samedi 31 mars 2018

Le Roi Othon, un poème anti-allemand de Raoul Ponchon (1916)

Coupure de presse
Le journal, 16.11.1916

Gazette Rimée 

LE ROI OTHON

Y pensiez-vous à cet Othon
Qui fut roi de Bavière? 
Eh bien, il est mort, nous dit-on, 
La semaine dernière.

Il était d'ailleurs idiot,
Au printemps de son âge,
Il avait eu le ciboulot
Pris dans un engrenage.

Et jusqu'à sa mort en effet
Il vécut sans connaître
Du monde, que ce qu'il pouvait
Voir de sa fenêtre.

Sous l'oeil aigu de ses valets
Commis à sa démence,
Il végéta dans son palais
Sans nulle conscience.

Et son passe-temps favori
- Sa folie était douce -
Etait d'admirer son nombril,
De se têter le pouce;

Ou bien d'autres fois accroupi,
Cette pauvre ganache
Broutait les fleurs de son tapis
Se croyant une vache...

******
Donc ce monarque douloureux,
Séquestré dans son "home"
Etait beaucoup moins dangereux 
Que son cousin Guillaume.

On eût pu le laisser sortir
Et battre ailleurs sa flemme
Qu'on en aurait pas vu pâtir
Un autre que lui-même.

Tandis que ce fou furieux
De kaiser, la crapule!
Poursuit son rêve monstrueux
Et librement circule!

Lui qui sans pitié ni merci
Outrage la nature,
Qui fit verser jusques ici
Aux champs de la Culture,

Et çà, dans moins de trois printemps,
Plus de sang, ô misère!
Que ses peuples, en cinquante ans,
N'ont absorbé de bière;

Qu'il fallait enfermer d'abord,
Comme une malebête,
Il ne le sera qu'à sa mort!
Hélas! Trop tard, la fête!

Raoul Ponchon

Commentaire

Le Roi Othon Ier de Bavière meurt le 5 novembre 1916. La première guerre mondiale fait alors rage. La presse française fait alors preuve de patriotisme en s'acharnant contre l'ennemi allemand, entre autres contre le Kaiser Guillaume. Le roi dément Othon Ier de Bavière fait les frais des sentiments anti-allemands comme dans ce poème écrit par Raoul Ponchon, que publie le quotidien Le journal du 16 octobre 1916. A l'occasion de sa mort, le poète humoriste fait  du roi Othon la victime collatérale de sa vindicte contre Guillaume II.

A noter que Raoul Ponchon est l'auteur d'un quatrain humoristique célèbre:

Quand mon verre est vide,
Je le plains.
Quand mon verre est plein
Je le vide.

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