vendredi 21 octobre 2016

Grandes expositions: l´empereur des Romains Charles IV à Nuremberg

Détail du couronnement de Charles IV par Maître Théodoric

L'exposition 

Le Land de Bavière consacre son exposition annuelle à l'empereur du Saint-Empire Charles IV, qui avait fait de Prague sa capitale, avec Nuremberg comme métropole.

Charles IV (14 mai 1316-29 novembre 1378), de la maison de Luxembourg, est empereur des Romains de 1355 à sa mort. Il est le fils de Jean l’Aveugle, roi de Bohême, comte de Luxembourg, et d'Élisabeth de Bohême, héritière par son père Venceslas II de la couronne de Bohême.

Cette exposition est organisée conjointement par le Land de Bavière et la République tchèque à l'occasion du 700ème anniversaire de la naissance de l'empereur. Elle présente Charles IV comme une personnalité des plus éminentes dans l’Histoire politique et culturelle de l’Europe, mais aussi comme un souverain pieux, cultivé, lucide et volontaire, qui n’hésita pas à recourir à une large palette de procédés diplomatiques pour parvenir à ses fins. La personnalité de Charles IV est projetée sur le vaste arrière-plan du contexte historique et culturel du XIVe siècle, avec par exemple les variations climatiques, les mauvaises récoltes, les épidémies de peste, les pogromes ou en encore les crises financières. Car c’est dans ce contexte historique, qui fait curieusement écho à notre époque contemporaine, que prennent leur formidable essor les arts et l’architecture sous le règne de Charles IV. La vie à la cour impériale était-elle vraiment éloignée de la vie quotidienne hors du Château ? Quel regard les contemporains de Charles IV portaient-ils sur leur souverain ? D’où celui-ci tirait-il les ressources nécessaires à son train de vie impérial, aussi fastueux qu’onéreux ? Comment procédait-on pour rassembler les reliques des saints et dans quelle mesure l’art participait-il de la politique impériale ? C’est à des questions comme celles-ci que l’exposition tâche de répondre à travers 140 pièces issues de divers domaines des arts et des artisanats ainsi que des documents culturels, historiques et d’archives prêtés par de nombreux musées d’Europe et des États-Unis, voire des collectionneurs privés. (Extrait de la présentation praguoise de l'exposition).

Le goût pour la France et les reliques

A noter pour le public français que l'exposition présente de nombreux objets soit en provenance de France soit influencés par l'art français: le goût français est  extrêmement marquant au 14e siècle et le jeune Charles a reçu une éducation française, parle notre langue et épouse une Valois en premières noces: il  fut envoyé parfaire son éducation chevaleresque à la cour de son parrain Charles IV de France où il arrive le 4 avril 1323 et où il resta sept ans. Grâce à une dérogation du pape Jean XXII, encore enfant (elle a six ans), il épousa Blanche de Valois, le 15 mai 1323, peu après son arrivée en France. Grâce à cette éducation cosmopolite, il parle couramment cinq langues : le latin, l'allemand, le tchèque, le français et l'italien. En 1330, il quitte la France avec son épouse, tout d'abord pour son comté de Luxembourg (où reste Blanche de Valois) puis l'Italie.

Charles IV fit deux séjours alsaciens juste avant le début de son règne, en 1353 et 1354. Il est alors déjà Roi de Bohême et de Germanie.

En 1353, Charles, très pieux et grand amateur de reliques,  commença son séjour à Strasbourg, où il. se fit remettre des reliques de Saint Amand, de Saint Arbogast et de Saint Aurélien, et ensuite, lors de son passage à Saint Thomas, il se fit remettre une partie des reliques de Saint Florent. A Haslach, il fit ouvrir le cercueil couvert d’or et d’argent de Saint Florent et se fit remettre un élément du corps. A Andlau, il se recueille devant le cercueil de Lazare et.... prélève un fragment des reliques de Lazare. Puis,à Erstein, il fit ouvrir le cercueil de Saint Urban. Plus tard encore, sa collection s'accroît avec la visite de  couvents où il prélève encore des reliques (Saint Niebold à Ebersheim, Saint Velten à Rouffach, Saint Leodegarde, Saint Damas et Sainte Sophie à Murbach). Charles ramène toutes ces reliques en Bohème, où il les fait sertir d’or et de pierreries, dans un magnifique autel.

L’année suivante, il repasse le Rhin et visite à Metz, où il promulgue la Bulle d’Or qui met de l’ordre dans le processus des élections des empereurs. Sur le chemin du retour, le 3 mai 1354, Charles visite le Couvent de Hohenburg, où repose Sainte Odile depuis plusieurs siècles. Il fit ouvrir son tombeau et préleva l'avant-bras de la sainte.

Les reliques conféraient prestige et puissance, ce dont Charles IV ne manqua pas. L'exercice de son pouvoir et de sa piété conduisirent à d'horribles pogromes anti-juifs, des expropriations et des destructions de synagogues, un des thèmes abordés par l' exposition. Charles IV avait l’habitude d’octroyer aux conseils municipaux qui lui prêtaient de l'argent des garanties liées aux pogromes anti-juifs à la base desquelles la municipalité pouvait s’emparer de la propriété, des maisons et de l’argent des Juifs, volés ou tués. Il n’est guère étonnant que suite à une telle démarche des pogromes se soient succédés. La cruauté de ces pogromes a dépassé tout ce qui était connu à l'époque. Si Charles IV a pour les Tchèques le statut d' un père fondateur et d'un héros de la patrie, pour les Juifs c'est tout le contraire.

Infos pratiques en allemand ou en anglais sur le site du Musée national germanique de Nuremberg, où a lieu l'exposition


Parcours photographique


Tympan du portail nord de Notre-Dame de Tyn,
une des plus célèbres églises de Prague, avec des scènes de la Passion.
fin des années 1360




Rat momifié, témoin des grandes épidemies de peste du 14e siècle



Madonne de Rouchovany, commissionnée par la Reine Elisabeth de Bohême,
mère de Charles IV, sculptée sans doute dans un atelier de Bohême
dans le goût français, entre 1310 et 1330.

Blanche de Valois (1317-1348), première femme de Charles IV
(mariage en 1323), Reine de Bohême en 1347

Chroniques de Jean Froissart avec la description de la bataille de Crécy

Couronne de Lombardie comportant un clou de la vraie croix.
En route vers son couronnement impérial à Rome en 1355,
Charlers IV fut fait Roi d'Italie 


Madone française en ivoire qui fut sans doute donnée à Charles IV
 par Pierre Roger, abbé de Fécamp, puis archevêque de Rouen
 et enfin pape sous le nom de Clément VI.

Reliquaire en cristal de roche qui contint le voile de la Vierge Marie,
une relique que Charles se fit remettre à Trèves
Annonciation en provenance de l'église Notre-Dame à Nuremberg,
que fit bâtir Charles en 1349 à l' endroit où s'élevait une synagogue
que Charles fit démolir

Apôtre de Veverská Bítýska



Sainte Catherine, Prague par Maître Théodoric entre 1360 et 1364

Calice en sardoine, Constantinople, fin 10e-début 11e siècle,
trésor de la cathédrale de Saint-Marc à Venise.

Crédit photographique: Luc Roger

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