vendredi 6 janvier 2017

La Baronne de Truchseß, une fidèle amie du Roi Louis II (2)

Baronne Esperanza de Truchseß-Wetzhausen(?)*
Le journal parisien Le Gaulois (de tendance conservatrice et légitimiste, lu surtout par la noblesse et la haute bourgeoisie) a publié le 3 mars 1914 un article rédigé par la Comtesse de Ponchalon de Vichy qui rend compte de la vie de la Baronne Esperanza de Truchseß-Wetzhausen. Si le portrait n'évoque pas l'amitié dévouée que la Baronne portait au Roi Louis II de Bavière, il nous permet de mieux approcher la personnalité généreuse de "Spera", la dernière dame proche de Louis II à l'avoir approché.

Nous le reproduisons ci-dessous:

"Nous avons annoncé la mort de la baronne de Truchsess-Wetzhausen. Nous sommes priés de publier cet intéressant article:

Sainte mémoire

     A 1'heure où la baronne de Truchsess-Wetzhausen, née da Sarachaga y Lebanoff de Rostoff, vient de terminer à Cannes, à l'âge de soixante-quatorze ans, et entourée des principaux membre de sa famille, une vie dont toutes les circonstances furent empreintes de grâce exquise et de rare bonté, nous venons rendre hommage à sa chère mémoire en esquissant à grands traits son caractère modèle.
     De naissance illustre son noble père, don Jorge de Sarachaga, possesseur de l'important majorât de Bilbao, était un descendant des héros qui défendirent l'Espagne contre les invasions des Maures, et sa digne mère, princesse Catherine Lobanoff de Rostoff, appartenait à la famille de Rurik, premier fondateur de l'empire russe elle devînt orpheline à l'âge de ,huit ans et, dès lors, voua aux grands parents Lobanoff de Rostoff, comme aux oncles et aux tantes qui protégèrent son enfance et celle de son jeune frère, don Alexis de Sarachaga, cette tendre reconnaissance manifestée toujours par des expressions respectueuses et touchantes, retrouvées jusque dans les mémoires écrits par elle à la fin de sa vie.
    Sa première éducation, faite à Paris, près de sa tante la princesse Nadine Lobanoff de Rostoff, sœur de sa mère, et sous la haute maîtrise de leur grand'tante la princesse Narischkine (née Lobanoff de Rostoff), amie de Mme Swetchine, du Père Lacordaire et de tout ce que Paris comptait alors d'illustrations littéraires, lui donna cette élégance de notre langue française dont elle devait porter bientôt le charme aux palais impériaux de Péterhof et de Saint-Pétersbourg, et, plus tard, au palais royal de Munich.
   Amenée, à dix-sept ans, à la Cour de Russie, par la grande maîtressse sa tante, la comtesse Koucheleff, elle gagna vite, mais sans jamais s'en prévaloir, la faveur de Leurs Majestés l'Empereur et l'Impératrice, comme de tous les augustes membres de la famille impériale. Pas de fête à Péterhof ou au palais de Saint-Pétersbourg où Mlle Speranza de Sarachaga ne fût invitée.
     En 1862, mariée au baron de Truchsess-Wetzhausen, ministre de Bavière, elle remplit avec toute la grâce qui faisait le charme de sa personne sa charge de dame du palais; puis, quand un cruel veuvage vint prématurément changer le cours de son existence, à l'exemple de sa grand'tante Koucheleff, la baronne de Truchsess s'enferma dans un deuil profond et consacra son immense fortune au soulagement des misères humaines.

Le Baron Alexis de Sarachaga,
frère de la baronne
     Une maison de vieillards et un asile d'enfants, fondés par elle et tenus par des religieuses, avaient ses meilleures sympathies. Elle s'y était réservé un appartement et se plaisait à demeurer au milieu de ses protégés. Mais, au-dessus de toutes ses oeuvres personnelles, le Hiéron Eucharistique, fondé à Paray-le-Monial par son illustre frère, le baron Alexis de Sarachaga y Lobanoff de Rostoff, eut toujours sa plus fervente admiration. Ayant accepté, lors du Congrès impérial eucharistique de Vienne, la présidence d'honneur de la Société féminine ralliée à la Société internationale des fastes eucharistiques, elle assista, au Hiéron, l'année suivante 1913, aux conférences données par son frère bien-aimé, le baron de Sarachaga; or, ces conférences annonçaient le retour en France du culte chevaleresque du Saint-Graal par les œuvres sublimes de Wagner Lohengrin et Parsifal, dont elle avait, depuis, plus de vingt ans, à Bayreuth, .avec le roi Louis II et les Cours étrangères, applaudi et encouragé les premières auditions!  L'entrevue de cette apothéose lyrique du Saint-Graal, en France, fut pour elle l'événement suprême.
     Réfugiée à Cannes pendant les grands froids du mois de janvier, elle sentit tout à coup ses forces l'abandonner. Elle demanda et reçut avec ferveur les derniers sacrements. Elle fit ses adieux à sa famille et s'endormit pour l'éternité dans un sourire d'extase aux gloires eucharistiques qu'elle avait entrevues.

Comtesse de PONCHALON DE VICHY."

*Photo trouvée sur internet avec mention "Esperanza Sarachaga", mais sans confirmation d'attribution. Toute photo ou portrait de la Baronne est bienvenu!

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