samedi 25 mars 2017

Juxtapositions poético-photographiques: le lézard du Laintal et les poètes de France et de Belgique



Le Lézard
Robert Desnos (1900-1945)
in  "Chantefables"

Lézard des rochers,
Lézard des murailles,
Lézard des semailles,
Lézard des clochers.

Tu tires la langue,
Tu clignes des yeux,
Tu remues la queue,
Tu roules, tu tangues.

Lézard bleu diamant
Violet reine-claude,
Et vert d’émeraude,
Lézard d’agrément !




Le lézard
Jacques Prévert (1900-1977)

Le lézard de l'amour
S'est enfui encore une fois
Et m'a laissé sa queue entre les doigts
C'est bien fait
J'avais voulu le garder pour moi.




Le lézard
Maurice Carême (1899-1978)
in "Pigeon vole"

Le lézard a dit : "Oui,
Je voudrais être abeille."
Mais il a trop dormi
Dans les bras du soleil.

Il a pris peu à peu
La couleur de la pierre,
Lui qui était de feu,
De menthe et de lumière,

Lui qui glissait léger
Comme un fil de clarté,
Le voilà plus obscur
Que la fente du mur.

Le lézard a dit : "Oui,
Je voulais être abeille."
Mais il s'est endormi
Dans les bras du soleil.





Le lézard
Auguste Brizeux  (1806-1858)

À Berthel.

Avec une jeune veuve,
Tendre encor, j’en ai la preuve,
Parlant breton et français :
En causant de mille choses,
Par la bruyère aux fleurs roses,
Tout en causant je passais.

C’etait en juin, la chaleur était grande:
Sur le sentier qui partage la lande,
Au beau soleil se chauffait un lézard ;
Et dans ses tours, ses détours, le folâtre
Faisait briller son dos lisse et verdâtre
Et secouait la fourche de son dard.

Mais hélas ! à notre approche,
Le petit fou vers sa roche
Fuit, et pour le rappeler,
Pour rappeler ce farouche,
Sur un air des bois ma bouche
Longtemps s’épuise à siffler.

Ô mes amis, ne plaignez pas ma peine !
Car sur mon bras cette amoureuse Hélène
Tenait posé son bras flexible et rond ;
Et par instants une mèche égarée,
De ses cheveux une mèche cendrée
Avec douceur venait toucher mon front.

Certe, à lézard et vipère
Tout siffleur vendrait, j’espère,
À ce prix-là ses chansons,
Sans trouver l’heure trop lente,
Ni la chaleur trop brûlante,
Ni trop maigres les buissons.

Donc croyez-moi, dans cette heureuse pose,
Sous le soleil et jusqu’à la nuit close
J’aurais sifflé fort gaiement ; mais voilà,
Mes bons amis, voilà que le vicaire,
Vêtu de noir et disant son rosaire,
Pour mon malheur vient à passer par là :

« Cœurs damnés ! musique infâme !
« Holà ! holà ! jeune femme,
« Si vous craignez par hasard
« Le purgatoire où l’on grille,
« Quittez ce siffleur de fille,
« Ce beau siffleur de lézard ! 




Frédéric Mistral (1830-1914)
Inscription pour le cadran solaire de sa maison de Maillane

Gai lézard, bois ton soleil!
L'heure ne passe que trop vite, 
Et demain il pleuvra peut-être.


Charles Marie René Leconte de Lisle 
in Poèmes barbares (1862), La Ravine Saint-Gilles

A la pente du roc que la flamme pénètre, 
Le lézard souple et long s'enivre de sommeil, 
Et, par instants, saisi d'un frisson de bien-être, 
Il agite son dos d'émeraude au soleil.


Crédit photographique: Luc Roger
Lieu des prises de vue: Mittenwald, Laintal, 25 mars 2017

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