vendredi 17 février 2017

Le paradis perdu de Cabanel, une commande du Roi Maximilien II de Bavière


Alexandre Cabanel (1824-1889) est présent à l'Exposition Universelle de 1867 avec l'immense Paradis perdu de 11 mètres de hauteur, commandé pour le Maximilianeum de Munich par Maximilien II de Bavière. Le roi Louis II de Bavière, qui visita l'Exposition Universelle en compagnie de son grand-père le roi Louis Ier, dut sans doute l'y admirer. Ce tableau, peut-être le plus ambitieux de l'artiste, fut détruit pendant la seconde guerre mondiale dans les bombardements de 1945. Il subsiste malgré tout grâce aux nombreuses esquisses dessinées, études peintes, réductions, conservées dans diverses collections privées et publiques, telles celles du musée Fabre à Montpellier, qui a acquis une étude préparatoire pour le personnage d'Adam.

Le Paradis perdu est inspiré de l'oeuvre éponyme de Milton. Pour la figure de Dieu,  Cabanel se serait inspiré de ses propres traits,

Etude préparatoire pour Adam (Musée Fabre)
La critique de l'époque ne fut pas tendre avec l'artiste. Ainsi le critique Théodore Duret écrivait:  Il y a dans ce tableau toutes les qualités nécessaires pour en faire la suprême expression de l’art bourgeois. Mais la trace de la vision poétique et de l’imagination y manque absolument….

Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, publié à Paris de 1866 à 1877) a consacré une longue entrée au tableau de Cabanel, elle aussi très critique:

Paradis perdu (LE), tableau de Cabanel; au palais royal de Munich. Eve, étendue au pied d'un grand arbre, se cache le visage avec la main gauche et, de la droite, prend le bras d'Adam, qui est assis sur un rocher, le coude appuyé sur l'arbre, la tête baissée et empreinte d'une sombre inquiétude. Les deux époux ont vu qu'ils étaient nus, car le péché est accompli Ils se sont revêtus d'une ceinture de feuillage. Les coupables écoutent la sentence que prononce contre eux le Père éternel. Celui-ci est assis sur les nuées, soutenu par trois anges, dont l'un est sous ses pieds, le second à sa droite, tenant un glaive de feu et le troisième à sa gauche, écartant le feuillage de l'arbre sous lequel Adam et Eve sont placés. Au milieu des plantes en fleur qui entourent ces derniers, à la gauche du tableau, on aperçoit le serpent fatal et Lucifer, roux comme un satyre, dont les prunelles enflammées lancent des éclairs sinistres.
     Ce tableau, commandé par le roi de Bavière, a figuré à l'Exposition universelle de 1867. C'est une des œuvres capitales de l'auteur mais, à côté de qualités incontestables de modelé et de coloris on y trouve des défauts graves. « C'est de Michel-Ange, dit M. Chaumelin (l'Art contemporain), que M. Cabanel a cherché à se ressouvenir en peignant le Paradis perctu. Malheureusement, il ne suffit pas de dessiner des figures colossales, ayant de gros muscles et'de vastes draperies, pour rappeler les pages grandioses de la Sixtine. L'Eve de M. Cabanel a des chairs flasques et blafardes; Adam est boursouflé et a l'air maussade; la pose compassée et ennuyée d'un modèle d'atelier; Lucifer est grimé comme un traître de mélodrame; le Père éternel, avec son torse. nu, ses jambes entortillées dans une lourde draperie violette, son nimbe jaune d'œuf et son geste vulgaire, a un aspect par trop monunumental; les trois anges qui le soutiennent ne semblent pas suffisamment pénétrés de la gravité de leur rôle. Ajoutez à cela un paysage extrêmement travaillé, tout encombré de coquelicots, de pâquerettes, de volubilis et autres fleurettes qui veulent être naïves et ressemblent aux enluminures d'un papier peint.

Etude préliminaire en possession du Musée Van Gogh à Amsterdam qui l'acheta en  1994
dans une vente Sotheby à New York. 


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