mardi 8 novembre 2016

Opéra de Munich: le trio Carignani-Schrott-Stundyte fait un tabac la mise en scène de Roland Schwab

Erwin Schrott lors des répétitionss

Le Bayerische Staatsoper propose dans son programme d'automne la reprise du Mefistofele d'Arigo Boito dans l'impressionnante  mise en scène de Roland Schwab, qui avait connu sa première en octobre 2015 et que nous avions en son temps commentée (voir l'article). L'Opéra de Munich a fait coïncider cette reprise avec la sortie d'un DVD-Bluy ray  qui permet d'apprécier tant la mise en scène de Roland Schwab que les qualités des interprètes de la première, le Faust de René Pape, la Margherita de Kristine Opolais, et l'excellente direction musicale d'Omer Meier Wellber.

Pourtant, grâce à la direction musicale de Paolo Carignani et au changement de deux interprètes, Erwin Schrott en Mephistophele et Ausrin Stundyte en Margherita, c'est à bien davantage qu'une simple reprise qu'on assiste en ce mois de novembre au Théâtre national de Munich. Si techniquement la mise en scène reste la même, l'interprétation de la musique et du chant et l'apport théâtral de ces deux nouveaux interprètes, l'un et l'autre magnifiques, offrent de nouvelles perspectives au travail de Roland  Schwab.

Musicien accompli, spécialiste de l'opéra italien, Paolo Carignani, qui est également pianiste et organiste, stimule l'excellent Orchestre d'Etat de Bavière par une direction tout à la fois précise et électrisante, qui ne relâche jamais son attention et fait preuve d'endurance. Paolo Carignani a plusieurs fois confié sa passion pour le sport, la natation et le mountain bike, et c' est avec une élégance sportive, celle des sportifs de haut niveau qui sont totalement concentrés sur leur activité, qu'il s'immerge dans la musique de Boito, son amour pour la nature et l'activité physique nourrissant tant son inspiration que sa spontanéité dans l'interprétation: Ce verdien attache une grande importance à l'expressivité tout en dégageant des lignes musicales très claires et souligne admirablement bien les effets dramatiques de la partition en étant attentif à ceux de la scène, comme au moment de l'extraordinaire Nuit de Walpurgis, dont il aborde l'éclat avec une finesse instrumentale confondante. 

Le baryton-basse Erwin Schrott avait déjà remporté un énorme succès avec son Mefistofele à Baden-Baden lors du Festival de Pentecôte 2016. Il se glisse à nouveau dans la peau du démon en utilisant les beautés félines de son corps mince et musclé. La beauté de son physique et son jeu d'une grande souplesse, qui n'a d'égale que sa mobilité, conviennent fort bien au caractère truandesque, filou et goguenard, cynique et tortueux de Mefistofele. C'est aussi le cas de sa voix chaude, sensuelle et profonde, capable de basses ténébreuses, qui exprime les détours malicieux du grand marionnettiste manipulateur et collectionneur d'âmes en peine. Erwin Schrott est doté d'une voix à la puissance phénoménale, qui parvient à dominer l'orchestre aux moments les plus intenses. Ses sifflements sont eux aussi des morceaux d'anthologie. Schrott, toujours à l'eau et au moulin, se met totalement au diapason de cette mise en scène extrêmement animée qu'il intensifie encore par un sens poussé de l'effet théâtral. Un grand chanteur doublé d'un grand acteur, sans doute un des meilleurs interprètes du rôle.

Tout en contraste avec Erwin Schrott, Joseph Calleja semble n'accorder que peu d'importance au jeu théâtral et se positionne le plus souvent comme un chanteur de bel canto se livrant aux joies du récital. Il campe solidement sa haute stature en avant-scène et ne semble se déplacer que contraint et forcé. Mais dès qu'il ouvre la bouche pour chanter, il emplit aussitôt la salle d'une immense présence vocale et séduit un public subjugué par les couloirs enchantés de sa voix lumineuse etsolaire, et par un timbre et un vibrato qui suffiraient à damner une nonne et qui font frissonner les échines des spectateurs. Le bémol c'est que face à des acteurs de la qualité d'Ausrine Stundyte et d'Erwin Schrott, l'un et l'autre splendides tant dans le jeu que dans l'interprétation vocale, l'absence d'intérêt scénique de Joseph Calleja fait fâcheusement hiatus.

Ausrine Stundyte
Ausrine Stundyte précisément, la chanteuse balte fait ici des débuts très remarqués dans le rôle de Margarita. On la retrouvera à Munich en février en Renata dans l'Ange de feu qu'elle chantera aux côtés d'Evgeny Nikitin, son interprétation de ce dernier rôle l'ayant déjà propulsée au rang des meilleurs interprètes du rôle et placée au firmament des jeunes sopranos. Sa Margarita est jouée par une Ausrine Stundyte tendue comme une corde, ou plutôt comme un nerf, une interprétation déchirée et déchirante, aux limites extrêmes de la souffrance humaine, une voix de soprano dramatique avec un timbre unique, des raucités expressive. Si parfois on ne saisit pas le texte, ce n'est pas dû à un défaut de projection, c'est que la chanteuse traduit le sens par l'émotion, portée à son plus haut degré d'expression, et le chant de Margherita devient une plainte  et un repentir torturés qui lui vaudront la main tendue du salut et l'ouverture des portes du ciel. Ici encore, alors que Ausrine Stundyte nous fait parfaitement ressentir pourquoi Margherita accède  au salut, on comprend moins celui de Faust, et la faute en est à son l'interprète pour les raisons déjà évoquées. 

On sort de la soirée avec le sentiment délicieux d'avoir assisté non à une reprise mais à une nouvelle première de la mise en scène de Roland Schwab, tant l'apport combiné de la direction d'orchestre de Paolo Carignani et des interprétations d'Ausrine Stundyte et d'Erwin Schrott ont intensifié encore l'éclat d'une mise en scène aussi intelligente que spectaculaire.


Prochaine et dernière représentation de la saison le 10 novembre 2016. 

A noter que le hasard des calendriers fait bien les choses, puique la chaîne Arte diffuse le Mefistofele de Baden-Baden le 20 novembre 2016 à 23H15 en Allemagne et 23H45 en France. L'occasion d'entendre ou de réentendre Erwin Schrott dans le rôle.

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