samedi 21 janvier 2017

Une distribution de rêve pour la reprise du Don Carlo de Verdi au Bayerische Staatsoper

Yonghoon Lee (Don Carlo), Christian Gerhaher (Marquis de Posa)
Photo Wilfried Hösl

Jugez du peu! Christian Gerhaher s'avance en territoire verdien en Marquis de Posa, un rôle auquel il s'était déjà essayé avec grand succès au Capitole de Toulouse, Tamara Wilson fait sa glorieuse entrée sur la scène munichoise en Elisabeth de Valois,  Yonghoon Lee avec son ténor au métal éclatant, a la voix idéale pour le rôle-titre, le jeu très intériorisé et les noirceurs de la basse Ildar Abdrakazoz jettent de nouvelles lumières (ou de nouvelles ombres) sur le personnage du Roi, Peter Lobert donne un Moine formidable, Günther Groissböck terrifie en Grand Inquisiteur aveugle et Nadia Krastewva donne une interprétation nuancée et complexe de la Princesse Eboli. Ces Géants de l'Opéra sont soutenus par la direction magique du Maestro Carignani, à la fête dans le répertoire verdien et qui mène l'extraordinaire Orchestre d'Etat de Bavière au faîte de ses performances. Tout cela dans une des meilleurs mises en scène du répertoire du Bayerische Staatsoper, celle que donna Jürgen Rose, dans son oeuvre totale de metteur en scène, décorateur et éclairagiste, en ouverture du Festival d'été de l'an 2000.

Christian Gerhaher, maître incontesté du Lied schubertien ou mahlérien, un chanteur exigeant qui aime à relever les défis musicaux les plus audacieux, fait de trop rares apparitions à l'opéra au goût du public et des directions d'opéra. Munich se souvient encore de son incomparable Orfeo (en 2014, dans la mise en scène de David Bösch) et se réjouit déjà de son retour en mai 2017 en Wolfram von Eschenbach, un des plus beaux rôles de son répertoire, puis de la soirée de Lieder qu'il donnera pendant le Festival munichois d'opéra en juillet prochain. La perfection de son interprétation du Marquis, tant sur le plan scénique que vocal, ne peut qu'être le résultat d'un travail de préparation rigoureux et de longue haleine. Christian Gerhaher est l'anti-diva par excellence: le jeu théâtral est magnifique parce qu'il est réservé, parce que ce grand artiste s'efface pour donner corps aux indécisions du Marquis de Posa, toujours avec naturel; le chant est sans effets égoïques inutiles, la diction impeccable, la projection parfaitement maîtrisée, un baryton aux couleurs élégantes et sensibles qui peut monter à la fulminance du ténor. Comme toujours avec Gerhaher, c'est l'humanité du personnage qui est détaillée.  Sans doute, la preuve étant faite par son incomparable performance verdienne, nombre de directeurs des plus grandes maisons rêveront-ils de le convaincre à des prises de rôles dans d'autres opéras du cygne de Bussetto. 

Le jeu et la voix de Christian Gerhaher se trouvent à l'exacte médiane de la basse ténébreuse aux noirceurs adamantines  d'Ildar Abdrazakov  et du ténor aux hauteurs viriles de Yonghoon Lee. Le Marquis de Posa tente de concilier l'eau et le feu d'un conflit oedipien, essaye de tempérer la morgue royale  et empêche un parricide, veut à la fois honorer la couronne et soulager les Flandres misérables d'un joug inhumain. Yonghoon Lee témoigne d'une puissance et d'une grande étendue vocale dans l'aigu avec de belles descentes vers le grave, le timbre séduit par son métal lumineux; son jeu scénique à la richesse émotionnelle contrastée le mène de la mélancolie et du désespoir aux paroxysmes hystériques d'un personnage de plus en plus torturé et brisé. Puissant au-dessus des puissants, Günther Groissböck, qui excelle dans les rôles excessifs (il reste à Munich pour Ochs von Lerchenau, dans le Rosenkavalier de février) prête sa basse formidable au Grand Inquisiteur qu'il campe en personnage haineux et impitoyable. Aux applaudissements, Groissböck arbore un énorme sourire entendu et complice avec le public qui lui réserve une immense ovation. Peter Lorbert enfin donne un moine imposant avec sa basse puissante et profonde qui mériterait sans doute qu'on lui offre la chance d'un premier rôle.

Tamara Wilson (photo Stacy Dershem)
Tamara Wilson, une jeune soprano américaine verdienne qui fait de plus en plus parler d'elle fait sa grande entrée sur la scène munichoise dans le rôle d'Elisabeth de Valois, un rôle qu'elle chante depuis la saison 2012-2013, où elle l'a interprété à Houston, et qu'elle a ensuite donné en Allemagne à l'Opéra de Francfort, où elle a joui d'une presse excellente. Cette chanteuse dramatique à la beauté altière et rubénienne frappe par son jeu passionné et entier porté par une voix puissante aux vocalises précises, qui cherche encore son chemin dans l'aigu. Son "Tu che la vanità" remporte un énorme succès. La mezzo Nadia Krasteva donne une forte présence au personnage de la Princesse Eboli, un rôle  qui demande une grande flexibilité parce qu'il exige à la fois de la légèreté et de la gaieté pour la chanson du voile et de la fureur vengeresse pour le "O Don fatale". Krasteva excelle dans les deux registres en égrenant des cascades de notes perlées dans la première et en donnant force et résonance à la seconde.

L'intelligence de la mise en scène, le charisme du Maestro Carignani, la beauté des choeurs et l'excellence des chanteurs et des chanteuses, la découverte de Christian Gerhaher dans un rôle verdien et celle de Tamara Wilson dans sa première munichoise, tout a concouru pour faire de cette reprise de Don Carlo un des grands événements de la saison munichoise.




1 commentaire:

  1. tamara wilson a des aigus magnifiques, qu elle maitrise à la perfection, avec des pianissimi que peu de soprano savent faire. quant à sa beauté altière, elle est grosse et peu crédible au côté d un carlos si mince, et c est bien dommage d ailleurs, car elle aurait sa place sur les plus grandes scènes.
    j ai cru comprendre que vous n aimiez pas parler avec les gens qui ne sont pas du même avis que vous, parce que c est "subjectif"; mais à quoi servent donc les conversations, les débats? connaissez vous une émission sur france musique (qui n existe plus malheureusement) qui s appelle un pavé dans la mare? c est justement la rencontre et le débat de critiques et de musiciens qui n ont pas les même avis "subjectifs", c est à dire qu ils acceptent de confronter ce qu ils pensent avec ouverture et bienveillance, sans être ni snobs, ni sectaires, et qui pourtant sont de grands musiciens ou de grands journalistes. alors, pourquoi pas vous??? complexe de supériorité?
    j aimerais bien savoir d où vous vient cette assurance aussi péremptoire par rapport à l opéra, aux chanteurs etc. vous n êtes pas musiciens, vous n êtes pas musicologue, vous n êtes qu un simple mélomane; qui en revanche écrit très bien, mais dans un style copié collé d'un olivier merlin. rien de bien original donc. alors un peu d humilité vous serait très profitable. et surtout, piano piano avec vos critiques-envolées-lyrico-pompeuses-et sans argumentations! encore que, cela m amuse (presque) toujours de les lire. bien à vous, A.A. sorry pour les fautes d orthographe.

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