dimanche 8 avril 2018

La définition de la perle de Salvador Dali: un dialogue surréaliste entre Wagner et Louis II de Bavière

La perle, selon l'Infante Margarita de Velázquez, 1981
J'ai découvert au hasard de mes recherches  un texte intitulé "Défintion de la perle", attribué à Salvador Dali. 

Peut-être ce texte qui rapporte un dialogue fantasmé entre Richard Wagner et Louis II de Bavière a-t-il quelque chose à voir avec le ballet Bacchanale de Leonid Massine et Salvador Dali (déjà évoqué dans un post précédent) et qui met en scène un délire de Louis II sur la musique du Venusberg du Tannhäuser de Richard Wagner. 

Mais rien n'est moins  sûr, et je serais reconnaissant de recevoir d'avantage de précision sur l'origine de ce texte, si un lecteur ou une lectrice en disposent. 

J'ai par ailleurs librement associé ce texte avec le tableau de Salvador Dali de 1981 intitulé La perle L’Infante Margarita d’Autriche d’après «Les Ménines» de Vélasquez. La toile a ceci de commun avec notre texte qu'une perle remplace la tête de l'Infante, de même que le texte établit un parallèle entre la perle et un crâne.

Je cite ce texte avec les précautions d'usage en cas d'incertitude: découvert en version allemande, il s'agit probablement la traduction d'un texte de la main de Dali. J'en ai tenté une traduction libre en français. A noter par ailleurs qu'il y a plus de 40 années entre le ballet (1939) et la toile (1981) et que nous ne pouvons dater le texte.

Reste à en apprécier l'originalité toute dalienne!

DE:
"DIALOG ZWISCHEN WAGNER UND LUDWIG II. VON BAYERN
(DEFINITION DER PERLE)

Wagner (sitzt. Er hält eine Perle zwischen den Fingerspitzen. Ludwig II. kniet vor ihm und sieht ihm entgeistert zu): ....Hast du doch, Perle, jene leicht verbeulte Form, die auch die Schädel haben. Wie sie trägst du die schauerlich unregelmäßigen Spuren knetender Finger.

Ludwig II . (als ob er sich mühevoll erinnerte): Und auch . . . auch . . . Irgendwie lächeln Perlen grauenhaft.

Wagner (mit dem schneidigen Bekehrungseifer eines Strebers): Jawohl! Denn ausgerechnet auf diesem kleinen Schädel, auf diesem Kugelköpfchen  der Perle schimmert unwiderstehlich das lähmendste Lächeln, das glänzende Lächeln, das Schillern! das gespenstische Spektrum!

Ludwig II. (kommt schmachtend, mit weit aufgerissenen Augen näher, von der Perle hypnotisiert): Ich sehe es, dieses Lächeln! Ich sehe sie, die große, die gebieterische Angst meiner Kindheit, als obskure Dichter eine Reihe von Perlen obskur mit dem blendenden Glanz der Zähne verglichen, dieser Beschwörung des spektralen Gespenstes!

Wagner (triumphierend, genialisch, momentan etwas heiser): Jawohl! Denn die Perle ist nichts anderes als das Schädelspektrum, das Schädelgespenst, das nach Abschluß der aphrodisischen, wimmelnden Verwesung  rund und glatt und kahl übrigbleibt wie der Rückstand und die Konkretion dieser ganzen sumpfigen, nahrhaften, prachtvollen, klebrigen, finsteren und grünlichen TODESAUSTER.

Ludwig II. (verbirgt sein errötetes Antlitz in den Händen, mit dumpfer, selbstmordschwangerer Stimme): Ja ... Ja! ... dann wäre das Geräusch einer Auster, die geöffnet wird, genau da Gerausch des Sarges, den ein Nekrophiler mit seinem verkrampften Pfahl, mit dem wissenden Ungeschick des Verlangens, mit . . . usw. . . . usw."

"FR:
DIALOGUE ENTRE WAGNER ET LOUIS II DE BAVIERE
(DÉFINITION DE LA PERLE)

Wagner (assis, il tient une perle du bout des doigts; Louis II est agenouillé devant lui et le regarde d'un air ébahi): .... Tu as, perle, la même forme légèrement cabossée qu'un crâne. Comme lui tu portes les  sinistres traces  irrégulières des doigts pétrisseurs.

Louis II (comme s'il se souvenait de quelque chose  avec difficulté): Et aussi. , , aussi , , D'une certaine manière, les perles font d'horribles grimaces

Wagner (avec le zèle prosélyte d'un fayot): Oui! Car c'est sur ce petit crâne, sur le petit globe sphérique de la perle que le sourire le plus paralysant, le sourire brillant, l'irisation, le spectre fantasmagorique viennent miroiter irrésistiblement!

Louis II (venant, languissant, les yeux écarquillés, hypnotisé par la perle): Je le vois, ce sourire! Je la vois, la grande, l'impérieuse peur de mon enfance, comme poètesse obscure d'une série de perles  obscurément comparée avec l'éclat éblouissant des dents, cette évocation du fantôme spectral!

Wagner (triomphant, génial, momentanément un peu rauque): Oui! Parce que la perle n'est rien, d'autre que le spectre, le fantôme du crâne qui, après la fin de la décomposition aphrodisiaque et grouillante, reste lisse et nue comme le résidu et la concrétion de cette HUÎTRE DE MORT toute marécageuse, nutritive, magnifique, gluante, sombre et verdâtre.

Ludwig II (cachant la rougeur de  son visage dans ses mains, d'une voix sourde et suicidaire): Oui ... Oui! ... ce serait alors le son d'une huître que l'on ouvre, exactement le bruit du cercueil, qu'un nécrophile avec son pieu contracté par la gaucherie bien connue du désir, etc.... "

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