rarement aussi un orchestre a-t-il rendu le génie de la partition straussienne avec une telle magie. C'est aussi qu'un magicien, Franz Welser-Möst, préside à l'interprétation du prodigieux Wiener Philarmoniker dont les interprètes sont autant de solistes accomplis. Le maestro souligne pleinement tout ce que la musique de Strauss a de révolutionnaire : les jeux de superposition musicale, les stratifications d'harmonie, la richesse des dissonances, tout est rendu avec un raffinement coloré d'enthousiasme par un maestro qui a parfaitement compris combien les voix sont des instruments qui doivent participer de l'ensemble musical et qui accorde tous ses soins tant à l'orchestre qu'aux chanteurs. La complicité osmotique avec Asmik Gregorian se donnera à voir dans le long embrassement final de l'interprète de Salomé et du chef. La chanteuse enchante le Festival de Salzbourg pour le troisième été consécutif. Elle y a fait ses débuts en Marie (Wozzeck) en 2017 et y a triomphé l'an dernier en Salomé avec un talent vocal d'une expressivité qui n'a d'égale qu'un incomparable présence scénique. Elle incarne avec fougue le cheminement complexe, du lyrisme à la fureur, d'une adolescente pervertie sans repères aucuns. Quelle projection (vocale et cinématographique), quelle résistance et quelle puissance ! A cette blancheur perfide répond la noirceur solennelle et ténébreuse de Gábor Bretz, une basse hongroise dotée d'un beau timbre ambré au phrasé bien conduit. John Daszak projette de manière impressionnante son ténor dont le métal est suffisamment aiguisé pour rendre le caractère tranchant et malotru d'Hérode, auquel tente de résister l'énergique Erodiade d'Anna Maria Chiuri. Le ténor allemand Julian Prégardien apporte sa voix mozartienne, son timbre lumineux et sa diction parfaite à Narraboth, amant éperdu et éconduit.

On ne change pas une équipe gagnante, ces chanteurs avaient déjà triomphé l'an dernier  et un immense succès était au rendez-vous pour cette reprise. Le metteur en scène était présent hier soir aux applaudissements pour la première de cette saison et a lui aussi reçu  une immense ovation. 

samedi 24 août 2019

Münchner Quizz munichois. 3 Fotos . Was bin ich ? Wo bin ich ? Que suis-je ? Où suis-je ?




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Il y a 150 ans les Voyageurs de l'Or du Rhin assistaient à la générale du Rheingold à Munich (6)

Il y a exactement 150 ans, 
en août 1869, à Munich

Le 25 août. Jour anniversaire du roi Louis II de Bavière (24 ans) et de Judith Gautier (24 ans). La première du Rheingold était initialement prévue pour ce jour-là, mais avait dû être retardée en raison des travaux d'aménagement de la fosse d'orchestre et de la scène. On avait alors donné Jessonda pour célébrer la fête du roi.

Le 27 août eut lieu la répétition générale du Rheingold en présence du roi et de 500 invités. Une réussite musicale avec Hans Richter au pupitre et d'excellents chanteurs mais une mise en scène catastrophique dont Judith Gautier, Catulle Mendès, Edouard Schuré, Villiers de l'Isle-Adam, Augusta Holmès et d'autres ont rendu compte dans des articles de journaux français que nous avons reproduits dans notre livre Les Voyageurs de l'Or du Rhin (voir ci-dessous) que je vous invite à découvrir (... si ce n'est déjà fait).

La première du Rheingold aurait dû avoir lieu le 29 août comme en témoigne l'affiche ci-dessous, mais le scandale de la première avait conduit à la démission de Hans Richter (voir la lettre dans laquelle il justifie sa démission reproduite elle aussi dans notre recueil) et de plusieurs chanteurs, à l'arrivée en catastrophe de Wagner à Munich et à ses démarches vaines auprès du roi.

Le roi Louis II voulait son Rheingold, il fallut lui trouver un remplaçant et changer la distribution. La première fut retardée au 22 septembre, en l'absence des journalistes français bien entendu déjà rentrés chez eux.

Cliquer sur les photos pour les agrandir